Au-delà


Au-delà
Texte paru le 2012-11-03 par Suceurfou   Drapeau-fr.svg
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Le mystère de l'amour est plus fort que le mystère de la mort (Salomé, Oscar Wilde).


Je me dirigeais dans l'allée glaciale comme un automate. Ou alors un fantôme. Triste ironie, ô mon amour ! Depuis que tu n'es plus, c'est moi qui suis devenu un fantôme. Je ne pensais pas te survivre, j'avais cru que j'allais sombrer dans la folie. Nos amis aussi s'inquiétaient de ma santé mentale. J'ai la réputation d'être trop sensible. Mais je suis courageux. Tu peux être fier de moi. Je suis fort car je te porte en moi. Ma famille m'avait déjà fait interner une fois, tu le sais ; je n'allais pas leur donner un motif de recommencer. Quelle barbarie. Ils ne m'ont jamais compris, je reste un mystère qui les inquiète. Toi seul me comprends. Je ne suis pas fou. Ou alors fou d'amour pour toi. Folie douce et bien aimée... Il faisait presque nuit. La nuit tombait vite, en ce deux novembre. Je me promenais au milieu de l'hypocrisie des tombes fleuries une fois l'an, bonne conscience des familles indifférentes. Familles, je vous hais, moi aussi. Je te rejoignais les mains vides et le cœur plein de notre amour. Sept jours sans toi ! Sans tes rires, ta chaleur, ta bite... Cinq années de complicité totale que seule la camarde imbécile put interrompre. Nous sommes faits l'un pour l'autre. Depuis toujours. Rupture d'anévrisme ! Quelle monstruosité, cette mort qui peut surgir à chaque instant sans prévenir et sans cause. Tu étais beau, jeune et sportif, tu faisais attention à ta santé, mais la mort n'en a cure. Salope !

Agenouillé devant ta tombe, je te parlais. Tu n'avais pas besoin de me répondre, je te connais si bien. Te souviens-tu de notre première rencontre ? Bien sûr ! Dans ce bar où se promenaient des superficialités chatoyantes et de superbes inutilités, tu étais... évident. Oui, c'est le mot. Il n'y avait que toi. Les autres se contentaient de remplir l'espace, de le décorer, avec plus ou moins de succès. Quelle peur ! Quel espoir ! Je savais que nous étions faits l'un pour l'autre, mais toi, le savais-tu ? Je ne voulais pas t'aborder par une de ces phrases stupides que nous avons tous trop prononcées sur les lieux de drague. Je me contentais de te regarder. Intensément. Passionnément. Fiévreusement. Tu finis par sentir ce regard. Intrigué, tu me fixas à ton tour. Secondes éternelles. Enfin, ton sourire... Nous sortîmes sans nous parler, allâmes chez toi et fîmes l'amour toute la nuit. Ta bite était faite pour mon cul, ma queue pour ta bouche. Au matin, sans mot dire, nous savions que nous nous étions trouvés. Pour toujours. C'était l'évidence. Nous vivions jusqu'alors dans les épaisses ténèbres, le jour se levait enfin, au soleil radieux de notre osmose parfaite. L'angoisse avait disparu.

Je m'allongeai sur la terre humide (la froide et dure dalle de granit n'étais pas encore installée) et me laissai aller à ma douleur. Qu'importe le regard des passants ! Qu'importe de me salir ! La terre ne salit pas autant que le mensonge ou la trahison. Je ne frissonnais pas de froid mais de manque. Nous avions tellement de projets. Tous ces voyages qui nous ne ferions jamais, tous les bonheurs qui nous attendaient, iraient-ils à d'autres ? Non, ce serait trop injuste. Tous ces couples qui s'enlacent dans la rue, qui s'embrassent sur des bancs, que ne meurent-ils pas pour te ressusciter ! À quoi peuvent-ils bien servir ? À qui ? Leur amour est mesquin et inutile. Nous étions différents, nous étions l'amour. Je m'endormis sans m'en rendre compte. Le gardien du cimetière ne m'avait pas aperçu avant de fermer les grilles. Fermer ? Pour les vivants ? Pour les défunts ? Ce n'est pas le froid qui me réveilla, mais une caresse dans mes cheveux. Je relevai la tête et te vis. Je n'étais pas surpris, seulement heureux. Je savais bien que notre amour ne pouvait pas finir dans un cercueil, mous méritons mieux. Je me suis révolté contre la mort et l'ai emporté. Les résignés n'ont que ce qu'ils méritent. Tu étais pâle, froid et fatigué.

— Victor, tes larmes ont traversé la terre, le bois du cercueil et m'ont réveillé.

— Bien sûr, mon amour. Le mystère de l'amour est plus fort que le mystère de la mort.

— Tu as tout compris...

— Avais-tu froid, là où tu étais ?

— Mais Victor, je n'ai jamais cessé d'être à tes côtés... Nous nous aimons.

— Oui, bien sûr, c'est vrai. Rien ne peut se glisser entre nous deux.

— Je suis faible. J'ai besoin de ton énergie. Baisse ton pantalon et donne-moi ta queue à sucer. Il me faut ton jus pour avoir la force nécessaire de quitter l'enclos du cimetière.

— Viens et bois-moi, mon amour !

Je pleurais de bonheur et de reconnaissance. Je savais bien que nous ne pouvions pas être séparés ! Quelle joie de sentir ta bouche autour de mon dard. Il n'y a rien de comparable à la récupération d'un plaisir que l'on croyait enterré à tout jamais. Je jouis dans ta petite gueule d'amour bleuie et tu ne laissas pas une seule goutte, mon beau vampire assoiffé de sperme ! Tu restais faible cependant, aussi avais-je dû t'aider pour sortir du champ sacré. Je te portais presque, je ne sais d'où me venait cette force inédite. Preuve que les Dieux étaient avec nous, nous ne rencontrâmes personne en chemin. Je te déshabillai, te baignai et te couchai dans notre lit. J'aimais ta beauté languide et passive, je jouis plusieurs fois dans ton corps adoré. Tu m'étais revenu différent, tu parlais peu, dormais beaucoup, mais cela correspondait à merveille à mon emploi du temps. Tu te reposais la journée pendant que je travaillais, et le soir je te réveillais d'un baiser, je glissais mon langue chaude entre tes lèvres serrées. Ah, j’ai baisé ta bouche,[...] j’ai baisé ta bouche. Il y avait une âcre saveur sur tes lèvres. Était-ce la saveur du sang ?... Mais, peut-être est-ce la saveur de l’amour. On dit que l’amour a une âcre saveur... Mais, qu'importe ? Qu'importe ? J’ai baisé ta bouche,[...] j’ai baisé ta bouche. Tu te réveillais alors, nos jeux sexuels duraient une partie de la nuit, jusqu'à ce que nous nous endormissions, fatigués et repus. D'actif, tu étais désormais plutôt passif. Je supposai qu'il te fallait encore du temps pour recouvrer toute ton énergie. Après tout, tu avais vécu une expérience peu commune... Tu n'avais plus de besoins naturels à satisfaire, exceptée l'envie de mon jus. J'aimais ton odeur, cette senteur d'humus, et peut être d'autre chose...

Nous nous aimâmes dans une extase infinie avant que les voisins jaloux ne nous dénonçassent. Les hommes et leurs lois ! Leur rationalisme ! Ils ne pouvaient pas comprendre que tu nous avions vaincu la mort. Ils jaugent tout à l'aune de leur médiocrité. D'après eux, tu étais mort ! Les pauvres cons ! Ils voient mais sont aveugles, entendent mais n'écoutent pas, parlent mais ne disent rien. J'expliquai que je pouvais te ranimer d'un baiser, mais ils ne me laissèrent pas faire. Ta famille fit des histoires, la mienne me replaça dans cet hôpital psychiatrique où j'avais déjà tant souffert, à l'âge de dix-neuf ans, après le drame survenu à mon cousin... Que savent les médecins des mystères d'un aussi grand amour ? La science est sans conscience, elle n'est que ruine de l'âme. Ils t'enterrèrent à nouveau, les criminels ! Enterré vivant... Ils sont fous ! Mais ils ignoraient que ta force m'accompagnait, mon bel amour. Sans toi à mes côtés, comment aurais-je jamais pu étrangler cet infirmier pour m'échapper ? Cela ne fut pas facile, il résistait, l'égoïste, l'obstacle à notre bonheur. Aucune pitié pour les ennemis de l'amour. Je me dirige dans l'allée glaciale, le cœur battant comme un puceau à son premier rendez-vous :

— Bonsoir, mon amour. Je suis là. Je viens te libérer. Je sais que tu m'attends. Que dis-tu ? Oui, tu as raison. Rien ne finit jamais.


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