Clandestin sur le "Titanic" (4) 14 avril 1912


Clandestin sur le "Titanic" (4) 14 avril 1912
Texte paru le 2012-04-23 par Suceurfou   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : Clandestin sur le "Titanic"

De toute ma carrière, je n’ai jamais connu d’accident d’aucune sorte qui vaille la peine d’être mentionné. Pendant toutes ces années passées en mer, je n’ai vu qu’un seul navire en détresse […]. Je n’ai jamais vu de naufrage et je n’ai jamais fait naufrage moi-même, ni été dans une situation difficile qui menaçait de tourner au désastre […]. Je ne peux pas imaginer qu’un désastre quelconque se produise avec ce navire : la construction navale moderne a dépassé ce stade. (Commandant Edward John Smith, 1907).

Un matelot.

Ce ne fut pas le désiré Thomas Andrews qui me réveilla mais un simple matelot. Il m'ordonna de le sucer pendant qu'il m'expliquerait certaines choses. Pour ne pas perdre de temps, prétendit-il. J'obéis. Une queue de plus ou de moins... Le commandant Smith avait décidé que mes bons offices auprès des grosses légumes étaient fini. Il craignait que mon cul ne fût plus assez frais pour ces messieurs ! Comme s'il n'était pas le premier responsable de l'état de mon cul. Je faillis mordre de rage le pauvre matelot. Comme des soutiers avaient tenté de pénétrer dans la chambre d'une passagère de troisième classe pour lui faire subir les derniers outrages, le commandant comptait sur moi pour les calmer ! J'allais enfin travailler à la chaufferie, mais pas comme je l'imaginais. Mon pompé m'expliqua que ce genre de petits problèmes était fréquent et que c'était pour cela que des grilles séparaient les hommes du ventre du navire des passagers. Aucun contact n'était autorisé entre les deux mondes. Il y avait donc des grilles, mais aussi des jeunes hommes vigoureux, motivés et bricoleurs... Il finit par éjaculer dans mon bouche. Je le nettoyai conscencieusement. Il me donna une petite tape sur la tête pour me remercier, comme si j'étais un gentil cabot...

Les gueules noires.

Je le suivis, déjà prêt au pire. Nous descendîmes des escaliers et des escaliers. Cela me parut interminable, ce navire était donc aussi profond que long ? Je ne me sentais pas rassuré en descendant en dessous du niveau de la ligne de flottaison. J'avais l'impression de ressentir davantage l'hostilité des noires profondeurs. Qui sait ce qui se trouve au fond des océans ? Heureusement que le Titanic est insubmersible, grâce à ses caissons étanches, miracles de la technologie moderne. Tout le monde le sait. En outre, il fut conçu par Thomas Andrews, rien de mal ne peut venir de ce grand ingénieur, de cet homme remarquable, de ce baiseur né...

Les salles des machines étaient... monstrueuses, je ne trouve pas d'autre mot. Au lieu d'admirer le génie humain capable d'une telle oeuvre, je me sentais mal à l'aise. De quels fourneaux étaient sortis ces pièces métalliques deux fois plus grandes que moi ? J'avais l'impression d'être entré par effraction dans l'antre d'un ogre ou d'un géant, et je craignais d'être surpris par son retour inopiné.

Que dire des odeurs, du bruit et de la chaleur ? 60 degrés dans les chaufferies... Un enfer flottant. Les souteurs ou gueules noires étaient effrayants. Couverts de cambouis, de charbon, leur visage montrait plus de saleté que de chair. Ces damnés de la mer avaient vieilli prématurément à cause des conditions effroyables. Je commençais à avoir des doutes sur la notion de progrès comme synomyme évident de vie meilleure. Et traités avec dureté, ils étaient devenus eux-mêmes durs.

— Un cadeau du commandant ! Profitez-en bien, les gars...

Le matelot repartit sans se retourner. Frederick Barrett[1], chef de souteurs, m'ordonna de me déshabiller. Je le fis au milieu des rires gras et des sifflets. Des mains sales et rugueuses me caressaient, ou plutôt me palpaient, sans douceur aucune. J'allais déguster, à l'évidence. Barrett avait donné à ses hommes, par alternance, une pause de dix minutes. Ils avaient donc ce court laps de temps seulement pour prendre leur pied et se vider en moi. Je n'attendais déjà pas beaucoup de tendresse, mais dans de telles conditions, inutile de rêver. Un mec me mit sa bite dans la bouche. Elle sentait fort, mais que pouvais-je faire ? Une autre queue s'enfonça dans mon cul. Mon cul blanc pour les gueules noires. Les deux hommes me baisaint les deux orifices frénétiquement, obnubilés qu'ils étaient par leurs dix minutes fatidiques... Ils jouirent, se retirèrent et furent remplacés par d'autres. Et d'autres...

Et ainsi de suite, pendant des heures. Ma pauvre mâchoire me faisait mal. Mon cul, quant à lui, plus de problème. En effet je ne le sentais plus. Comment aurait-il pu se refermer ? Il n'en avait jamais le temps. Combien étaient-ils ? Je cessai de compter après le huitième passage dans mon cul. Qu'est-ce que cela pouvait faire ? Je n'en voulais pas à ces hommes, à ces brutes qui m'utilisaient ainsi. Ils ne pouvaient pas faire autrement, eux. ALors que ces beaux messieurs des premières classes avaient bien d'autres plaisirs à leur disposition... Ces ouvriers méprisés et considérés comme à peine supérieurs à des animaux étaient l'âme véritable de ce vaisseau qui se nourrissait de tonnes de charbon et surtout de litres de sueur... Je me sentais assez fier de leur apporter une petite joie, de leur permettre d'oublier pendant dix minutes leur enfer quotidien.

Ils m'insultaient, mais leurs salope ou putain n'exprimaient pas du mépris. Ils étaient seulement destinés à s'exciter davantage. Les hommes jouissent par leur bite, mais aussi par leurs yeux et leurs oreilles. N'est-ce pas ? Ils partagèrent avec moi leur repas pendant la pause, car on avait oublié de m'apporter à manger... Ils bavardèrent avec moi, gentils et curieux, comme s'ils ne m'avaient pas sauvagement défoncé il y a peu. Nous appartenons à la même classe, après tout. Je ne fus pas surpris quand à la fin du repas l'abattage repartit de plus belle, rien n'était changé. Certains chauffeurs se battaient entre eux, quand ils estimaient qu'un de leur camarade mettait trop de temps à jouir et menaçait de leur faire achever leur pause sans avoir pu tirer leur coup. Des coups de poings furent échangés. J'en étais l'enjeu. Beaucoup se branlaient et certains m'enfonçaient leur vit dans la bouche juste à temps pour que j'avalasse leur jus précieux... Le jus des travailleurs aux lourdes couilles poilues. Quelques hommes, reconnaissants, me donnaient une petite tape sur les fesses en se retirant. Je ne pouvais pas espérer une autre preuve de leur satisfaction et de leur complicité.

Les heures passèrent, les bites aussi... Quelle heure pouvait-il être quand nous perçumes un choc et un bruit sourd ? Que se passe-t-il ? Je n'ai pas vraiment peur, le navire est sûr. Mais pourquoi ces hommes qui s'y connaissent bien plus que moi ont-ils l'air aussi angoissé ? Qu'écoutent-ils ainsi avec une telle attention ? Quel est donc ce bruit qui se rapproche si vite ? Pourquoi ne me baisent-ils plus ? Mauvais signe. Que va-t-il encore m'arriver ? Quelles nouvelles aventures m'attendent à présent ? Que fait Thomas Andrews ? Je serais si bien en sécurité dans ses bras protecteurs et musclés. Oh, Thomas, mon seul bonheur sur cette terre. Ma nouvelle vie, mon Nouveau Monde, c'est toi. Sens-tu toute mon âme qui te cherche avec avidité ? Seul ton amour peut me régénérer. Comme je suis fatigué...

Hippolyte Mesnard[2].

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Notes de Suceur.

  1. Frederick Barrett, 28 ans en 1912, fut le seul survivant des 300 chauffeurs. Date de décès non trouvée. Il intéresse moins de personnes que les passagers prestigieux...
  2. Hippolyte Mesnard (1892-1912)


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