Clément et Camille (2)


Clément et Camille (2)
Texte paru le 2015-03-26 par Kitty   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : Clément et Camille

Au pied du petit phare blanc et vert, dans les ors du levé, on a du mal à cesser de s’embrasser.

— Je te fais pareil ? me propose Camille, la prunelle pétillante.

Mon Dieu, j’aimerais bien, ça me comblerait même, car mon sang ne va pas tarder à entrer en fusion avec mes nerfs, mais un bateau de pêche approche sur le chenal. Deux autres suivent non loin derrière. La marée montante vient d’atteindre le bon niveau pour que les travailleurs prennent la mer. Le défilé ne va plus cesser. En plus, il fait maintenant grand jour et le brouillard a fini de se dissiper. N’étant pas suffisamment exhibitionniste pour céder à la tentation dans ces conditions, je fais la moue en avisant les trouble-fête naviguant. Camille a retrouvé l'humeur la plus éclatante qui soit, et ma mine dépitée la fait rire.

— De toute façon, j'imagine que tu as envie de plus, ajoute-telle, mi inquiète, mi gourmande.

— J'ai envie de toi, dis-je, plein d'espoir.

— Ça je sais ! Tu me le répètes assez. Moi, ce que j’aimerais savoir, c’est de quelle manière tu as envie de moi.

— Mais je te l’ai dit : de toute les manières.

— J’en doute.

— Je suis prêt à te faire tout ce que tu souhaites. Laisse-moi te montrer, et tu verras.

— Et moi ? Est-ce que je pourrai te faire tout ce que je veux ?

— Mais oui. Absolument.

— Mm, mm, fait-elle en faisant mine de me scruter d’un air suspicieux. Tout ce que je veux ? Vraiment ?

— Bon, dans les limites du raisonnable, évidemment.

— Ah, voilà. On y vient. Et elle consiste en quoi tes « limites du raisonnable » ?

— Camille… Je n’aime pas parler de sexe. Je trouve que ça brise la magie. On a vraiment besoin de rentrer dans les détails ?

— Toi peut-être pas, mais moi, oui. Désolée.

— Bon, pose-moi des questions, alors. C’est bien parce que c’est toi.

— Je viens de t’en poser une : quelles sont tes « limites du raisonnable » ?

— Ah, oui…

Je me mets aussitôt à songer à toutes les choses dégoûtantes, mais ultra jouissives, que la belle et perverse Mathilde s’est plu à expérimenter sur moi.

— Le plus simple, c’est que je te parle de Mathilde, la femme avec qui je suis sorti ces six derniers mois.

— Oh… Premières nouvelles. Pourquoi tu m’as dit que tu étais célibataire, alors ?

— Parce que je l’étais. Entre elle et moi, il ne s’est rien passé sur le plan sentimental, ni même affectif d’ailleurs… En plus, elle est mariée.

— Ce n’était qu’une histoire de cul, donc ?

— Oui. On ne se voyait que pour ça.

— Alors ?

— Alors, elle m’a appris pas mal de choses. Et les limites du raisonnable, du moins les miennes, je les ai atteintes avec elle. — Je soupire, me gratte le cou, un peu gêné de devoir mettre des mots sur tout ceci. — Par exemple, elle m’a fait découvrir que j’aimais me soumettre.

— Te soumettre ?

— Oui… Moralement je ne suis jamais ressorti très fier de ces séances, mais physiquement, la vache… Sans aller jusqu’au sadomasochisme, elle m’a appris à me laisser faire, à aimer me retrouver à sa merci, passif. Elle m’a fait découvrir que c’était très excitant d’inverser les rôles… En quelque sorte…

— C’est un peu confus. Est-ce que tu es en train d’essayer de me dire que cette femme t’a fait découvrir le plaisir anal ?

— Je… On peut dire aussi ça comme ça, oui, dis-je en rougissant.

Un sourire tendre et malicieux éclaire le visage de Camille plus efficacement que le soleil matinal. Mon manque d’aisance pour évoquer ces choses a l’air de la ravir.

— Alors, c’est vrai, tu n’aimes vraiment pas parler de sexe… Je te torture, là, hein ?

— Je n’ai pas l’habitude, c’est tout. Je préfère pratiquer.

— Mm, mm.

Son regard amoureux m’éclabousse de ses bleus pâles. Voilà, maintenant, j’ai l’impression d’être à poil devant elle, et cette conversation achève de me plonger dans des affres physiques éprouvantes à contenir. Ma stupide pudeur issue des vieux relents de mon inconscient judéo-chrétien m’empêche de développer le propos, et je prie le ciel pour que mon interlocutrice s’en tienne là avec ses questions.

— Tu sais quoi ? Je crois qu’on aurait dû avoir cette conversation dès notre première nuit, dit-elle. Ça m’aurait beaucoup aidée à ne pas stresser autant. Ça m’aurait aidée à comprendre que tu es peut-être prêt à tenter l’aventure avec un spécimen de mon genre…

— Oh, il n’y a pas de peut-être, je t’assure. Et, je pensais que la confiance suffirait.

— La confiance ne suffit pas toujours.

Elle me touche le visage avec douceur. Notre baiser reprend, s’attarde, devient suave et sexuel. Le désir me brûle. Je voudrais nous téléporter dans mon lit et la prendre comme un sauvage… ou l’inverse, peu importe, du moment qu’on s’aime enfin.

— On rentre ? suggère-t-elle pour mon plus grand bonheur.

Elle est déjà debout. Je range vite-fait gobelets et thermos dans mon petit sac-à-dos et saisis la main qu'elle me tend. Bras-dessus, bras-dessous, suivis du chien calmé par ses deux heures de courses en tous sens, nous nous en retournons dans la lumière pure de ce matin de mars.

Nous marchons vite, parlons peu, et, pour une fois, omettons de passer à la boulangerie. Une fois au chaud, avant n’importe quoi d’autre, nous éprouvons le même besoin de nous voir enfin nus, debout, en pleine lumière. Subjugués l’un par l’autre, nous semons un à un nos vêtements en nous contemplant, de l’entrée du salon jusqu'à ma chambre. J’ai au ventre ma faim la plus belle, impérieuse, animale, mais sereine de se savoir bientôt comblée, une faim dont l’intensité ne m’empêchera pas de savourer notre véritable première fois. Contempler la beauté androgyne de Camille me trouble définitivement. À dire vrai, elle me trouble plus que toutes les femmes que j’ai connues. Il me faut l’admettre. Elle se laisse caresser du regard, pour une fois sans appréhension. Son visage admirable, ses jambes et ses bras gracieux, sa taille mince, son port de tête, toute cette grâce féminine alliée à sa musculature délicatement dessinée, à ses épaules développées, à sa poitrine si tendrement masculine, font d’elle l’être le plus fascinant qu’il m’ait été donné d’approcher. Le désir gonfle son sexe de garçon. Jusqu’à notre incartade en extérieur, tout à l'heure, je ne l’avais connu qu’au repos, le jugeant d’une taille modeste en comparaison du mien. Le fait est qu'en érection, Camille n'a rien à m'envier. J’ignore si j’avais quelques désirs homosexuels inconscients, mais j’ai hâte de redécouvrir son volume plus intimement, et encore plus hâte de faire ce qu’il faut pour cela… J’ai surtout hâte de la voir prendre son pied.


Nos corps, nos bouches, nos souffles s'aimantent, comme le sont déjà nos âmes et nos cœurs. Langues avides, nous reprenons notre baiser où nous l’avions laissé au pied du phare. Pendant que je glisse mes mains sur elle, des épaules aux hanches, elle me caresse les fesses, les reins, presse entre nos ventres mon sexe érigé… J’aime tellement sa façon d’embrasser, si généreuse. Nous nous sommes prodigués maintes tendresses depuis que nous dormons ensemble, mais aujourd’hui c’est différent, elle frémit de bonheur. Aujourd’hui, Camille n’a pas peur. Elle a envie. Enfin ! Ses gestes sur moi sont empreints d’assurance. Déjà, je voudrais être à elle…


Elle m’entraîne jusqu’au lit mais ni l’un ni l’autre n’avons l’idée de nous y allonger. Nous n’avons pas fini de nous aimer debout. Les rideaux tirés atténuent la luminosité entre leurs pans bordeaux et la semi pénombre chaude magnifie les lignes de nos corps.

— Ce que tu es belle, dis-je en effleurant son visage de l’index pendant qu’elle passe ses mains sur ma poitrine avec l’air d’en écouter les battements.

Je la devine disposée à m'autoriser tout ce qui l'effrayait encore hier. Je vais commencer par réaliser ce fantasme qui m’obsède depuis que j’ai accepté la vérité qui est la sienne. Je m’agenouille à ses pieds sans rompre le lien de nos regards. Je suis intimidé, mais plein de sève. Sous ma peau gronde une ardeur terrible que je veux mettre à son service. Un bref instant, j’ai l’impression de m’apprêter à vénérer la déesse sumérienne Inanna ou je ne sais quelle divinité androgyne fabuleuse et immémoriale.

J’applique mes lèvres sur son ventre lisse, près du nombril. Au vibrato de sa respiration, je sais que son émotion est aussi intense que la mienne. En quelques baisers doux, j’atteins son sexe. Il s’anime sous la pointe agaçante de ma langue. Par en-dessous, je surveille Camille. Attentive, lèvres entrouvertes, elle me regarde faire. Depuis que nous sortons ensemble, si elle m’a laissé la masturber, sans succès, jamais encore elle n’avait accepté que je la suce. Sans doute, dans l’état de blocage où elle se trouvait, était-ce pour nous éviter à tous les deux une déconvenue supplémentaire. Aujourd’hui, dans ce matin radieux, je m’empare d’elle avec un bonheur fébrile qui me surprend moi-même. Jamais je n’ai fait de fellation, pourtant, je m’y emploie sans hésitation. Je veux sentir son gland durcir contre mon palais et des frissons passer sous son épiderme, goûter enfin le bonheur de la voir avide de mon contact. Je veux la faire défaillir. Je la suce à un rythme soutenu et de manière ininterrompue, précisément comme j’apprécie qu’on me le fasse. Cela me semble d’un naturel confondant, pas moins en tout cas que de lécher une femme « cisgenre », comme dirait Camille. Sous l’effet de mes attentions, elle ne tarde pas à bander dur, et, plus son érection s’accentue entre mes lèvres, plus je désire et j’accepte son sexe dans ma gorge, et plus mon corps s’ouvre. Je ferme les yeux, m’applique, me concentre sur les sensations qui se mettent à crépiter dans nos nerfs, à l’unisson. Je décolle, Camille également. Ses soupirs plus profonds me confirment ce que la tension de son sexe et un nouveau goût salé-sucré me disent déjà : le plaisir devient intense. J’aime l’entendre haleter doucement, émettre d’infimes plaintes et sentir ses doigts se crisper sur mon crâne. J’ai beau avoir la mâchoire qui fatigue, et n’en plus pouvoir d’impatience de recevoir cette verge dure ailleurs en moi, je ne sais pas comment m’arrêter de la téter, de la cajoler, de l’engloutir… J’en salive comme un fauve affamé. C’est finalement le besoin de redécouvrir le visage de Camille qui m’oblige à lâcher prise. Les joues rose vif, le regard voilé, elle me sourit. Il me sourit. Camille me sourit. Elle a raison, je ne parviens plus à penser uniquement « elle » face à cette magnifique érection. Mais contrairement à ses craintes, cela me plaît, cela m’enflamme.

— Tu as failli me faire jouir, me dit-elle.

— Tu veux ? Je continue ?

— Viens.

Elle me relève et m’enlace. On se laisse tomber sur le lit. On n’a plus la patience, ni elle, ni moi, pour la lenteur. Son sexe contre le mien m’affole tellement que je ne sais plus où j’en suis. Je me frotte à elle, nos bouches luttent âprement, nos gestes s’emballent. Je voudrais pouvoir calmer mon emportement, que Camille me guide, qu’elle me dise ses envies, mais elle se trouve dans le même état fébrile que moi. Au cœur de notre étreinte emportée, à la faveur d’un mouvement, je me retrouve sur elle, sa queue raide entre les fesses. Ce contact achève de faire éclore l’impérieux désir de me faire prendre. Oui, c’est cela que je veux plus que tout : que son plaisir, sa chair, son sexe me fouaillent et m’asservissent. Peut-être n’ai-je toujours rêvé que de cela : que la femme que j’aime me possède. Nous n’aurons même pas à nous encombrer de préservatifs puisque nous avons fait nos tests de dépistage tout récemment, espérant que des résultats négatifs aideraient Camille à se détendre…

Maladroitement, mais bien décidé, je presse son gland contre mon anus.

— Tu es sûr ? s’enquiert-elle, un peu surprise.

— J’en ai très envie, la rassuré-je. Pas toi ?

Elle me fait son air malicieux, l’air de dire « oh que si, je vais te faire ta fête ! ».

— Tu n’as pas du lubrifiant ?

— Si. J’en utilise toujours pour me masturber.

Je n’ai pas plutôt sorti le flacon du tiroir de la table de nuit qu’elle s’en empare.

— Donne-moi ta main.

Elle me verse une rasade de gel au creux de la paume.

— Mets-en moi, et montre-moi tes jolies fesses.

Pendant que j’enduis son sexe en appréciant sa merveilleuse rigidité, elle s’occupe de mon anus. Quand je vois l’effet que me procure déjà le doigt qu’elle glisse en moi, je m’inquiète de ne pas tenir bien longtemps sur la longueur…

— Mm, tu es détendu, constate-t-elle en le faisant aller et venir avec délicatesse

Elle en ajoute un second. C’est bon, tellement bon… Mon sexe commence à en pleurer son miel, et de drôles de palpitations papillonnent dans ma poitrine. Affaibli de bien-être, l’excitation anale que ses caresses me procurent commence à me faire divaguer. Ça me déconcentre si bien que je ne parviens plus à m’occuper de son érection que par intermittence.

Quand elle m’invite à me retourner, je n’ai qu’une envie : me faire prendre jusqu’au cœur. Je m’installe à cheval sur elle, dans le bon axe. Une tension grave soude nos regards comme sa belle queue élancée s’enfile dans ma chair ouverte. Sans effort, sans difficulté, je l’accueille toute entière. Mon rythme cardiaque s’agite encore plus violemment, et je dois me mordre les lèvres pour ne pas crier … Ah, me faire mettre en douceur par ma belle Camille, j’en ai si souvent rêvé ces derniers jours. Assis sur elle, la maintenant en moi jusqu’à la garde, je remue légèrement d’avant en arrière. C’est un vertige inédit que la pression de ce sexe vivant contre ma prostate. Quel bonheur de me sentir empli non pas d’un jouet inerte, mais d’amour ! Au moins, Mathilde et ses godes humiliants, à défaut de m’avoir apporté quoi que ce soit de positif sur le plan psychologique, n’auront pas été un entrainement vain pour préparer mon corps. Camille, apparemment aussi bouleversée que moi, caresse mon visage en sueur. J’en profite pour attraper son index entre mes lèvres. L’air fasciné, elle me laisse le faire coulisser entre mes lèvres, lentement, comme son sexe entre mes fesses. Il me semble que l’initiative la fait durcir encore. Je respire si fort que je finis par m’étourdir. Je sais que si je bouge trop vite ou trop fort, sur elle, je risque de jouir.

— On dirait que tu prends ton pied, sourit-elle.

— Oh, oui…

— Tu es magnifique, ajoute-t-elle en me caressant le torse.

J’ose accentuer un peu mes mouvements. La force des sensations me fait gémir, fait basculer ma face vers le ciel, me fait refermer ma poigne sur mon sexe congestionné… Je lévite, et, de nouveau, le sirop du bonheur perle à mon gland. Camille, soudain, comme si elle n’en pouvait plus, me rappelle à elle, m’accroche par la nuque pour avoir ma bouche. Docile, heureux, je me noie sur ses lèvres exigeantes. Je me soumettrai à toutes ses volontés. Comme je suis plié sur elle, elle profite que mon corps pèse moins sur son bassin pour m’infliger des coups de reins brefs et vifs. Livré à l’énergie agressive qui la soulève ainsi vers moi, je me cache dans son cou en sueur pour mieux me vouer aux sensations. Elle m’assaille comme une pluie d’orage. Dans un état second, j’écoute son sexe amonceler au centre de mon corps la tornade de l’orgasme.

— Je t’aime, lui dis-je.

— Moi aussi, je t’aime.

Je quitte mon refuge et me redresse pour l’accompagner dans une danse voluptueusement. Elle accélère, je la suis. La tension devient extrême.

— Oh, oui ! Bouge. Bouge plus fort, m’implore-t-elle.

Elle s’essouffle, se soulève de plus en plus violemment et de plus en plus vite. Elle lance son sexe si loin en moi que j’en perds la tête. Entre douleur et volupté, une jouissance indescriptible émerge et s’intensifie, devient inouïe. Les exclamations qui m’échappent me donnent l’impression de m’entendre agoniser… J’ai l’impression de chevaucher le plaisir lui-même.

— Je viens, me prévient-elle.

Ces mots à peine prononcés, Camille lâche un cri étouffé et se cabre sous moi dans un long spasme. Son visage renversé est la plus belle chose que j’ai vue de ma vie, et ses jets chauds qui fusent en moi le don le plus bouleversant que j’ai jamais reçu… Je ne suis plus homme, mais volcan, plus vaste que le monde, fait de lave déferlante, une lave qui m’envahit et veut jaillir. Je me touche à peine, et je jouis moi aussi. Je jouis comme jamais, sur la plaine mouvante de son ventre essoufflé.

Moi qui ai toujours été très porté sur les choses de l’amour, moi qui ai tant aimé expérimenter ma sexualité dans les bras de tant de filles, me voilà choqué par la puissance de mon plaisir avec Camille. Je reste écroulé sur elle, à demi conscient, ne parvenant à me centrer que sur la troublante sensation de son sexe qui débande et me quitte. Le vide laissé et le sperme qui s’écoule me procurent un drôle de sentiment entre la frustration, comme si je n'en avais pas eu assez, et l’apaisement d'avoir enfin pu me livrer de manière accomplie. Notre échange a été si puissant que je me sens sur le point de pleurer…


Des lèvres douces et fraîches sur mon front me font revenir à moi. Camille est radieuse. Elle me ceinture de ses jambes. J’ai encore envie d’elle, envie de posséder la femme. Mon sexe est toujours dur. Je veux sa bouche et ses soupirs, je veux son ventre, ses bras, son corps qui s’offre… « Mets-la-moi » murmure-t-elle. Encore étourdi, mais affamé d’elle, j’enfonce mon gland gluant de sperme dans sa chair étroite. Elle râle et me plante ses ongles dans ma peau.

— Doucement, Clément. Ça fait si longtemps.

Je sais pourquoi elle me dit cela. Elle ne s’est donnée à aucun homme depuis des années. Je refrène mon impatience, et ne pousse plus loin en elle qu'avec prudence. La satisfaction qui embellit encore ses traits m’encourage. Elle est aux anges, me supplie doucement. Quand je suis en elle complètement, je remue faiblement. Jamais chaleur d'un corps ne m'a semblé plus exquise. Elle me sert contre elle, m’enjoint à y aller plus fort et plus vite. Malgré le fait que je viens de jouir, je sais déjà que je ne vais pas pouvoir faire durer longtemps. J’amplifie mes mouvements jusqu’à me retirer presque complètement entre chaque coup de rein.

— Continue comme ça et je vais me mettre à crier, souffle Camille.

— Tu veux ?

— Oh oui…

Je continue donc, tendre, ample, énergique. Elle se met à divaguer en me priant de ne pas m’arrêter. Elle veut ma bouche, elle veut sentir le mouvement de mes coups de rein sous ses mains, elle me veut plus profond et plus rude. Elle lève les jambes plus haut. La jouissance qui approche déjà lui fait fermer les yeux. Quand elle se met à se masturber vivement, je cesse de contenir la vigueur sauvage qui me tente. Elle gémit tout ce qu’elle peut, ne sait plus à quelle partie de mon corps s’accrocher ni qui supplier. Nous sommes en nage, unis à mourir. Elle me répète en boucle que je la fais jouir, que c’est bon, « si bon ». Elle a l’air encore plus épuisée que moi. Pour reprendre mon souffle, je fais le rythme plus doux et chaloupé. Elle apprécie visiblement l’accalmie autant que ma fougue. Je remplace sa main autour de sa verge. Je veux l’achever en beauté, faire s’envoler en même temps la femme et l’homme. Je fais mes va-et-vient implacables en la masturbant comme je me masturbe moi quand je suis sur le point d’éjaculer. Autour de mon sexe, s’enclenchent les contractions de sa chair affolée avant même que son sperme ne jaillisse. Sa jouissance appelle la mienne aussitôt. J’éclate une seconde fois en poussant un cri libérateur.

Camille me sourit, en larmes. Je lui baise la bouche, les paupières, je lèche l’eau salée sur ses joues brûlantes et sur ses tempes, la sueur sur son front, et je m’échoue sur elle, à bout de forces. On s’enlace étroitement, comme si nos vies en dépendaient, comme des amants séparés qui se retrouvent après un long voyage. Je pleure aussi.