Aldo, l'ouvrier du chantier voisin (8)


Aldo, l'ouvrier du chantier voisin (8)
Texte paru le 2015-11-07 par Copen   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : Aldo, l'ouvrier du chantier voisin

Son œil droit et ses lèvres sont tuméfiés. Du sang séché salit ses narines et sa lèvre inférieure. Il est une heure du matin ; Aldo m’a appelé il y a trois quarts d’heure, en état de panique et de désespoir. La vérité a fini par éclater. Son entourage, principalement son frère, l’a pressé de questions sur cette prétendue petite-amie, de plus en plus mystérieuse, pour lui faire avouer qu’il s’agissait en réalité d’un homme. Le plus écœurant dans tout cela semble être l’intervention pleine de duplicité de Calisto qui avait pourtant été le premier mis dans la confidence et qui avait largement profité de la relation qu’Aldo entretient avec moi (voir épisode 2). Il a sans doute trouvé dans cette trahison la façon de se prémunir des risques que les révélations d’Aldo pourraient impliquer. En prenant l’initiative de le dénoncer, il pense sortir de la liste des complices possibles.

Quoi qu’il en soit, la réaction a été violente, son frère déclarant la famille déshonorée dans son entier par Aldo. Une bagarre a éclaté au cours de laquelle le frère a frappé Aldo au visage à plusieurs reprises, au point de le mettre dans l’état dans lequel ce dernier arrive maintenant chez moi. Autant que je comprenne, cette petite communauté habite dans le même immeuble, occupant des appartements ou des studios séparés. Aldo en a été chassé séance tenante, au milieu de la nuit, recevant l’ordre de ne jamais y revenir.

Il entre chez moi, défait et meurtri. Il pose à terre le sac dans lequel il a jeté les quelques choses qu’il est parvenu à emmener, puis fond dans mes bras. Nous restons comme cela, de longues minutes, sans rien dire. Quand l’émotion la plus violente a fini par refluer un peu, nous nous asseyons au salon, sans que pourtant Aldo ne parvienne à exprimer quoi que ce soit. Ce n’est que dans le courant de la nuit que des mots vont pouvoir dire l’émotion, la tristesse et la peur de l’avenir.

Deux mois se sont bientôt écoulés depuis cette sinistre soirée. Nous sommes couchés, nus l’un contre l’autre, sur les peaux de mouton que j’ai disposées devant la cheminée du salon de mon petit chalet de montagne. Par la fenêtre, on peut encore profiter des dernières lueurs du jour en train de disparaître, laissant juste entrevoir la neige abondante qui entoure le chalet. Les flammes qui montent dans l’âtre répandent une lumière chaude et mouvante dans toute la pièce. Nos deux corps se laissent aller à la chaleur douce et lumineuse qui émane de la cheminée. Je somnole presque, alors qu’Aldo a sa main posée sur mon bas-ventre où il y joue doucement.

Que d’événements sont survenus depuis cette nuit violente ! Les collègues de travail d’Aldo ont rapidement été mis au courant par le frère, qui ne trouvait pas de limite à sa haine. Rejet, moquerie ou indifférence distante ont constitué le lot qu’Aldo a récolté. Seuls deux des ouvriers ont fait preuve d’un soutien indéfectible ; les deux plus âgés, qu’Aldo tenait pourtant pour d’indécrottables beaufs et hétéros militants. Ils l’ont encouragé et soutenu, lui disant que c’était sa vie et qu’il devait la vivre. L’atmosphère devint néanmoins vite irrespirable et Aldo n’eut d’autre solution que d’envisager de quitter son emploi. Par chance, l’un des membres de mon fitness, patron d’une usine de bois, me vint en aide. J’entretiens avec lui – parfaitement au courant de ce que je suis gay – une amitié superficielle mais fidèle. Il trouva pour Aldo, au sein de son entreprise, un poste de magasinier. Moins fatigant, mais rémunéré de manière similaire, ce poste a largement comblé Aldo.

De mon côté, je n’ai eu d’autre choix que d’offrir à Aldo de rester chez moi et d’y habiter. Cela ne figurait pourtant nullement dans mes plans initiaux. L’idée m’en avait parfois passé par la tête, sans pourtant que je ne la retienne. Je n’ai jamais vécu en couple et ne comptait pas revoir mon mode de vie. Le destin s’est chargé de me forcer la main. Je vis donc maintenant avec Aldo. Pour mon plus grand bonheur.

Dire que mes amis ont bien compris la situation serait largement exagéré. Tous – hétéros et homos – connaissent mon orientation sexuelle. La question n’était donc pas là. Nombreux se sont en revanche étonnés de ce qu’un homme simple, voire un peu fruste, partage désormais ma vie. Ils y voyaient chez moi le fruit de quelque passion amoureuse déraisonnable qui cesserait aussi rapidement qu’elle était née. Seuls quelques-uns, au nombre desquels mes trois plus proches amis, ont compris que je vivais quelque chose d’exceptionnel et d’inexplicable qui m’habitait très profondément. Ils ont donc accueilli Aldo, lequel s’est laissé apprivoiser, parvenant petit à petit à surmonter la gêne et le malaise qui l’habitaient en évoluant dans un monde qui n’est pas le sien.

Aujourd’hui et pour six jours, nous nous offrons un répit. Loin du monde, nous vivons tous les deux reclus dans un havre de paix, pour y passer seuls les vacances de Noël.

La main insistante d’Aldo finit par provoquer chez l’un et l’autre la réaction attendue. Nos sexes sont maintenant chargés d’un désir intense, même si ce soir – le premier des vacances, jour où la fatigue accumulée au cours des derniers mois se fait fortement sentir –, je suis pourtant plus porté sur la tendresse que sur la sexualité. Constatant ma molle passivité, Aldo ne tarde pas à le comprendre. Il sait comment réveiller mon ardeur, comment me présenter son corps d’une façon à laquelle je ne résiste pas. Il s’assied à califourchon sur moi, en me tournant le dos, exposant ce dernier à la lumière dansante des flammes qui lui donne une teinte mordorée. Il s’assied presque sur mon visage, frottant alternativement ses bourses et ses fesses tant sur ma bouche que sur mon nez. Mon désir se réveille progressivement de sorte que ma langue finit par rejoindre l’intimité d’Aldo.

La force physique d’Aldo m’entoure et m’enserre : les genoux et le début de ses cuisses poilues plaqués sur mes côtés, les fesses et les bourses contre ma face et les mains sur mon sexe. En une seconde, je réalise combien cette domination physique me procure un sentiment profond, difficile à décrire parce que difficile à analyser.

Notre vie en commun a trouvé un équilibre, sans qu’il ait été nécessaire d’en débattre. La conduite de la vie quotidienne me revient ; nous vivons dans mon appartement, je finance l’essentiel de nos dépenses alors que, habitué à exécuter les tâches administratives les plus diverses, je me charge de l’essentiel des problèmes pratiques à régler. En revanche, notre vie sexuelle est entièrement placée sous la conduite d’Aldo. Si même j’apporte mes expériences à notre développement commun, c’est Aldo qui me gouverne. Je m’en remets à lui et me laisser posséder par lui. Je suis subjugué par le charisme qui émane de son corps dont chaque parcelle domine mes sens. L’odeur qui en émane, les mains vigoureuses, les bras musclés, les aisselles touffues, le torse ombragé par une broussaille noire, le bas-ventre recouvert d’une toison épaisse, le sexe large en émergeant, les jambes puissantes elles aussi recouvertes d’une pilosité mâle, les lèvres charnues et sensuelles avec la barbe naissante qui les entoure, tout se conjugue pour me saisir et me soumettre à cet être. Mon propre corps, grand et formé par une pratique régulière du sport, ne démérite certes pas. Il n’en est pas moins intégralement offert à celui d’Aldo.

A l’instant, je ne peux pratiquement pas bouger, sauf la langue posée sur le trou d’Aldo et les mains qui caressent ses fesses dont la virilité est adoucie par la lumière orangée qui vient de la cheminée. L’étreinte est douce ce soir, en harmonie avec l’atmosphère dans laquelle la pièce baigne.

Il se penche sur moi pour mettre mon membre dans sa bouche. Le mouvement est lent et doux, les lèvres formant un écrin chaud entourant et caressant mon gland. Les mains d’Aldo sont appuyées sur le haut de mes cuisses, l’une d’entre elles s’aventurant parfois au plus profond de ma raie. Aldo me pousse ainsi lentement à la jouissance dont les jets chauds finissent par se répandre dans sa bouche. Me laissant tranquillement reprendre mon souffle, Aldo garde mon membre mollissant dans sa bouche et entre ses lèvres, jusqu’à que mon souffle s’apaise.

Durant cette étreinte, Aldo ne m’a pas laissé toucher son sexe. Je comprends qu’il l’a préservé de toute excitation pour pouvoir me pénétrer aussi longtemps qu’il le pourrait. Effectivement, après un temps, il me fait relever et me pencher sur le canapé où je pose mes mains, lui révélant ainsi en toute évidence le but de sa recherche. La pénétration est lente, l’excitation d’Aldo montant progressivement au contact appuyé de mon intérieur. Nous finissons la soirée, face au feu, l’un contre l’autre, laissant venir sans retenue les sentiments multiples nés des expériences que nous avons traversées depuis notre rencontre. Nous parlons peu, laissant le plus souvent à nos corps le soin de dialoguer et de communier.

Ce matin, la réserve de bois du salon est épuisée. Aldo revêt l’une de mes vieilles chemises à carreaux achetées au Canada et descend à la cave pour y fendre des bûches. Il en remonte après trois quarts d’heure, avec un énorme sac de bois, soufflant sous le poids de la charge. Ses cheveux – plaqués sur son front par la sueur – et sa barbe sont parsemés d’éclats de bois clairs qui mettent en évidence la noirceur de sa pilosité. Malgré la fraîcheur de la cave, l’effort a mis Aldo en intense transpiration. Il pose le sac et voit mon regard sur son corps transcendé par l’effort qu’il vient de produire. Tout respire chez lui l’homme dans son état brut. Je suis sous le coup, comme la première fois et comme chaque fois que je l’ai vu arriver du travail. Il comprend l’effet qu’il me fait.

— J’arrive !

Il part dans la chambre à coucher et en revient avec le tube de gel.

— Viens !

Je n’ai pas le temps d’obtempérer qu’il m’arrache mes habits, plus qu’il ne me les enlève. En quelques secondes je suis nu devant lui, le sexe déjà quasiment dressé. Il enlève sa chemise et son pantalon, restant en slip et t-shirt. Tous deux sont trempés. Il s’affale dans le canapé, jambes écartées, les bourses saillantes dans le tissu qui les emprisonne. Il me tire à lui de sorte que je tombe à genoux entre ses jambes. Il me plaque le visage sur le slip, jusqu’à m’étouffer. Il le baisse un peu, de façon à en faire émerger son sexe et ressortir ses couilles, maintenant pressées à leur base par le tissu. Il n’a pas besoin de parler pour je sache que je dois passer ma langue dans tous les recoins. Je me mets à l’ouvrage aussitôt. L’odeur est légère, mais bien celle d’Aldo après l’effort. Mes lèvres et ma langue recueillent toutes les parts d’humidité renfermées dans le sous-vêtement. Son sexe rouge vif se promène sous mon nez et parcourt mes lèvres, les invitant au baiser. Il me fait me redresser et me plonge la face sous son aisselle droite, me laissant l’imprégner de la transpiration qui trempe le t-shirt. Il finit par l’enlever et me fait lui nettoyer ses deux côtés. Docile, ma langue s’attarde sur les boucles créées dans les poils par la sueur. Je chavire complètement, happé par la puissance érotique de ce corps.

Il se dégage et me pousse sans ménagement par terre, à quatre pattes, me pressant la tête au sol. Il s’enduit le sexe de gel et en introduit une dose généreuse dans mon trou. Sans attendre, il met son gland à l’entrée et d’un coup de hanche vigoureux me pénètre. Je retrouve l’Aldo du premier jour, celui qui m’a emmené dans des territoires inconnus et fascinants, par sa sexualité instinctive et dépourvue d’artifice.

J’ai maintenant apprivoisé ses pénétrations fulgurantes, de sorte que je peux le laisser passer sans trop souffrir. Arrivé à son but, Aldo se déchaine en moi, me transperçant et secouant tout mon corps de ses coups de boutoir. Son ventre est collé à mes fesses par sa transpiration, alors que ses couilles ballotent contre le bas de ma raie. Ses mains sont littéralement encastrées dans mes épaules, ainsi maintenues par une pression à laquelle je ne peux échapper. J’entends enfin les râles d’Aldo dont je sais qu’ils précèdent de quelques secondes la jouissance. Je me prépare donc au sursaut d’Aldo qui va s’arc-bouter contre moi, pour pousser son membre au plus loin et y verser sa semence.

Aldo ne s’attarde pas dans mon fondement. Il en ressort sans égard et s’effondre par terre haletant. Il me tire pour me faire coucher sur lui, me serrant dans ses bras et unissant nos deux bouches. Le contact, contre mon ventre, de son sexe presque encore dur et enduit de sperme me fait ressentir toute l’intensité de l’étreinte que nous venons d’avoir.

Ainsi allongé sur lui, je me laisse aller au bonheur de cet Aldo qui a gardé tout ce que j’ai aimé en lui à la première minute, auquel il ajouté une incroyable panoplie de gestes, dans tous les registres de la sexualité, qui me font voyager de la douceur la plus intense à la domination la plus envoûtante.

Je pressens que ces jours de vacances constitueront une nouvelle étape dans la recherche de cette harmonie complice, qui nous fait jouer de nos corps comme de deux instruments de musique, différents mais parfaitement accordés, prêts pour la mélodie de l’extase.


FIN