Avec Harvey, l'homme de main


Avec Harvey, l'homme de main
Texte paru le 2012-03-31 par Jeandeni   Drapeau-qc.svg
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  • Vol. 4, no. 1
  • Date : Mars-Avril 1997
  • Rubrique : Les aventuriers de l'interactif
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Ce texte est la suite d'un récit interactif. Si vous n'arrivez pas de ce texte, veuillez lire Y'a-t-il un voyeur à la fenêtre? en premier lieu.



J'éteins ma lampe de poche, je réalise que je me suis fait du cinéma. Résolument, il n’y a personne. Mon chien a jappé pour rien. Je me sens un peu tristounet tout à coup. Retourner à ma petite crossette ne me sourit plus. J'aurais préféré un peu de feed back. Une baise avec quelqu’un renferme des éléments de surprises avec laquelle une scéance d’onanisme ne peut rivaliser. Je réalise que dans mon for intérieur je m’attendais à débusquer Narcisse dans les buissons. Il me semble que son clin d’oeil pervers qu’il m’avait fait l’autre jour aurait pu le pousser à commettre ce genre d’intrusion. Je le baiserais bien le Narcisse. Je n’en serais pas amoureux, nous ne sommes pas fait pour ça l’un et l’autre, mais on pourrait se payer du bon temps.

Il est vicieux, moi aussi. On s’entendrait bien par certains après-midi...

Le ciel est plein d’étoiles ce soir, il y a quelques étoiles filantes...

Soudain, le coeur me claque dans la poitrine, je viens d’apercevoir une ombre.

Une silhouette se dessine, plus précise, soit celle d’un homme appuyé sur le mur extérieur de la remise qui fume une cigarette. Je ne suis pas sûr d’abord, mais je crois reconnaître le profil d’Harvey.

— Harvey, c’est toi?

Bien sûr, il ne me répond pas. Il n’a jamais répondu. Alors, c’est sans doute Harvey.

Je m’approche. Il ne lève pas les yeux. Il ne bouge pas.

— Ça va? Harvey, ça va?

Je sais qu’il ne répond pas, mais au moins il nous regarde lorsqu’on lui adresse la parole. Mais pas cette fois. Son regard reste irrémédiablement braqué au sol. Et puis, tout saute en moi, ma gorge s’étrangle, mes réflexes m’abandonnent. À la lumière des étoiles, je vois briller un mince filet d’argent sous son oeil clos, le gauche, le seul que je peux voir. Harvey pleure. Ça, je ne l’aurais jamais cru.

— Harvey, je ne sais pas si je peux faire quelque chose pour toi, mais si je le peux, je vais le faire.

C’est comme s’il ne m’avait pas entendu. Il s’allume une autre cigarette comme s’il était seul au monde. Je me sens un peu ridicule. Je réalise tout à coup que je suis en caleçon devant ce grand garçon que je surprends dans un grand moment de tristesse. Si je le laisse tranquille, il va se coucher dans son petit chez lui. Il a peut-être bu, je sais qu’il aime ça. L’alcool lui fait mauvais effet ce soir.

Au moment où je tourne les talons, Harvey m’agrippe par la taille et m’attire fermement vers lui. Il me presse contre lui. Sa tête se loge au creux de mon épaule...

La lune peut hurler, la nuit peut chavirer, le monde peut ne plus être le monde, je ne suis plus sûr de rien, je ne sens que le souffle régulier de Harvey dans mon cou et ça me suffit. Le temps se disloque, je flotte sur le dos d’un nuage virtuel. Harvey ne bouge pas, l’image est bloquée.

J’écoute le rythme de son coeur, régulier.

— Si tu veux coucher dans mon lit, on dormirait bien...

Harvey s’allume une autre cigarette, ramasse son sac à dos et s’enligne pour la maison. Il monte à ma chambre, se déshabille. Tout nu, il se glisse sous mes draps. Je le rejoins. Il s’empresse de me couvrir, de se faire protecteur.

Je ne sais pas si demain, il se souviendra de tout ça. Je m’en fous. Je profite de ce moment où la chaleur de son corps m’envahit et que la tête me tourne juste à penser que sa queue est en train de bander contre mes fesses...


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