Abdel et Nicolas (8)


Abdel et Nicolas (8)
Texte paru le 2012-02-12 par Kitty   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : Abdel et Nicolas

La sonnerie de son téléphone fixe résonna. Tout sourire, Abdel se saisit du combiné. Nicolas se décidait enfin à tester son cadeau. Il avait attendu onze heures du soir pour céder à la tentation.

— Heureux de t'entendre, mon cœur.

— Je voulais te passer un petit coucou avant de dormir. J'ai attendu d'être sûr que mon paternel dorme. Tu faisais quoi ? Je ne te réveille pas ?

— Non, non. Je suis au lit avec un bon bouquin, mais je n'arrive pas vraiment à lire… Je pensais à toi.

— Ah, ouais ? Menteur, fit Nicolas, flatté. Et tu pensais à moi de quelle façon ?

— Tu t'en doutes… Dès que je me couche, c'est systématique, je me mets à penser au sexe avec toi.

— Pareil pour moi...

— Ça me déprime que tu ne sois pas près de moi et, en même temps, ça me rappelle que je t'aime comme un dingue et que c'est bon d'être à nouveau amoureux.

— J'ai vraiment du mal à me faire à cette idée que tu m'aimes.

— C'est pourtant vrai.

— Je sais. Et c'est réciproque. Tu sais, je ne fais que de repenser à ce qu'on a fait ce midi. C'était trop bien.

— C'est vrai que c'était fort notre petite incartade dans les vestiaires. C'est le seul côté positif de la situation. On se voit si peu que, quand ça arrive, le moins qu'on puisse dire c'est que c'est intense.

— Quand tu m'as pris debout contre la porte, quel kif ! Et comment ça t'a fait perdre ton calme ! J'ai trop adoré.

— Quand je te dis que tu m'affoles.

— Rien que d'en parler, ça me fait bander.

— Tu commences à me donner chaud.

— Toi aussi tu me donnes la fièvre. J'ai envie de toi comme un malade. En plus, maintenant je fais comme toi, je dors tout nu et ça me provoque encore plus d'envies que d'habitude. Si tu voyais dans quel état je suis.

— J'imagine assez bien, répondit Abdel.

Le jeune homme se figurait en effet sans peine l'adolescent, nu et bandé dans son lit… Il plaça sa main sur le drap, au niveau de son entrejambe. Son sexe prenait déjà du volume.

— En plus la nuit est tiède… Je crois que jamais je n'ai eu envie de sexe à ce point. C'est de la torture. Dis-moi que toi aussi, tu bandes, dit Nicolas.

— Je commence sérieusement, oui.

— Dis-moi des choses excitantes. J'ai envie de me faire jouir pendant que tu me parles.

— Hé bien, j'ai déposé mon livre et je me caresse au-dessus du drap…

— Sérieux ? Rien que de t'imaginer, je deviens dingue.

Abdel ferma les yeux et fit aller et venir ses doigts sur son sexe durcissant recouvert du coton.

— J'imagine que c'est toi qui me touches. Maintenant tu descends jusqu'à mon ventre, doucement, et tu continues plus bas, dit-il en glissant enfin sa main directement sur sa peau.

— J'adore toucher ta queue quand tu bandes. Elle est si douce et chaude. Maintenant, imagine que je te branle…

— Oui. Tu y vas doucement. Tu t'y prends bien… C'est bon.

— Pour moi aussi, la vache ! Maintenant, je donnerais tout ce que j'ai pour te sucer.

— Oh oui. J'aime tellement ça que tu me suces, murmura Abdel, la voix altérée, en se masturbant plus vigoureusement.

Il ouvrit les yeux sur son sexe empoigné, sur son ventre creusé de désir. Son gland s'humectait déjà. Il s'abandonna sur l'oreiller et s'obligea à ralentir le rythme de ses caresses.

— Je suis à la limite de jouir, lui avoua-t-il.

— Ah, non, pas déjà. Attends. Arrête tout. Imagine qu'on s'embrasse.

— Ok. On s'embrasse… Tu embrasses bien, bel ange, tu le sais, ça ?

— C'est vrai, tu trouves ?

— Oui. J'y passerais des heures sur ta bouche.

— Maintenant, je suis allongé sur le dos. J'aimerais que tu viennes sur moi et que tu me prennes vite et fort, comme j'aime.

— OK. Je viens sur toi. Mmh, je sens que tu me veux, ma queue rentre toute seule en toi. J'ai envie de te posséder comme un sauvage, mais je me retiens. J'y vais plus doucement que tu ne voudrais, pour ne pas venir trop vite, et pour t'exciter plus…

Nicolas coinça le téléphone entre son épaule et son oreille et, les yeux farouchement fermés, tout en ne cessant de s'astiquer consciencieusement, s'introduisit le majeur dans l'anus aussi profondément qu'il put.

— Oh… Oh, oui… Lime-moi bien à fond, maintenant.

— OK. J'y vais fort. Je te prends la bouche en même temps. C'est bon ?

— Oui, c'est trop bon. J'aime que tu me baises. J'aime tellement ça.

— Ma queue en toi, te fait bander ?

— Oh oui, grave…

— Je te sens à la limite de jouir. Ça me rend fou.

Abdel avait repris ses va-et-vient manuels frénétiques et le plaisir s'intensifia à toute vitesse. Il n'avait plus la force de parler. À l'autre bout du fil, son jeune amant avait l'air dans le même état. Il perçut ses soupirs, ses "oh" vibrants et ses "ah" évanescents.

— Oh, merde, j'y suis presque, l'entendit-il gémir.

— Moi aussi. Viens avec moi… Viens…

Abdel se baptisa les abdominaux d'une salve de quatre généreux jets blancs. Dans le combiné qui glissait dans sa paume en sueur, pendant un moment, il n'entendit qu'une respiration haletante, puis plus rien. Supposant aisément ce qui se passait, il patienta. Amplifiés par le micro, des frottements de draps vinrent lui froisser le tympan.

— Allô ? T'es là ? Désolé, j'ai lâché le tél en jutant. Tu verrais ça, je m'en suis mis partout. C'était bon aussi pour toi ?

— Ça oui ! Je ne pensais pas que c'était aussi efficace de faire l'amour au téléphone !

— Moi non plus, hé, hé ! Enfin, en même temps, ça m'a plus excité qu'autre chose. À force de t'avoir imaginé en moi, je te dis pas comment ça me manque de ne pas te sentir pour de vrai.

— Gourmand.

— C'est toi qui me fais cet effet. Je voudrais tellement être avec toi, là. Dès que j'aurai raccroché, il va falloir que je recommence pour me calmer.

À ces mots, Abdel se sentit soudain submergé par une vague de tristesse et de frustration. Il attrapa un mouchoir en papier sur la table de nuit et s'essuya le ventre.

— Abdel ? Allô ?

— Oui, je suis là… On se revoit quand ? Je ne vais jamais tenir jusqu'à vendredi, moi.

— Je ne sais pas. Très vite, j'espère.

— Ça ne serait vraiment pas envisageable que tu viennes passer la nuit à la maison, parfois ?

Un silence lui répondit. Il s'en voulut immédiatement d'avoir posé cette question. Le pauvre Nicolas ne désirait que cela lui aussi. Il ne le savait que trop.

— Désolé. Je… Je sais que tu fais ce que tu peux.

— Ne crois pas que je laisse filer les jours sans rien tenter. Tout à l'heure, à table, j'ai tâté le terrain.

— Alors ?

— Alors, c'est mal barré. Je lui ai dit que maintenant que j'étais majeur, j'avais envie de sortir le soir et d'avoir plus de liberté. Il m'a répondu que je ferais ce que je veux le jour où il n'aura plus besoin de me nourrir, loger, blanchir… Le discours habituel, quoi.

— Je te jure, j'ai de ces envies de venir lui dire ses quatre vérités à ce fils de…

Abdel, in extremis, serra les lèvres et retint au fond de lui les insultes amères qui lui montaient à la bouche.

— Je suis super tenté de fuguer pour venir te rejoindre chez toi, mais…

— Honnêtement, pourquoi tu ne le fais pas Nico ? Pas forcément là, ce soir, en pleine nuit, mais demain, ou un autre jour ? Tu as les clés de mon appartement. Je n'attends que toi. Si c'est ce que tu désires toi aussi, quitte la maison de ton père et viens.

— Ce n'est pas l'envie qui m'en manque, mais ce n'est pas si simple. Je ne peux pas prendre ce risque. Il ne me laissera pas m'échapper comme ça. Il me fera une vie d'enfer, et à toi aussi sûrement. C'est un mec procédurier, tu sais. Et entêté. Il pourrait vraiment nous pourrir la vie à tous les deux. Ne le sous-estime pas. On ne pourrait pas se cacher longtemps.

— Qui parle de se cacher ? Il y a des lois dans ce pays. Il ne peut pas te retenir contre ton gré. Si tu t'en vas, qu'est-ce que tu veux qu'il fasse ?

— Tu ne le connais pas ! Il engagerait des poursuites sous des prétextes bidons. Il a de l'imagination, crois-moi, quand il s'agit d'emmerder son prochain ! Je l'ai déjà vu à l'œuvre. Tu sais, je ne t'ai pas tout raconté. Je n'ai pas envie de te faire flipper encore plus. Si je fuguais, ce serait pour disparaître de la région. Si l'année scolaire était terminée et que tu étais déjà installé à Paris, je ne dis pas, peut-être que je le ferais… Mais, là…

— Sérieusement, il ferait quoi ? Comme tu le dis, tu es majeur. S'il appelle les flics, ils lui riront au nez.

— Détrompe-toi. Il est super pote avec la moitié du commissariat. Il inventerait n'importe quoi et ça serait sa parole contre la nôtre.

— Fait chier… Donc, si tu ne peux ni partir ni lui parler, on fait quoi ?

— Bonne question… Tu as compris toute l'ampleur du problème.

— Il y a forcément une solution.

— J'en ai une, mais ça va être chaud pour ma gueule. Je vais lui dire que je suis pédé, il va devenir hystérique, puis il va me foutre à la porte. Voilà. Tout sera réglé. C'est la manière la plus expéditive pour qu'il me donne ma liberté.

— Je n'appelle pas ça une solution.

— Ben si. Tout le monde sera content. Moi je serai soulagé de lui avoir dit qui je suis, et lui pourra enfin me renier comme il en crève d'envie depuis des siècles. Je sais à peu près comment ça va se passer. Je le connais assez. La grande inconnue, c'est jusqu'où il va m'exprimer son dégoût et sa colère. Il a quand même un côté pervers qui m'inquiète. Je sais qu'il aime bien que je sois sa chose. Il adore me dominer, me foutre la trouille. Me torturer, c'est son passe-temps favori et j'ai un peu peur qu'il n'ait pas envie de s'en priver trop brutalement.

— Qu'est-ce que tu veux dire exactement ? S'enquit Abdel, de plus en plus inquiet.

— Ce que je veux dire, c'est qu'à mon avis, il ne va pas se contenter de me foutre dehors avec un coup de pied au cul et de claquer la porte. En réaction à mon coming-out, je le devine capable de vraiment péter un plomb. Ça me fait peur. Je sais déjà qu'il voudra m'humilier…

— Comment ça t'humilier ?

— Il m'en foutra plein la gueule pour me rabaisser. Il aura sûrement envie de me frapper, de me punir, de me faire me rétracter verbalement. D'entendre que je suis homosexuel, ça, je le sais d'avance, il ne l'acceptera pas comme ça.

— Moi, j'ai une autre idée : viens t'installer chez moi, et dis-lui tout ce que tu as à lui dire seulement après, par téléphone, une fois que tu seras à l'abri. Si ça le met en fureur, il pourra toujours casser de la vaisselle ou vider le chargeur de sa carabine dans le vide, mais au moins, toi il ne te fera rien.

— J'y ai pensé aussi, mais non.

— Pourquoi, Nico ? Sérieusement.

— Je ne vaux peut-être pas grand chose, mais je ne suis pas un lâche. Je te l'ai déjà dit. Il faut que j'affronte tout ça de face. Je crois qu'il y a des moments, dans la vie, où on ne peut plus reculer devant le danger. C'est comme ça.

— Pense à te protéger. C'est tout ce que je te demande.


Ils discutèrent encore un bon moment et lorsqu'ils eurent raccroché, Abdel chercha le sommeil en vain. À son grand dam, il n'était pas parvenu à le convaincre de prendre une décision moins dangereuse. Il resta à fixer le plafond, tournant et retournant dans tous les sens leur conversation. En dehors de cet affreux sentiment d'impuissance qui le hantait depuis le début de leur histoire, il ne retira de ses réflexions qu'une seule chose : un très mauvais pressentiment.


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