Ce mâle que j'ai aimé (Jean-Lou0)

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Numéro 87

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 87
Date de parution originale: Mars 1998

Date de publication/archivage: 2013-11-04

Auteur: Jean-Lou
Titre: Ce mâle que j'ai aimé (Jean-Lou0)
Rubrique: Comment c'est, le premier mec?

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J’ai revu sur mon magnétoscope le premier film de Tati, “Jour de Fête”, et cela a fait resurgir de ma mémoire la fois où je me suis fait dépuceler pour la première fois par un homme. Aujourd’hui j’ai quarante-cinq ans, et les faits remontent à l’été 1970.

Je venais d’avoir mon bac, et en ce mois d’août, je passais mes dernières vacances avec mes parents, dans le Lot près de Rocamadour. À l’époque, le sexe me travaillait déjà depuis longtemps. J’avais fini par m’apercevoir que les mecs m’excitaient bien plus que les nanas. J’avais beau “m’exercer” sur la page centrale du magazine “Lui”, ça marchait beaucoup moins bien qu’avec la remémoration, sous mes couvertures le soir, de visages d’hommes entrevus la journée. Ainsi, sans m’en rendre compte vraiment, j’ai été follement amoureux de mon prof de gym, pour qui j’aurais accompli des exploits... À l’époque, il n’était pas question de clamer ça sur les toits; j’avais trop l’impression d’être un malade.

Bref, pour le 15 août, une fête foraine est venue s’installer sur la place du village. Rien à voir avec la Foire du Trône: quelques baraques de jeux, un carrousel d’enfants, quelques manèges plus adultes et, bien sûr, les “autos tamponneuses”. Soudain, à vous narrer cette histoire, me remontent au nez les odeurs, comme une mémoire complémentaire: celles de la guimauve et celles des fritures sucrées. Dans la torpeur de ce village, dont je n’arrive même plus à me souvenir le nom, cette installation, comme dans le film de Tati, provoqua une certaine agitation, surtout de la part des enfants et des ados, comme moi. Notre maison louée était juste en face, et j’ai pu ainsi suivre toutes les étapes du montage des manèges.

Je me souviendrai toujours de son visage, car il m’a fait chavirer le cœur dès que je l’ai aperçu, lui, le propriétaire des autos tampons. Bernard! Jamais depuis je n’ai rencontré un tel regard brun si vivant, si énergique, si brillant. Jamais une telle virilité! C’est là que j’ai compris que la page était tournée: j’étais un pédé, il fallait que j’assume, seul dans mon coin. Comment vous décrire Bernard sans trahir sa beauté? Environ 1m75, pas très grand mais large d’épaules, trapu, très musclé de par son travail, très méditerranéen avec ses cheveux frisés noirs et épais, ses yeux noirs comme je vous l’ai déjà dit, son teint mat très bronzé et ses lèvres pleines un peu boudeuses. Un vrai visage de mâle dans toute sa splendeur, les joues mal rasées, et toujours torse nu sous sa salopette usée, étant donnée la chaleur. Il fumait clope après clope, et ça ne faisait qu’ajouter à son charme masculin. Dès lors, il a occupé toutes mes pensées. Quand on est jeune – et à l’époque, à dix-huit ans, on n’était pas encore très mûrs, pas comme aujourd’hui –, on ne mesure pas l’importance de nos actes et les conséquences qui en découleront. J’ai commencé à lui tourner autour, à le regarder sans arrêt, le cœur au bord de chavirer. Il m’attirait comme un aimant. J'avais envie de lui, mais sans savoir quoi exactement: peut-être qu'il me serre dans ses bras, qu'il me dise des mots doux, qu'il m'embrasse, qu'on fasse la sieste ensemble, cachés aux yeux de tous. Le premier soir, je me suis branlé fabuleusement en pensant à lui. Le lendemain matin, j’étais à mon poste, à l’attendre. C’est là que j’ai vu qu’il avait une femme, qu’il était marié. J’ai l'estomac qui s’est tordu d’une souffrance soudaine. J’ai instantanément haï cette femelle, ses yeux trop fardés, son parfum agressif. Puis il est parti en voiture, me laissant seul et frustré. La journée a été affreuse.

Le soir, la fête foraine s’est mise en route: les lumières se sont allumées et la musique s’est mise à déverser ses flonflons. Bernard n’était toujours pas rentré, sa femme était à la caisse. À la nuit tombée, vers dix heures et demie, il est arrivé. Il avait toujours sa salopette, mais avec une chemisette à carreaux. Mon cœur a de nouveau bondi. Mon regard trop intense a dû le traverser: il s’est tourné vers moi et a plongé ses yeux noirs et brillants dans les miens. J’ai été saisi, mais je n’ai pas baissé mon regard; le courage du mec obligé de se jeter à l’eau! Il a souri, découvrant une rangée de dents parfaites, puis il a rejoint sa femme. J’ai passé le reste de la soirée au bord de la piste, à faire semblant de regarder les gens s’amuser au volant de leurs engins chromés. Mais je savais qu’il savait que c’était lui qui m’intéressait!

Le lendemain, j’étais encore plus excité que la veille. J’étais obsédé, je n’entendais plus rien de ce qu’on me disait. Mon père, le midi, a suggéré que j’avais peut-être trouvé une “copine” à la fête. Je me souviens avoir violemment rougi. Il n’avait pas tort, sauf que ce n’était pas une copine... Après le déjeuner, je me suis mis à rôder autour des camions et des caravanes. C’était la torpeur lourde des après-midis d’été, une chaleur moite annonciatrice d’orage. J’étais malheureux comme une pierre. Tout à coup, j’ai senti une présence derrière moi, et je me suis retourné. C’était Bernard, il me regardait. “Tu cherches quelque chose, petit?” Petit! J’étais plus grand que lui, mais lui, il avait bien le double de mon âge! Je suis resté pétrifié à bredouiller un vague “non”. J’ai pris peur, je me suis enfui. J’ai grimpé la colline pierreuse derrière la maison, jusqu’au petit bois; le chant des cigales me cassait les oreilles. Je ne savais plus quoi faire. Au bout de cinq minutes, j’ai entendu du bruit et j’ai vu arriver Bernard. J’avais été trop loin, sans m’en rendre compte, il savait maintenant. J’ai eu très peur, j’étais pris à mon propre piège. Il s’est arrêté, m’a regardé, et il m’a dit: “C’est moi que tu cherches, hein? Si tu crois que j’ai pas vu tes mirettes me mater depuis le premier jour...” Sa voix était âpre, cassée par la cigarette. J’ai frissonné. Je n’ai pas répondu. J’ai attendu qu’il vienne, qu’il me casse la figure, qu’il raconte tout à mes parents, à tout le village, au monde entier! Il m’a demandé mon âge, et comme rassuré, il s’est approché, il m’a pris dans ses bras et m’a embrassé en mettant tout de suite la langue; une langue que j’ai trouvée très épaisse, et qui a fouillé toute ma bouche sans beaucoup de tendresse. Il m’a peloté comme ça aussi. “Touche-moi le paquet, t’en rêves”, il m’a dit. Timidement, j’ai commencé à malaxer son entrejambe. C’était déjà énorme et dur. “Sors-la, allez!” J’étais tellement nul qu'il a dû le faire lui-même. J’ai vu surgir son membre, à l’image de son propriétaire: pas très long mais épais, avec un gland rouge vif. C’était la première bite que je voyais, à part la mienne, plus longue mais plus fine. J’ai senti tout de suite son odeur. J’ai bandé très fort. Sans qu’il me l’ait demandé, je me suis mis à genoux et j’ai couvert sa bite de petits baisers. C’était ça, ma vie future! J'ai fini par la gober, mais je m'étouffais à chaque fois qu'il voulait aller trop loin. "Arrête, petit, tu vas me faire gerber la viande!" L'expression m'est restée en mémoire... Il m’a désapé, il m’a couché sur les fougères, il a regardé autour de lui pour vérifier qu’on était seuls, et il s’est mis à me lécher partout, mais sans me sucer la bite. Il m’a couché sur le ventre, il a écarté mes fesses, et sa langue s’est immiscée sur mon anus. J’ai ressenti un immense bien-être. Ses joues mal rasées me râpaient la peau du cul, ses mains calleuses me tripotaient partout, je m’abandonnais à lui, au mâle, j'étais bien à sentir sa langue me bouffer le trou du cul. Je me suis mis à gémir et à onduler des hanches sans m'en apercevoir. Il a dû prendre ça pour une invitation à aller plus loin.

Il s’est couché sur moi, et soudain j’ai senti quelque chose de dur tenter de me pénétrer. Je me suis débattu, paniqué, mais il était plus fort que moi! Il m’a bâillonné avec une main et a donné un violent coup de reins. D’un coup, toute sa bite est entrée en moi. J’ai crié derrière sa main. J’ai cru qu’il me déchirait l’intérieur, une douleur aiguë, vive, comme une brûlure. Il s’est mis à aller et venir tout de suite rapidement. Moi, les larmes ont commencé à couler, mais déjà la douleur s’estompait un petit peu. J’avais beau, dans ma panique, me dire qu’il était là, sur moi, à me faire l’amour, ce n’était pas du tout ce que j’avais imaginé. Il n’était pas amoureux de moi, il me violait tout simplement. J’ai fini par me laisser faire. Ça n’a pas duré longtemps. Il a donné un dernier coup de reins, et il a joui en grognant. Il est resté comme ça, sans bouger. Nous étions en sueur, et la sienne sentait fort. “Pourquoi tu chiales? C'est pas ce que tu voulais?” il a fait. “Vous m’avez fait mal! C’est la première fois... C’est pas ce que je voulais, je vous aime...” C’est à peu de choses près ce que j’ai dû lui dire avant de me remettre à pleurer, doucement cette fois-ci. La déception était à la hauteur de la douleur ressentie.

J’ai senti que ma confession le remuait. J’ai dû toucher sa corde sensible à lui avouer mon amour. Il a commencé à me mordiller, toujours allongé sur mon dos, les oreilles, à m’embrasser la nuque, avec une douceur qui contrastait tellement d’avec son comportement précédent que j’ai repris confiance. “Tu m’aimes, alors?” “Oui...” “Je m’appelle Bernard. Je suis désolé pour tout de suite. J’ai pensé que tu me tournais autour pour te faire enculer, et rien d’autre! Alors comme ça, tu m’aimes? Pourquoi?” “... Vous êtes beau... je vous ai aimé tout de suite... il ne faut pas que mes parents sachent!” “Ils ne sauront rien, je te le jure!” Il a continué à m’embrasser, à me caresser le ventre, la poitrine avec ses mains. Je me suis remis à bander. J’ai eu à nouveau confiance. Le plaisir est revenu, je prenais plaisir à le sentir lourd sur moi. Sa bite était toujours fichée en moi, et je l’ai sentie regrossir, redevenir dure. Il continuait à me mordiller, à m’embrasser, à me caresser. La sueur nous mouillait complètement. Je me suis pris à en aimer l’odeur, à aimer son haleine tabagique contre ma nuque, à apprécier sa grosse bite en moi. Peu à peu, il a recommencé à coulisser dans mon cul, tout doucement, et sans y réfléchir vraiment, j’ai commencé moi aussi à accompagner ses va-et-vient de coups de hanches. Je n’avais plus du tout mal, au contraire, je sentais comme un grand plaisir m’irradier de partout. Il a accéléré son mouvement, de plus en plus. La jouissance a surgi en moi brutalement, une immense jouissance qui m’a fait éjaculer sans me toucher. J’ai crié, et j’ai senti que Bernard éjaculait à son tour, pour la deuxième fois dans mon cul. J’aurais voulu que le temps s’arrêtât, que cela durât une éternité...

Mon premier amour n’a duré que cinq jours, cinq jours de bonheur fou, de félicité à aimer cet homme chaque début d’après-midi. Depuis, à y réfléchir, je n’ai jamais retrouvé une telle émotion, de ces premières émotions adolescentes qui font toute une vie. Inconsciemment, j’ai toujours recherché un mec qui ressemble à Bernard. Je ne l’ai pas encore trouvé...