Belle comme une femme

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Numéro 15

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 15
Date de parution originale: Août 1987

Date de publication/archivage: 2018-06-07

Auteur: Claude
Titre: Belle comme une femme
Rubrique: Témoignages

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Résumé / Intro :

Claude l’ambigu se travestit en nana. Remarqué, sollicité, dragué en femme, c’est en homme qu’il se fait prendre et aimer.


C’est ma sœur, Laurence, qui m’a acheté votre magazine. Elle est bien plus vieille que moi et je la trouve formidable. Elle n’est en fait que ma demi-sœur, fruit d’un premier lit.

J’habite maintenant avec Laurence, j’ai dix-huit ans depuis trois mois et elle en a trente-trois. J’ai toujours eu les traits fins, la peau douce, je suis efféminé, même la voix ; au téléphone, on me dit mademoiselle, j’aime bien. À l’école, j’étais malheureux parfois, on m’appelait la fille ; j’avais plein de copines mais très vite, j’ai su que je n’étais pas comme les autres, j’étais troublé par les garçons. En vacances, j’avais seize ans alors, j’ai rencontré un copain, il avait bien vingt-cinq ans. J’ai fait l’amour avec lui, j’allais le retrouver tous les jours, ça a duré presque un mois. J’ai tout raconté à ma sœur, il fallait que j’en parle.

L’année dernière, quand je me suis inscrit à la fac, j’ai été habiter chez Laurence. Un soir, elle m’a maquillé, du rouge à lèvres, du bleu sur les paupières, du fond de teint ; elle a changé ma coiffure et avec mes cheveux longs, ce fut facile. J’ai mis un collier en pierres fantaisies, des boucles d’oreilles : le résultat était étonnant, j’étais belle ! Elle a ouvert la commode et la penderie et m’a dit de m’habiller avec ses affaires si je voulais. Ça m’a bien excité d’avoir un slip de fille, des collants et un soutien-gorge, même si je n’ai pas de seins. J’ai mis un corsage, un pull large par-dessus et une jupe courte. Pour les chaussures, cela fut plus difficile, car je chausse un peu grand. Laurence était étonnée, elle m’a dit que personne ne me reconnaîtrait, que ce serait bien qu’on aille se promener en filles toutes les deux. J’ai accepté et nous sommes passés chercher sa copine Stéphanie qui a déclaré que j’étais la plus belle des trois.

Dans un restaurant à Montparnasse, personne n’a fait de réflexions, qu’est-ce que c’était bien. Après, nous sommes allés prendre un café, et un garçon d’au moins trente-cinq ans nous a regardées ; il me souriait. Ma sœur m’a dit : « C’est toi qu’il drague... » J’étais folle de joie. Il a voulu nous payer un pot et on a accepté. Il était beau et s’intéressait beaucoup à moi. Il voulait que je lui donne mon numéro de téléphone, mais en fait, il m’a donné le sien. C’est lui qui m’a raccompagnée, Stéphanie était avec ma sœur devant nous.

Il m’a dit qu’il m’aimait, même si j’étais une fille.

Serge n’arrêtait pas de me faire des compliments, il posait sa main sur ma cuisse ou caressait la mienne. J’avais peur qu’il découvre la vérité. En arrivant, nous sommes descendus au parking de l’immeuble. Laurence est montée avec Stéphanie, nous, on est restés. Il m’a embrassé sur la bouche, je n’ai pas voulu qu’il fasse autre chose, je tenais ses mains à distance. Il me disait qu’il avait envie de moi. J’ai accepté de caresser son sexe, beau et très doux dans ma main. J’étais bien avec lui. J’ai fini par le sucer et à le laisser jouir dans ma bouche, j’avais déjà fait ça, mais jamais jusqu’au bout. Je suis allé retrouver ma sœur et sa copine. J’étais rouge de confusion et barbouillé par mon maquillage qui avait un peu déteint.

Le lendemain, j’ai téléphoné à Serge, il voulait me revoir. Ça a duré une semaine entière ; moi, j’avais envie de lui, mais je ne voulais pas qu’il sache que j’étais un garçon : j’ai pleuré et ma sœur était toute embêtée. Le vendredi soir, elle était de sortie avec Stéphanie. Serge m’a encore téléphoné, il m’a dit qu’il voulait me voir, qu’il allait venir maintenant. Je me suis maquillé en vitesse, essayant comme je pouvais d’être comme il me désirait. Il a sonné, j’étais au bords de la crise de nerfs, mais j’ai ouvert. Dès qu’il a été là, je me suis jeté dans ses bras en disant : « Il faut que je te parle. » Il a dit : « Moi aussi. » Il m’a fait asseoir, m’a demandé d’éteindre la lumière et, sans lâcher ma main, il m’a dit qu’il m’aimait, qu’il avait envie de moi, même si j’étais une fille, qu’il aurait préféré que je sois un garçon. Je n’en revenais pas ! J’ai déballé toute mon histoire, il m’a embrassé en me serrant de toutes ses forces puis il m’a dit : « Claude, il faut que tu le saches, tu as une sœur formidable. » Laurence lui avait téléphoné la veille, lui avait tout raconté en disant qu’elle me pensait très amoureux de lui. Il m’avait raconté son histoire de garçon pour me permettre de vider mon sac.

Ce soir-là, il est resté avec moi, on a fait l’amour presque toute la nuit. J’ai eu le plaisir de le faire jouir trois fois et une autre fois le matin où il m’a réveillé en embrassant mon sexe. Serge avait déjà fait ça avec des garçons, mais pas souvent. Notre liaison a duré cinq mois et demi. Puis il a été muté dans le Midi. Ma sœur m’a dit : « Un de perdu, dix de retrouvés. »

Deux jours après, elle m’a habillé en fille et on est allés se promener, mais il ne s’est rien passé. J’ai fait l’amour avec d’autres garçons et même avec un homme âgé de cinquante ans qui avait passé une annonce et à qui j’avais répondu. J’ai été chez lui en fille, c’est ce qu’il voulait. Je n’aurais jamais pensé que les vieux bandent encore aussi bien. Il m’a baisé pendant plus d’une heure et a attendu que je jouisse pour décharger aussi. Je l’ai revu cinq ou six fois ; avec lui c’est bon. Mais je ne peux pas oublier Serge, car lui, je l’aime.

Claude, 18 ans.