Éducation sentimentale (2)


Éducation sentimentale (2)
Texte paru le 2014-08-24 par Sébastien   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : Éducation sentimentale

Le lendemain, après ma journée de corvées chez ma tante et mon oncle je devais retrouver Christophe chez moi après le repas. Nous n'en n'avions pas parlé la veille mais j'espérais qu'il resterait coucher à la maison. En fait il me téléphonait à l'heure prévue de sa venue pour me dire qu'il ne pourrait pas venir ce soir, qu'il devait garder son petit frère car ses parents sortaient. Je ne le sentais pas sincère, l'excuse, bien que plausible, me paraissait bidon. Il ajoutait ensuite qu'on ne se verrait pas non plus pendant un certain temps, il accompagnait ses parents à Metz chez un de leurs amis. Il ne pouvait préciser la durée exacte de son absence. Je lui souhaitais bonne soirée et raccrochais aussitôt. Il me mentait, j'en étais sûr, mais pourquoi ne me disait-il pas la vérité, pourquoi ne voulait-il plus me voir ? Pourquoi ne m'avait-il pas parlé la veille de son départ ? Je voulais bien que la garde du petit frère ne soit pas prévue, mais son voyage dans la ville voisine, non ! Je me suis effondré sur la chaise à proximité du combiné téléphonique, mes yeux se sont embués, j'étais triste à mourir. Je compris à cet instant que j'étais amoureux. Je me suis abruti devant la télévision, j'ai regardé tout et n'importe quoi jusqu'à ce que la fatigue et le sommeil m'attrapent. J’ai passé une nuit agité sur le canapé.

Le lendemain était une journée sans corvée, mais je ne savais plus quoi faire, je n'avais envie de rien. La piscine et la guitare qui peuplaient hier mes solitudes m'indifféraient, sortir au cinéma ou ailleurs, aller rendre visite à un copain ne m'intéressaient pas plus. Aussi, je décidais de passer chez mon oncle et ma tante. Ils furent étonnés de me voir, ils me posèrent des questions pour tenter de comprendre. Mes réponses furent évasives, des bougonnements plutôt que des réponses. Ils comprirent que j'étais d'humeur plutôt maussade, et qu'il ne fallait pas insister. Ils s'attelèrent pendant la journée à me faire retrouver ma bonne humeur légendaire, ma tante me préparait les petits gâteaux que je préférais, mon oncle tentait de me distraire. Ils étaient, et le sont toujours, extrêmement gentils attentifs et chaleureux. Mais je répondis à leur gentillesse par des borborygmes inaudibles et souvent agressifs. En fin de journée, tandis que ma tante et mon oncle préparaient de concert le repas du soir, je les ai pratiquement agressés, verbalement évidemment, presque insultés même, pour un motif si anodin que je l'ai oublié aujourd'hui. Mon oncle, rouge de colère, s'est alors dressé devant moi, m'a regardé droit dans les yeux, et m'a dit d'un ton ferme,

— Nous pouvons comprendre que tu ais des soucis ou une déception mais tu ne nous parles pas sur ce ton. Il me semble que nous avons tenté de te faire plaisir, peut-être maladroitement, mais ça ne justifie pas ton comportement. Je te prie de te calmer finit-il en haussant encore plus le ton.

La tension accumulée que je n'avais pas réussi à évacuer, ma tristesse que je ne comprenais qu'à moitié, la honte enfin de mon comportement vis-à-vis de mon oncle et ma tante me rendaient si désemparé que je fondis en larmes. Je me suis recroquevillé au sol et j'ai pleuré, pleuré si fortement si longuement que mon oncle visiblement triste de me voir dans cette état, désemparé aussi, me souleva et me prit dans ses bras.

— Qu'est-ce qui ne va pas Sébastien. Ce serait peut-être mieux d'en parler.

Il n'avait pour réponse que mes sanglots. Il commençait à s'inquiéter.

— As-tu fait une bêtise, une faute grave que tu n'oses pas avouer ? Dis-le nous, je te promets que nous t'aiderons à arranger les choses, même si elles sont très graves. Nous n'en parlerons pas à tes parents s'il le faut, cela restera entre nous.

Les pauvres face à ma réaction et à mes réponses évasives de la journée ils s'imaginaient le pire. J'étais touché à la fois par la sollicitude qu'ils me témoignaient, et par l'inquiétude que je leur avais occasionnée. Dans un sourire mélangé aux sanglots j'ai ajouté :

— Non ne vous inquiétez pas, je n'ai rien fait de grave, je suis triste parce que ma famille est partie aux Baléares alors que je m’ennuie ici et en plus j'ai été déçu que Christophe, un copain rencontré à la piscine, ait dû partir alors que nous avions programmés des sorties. Ne vous inquiétez pas répétais-je. Et je serrais mon oncle plus fort, en lui disant «pardonnez-moi.» Mes sanglots reprirent un peu puis je relâchais mon étreinte et m'essuyai les yeux.

Mon oncle et ma tante étaient un peu rassurés me semblait-il, mais évidemment pas convaincu par mes réponses. Ils percevaient que je ne leur avais dit qu'une partie de la vérité, sinon pourquoi me serais-je mis dans un état pareil. Je n'étais pas un pleurnichard, ils me connaissaient bien. Mais ils respectèrent mon silence.

La semaine se poursuivait, je les aidais tous les jours dans leurs travaux. Je ne sortais pas, ni le soir ni la journée, je n'allais plus à la piscine. J'étais, heureusement pour eux, d'un commerce plus agréable, je tentais de cacher ma tristesse. Ils n'étaient pas dupes, sans doute me connaissaient-ils mieux que je ne le croyais. Ils m'emmenèrent tantôt au cinéma, une autre fois au restaurant, nous faisions quelques jeux ensemble, je leur appris la manipulation des consoles vidéo, ils m'amenèrent au musée. Je les aimais plus que jamais, reconnaissant d'être là, mais je restais triste.

Je m'interrogeais sur Christophe, sur son attitude. Sept jours s'étaient écoulés quand je pris une résolution : aller rôder près de chez lui. S'il m'avait dit la vérité, il n'y serait pas. Cela n'expliquerait pas son départ si soudain, mais au moins il ne m'aura pas complètement menti et peut-être me donnera-t-il une explication claire finalement. Si évidemment, je le vois sortir de chez lui... Je ne préfère pas y penser, me dis-je... J'annonçais à mon oncle et à ma tante que je sortais aujourd'hui, que j'irais nager et voir un copain. Ils furent heureux et m'encouragèrent pour cette initiative. Il va mieux pensèrent-ils.

Christophe habitait à l'autre bout de la ville, j'aurais pu prendre le bus ou la moto mais je décidais d'y aller à pieds, sans doute inconsciemment pour retarder l'échéance que je craignais. Après une heure de marche j'arrivais devant le domicile de Christophe, c'était un quartier fait de petites maisons mitoyennes identiques, les façades étaient grises salies, devant chacune d'elles un petit jardiner de quelques mètres carrés, certains étaient entretenus fleuris, une minuscule pelouse, parfois un nain de jardin, d'autres étaient encombrés de carcasses diverses. Je me dissimulai derrière un arbre situé sur le trottoir d'en face et épiais l'entrée de la maison. Les volets étaient clos, la maison semblait vide, nulle vie apparente, pas un mouvement dehors non plus. Je restais près d'une heure à surveiller, à attendre la venue de Christophe ou d'un membre de sa famille. Je commençais à me dire que finalement il m'avait dit la vérité, il avait bien quitté la ville. Je commençais à trouver la situation ridicule, combien de temps serais-je obligé de rester planquer tel un minable détective privé en quête d’adultère ? Je me trouvais bête, j'avais un peu honte de moi. Quand je me décidais à partir, j'entendis arriver derrière moi un groupe de garçons et filles qui parlaient et riaient fortement. Je me suis retourné, et stupeur, au milieu de la bande Christophe parlait et riait plus fort que les autres. Lorsque je l'ai vu, je suis resté figé, tétanisé, nos regards se sont rencontrés, Christophe aussi surpris que moi s'est arrêté de marcher et de rire, j'ai ravalé mes larmes, je me suis retourné et j'ai couru à perdre haleine jusqu'à chez moi où j'ai alors hurlé, je donnais des coups de pieds aux portes, je prenais la vaisselle posée sur l'égouttoir et la jetais à terre. « Quel salaud, quel connard ce type, je veux plus le voir ! » hurlais-je. Cette course effrénée et cette rage exprimée m'avaient presque apaisé, j’eu le sentiment que j'étais en train de tourner la page. Je voulais oublier Christophe et ce que nous avions vécus. Je suis monté à ma chambre et, pour la première fois depuis huit jours, j'ai repris ma guitare. J’ai joué des chansons tristes.

Il y avait plus de deux heures que je jonglais avec les cordes de ma guitare, quand j'entendis la sonnette. Tiens ! C’est sans doute mon oncle ou ma tante, me dis-je. Lorsque j'ouvris la porte Christophe m'apparut. Je la refermais immédiatement et violemment mais il mit le pied à temps dans l’entrebâillement, pour l'empêcher de se fermer.

— Fous le camp, lui dis-je, t'es qu'un connard. Je veux plus te voir.

— Attends je vais t'expliquer.

— M'expliquer quoi, que tu es un connard doublé d'un menteur ? Ça je le sais.

Sur ce j'ouvris la porte complètement, et le repoussais violemment en arrière, mes poings fermés le frappèrent au sternum. La charge était si forte qu'il cria de douleur et bascula. J'ai craint un court instant lui avoir fait très mal, mais il s'est redressé.

— Mais tu m'as fait mal, ça va pas bien la tête. Tu n'es qu'une brute et un crétin qui ne veut rien entendre.

Je crois qu'il avait les larmes aux yeux. Il s'est retourné, et est parti en levant la main en signe d'adieu. Je restais figé une minute sur le pas de la porte, je le regardais s'éloigner. Je regrettais déjà mon geste. Je suis rentré, j'ai fait quelques tours du salon pour m'éclaircir les idées, tout se brouillait dans ma tête, j'ai pris le combiné téléphonique.

— Allo tata ? C'est Sébastien, je suis rentré à la maison avec un pote, on mangera une pizza puis on se regardera un film. Alors ne m'attendez-pas pour dîner, lui dis-je d'un ton faussement enjoué.

Je ne me voyais pas passer la soirée chez eux après ce qui venait d'arriver. Je préférais rester seul chez moi à ruminer.

— Pas de problème Sébastien passe une bonne soirée. Et si tu veux sortir demain, voir tes copains y a pas de problèmes, fais ce que tu veux.

— Merci, je vous embrasse.

J'allais à la cuisine choisir quelque chose à grignoter quand la sonnette retentit à nouveau. Christophe était de retour. Il esquissa un timide sourire, il avait un air un peu penaud, et d'un ton doux presque suppliant.

— Si nous prenions le temps de discuter. Je sais que j'ai été un connard et un menteur comme tu dis mais je le regrette, je voudrais t'expliquer.

Que voulez-vous que je fasse ? Je le fis entrer. Il s'approcha de moi et tenta un baiser que je refusai par un mouvement de recul. Nous nous sommes assis face à face, lui sur le fauteuil, moi sur le canapé. J'évitais de le regarder, il cherchait en vain mon regard. Nous sommes restés silencieux un long moment qui m'a paru une éternité. Aucun de nous deux n'était capable d'entamer la conversation. Ce silence devenait véritablement pesant, alors je l'ai regardé en face d'un regard froid et interrogatif. Lui qui tentait depuis le début de capter mon regard baissa timidement les yeux et commença :

— Je ne sais pas comment commencer, c'est un peu compliqué. Je ne voulais pas te mentir... enfin si mais...

Il avait beaucoup de peine à s'expliquer, mais finit par enchaîner :

— Bon je vais commencer par le début. Quand nous nous sommes quittés l'autre jour. Il s'est passé une chose étrange. On parle d'intuition féminine, existe-t-il une intuition masculine ? Mon père m'a parlé comme s'il avait deviné quelque chose. Alors qu'il évoque plutôt rarement le sujet il s'est mis à parler des pédés, que ça devrait être interdit, il disait "si j'ai un fils pédé, il remet plus les pieds à la maison", des trucs comme ça toute la journée. Il a été sévère avec moi, il m'a obligé à nettoyer le garage, la voiture, à l'aider à arranger le portail. Toute la journée il a été sur moi, me reprenant à la moindre peccadille. Il a fait des commentaires sur ma tenue vestimentaire, ce tee shirt était trop voyant, ce pantalon trop moulant, choses dont il se moquait totalement habituellement. Pourtant je ne suis pas particulièrement efféminé il me semble. Il se mit à me parler des filles, à m'interroger pour savoir si j'avais une copine. Il me fit le reproche que je ne faisais pas assez de sport. Je ne cessais toute la journée de me poser des questions. Il n'a pas pu savoir ce qui s'est passé entre nous, puisque tout s'est passé chez toi. Il pouvait s'interroger sur ma sexualité mais pourquoi ce jour-là ? Et même avant d'ailleurs, je n'ai jamais fait avec un autre ce que nous avons fait ensemble. J'ai eu peur Sébastien, peur d'être rejeté, honte vis-à-vis de ma famille, de mes copains, peur de devoir tout quitter. Comment réagiraient mes copains, à l'école s'ils apprenaient que je couchais avec un garçon ? J'ai craint d'être l'objet de quolibets. Harcelé par mon père d'un côté, inquiet de ce que serait demain si je continuais avec toi, je me suis dit, il faut que ça change, et je décidais de ne plus te voir et de changer de comportement. Je vais sortir avec Madeleine qui me tourne autour depuis quelques temps, me dis-je, comme ça mon père sera content. Puis j'ai repris contact avec ma bande trop ostensiblement virile, volontiers vantarde. Elle parle de foot toute la journée, c'est pas que j'aime pas le foot mais comme seul sujet de conversation, cela devient lassant à la longue. Je voulais mener la vie de tout le monde. Mais je n'ai cessé de penser à toi, tu m'as manqué. Cette semaine m'a paru une éternité. C'est incroyable on s'est vu à peine plus de deux jours et déjà je ne pouvais plus me passer de toi. Jamais je ne me suis senti si bien avec quelqu'un, je t'ai dit des choses que je n'avais jamais dites à personne. Pourtant je voulais t'oublier. Quand je t'ai vu tout à l'heure, j'ai eu un choc. J'ai failli pleurer devant mes copains, ils se sont rendu compte, à ma réaction et à la tienne, qu'il s'était passé quelque chose entre nous, mais heureusement je suis arrivé à noyer le poisson. En fait, Ils n'ont pas insisté et sont restés discrets. Je ne sais pas s'ils ont deviné, mais pour la première fois, je les ai trouvés moins cons. Quand je t'ai vu devant chez moi, toutes mes bonnes résolutions se sont effondrées, il fallait que je te revoie et je suis là maintenant devant toi...

Après un long silence il ajouta :

— Tu m'en veux toujours ?

Comment pouvais-je lui en vouloir désormais, les questions qu'il s'était posées, les inquiétudes générées par notre relation, j'avais eu les mêmes, même si je les avais enfouies au fond de moi. Le secret, personne ne serait obligé de savoir, telle était pour moi à cette époque la solution à mes problèmes. Christophe, m'a regardé inquiet après son long monologue, il attendait ma réponse, ma réaction.

— Je suis content que tu sois revenu, je suis content que tu sois là. Désolé pour ma violente réaction de tout à l'heure, je ne t'ai pas fait trop mal ?

Un sourire esquissé, l'expression de son visage témoignait clairement un soulagement. Il s'est levé, s'est assis à côté de moi sur le canapé et nous nous sommes enlacés, heureux et soulagés. Nous sommes restés de longues minutes ainsi sans parler, puis il m'a murmuré à l'oreille "je t'aime". Et nous nous sommes embrassés. Sentir son haleine, goûter sa salive, jouer avec sa langue m'enivraient. Nous avons ôté nos tee shirts et nous avons continué notre baiser couchés l'un contre l'autre, je goûtais la douceur de sa peau contre la mienne, sa délicieuse odeur corporelle, je le serrais de plus en plus fort, notre baiser ne voulait pas s'interrompre, nous étions insatiables. Christophe couché sur moi, plaquait son pelvis contre le mien, nos mouvements du bassin titillaient nos pénis turgescents à travers l'étoffe de nos pantalons. Dix minutes, quinze minutes je ne sais plus, nous nous embrassions encore, c'était le plus long baiser de l'histoire du monde. Puis j'ai senti Christophe feuler plus fort, il a relâché son étreinte, a relevé son torse en arrière tout en maintenant le contact entre nos bassins, il a poussé un cri rauque, il était en train de jouir. Je l'ai ensuite attiré vers moi et en deux ou trois mouvements de bassin tout en l'embrassant dans le cou j'ai senti ce plaisir qui vous étreint le bas du ventre et mon sperme inonder mon slip. Nous avions joui de notre embrasement.

Nous sommes allés nous doucher et avons rejoint entièrement nus la cuisine pour y déguster une pizza que nous avions fait livrer à domicile. Nous chahutions tout en mangeant, je lui passais la main sur les cuisses, jouais avec son sexe, il n'était pas en reste. Yaourt sucré à la confiture constituait notre dessert. À un moment, dans un éclat de rire j'ai transformé ma petite cuillère en catapulte qui a projeté de la confiture sur le sein de mon compagnon de jeu.

— Oh pardon, lui dis-je d'un ton rieur et faussement désolé. Je vais nettoyer ça.

J'ai approché ma bouche, ma langue a sucé son sein pour le nettoyer, Christophe appréciait, un début d'érection en témoignait. «Oh mais tu as l'air d'aimer ça, lui dis-je, toujours rieur, mais je suis désolé, faut que j'arrête tu es tout propre maintenant. À moins que…» Et je lui versais ce qu'il restait de confiture sur le ventre, le pubis et son sexe, avant d'entamer un nettoyage en règle. Je me délectais de ce repas, je ne tardais pas à engloutir le vit qui se dressait maintenant fièrement. Mon compagnon goûtais mes gâteries, il gémissait de plus en plus fort jusqu'à la décharge d'une rasade de sérum lactée au goût de confiture. C'était délicieux, je vous le recommande.

Tout l'après-midi, nous avons fait l'amour. Nous interrompions par moment nos échanges de caresses, de baisers et autres petits plaisirs, pour des jeux vidéo, la télé, ou la guitare mais nous sommes restés toujours nus, nous nous sentions ainsi libres, libres comme ne l'avions jamais été. Il était maintenant 19 heure, Christophe devait rentrer, et je le retenais.

— Non tu as le temps, téléphone chez toi pour leur dire que tu restes chez moi, même si je savais que c'était impossible.

Pour toute réponse, Christophe a posé sa bouche sur la mienne longuement, il a glissé ses lèvres sur mon cou, sur mes seins, sur mon ventre, il m'a passé sa langue dans le nombril, il a poursuit son chemin sur mon pénis érigé, il m'a soulevé les jambes et m'a léché abondamment l'anus, c'était aussi exquis que nouveau pour moi, sa langue s'est insinuée dans mon orifice. C'était bon. Il s'appliquait à me donner du plaisir. Il introduisit tout doucement un doigt, lentement il fit quelques va-et-vient. Il m'enduisit l'anus, de crème Nivéa, seul lubrifiant à notre disposition, il m'introduisit deux doigts, je me contractais, il immobilisait délicatement son geste, je me décontractais. Il a pointé son sexe sur mon anus, puis il est rentré lentement attentif à ma réaction, il suspendait sa pénétration quand la douleur survenait, la reprenait quand elle disparaissait, et de fil en aiguille il m'a enfilé. Je sentais maintenant son pubis claquer contre les fesses, je n'avais plus de douleur mais uniquement du plaisir, il me possédait, me dépossédait, je m'offrais à lui pour son plaisir et pour le mien. Je découvrais une autre sensation de l'amour. Après cette journée d'amour, l’acmé fut longue à venir prolongeant ainsi mon plaisir et le sien, j'ai fini par sentir un liquide chaud couler dans mes entrailles, j'étais en extase et j'ai joui à mon tour sans avoir effleuré mon pénis. Christophe s'est écroulé sur moi repu.

Nous nous sommes vus tous les jours. Je l'ai possédé à mon tour, nous ne faisions plus qu'un. Tous les jours nous faisions l'amour. Nous en avons exploré ses mille et une facettes.

Si j'avais regretté le départ de ma famille, je regrettais maintenant son retour ; nous n'avions plus d'endroit où nous pouvions être libres et tranquilles. Nous nous contentions désormais d'ébats furtifs et discrets dans nos chambres respectives.

La rentrée scolaire est arrivée, notre histoire d'amour s'est prolongée quelques mois et s'est terminée presque aussi vite qu'elle avait commencé. J'en ai ressenti, non pas un désespoir puisque je ne l'aimais plus, mais une sensation de vide que je crois n'avoir jamais comblée depuis. Malgré notre inexpérience nous nous sommes aimés librement, violemment et aucune des mes aventures ultérieures n'ont eu cette fraîcheur et cette intensité. J'ai quitté ma ville natale, et je l'ai complètement perdu de vue, je n'ai plus jamais entendu parler de lui.

J'ai alterné des aventures entre filles et garçons. Ce n'est pas le genre qui détermine mon choix mais la personne elle-même. Je vis actuellement avec Virginie et j'ai une magnifique petite fille de deux ans.

Il n'y a pas longtemps j'étais en vacances à Paris pour quelques jours. Je déambule seul dans ses rues, ses avenues, ses boulevards, je croise Christophe tout à fait par hasard. Je le reconnais immédiatement même s'il a changé, la trentaine, c'est normal. Son corps s'est nettement développé, il a une carrure impressionnante, il a toujours ce regard qui tue et ses perles dentaires, les traits de son visage se sont paradoxalement adoucis, il dégage une sérénité incroyable. Il est sans doute plus beau qu’à notre première rencontre. Après un banal dialogue du genre "alors qu'est-ce tu deviens", etc, il m’invite à boire un verre chez lui juste à côté. Je trouve un appartement assez spacieux, trop bien rangé, un mobilier moderne de qualité, l'ensemble est un peu froid. Il me parle de son travail, de ses derniers amoureux, de sa récente rupture, de sa façon de voir la vie. Je ne reconnais pas le Christophe de mon adolescence, j'ai l'impression désagréable de parler à un étranger. Mais quand je veux partir, il évoque ému nos amours adolescentes. Son souvenir est aussi fort que le mien. Nous reparlons alors de notre aventure commune, le temps est suspendu... Je retrouve en cet instant le Christophe que j'ai aimé.

— Pourquoi ça s'est terminé Sébastien ? Me demande-t-il tristement.

— Je ne sais pas, lui ai-je répondu.

Il se penche vers moi pour m'embrasser. Je le repousse doucement.

— On ne retrouve jamais le goût de la madeleine de son enfance, lui dis-je.

Il n'insiste pas, sans doute partage-il mon avis. Je me lève alors pour partir. Nous nous disons adieu sur le pas de la porte, je lui tends la main. Notre poignée de mains s'éternise, nous nous regardons longuement, nous savons que nous ne nous verrons sans doute plus, soudain nos yeux s'embrument, et des larmes inondent nos joues. Nous comprenons tous les deux, en même temps, que cette poignée de main scelle le destin de notre enfance.

J'erre maintenant mélancolique dans Paris, sous son ciel gris et lumineux. Mais dans ce dédale de rues et d'avenues, dans le brouhaha envahissant des automobiles, mon cœur se fait plus léger. Je comprends enfin que pour connaître la suite d'une histoire, il ne faut pas relire sans cesse les premières pages du livre. Il m'a fallu presque 15 ans et ces retrouvailles imprévues pour le comprendre. Christophe ne devient désormais qu'un heureux souvenir qui ne me hante plus. Je m'en suis libéré, et c'est impatient que je coure vers la chambre d'hôtel où m'attendent Virginie et Lola.