Abdel et Nicolas (2)


Abdel et Nicolas (2)
Texte paru le 2011-11-22 par Kitty   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : Abdel et Nicolas

Ils pédalèrent vite sous la pluie incessante. La peau rougie par la fraîcheur ambiante et l'effort, les muscles échaudés, ils ne mirent pied à terre qu'une fois à l'abri, dans le garage de l'immeuble où résidait Abdel. La porte de l'appartement à peine refermée, celui-ci s'empressa d'enlever baskets, chaussettes et tee-shirt avec soulagement. Il n'en pouvait plus d'avoir des vêtements trempés sur le dos. Puis, le plus naturellement du monde, avec sa prestance naturelle, il s'attaqua au pantalon.

— Il n'y a pas à dire, ça fait du bien d'être au sec ! Lança-t-il avec bonne humeur, désormais nu dans son slip blanc.

L'eau de pluie avait traversé toutes les couches de tissu et le coton de son slip, rendu un peu translucide, laissait tout deviner de son anatomie… À cette vue, Nicolas crut tomber à la renverse et se mit à bander comme un forcené. Il baissa vite le nez vers ses chaussures pour se mettre pieds nus lui aussi, pendant que son hôte s'éclipsait dans la pièce à côté, son ballot mouillé sous le bras. N'osant se dévêtir plus avant — il ne possédait pas l'aisance exhibitionniste d'Abdel — il enfonça les mains dans les poches de son jean et resta là, dans l'expectative, au milieu du salon, étourdi par la vision du corps superbe autant que par la centaine de questions qui lui voltigeaient dans la tête. Il observa la pièce autour de lui, les plantes vertes le long de la baie vitrée, les meubles blancs, le grand plateau rond de cuivre en guise de table basse. L'endroit était à l'image de son occupant, accueillant et sécurisant. Le temps qu'il s'attarde sur les trois sabres en métal finement ouvragé accrochés au mur, le maître des lieux revint, toujours aussi dévêtu, et lui remit une serviette de toilette.

— Tiens, sèche-toi la tête.

— Merci, fit Nicolas, en rougissant, se maudissant intérieurement de se sentir à ce point empoté face à la décontraction presque énervante d'Abdel.

— Tu regardais mes flissas. Ce sont des armes traditionnelles kabyles. Elles sont du XIXe siècle. Joli, hein ?

— Oui. C'est super beau.

La serviette éponge fleurait bon la lessive et il flottait dans l'appartement le parfum de cannelle du papier d'Arménie. De plus, les vitres entrouvertes laissaient passer l'odeur de pluie du dehors. Étrangement, toutes ses fragrances attisèrent la curiosité sensuelle de Nicolas. Il eut soudain une folle envie de découvrir les paysages olfactifs du corps d'Abdel. Il se serait bien jeté sur lui, pour le seul plaisir de respirer chaque recoin de son épiderme. Mais, intimidé comme il était, évidemment, il ne fit rien.

— Ça te dit un thé à la menthe ? Je le fais comme personne.

— Heu… Oui. Si tu veux.

— Mais avant, viens, je vais te prêter des vêtements secs.

Il l'entraîna dans la chambre et ouvrit l'armoire afin qu'il y choisisse un haut et un pantalon. La pièce aux stores baissés était plongée dans une semi-pénombre feutrée. La pluie avait redoublé d'intensité et fouettait la fenêtre sans discontinuer. L'esprit confus, les nerfs en ébullition, le jeune garçon prit un jean et un sweat un peu au hasard pendant que son aîné, déjà reparti dans la salle de bains juste à côté, était occupé à faire couler un bain. Il tenta d'anticiper les minutes qui allaient suivre. Qu'allait-il advenir ? Ce bain, était-il pour eux deux ? Devait-il se rhabiller ou pas ? Il se sentait nul, se disait que jamais il ne serait à la hauteur. Il avait peur, aussi, peur de franchir le pas, de découvrir qu'il aimait ça, d'avoir cette confirmation redoutée pour un être comme lui, un être n'aspirant qu'à la discrétion et à la norme. Il poussa un soupir. Leurs baisers, déjà, avaient été si bons… Il avait peur, certes, mais il souhaitait de toutes ses forces que leurs corps se rapprochent et s'apprennent. C'était épuisant, à la longue, ce tiraillement entre le manque d'assurance, pour ne pas dire un certain dégoût de soi, et ce désir tyrannique. Il referma l'armoire, déposa les vêtements choisis soigneusement pliés sur le lit, juste derrière lui, et ôta son haut tout humide avec des gestes gourds.

— Je fais quoi de mes fringues crades ? interpella-t-il.

— Mets-les par terre avec les miennes, je vais faire une machine, répondit Abdel, de l'autre côté de la cloison.

En effet, au pied du lit, les vêtements d'Abdel reposaient en boule sur la moquette. Il y ajouta son tee-shirt et, face au miroir de l'armoire, entreprit de défaire son pantalon. Mais la vue de son propre reflet l'arrêta net. Jamais encore il n'avait eu l'occasion de se regarder en pied, comme ça, dans un si grand miroir, et ce qu'il vit ne le rassura en rien. Il se trouva le visage dur. Ses cheveux trop fins qui séchaient déjà, toujours indisciplinés par temps humide, laissaient rebiquer des bouclettes ridicules. Agacé, il tenta vainement de les atténuer du plat de la main. Quant à sa musculature, ce n'était pas bien folichon tout cela… Bref, il n'était pas du tout sûr de se trouver beau. Il faut dire que son corps pâle aux désirs torturants lui avait rarement inspiré autre chose que de l'inquiétude, voire de la répulsion. Que faisait-il là ?

— Tu t'admires?

Attendri, Abdel le regardait se regarder sans rien dire depuis un petit moment. Le garçon se sentit devenir cramoisi. Heureusement qu'il faisait un peu sombre…

— Non, pas vraiment ! À côté de toi, je me sens moche.

— Tu rigoles ! Tu as un visage adorable et un corps de danseur.

— Tu trouves ?

Abdel le rejoignit, se plaça derrière lui en prenant soin de ne pas le toucher, et considéra leur reflet. Nicolas sentit son pouls s'accélérer. Contre son dos, la chaleur corporelle de l'homme qu'il désirait irradiait.

— Regarde, tu as une musculature nerveuse, très apparente et peu volumineuse, comme les danseurs de classique. Ce sont les plus beaux corps, crois-moi.

Ce disant, Abdel désigna de l'index les lignes de ses pectoraux, puis de ses abdominaux, sans toujours entrer en contact avec sa peau, un peu comme s'il avait craint de prendre une décharge électrique.

— Mon père me répète sans arrêt que je suis trop maigre.

— Ton père n'y connaît rien. Moi, je te le dis, tu es magnifique.

Pris d'un léger vertige, incapable de résister à une soudaine tentation, Abdel se laissa porter par ce que lui inspirait le parfum de sa peau et de ses cheveux. Il le prit par les épaules et lui déposa derrière l'oreille un baiser doux d'apprivoisement. Via le miroir, ils se dévisagèrent. Ce baiser presque innocent venait d'arrêter le temps. Abdel, sans quitter les grands yeux bleus qui le fixaient avec une curiosité anxieuse, lui passa tendrement les bras autour du torse et laissa une main sur sa poitrine. Le cœur du garçon battait à tout rompre sous sa paume.

— Tu as peur ?

— Non, mentit Nicolas, d'une voix à peine audible.

Surveillant attentivement le visage de l'adolescent, vibrant d'émotion autant que lui, Abdel lui caressa la poitrine et l'embrassa dans le cou. Du bout des doigts, il insista sur ses tétons déjà durcis… Ces douceurs électrisantes soumirent Nicolas immédiatement. Mais, quand Abdel amorça une lente caresse, du cou au ventre, son rythme cardiaque passa en mode panique. Jusqu'où allait descendre cette belle main brune qui glissait sur lui ? Fatalement, elle atteignit l'élastique du slip, et, tout naturellement, le franchit, s'introduisant entre le jean et le sous-vêtement. C'était la première fois de sa vie que quelqu'un le touchait là… Au contact doux et chaud, son excitation prit un essor si fabuleux d'un coup qu'il crut que ses genoux allaient se dérober sous lui. Il dut en fermer les yeux un instant.

Passant et repassant ses doigts enveloppants et lascifs sur le sexe emprisonné du garçon, Abdel le regarda chavirer. Qu'elle était belle à voir l'émotion du jeune Nicolas sous l'emprise de ses premiers émois partagés ! Les paupières closes, les lèvres entrouvertes aux soupirs, rougies par le bouillonnement de son sang, et le corps amolli, comme il s'abandonnait, déjà ! Abdel, fasciné par sa grâce et sa sensualité soudain éclatantes, ne pouvait plus se détourner de leur reflet. Le nez perdu dans ses cheveux clairs, intensément ému, il lui déboutonna sa braguette, le débarrassa de son jean et, dans la foulée, de son slip. Le sexe du garçon, déjà mouillé au bout, se dressa triomphalement jusqu'à presque se plaquer contre son ventre.

— Tu vois, regarde comme tu es beau, lui murmura Abdel, en admirant sa superbe queue raide et ciselée.

Et c'était vrai. Nicolas adora se voir intégralement nu, en érection, dans les bras de cet homme. En quelques caresses, celui-ci était comme parvenu à le métamorphoser. Le garçon blême et tendu de tout à l'heure avait disparu. Ses mains sur lui, il les avait imaginées tant de fois, leur manque avait tant brûlé ses nuits. Oui, il était enfin nu, nu et magnétisé à la chaleur de son corps fascinant. Enfin, il était arrivé, le grand jour.

Abdel, sans cesser de lui manger le cou, se mit à le masturber doucement. Les premières fulgurances du plaisir firent décoller Nicolas de terre. Il se retint de geindre in extremis. Ces doigts sur lui étaient d'une habileté impitoyable… S'il continuait à le toucher comme ça, il n'allait pas mettre une minute à jouir. Il en crevait d'envie, bien sûr, mais une autre part de lui voulait que cela ne survînt pas trop vite. Il lui prit le bras, dans l'idée de le freiner, mais Abdel interpréta le geste à l'inverse et intensifia au contraire ses caresses. Cette fois, Nicolas ne put retenir un gémissement et n'eut pas la volonté de le détromper. C'était trop bon. À quoi bon lutter ?

En plus, il n'avait pas prévu combien son excitation bondirait à sentir aussi distinctement son tendre bourreau bander contre ses fesses. Pour mieux profiter de cette sensation renversante, les bras en arrière, il pressa les mains sur lui pour l'inciter à se coller plus fort contre son cul. À ce geste instinctif, Abdel mesura mieux l'appétit de son cadet. Plus aucun doute possible, le jeune Nicolas avait vraiment le feu aux fesses. Sa fièvre était telle qu'elle le contamina. Le besoin de le voir jouir là, maintenant, s'imposa. "Donne-moi ta bouche", ordonna-t-il. Nicolas obéit, se vrilla, et répondit avidement au baiser. Leur volupté, à l'un comme à l'autre, prit des proportions irréversibles. Ils allaient venir comme ça, debout face au miroir, en s'embrassant. C'était inéluctable. Le garçon haletait, tremblait, jouissant à n'en plus pouvoir des va-et-vient maintenant frénétiques sur sa queue…

— Viens, maintenant, viens... l'encouragea Abdel, en transe lui aussi.

Soudain, Nicolas se tendit comme un arc en lâchant un cri rauque et juta comme un fruit mûr. Son premier jet alla s'écraser sur la glace, et les suivants, plus faibles mais à en croire ses spasmes, conséquence d'intenses sensations, furent recueillis par Abdel qui jouit à son tour dans son slip distendu. Le plaisir de son jeune amant l'avait tellement excité qu'il n'avait pas même eu à se toucher. Il n'en revenait pas.

Ce premier orgasme, un peu précipité mais si intensément vécu, les laissa agréablement sonnés l'un et l'autre, debout face au miroir taché de sperme, toujours bandés. Rien n'était terminé, encore.

Abdel serra tendrement le garçon dans ses bras, partagé entre le sentiment de renaître à la vie et une étrange tristesse. Nicolas était le premier depuis Dom. Il était le premier… Il lui baisa les cheveux.

De son côté, les nerfs encore crépitants de plaisir, le jeune garçon sentit s'épanouir, presque jusqu'à la douleur, son envie de se faire prendre. Cette faim, il ne la connaissait que trop bien. Ressentie comme honteuse, si souvent haïe depuis l'éveil de sa libido, il avait maintes fois tenté de l'apaiser par ses propres moyens, dans la solitude de sa chambre, à l'aide d'objets sans vie, dans des postures absurdes… Cette faim, dans les bras d'Abdel, ne lui sembla plus si laide. Enfin, il allait pouvoir l'assouvir par l'entremise du plaisir d'un autre. Les choses prenaient un sens. Il avait hâte. Il aurait tout donné pour sentir son sexe le pénétrer immédiatement, d'un seul coup. Définitivement départi de ses dernières velléités de pudeur et de sa peur, il se cambra avec plus d'indécence encore, afin qu'il comprenne au plus vite.

Abdel n'avait pas vraiment prévu que les événements aillent si loin, si vite, mais il n'eut pas d'autre choix que d'obéir à l'affolement brutal de son propre désir. Plus Nicolas exprimait ses envies, plus son souci de se montrer doux et prudent avec lui s'amenuisait. Il allait le satisfaire, se laisser aller au bonheur de le posséder. Il en avait envie. Comment avait-il pu se priver de ça si longtemps ? Trois longues années sans jouir à deux… Pris à la gorge par le désir, la joie et les regrets, il fit pivoter le garçon pour l'embrasser face à face tout son saoul. Ce dernier lui accrocha la nuque et s'adonna avidement au baiser, jusqu'à s'en étourdir. Tout en lui s'offrait et semblait se féminiser : son visage plus lumineux, ses lèvres sanguines jamais rassasiées, son cou renversé, son cul blanc et rond qui réclamait bien davantage que la caresse de ses mains… Tout cet abandon et cette beauté révélée donnaient à Abdel l'envie de le dévorer. Il n'allait pas s'en priver.

Sans interrompre leur baiser, Nicolas prit sa toute première initiative. Il l'accula jusqu'au lit, à un mètre derrière eux, et l'y fit asseoir d'une pression sur la poitrine. Étincelant de concupiscence, le garçon blond s'agenouilla sur la moquette, lui écarta les genoux et se pencha sur son sexe, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Abdel, qui avait subi l'offensive sans chercher à résister, lui releva cependant le visage.

— On a tout notre temps, tu sais.

Ne trouvant nulle part en lui le moindre mot disponible, Nicolas le considéra, éperdu de désir, ôta ses mains de son visage et lui offrit un baiser qui voulait dire : "S'il te plaît, laisse-moi faire". Certes, il aurait bien voulu le savourer, faire durer des heures leur découverte mutuelle, mais c'était décidément trop dur de contenir son impatience. Il voulait découvrir l'objet de toutes ses convoitises, il voulait sa queue, là, maintenant, la flairer, la goûter, la regarder, en découvrir le volume au fond sa gorge. Il voulait tout cela avant de lui laisser combler ce vide brûlant entre ses reins. Il fallait que tout s'attise encore entre ses lèvres, et le désir d'Abdel, et le sien. C'était dans l'ordre des choses. Il n'y pouvait rien. Puis, il était curieux de découvrir le pouvoir que sa bouche aurait sur son plaisir…

Il délivra enfin de sa prison dérisoire la queue encore luisante du premier orgasme. Elle jaillit fièrement sous ses yeux, splendide, semblant ne plus attendre que ses faveurs. Avant de s'en emparer complètement, il lécha le sperme qui la mouillait, en découvrant la saveur un peu salée. Pour la seule joie de sentir son gland doux lui chatouiller le menton, il lui baisa le ventre, là où les premier poils se réunissent en ligne sur la peau fine. Abdel, frissonnant de plaisir anticipé, dut se rendre à l'évidence : le bain et le thé à la menthe devraient attendre… Son jeune comparse, bien que novice, semblait prêt à toutes les folies. Il eût été dommage de l'interrompre dans un si bel élan. Lorsqu'il engloutit toute sa longueur, il ne put réprimer un râle profond. Le gamin était vraiment affamé de sexe !

Bien que ce fût sa toute première pipe, Nicolas avait confiance. Il se sentait à l'aise. Quand on a tellement rêvé de quelque chose, lorsque ce quelque chose arrive enfin, on est prêt… Il était prêt, plus que prêt même. Sa fièvre et sa sincérité allaient amplement compenser son manque d'expérience. Oui, il en avait tant rêvé de ce sexe entre ses lèvres. Comme il en avait rêvé ! Cette chair tendue, pulsatile et brûlante en lui, avoir le plaisir de l'autre à sa merci, c'était encore meilleur que ce à quoi il s'attendait. Il allait voir. Il n'allait pas le regretter. Il le suça amoureusement, le dégusta, se sentant à la limite d'éjaculer à chaque instant tant il communiait avec ses sensations. Le sentir palpiter le faisait palpiter, sentir ses couilles se rétracter de bonheur lui faisait monter sa propre sève, le sentir défaillir le faisait défaillir… Entendre son souffle enfler le retournait.

Abdel le regarda faire en se mordant les lèvres, puis il laissa aller sa tête sur le côté, son regard se perdit dans le vague. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait profité des délices d'une fellation… Nicolas se débrouillait terriblement bien pour un débutant. Un talent inné, presque…

— C'est bon, soupira-t-il en lui posant une main légère sur le crâne.

Il avait parfaitement saisi combien le sentir durcir entre ses lèvres affamait son jeune partenaire d'un autre désir. Il lui tardait de pénétrer l'autre versant de son corps, de connaître ce bonheur. S'il se donnait comme il lui donnait sa bouche, ce serait, mon Dieu… Penser à l'imminence de cette union fit s'affoler son plaisir. Il crispa les doigts sur la chevelure blonde.

— Je ne te promets pas de tenir encore très longtemps si tu continues, fut-il obligé d'admettre.

Nicolas ralentit ses va-et-vient et le lâcha à regret. Chaque chose en son temps. Pour l'heure, se faire sodomiser primait sur tout le reste. Lorsqu'il releva le nez, il était un peu hagard, l'air comme ivre. Il était irrésistible. Comment ne pas être amoureux ? Ils s'étalèrent de tout leur long sur le lit pour s'y enlacer, aussi bandés et brûlants l'un que l'autre. Caressant et caressé, Nicolas n'en revenait pas d'étreindre autre chose qu'un rêve.

— Je voudrais que tu me prennes, chuchota-t-il, comme on confie un secret.

— J'avais compris, sourit Abdel.

Ce dernier alla vérifier sa réceptivité en lui massant l'anus tout d'abord, puis en y introduisant son majeur. Ce doigt offensif, c'était excitant, tellement bon déjà, mais tellement insuffisant. L'intense réactivité que provoqua la caresse sur le garçon acheva de mettre Abdel dans tous ses états. Puisque son jeune amant semblait mûr pour l'oubli, il n'y avait aucune raison de le faire languir davantage. Sa volonté de ne plus s'appartenir, son impatience et la sincérité de son abandon auraient envoûté le plus impassible. Tout à coup, Abdel se souvint que la baignoire continuait de se remplir.

— Ah, merde, attends, il faut que j'arrête le bain. Ne bouge pas, j'arrive, dit-il en s'arrachant à lui.

Il était temps, la mousse avait commencé à déborder un peu. Il venait également de se rappeler la nécessité d'une capote. Par bonheur, il en trouva dans le tiroir du meuble à serviettes.

En l'attendant, Nicolas se laissa aller sur le ventre lascivement. La pluie crépitait toujours sans discontinuer au dehors, la nuit tombait et il crut sentir la pénombre bleutée du soir naissant glisser en lui comme pour achever de préparer son corps à l'amour, son corps si las du vide. Il se prit à sourire pour lui-même. Enfin, il allait servir au plaisir d'un autre, ne plus être seul. Enfin !

Abdel, l'instant d'après, fut à nouveau près de lui. Il caressa sa peau blanche irradiant d'attentes sensuelles, comme luminescente sur le lit sombre, s'attarda sur l'intérieur de ses cuisses et le galbe de ses fesses qu'il baisa, mordilla et écarta pour y glisser la langue. Il constata avec satisfaction que son jeune amant semblait posséder une hygiène irréprochable. Ce détail, primordial à ses yeux, ne fit qu'aiguiser son appétit. En plus, l'idée de l'affamer encore un peu l'excitait prodigieusement. C'était si gratifiant de le voir réceptif à ce point, de le voir creuser les reins et se tordre lentement en geignant de bonheur. Retrouver l'intimité magique d'un corps masculin, retrouver ce pouvoir-là, ces gestes abandonnés depuis si longtemps qu'il avait fini par croire pouvoir s'en passer, le rendait heureux au-delà des mots.

Nicolas n'en pouvait plus et en mordait l'oreiller. Cette langue sur son anus, sa raie, ses couilles, le possédait déjà. Il aurait dû lui dire d'arrêter, mais c'était inhumainement bon… Qui aurait eu la force d'interrompre un tel enchantement ? Il souleva même son bassin en pliant un peu les jambes pour mieux s'offrir. Tout en subissant l'exquise caresse, il se toucha le sexe brièvement, pour vérifier que, effectivement, il n'avait jamais bandé aussi dur de toute sa jeune vie. Il était tout simplement au bord de jouir. Non, il ne fallait pas que cela arrivât maintenant. Courageusement, il se déroba donc aux insoutenables attouchements avant qu'il ne soit trop tard. Cette langue était divine, certes, mais c'est sa queue qu'il voulait. Abdel comprit le message et vit bien qu'il y avait urgence.

— Tourne-toi.

— Non. Prends-moi comme ça.

Il savait ce qu'il voulait, le bougre ! Alors, il lui lécha l'épine dorsale, de la raie des fesses à la nuque, sans se douter du sentiment de soumission absolue que suscita cette caresse en lui, puis il le couvrit de son poids. Nicolas se délecta de l'entendre respirer plus fort, qu'il pèse enfin sur lui, de sentir contre sa peau le volume de son sexe si dur, et n'aurait pu décrire l'affolement physique qui le submergea lorsque son gland encapuchonné contraignit enfin sa chair si pressée de l'accueillir.

Parce que ce garçon lui inspirait décidément beaucoup de tendresse, et aussi parce que l'idée d'être le tout premier l'impressionnait un peu, Abdel y alla très doucement.

— Tu me dis si je te fais mal.

— OK…

Nicolas ne s'attendait pas à une telle délicatesse. Il s'était préparé à être possédé d'un coup, transpercé jusqu'au cœur. Trop impatient que cela arrive, dans un mouvement de recul sauvage, il paracheva par lui-même l'ancrage de leurs corps. La pénétration brutale lui fit expirer un râle de souffrance et de bonheur mêlés. Mais qu'importait l'inconfort d'un peu de douleur ? Celle-ci, de toute façon passagère, se noya dans la joie de subir cette chair dure et brûlante entre ses reins. C'était plutôt de s'être langui de cette pénétration jusqu'à n'en plus pouvoir qui lui avait fait le plus mal… Abdel, étonné de sa téméraire initiative de se retrouver comme ça, d'un coup, en lui jusqu'à la garde, jugea que son jeune partenaire se comportait comme quelqu'un avide d'un plaisir déjà connu. Sans se poser davantage de questions, goûtant ce feu animal avec délice, il lui donna ses mains sur lesquelles il fut prompt à refermer les siennes — cela s'avéra bien meilleur que de s'agripper bêtement à la couette — et, le voyant se modeler à lui à la perfection, osa peu à peu l'amplitude et le rythme. Leur volupté mutuelle se densifia si vite, alors, qu'elle en devint âpre.

Sans force, en pleine extase, Nicolas égrainait d'irrépressibles plaintes de plaisir de moins en moins discrètes. Les vigoureux va-et-vient d'Abdel le firent bientôt basculer dans une autre dimension qui n'avait plus beaucoup de points communs avec l'état conscient. L'esprit plus qu'embrumé, offert aux jouissives et aléatoires fulgurances qui le traversaient, il ne maîtrisait plus rien, ni sa voix, ni le creusement de ses reins. Il n'avait qu'une chose en tête, se donner et se donner toujours plus, pour le sentir plus fort encore au fond de lui. Abdel aurait pu y aller comme une brute que ça n'aurait pas encore été assez…

Tout à la découverte de ces sensations puissantes et de l'incroyable profondeur de ses désirs, il ne vit pas venir la catastrophe. La déflagration scandaleuse, sans plus de signes annonciateurs, s'imposa brutalement, libérant ses ondes, balayant tout son être avec une telle violence qu'il crut traverser la galaxie le temps d'un cri. Surpris par cet aboutissement prématuré, Abdel s'immobilisa et se dépêcha de lui empoigner le sexe pour l'accompagner dans cette petite mort. Nicolas lâcha sa pluie abondante sur la couette, secoué de spasmes impressionnants, puis s'effondra sous lui, au sens propre comme au sens figuré. Il étouffa un juron dépité et n'osa plus bouger.

Abdel lui glissa les doigts dans les cheveux, profita encore quelques secondes des pulsations de sa chair en émoi autour de son sexe, puis se retira. Il lui baisa le cou, puis ôta sa capote. Le garçon se retourna mollement sur le dos, partagé entre une plénitude physique jamais connue et un sentiment d'inaccompli. Comme c'était frustrant. Il aurait tant aimé lui servir jusqu'au bout, le sentir jouir en lui.

— Désolé… J'avais trop envie, depuis trop longtemps.

Abdel alluma la lampe de chevet et s'installa sur le coude, la tête dans la main. Lui, par contre, avait l'air heureux comme tout.

— Hé, ce n'est pas bien grave, va. C'est ta première fois et tu étais très excité. L'important c'est que tu aies aimé. Tu as aimé, hein ?

— C'te question ! Ça ne s'est pas assez vu ?

— Si, si. Ça s'est bien vu… Et ça s'est entendu aussi, le taquina Abdel, amusé de sa confusion déguisée en mauvaise humeur.

— Ouais, c'est bon, je sais, râla le jeune.

— Il n'y a pas de honte. C'est en se laissant aller comme tu l'as fait qu'on prend le plus de plaisir. En plus, je t'avoue, ça me flatte plutôt de t'avoir fait un effet pareil.

Mais lorsqu'on était quelqu'un de fier et de pudique comme Nicolas, lorsqu'on avait été élevé à la dure sans jamais avoir été autorisé à exprimer ses sentiments, il n'était pas évident d'admettre le fait de s'être oublié comme ça, sous les coups de queue d'un homme au point d'en avoir gémi et crié. Heureusement, poser ses yeux sur Abdel lui fit oublier son malaise. Il détailla son visage, son corps, son sexe toujours gonflé de désir. Il était en sueur, si beau. Recouvrant complètement ses esprits, le jeune garçon réalisa qu'ils étaient nus, ensemble, au lit, que lui avait joui comme un fou et Abdel, non. Il n'était pas question de le laisser inassouvi. Il fallait qu'ils soient quittes. Il lui toucha le sexe et le sentit frémir.

— Mais, et toi ?

Comme c'était mignon, cette sollicitude, cette fraîcheur… Abdel recoiffa un peu sa chevelure blonde désordonnée.

— Ne t'inquiète pas. Je me réserve pour tout à l'heure…

— J'ai une meilleure idée.

Nicolas se glissa jusqu'à son bas-ventre sans lui demander son avis et se remit à le sucer. L'idée d'achever l'œuvre entamée quelques minutes plus tôt lui sembla aller de soi. Qu'il n'ait pas joui en même temps que lui le contrariait vraiment. Il allait rééquilibrer les choses. Son talent pour la fellation se confirma de manière éblouissante. En plus, maintenant qu'il était comblé, faire durer ne lui posa aucun problème. Abdel, enchanté, s'abandonna à son tour au plaisir et ne mit pas très longtemps à sentir monter l'orgasme.

— Attends, arrête, je vais venir, prévint-il en prenant le relais d'une main fébrile.

Nicolas se redressa pour assister à sa jouissance. Fasciné, il le regarda convulser, la main aimantée à sa queue pendant que le sperme jaillissait. Tous ses muscles étaient tendus à l'extrême. Il offrait un spectacle magnifique. Spontanément, pendant qu'il finissait d'éjaculer, Nicolas reprit son sexe dans sa bouche pour sentir les dernières étincelles de son plaisir. Abdel, surpris, en lâcha un gémissement supplémentaire. Ensuite, en prenant tout son temps, consciencieusement, le garçon lui nettoya le ventre, la main et la queue. Voilà encore une chose qu'il avait découverte aujourd'hui sur lui-même : il aimait la saveur de son sperme.

— Toi, alors, murmura Abdel en le regardant faire.


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