Calendrier de l'Avent (6)


Calendrier de l'Avent (6)
Texte paru le 2015-01-05 par Jules1291   Drapeau-ch.svg
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Template-Books.pngSérie : Calendrier de l'Avent

17 décembre 2014 : Cocktail

Après notre sortie dans la neige, nous sommes maintenant au bar de l’hôtel, en train de boire un cocktail pour nous réchauffer. Il y a une carte spéciale intitulée « Moondog » avec des spécialités. J’ai choisi un « Mezcalerie » et mon collègue un « True Haarlem Fashioned ». Nous trinquons, puis Stéphane me dit :

— Excuse-moi, je ne sais pas ce qui m’a pris, je t’ai agressé en sortant du sauna.

— Agressé ? Je ne l’ai pas ressenti comme ça, nous nous sommes seulement enlacés.

— Je pense que c’est à cause de la pleine lune.

— Tu es sensible à la lune ?

— Oui.

— J’espère que tu n’es pas un lycanthrope !

Stéphane ne répond pas et me regarde intensément, je suis troublé. Je commande un autre cocktail.

Alors que les 12 coups de minuit vont bientôt sonner, nous montons nous coucher. Notre société doit économiser et nous avons une chambre commune. Cela m’a déplu, mais maintenant que je connais mieux mon colocataire, les perspectives sont meilleures, quoique…

Stéphane me demande :

— Puis-je me déshabiller devant toi ?

— Quelle question. Je crois que nous connaissons déjà nos corps nus.

Stéphane enlève ses habits, je le regarde. Il me semble qu’il est très poilu, beaucoup plus que tout à l’heure.


18 décembre 2014 : Sucre

J’étais devant l’écran blanc et vide de mon ordinateur. Je n’avais pas d’inspiration. Ma muse, personnifiée en mon ami Niclasse, se rapprocha.

— Toujours en train d’écrire tes drabbles porno pour la Ficothèque Ardente ?

— Elles ont choisi « sucre », je n’ai pas d’idées.

— « Casser du sucre sur le dos sur le dos de quelqu’un » ?

— Pourquoi pas, on essaye ?

— Nous n’avons pas de sucre en morceaux…

— Cela ira aussi avec du sucre en poudre. Prépare-toi.

Niclasse alluma quelques bougies, déroula un tapis de yoga et éteignit la lumière. Pendant ce temps, j’allai à la cuisine chercher un paquet de sucre. Nous nous déshabillâmes.

— Je me mets dans quelle position ? demanda mon ami.

— À quatre pattes.

Je m’agenouillai à côté de lui, pris du sucre dans ma main et le fis tomber sur son dos, puis dans la raie des fesses. Il tressaillit. Je lui massai ensuite la colonne vertébrale. Je finis par le lécher pour éliminer tout le sucre.

— Tu as aimé ? lui demandai-je.

— Pas vraiment.

— Ce n’était pas une bonne idée, et c’est mauvais pour la santé.

Je sodomisai Niclasse afin d’oublier ce jeu raté.

Je me retrouvai au point de départ, devant l’écran blanc et vide de mon ordinateur.


19 décembre 2014 : Rose

J’étais en compagne de Guillaume de Baskerville dans notre cellule et nous allions nous coucher, lorsqu’il me demanda :

— Adso, n’as-tu rien qui te pèse sur la conscience, rien à me confesser ?

— Je ne vois pas de quoi vous voulez me parler.

— Un moine t’a vu en compagnie d’une femme.

— Une femme ! Quelle horreur ! Que Dieu me protège d’un tel péché. J’ai refusé ses avances avec énergie, comme si elle avait été le Diable en personne.

— Je suis fier de toi, tu as résisté au péché. Mais je n’aime pas la façon dont tu regardes le jeune moine Thibault.

— Vous êtes jaloux ?

— Que dis-tu là ?

— Pardonnez-moi, ça m’a échappé.

— Tu me récitera trois Pater et deux Ave pour insolence envers moi.

— Pourtant il y a des rumeurs qui circulent à votre sujet…

— Quelles rumeurs ?

— Il paraîtrait, je dis bien il paraîtrait, que vous avez enc…, pardon sodomisé ce pauvre Thibault.

— Qui t’a raconté cela ?

— Le moine Umberto.

— Et que faisais-tu avec lui ?

— Je préfère ne pas répondre.

— Bon, je vais mettre les choses au point. Demain, nous réciterons cinq Pater et six Ave.

— Et ce soir ?

— Nous allons nous connaître, au sens biblique évidemment. Enlève ta robe…


20 décembre 2014 : Paquet

J’avais vu que ma commande avait enfin été expédiée, je restai donc à la maison pour la réceptionner. Je dus attendre jusqu’à 16 heures. Le facteur sonna à ma porte et me délivra le paquet tant attendu.

— Ouf, me dit-il. la journée est finie. C’était le dernier.

J’étais bien sûr impatient d’ouvrir le paquet, mais le facteur était si mignon. Je tentai ma chance :

— Vous avez le temps ? Restez quelques minutes, je vous offre l’apéro.

— Merci, j’ai le temps.

— Que désirez-vous ?

— Une bière, si vous en avez.

Je le priai de s’installer et j’allai chercher les boissons.

— C’est sympa chez vous, me dit-il. Vous vivez seul ?

— Oui.

— Vous pouvez ouvrir le paquet, ça ne me dérange pas.

— Je peux attendre.

— Ne vous gênez pas, je connais l’expéditeur, je sais quelle sorte d’articles vend ce magasin.

— Ah bon ? Vous surveillez la correspondance de tous vos clients ?

— Seulement de certains.

— C’est autorisé ?

— Je suis soumis au secret postal, je ne dirai rien à personne.

— Et pourquoi me surveillez-vous ?

— Un homme qui vit seul, je me disais que…

— D’accord, je vais l’ouvrir, mais à une condition.

— Laquelle ?

— C’est vous qui essayez l’objet pour commencer.

— Avec plaisir.

J’ouvris le paquet.


21 décembre 2014 : Danse

Nous avions eu la répétition générale du Boléro de Ravel. J’étais le soliste et je pensais que ma prestation avait été parfaite, mais ce n’était pas l’avis du chorégraphe. Il vint vers moi :

— Pourrais-tu rester quelques minutes ?

— Bien sûr.

Il congédia le reste de la troupe et le personnel. Je m’inquiétai :

— Qu’est-ce qui ne va pas ?

— J’aimerais te demander quelque chose d’inhabituel. Pourrais-tu me la refaire, mais nu. Je pourrais mieux voir les mouvements de ton corps.

— Tout nu ?

— Tu peux garder ta gaine.

Il avait pris avec lui un lecteur de cassettes. Je remontai sur la scène, il mit en route la musique. Je dansai en me demandant à quoi rimait cette mascarade. Après l’orgasme final, je lui demandai :

— C’était bien ? Il me semble que j’étais déconcentré.

— Ne t’inquiète pas.

— Qu’avez-vous ?

— Je suis fatigué, toutes les répétitions. Nous travaillons depuis des années ensemble, nous nous connaissons bien. Je pense que le moment est venu de te poser cette question. Veux-tu être mon amant ?

Cette question ne me surprit pas vraiment, je l’avais secrètement espérée. Je réfléchis quelques instants, puis j’enlevai ma gaine. C’était la première fois qu’il me voyait entièrement nu.


22 décembre 2014 : Exotisme

J’avais parfois envie d’exotisme, mais je n’avais pas les moyens, la perspective de passer des heures dans une boîte à sardines volante ne m’enchantait pas non plus. « Le voyage en Orient » près de chez moi, c’était possible. Un nouveau hammam venait d’ouvrir. Je réservai un circuit complet.

L’hôtesse de l’accueil avait l’air désolée :

— Nous avons encore un bug avec les réservations. Vous serez avec une autre personne pour votre visite. Normalement c’est réservé aux couples.

— Cela ne me dérange pas.

— Même si c’est un homme ? Il ne parle pas notre langue.

Nous n’étions pas nus, il fallait mettre un pestemal autour de la taille. La première étape avec mon « partenaire » était le soin au rasshoul. La lumière était tamisée, après quelques hésitations nous enlevâmes la serviette. L’homme était très beau, de type maghrébin, j’observais discrètement son pénis circoncis dans la pénombre. Il l’enduisit de rasshoul, ainsi que ses fesses.

Deuxième étape, le massage au savon, rien de particulier à signaler. Les masseuses veillaient à cacher notre intimité.

Troisième étape, le bain privatif, le seul endroit du hammam où les couples pouvaient s’offrir un orgasme en 20 minutes. Son sexe était déjà dressé.

— OK ? me demanda-t-il.

— OK !


23 décembre 2014 : Rires

Je venais d'avoir 18 ans, tout me souriait dans la vie, ou presque : j'étais encore puceau. C'était la Saint-Sylvestre, le soir idéal pour perdre ma virginité. J'avais dansé toute la soirée dans le salon du Grand Hôtel où je passais mes vacances. Les rires des fêtards étaient de plus en plus bruyants.

J'avais fait la connaissance d'un jeune homme du même âge que moi, Sébastien. Nous avions skié ensemble. Il n'avait pas l'air en forme. Une demi-heure avant minuit, il quitta la salle. Ce fut comme un signal d'alarme, je le rattrapai :

— Sébastien, qu'est-ce qu'il y a ?

— Laisse-moi, tu vas rater les douze coups de minuit.

— Attends, tu as besoin d'aide ?

— Tu ne peux pas comprendre.

— Allons dans ma chambre et discutons.

Il me suivit dans ma chambre. Je lui demandai :

— Alors, qu'est-ce que je ne peux pas comprendre ?

Nous parlâmes pendant une heure, en oubliant même de trinquer à la nouvelle année, mais à la fin tout était clair entre nous. Sébastien avait le même souci que moi, il n'avait toujours pas de petite amie non plus. Nous avions décidé de nous en passer et de perdre notre pucelage ensemble.

Sébastien riait de nouveau.


24 décembre 2014 : Flocons

Nous entendîmes soudain du bruit dehors.

— Que se passe-t-il ? me demanda Sébastien.

— Ce n’est que le feu d’artifice.

Nous sortîmes sur le balcon. Il avait commencé à neiger, les flocons tournoyaient au premier plan. Derrière, les lumières colorées des fusées. Nous contemplâmes le spectacle quelques minutes, puis nous rentrâmes, il faisait assez froid. Nous allions tomber dans les bras l’un de l’autre lorsque je vis mon téléphone, j’avais reçu plusieurs SMS, dont un de ma mère au ton courroucé qui me demandait où j’avais disparu. Je dis :

— Je pense que la politesse nous impose de retourner dans la salle de bal souhaiter une bonne année à nos parents. Il faudra encore attendre une heure.

— Tu as malheureusement raison.

Nous rajustâmes nos smokings. Avant d’entrer dans le salon, je demandai :

— Comment on entre, au bras l’un de l’autre ?

— Bonne idée, ça sera clair tout de suite.

Les fêtards ne nous remarquèrent même pas. Nous présentâmes nos vœux à nos parents et amis.

— Cela n’a pas marché. Comment faire ?

— Dansons ensemble.

Nous montâmes sur la piste de danse, c’était un slow, nous nous enlaçâmes tendrement. Il y eut un froid dans l’assemblée, et les flocons n’en étaient pas la cause.


25 décembre 2014 : Flammes

Ma réputation d’auteur sulfureux avait fini par être connue et ma demande d’asile aux Enfers fut acceptée. Le Diable en personne me reçut.

— Vous accueillez tous vos clients personnellement ? lui demandai-je.

— Non, seulement les plus importants. D’une part c’est rare qu’un ange vienne chez moi et d’autre part j’ai lu tous vos récits sur Gai-Éros et je les ai beaucoup appréciés.

Je n’osai pas lui demander son orientation sexuelle. Nous prîmes le métro. Après d’innombrables stations dont le nom évoquait les pires péchés, nous descendîmes à « Récits érotiques gay ». Nous entrâmes dans un long tunnel. De chaque côté étaient attachés les suppliciés, surtout des hommes mais aussi quelques femmes. Ils étaient entourés de flammes qui leur léchaient le corps jusqu’à la hauteur du sexe. Certains me reconnurent à cause de mes ailes et m’insultèrent, me rendant responsable de leurs tourments. D’autres me félicitèrent, me priant d’écrire immédiatement des suites. Je leur demandai leur pseudo et je découvris leur véritable aspect.

Désabusé, je décidai de remonter au paradis. Ce ne fut pas possible. Je me rendis à la station de métro, celle-ci était fermée à la suite d’une grève pour protester contre les conditions de travail infernales. Pour l’éternité.


Récit supplémentaire : Le vaisseau fantôme ou la vie éternelle

Je connaissais l’histoire du « Hollandais Volant », je pensais que ce n’était qu’une légende. Et maintenant je réalisais qu’il existait, et que j’étais à sa merci sur son vaisseau fantôme. Je voulus m’enfuir, mais nous avions déjà levé l’ancre. Je m’insurgeai :

— Vous n’avez pas le droit de me retenir, je quitterai le navire à la prochaine escale.

— Tu es libre, nous accosterons dans sept ans. Mon ancien mousse n’est pas resté.

— Dans sept ans ?

J’étais effondré. Le capitaine s’approcha de moi et posa sa main sur mon épaule :

— Que redoutes-tu ? Je t’offre la jeunesse et la vie éternelles, le rêve de tout homme.

— Je ne vieillirai plus ?

— Non.

— Mais je n’aurai pas les plaisirs de la vie, une femme.

— Une femme ? Laisse-moi rire. Ton père m’a informé de tes relations avec ton cousin.

— Comment, il le savait ?

Je voyais tout à coup les choses autrement. Et la première période ne durait que 7 ans. Le capitaine me donna encore une raison de ne plus désespérer :

— Tu pourras aussi fricoter avec les autres marins, je ne suis pas jaloux, et ils aiment bien la chair fraîche.

— Bien, je suis à vos ordres.

— Déshabille-toi, que je puisse enfin te contempler.