Comment draguer un routier

Drapeau-fr.svg Lettres Gay

LG90.jpg


Numéro 90

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 90
Date de parution originale: Juin 1998

Date de publication/archivage: 2012-10-17

Auteur: Jean
Titre: Comment draguer un routier
Rubrique: Routiers et routards

Note: Le magazine Lettres Gay ayant disparu, nous archivons sur Gai-Éros des textes y ayant été publiés au fil des ans, à titre d'archive, notre but premier étant que la littérature homo-érotique se préserve au fil du temps. Si vous êtes l'auteur de ce texte ou si vous détenez des droits légaux sur ce texte, veuillez communiquer avec nous sans délais.

Ce texte a été lu 23749 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)


Quatorze heures, trente-sept degrés à l’ombre, la canicule de juillet écrase de son silence le hameau charentais où i’habite. Je suis consciencieusement occupé à nettoyer la surface de ma piscine, quand le ralentissement d’un moteur de camion derrière le mur de clôture attire mon attention.

Intrigué, je m’approche du portail entrebâillé, et me trouve nez à nez avec un homme dont la stature et la beauté me fascinent instantanément. Grand, large d’épaules, la taille dégagée, les membres épais et fuselés, il porte un débardeur et un bermuda beige coordonnés à l’ambre de son épiderme, que rehausse avec distinction l'auréole argentée de son bouc et de sa chevelure. Le bronze de son lisse visage me sourit.

— Pardon, Monsieur, s’excuse-t-il. Pourriez-vous me dire où habite Monsieur Roman?

Alors que je réfléchis pour lui indiquer le plus court chemin, il relève d’un geste machinal le bas de son débardeur afin d’éponger la sueur de son front, dévoilant ainsi un ventre plat et ferme qu’escalade une souple toison claire. Peu après, durant mes explications, il reproduit le même geste, me révélant cette fois sur son torse rondement modulé, deux tétons cuivrés fièrement dressés. Le déploiement inattendu de cette sensualité à si petite distance de moi me trouble tellement que je dois me faire violence pour ne pas y porter la main. Comme il jette un œil envieux vers la piscine en partant, je l’invite spontanément à venir s'y rafraîchir.

— Quand j'aurai fini ma livraison! me promet-il en grimpant lentement dans sa cabine.

Une heure plus tard. ne le voyant pas revenir, je conclus qu'il m’a fait une promesse de Gascon et, même si au début cela me chagrine un peu, je termine malgré tout très sereinement mon après-midi entre lectures et baignades.

Vers dix-neuf heures, la sonnerie de l'entrée retentit. Quel n'est pas mon étonnement de découvrir, vélo à la main et vêtu en cycliste, le camionneur de tout à l'heure dont j'avais fini par oublier l'apparition, aussi troublante que brève.

— Je voulais vous remercier pour votre invitation et m'excuser. J’ai eu d'autres livraisons à faire.

— Eh bien, il n'est pas trop tard! Une petite tête dans l’eau, ça vous dirait encore?

Quelques instants après, alors que je suis déjà dans la piscine, il me sourit, l'air gêné, depuis le bord.

— Alors, vous venez?

— Ben... euh!... j'ai pas de maillot!

— J'ai gardé le mien pour ne pas vous heurter, mais si ça peut vous mettre à l'aise, je l'enlève! dis-je en joignant le geste à la parole.

À mon grand dam. il s'écarta alors quelque peu pour se déshabiller, me privant ainsi d'un strip-tease auquel je n'aurais pas refusé d'assister. Dieu merci, lorsqu’il revient vers moi, et bien que dissimulant pudiquement sa nudité derrière sa main gauche, j’ai tout le loisir de découvrir enfin son appétissante plastique. Puissante et déliée, sous une chair à la fois tendre et ferme, elle est très harmonieusement modelée, dégageant une virilité bien plus naturelle que celle des culturistes aux enveloppes exagérément distendues.

Quand il se retourne pour descendre par l'échelle, j’ai longuement le temps d'apprécier la solide cambrure de ses fesses opalines. Plus encore que son devant, c’est en effet, chez un homme, son derrière que j'aime contempler. Et je dois bien avouer que la vision du sien, étroit, pommé, sans un pli et fendu d’une profonde gorge délicatement veloutée provoque instantanément en moi une encombrante bouffée de désir, que seule une longue brasse sous l’eau parvient finalement à assagir.

En nageant, nous faisons connaissance. Trente-neuf ans, libre, poli, paisible, Joseph se révèle de très agréable compagnie. Une seule ombre au tableau: comment réussir à caresser son séduisant épiderme avec la garantie de ne pas avoir à essuyer une rebuffade? Ne rien précipiter; prendre son mal en patience.

Au sortir de l'eau, une lueur d'espoir apparaît cependant. D’une part, il ne me cache plus son bas-ventre et, d'autre part, je surprends à plusieurs reprises son regard qui s’attarde au-dessous de mon nombril.

— Je vais peut-être vous paraître indiscret... me dit-il peu après, quand nous sommes allongés sur les banquettes de plage.

— Que voulez-vous dire?

— Ça ne vous cuit pas trop de vous raser les... euh... testicules?

— Oh, pas du tout!

— Parce que, chez moi, c'est une vraie jungle, ironise-t-il en fourrageant dans son épaisse toison pubienne. Et la seule fois où je l'ai fait, ça m'a démangé plusieurs jours... Vous avez un secret?

Amusé par l'ingénuité de la question, mais surtout ravi par son opportunité, je fais un bref exposé des très simples procédés que j'utilise. Et pour ne pas laisser passer cette occasion inespérée, je hasarde, après quelques hésitations, un index pudique dans ses poils afin de lui montrer ceux qu’il faudrait éliminer en priorité à la racine de sa verge.

Mon initiative ne provoquant aucune opposition manifeste de sa part, je m'enhardis à saisir délicatement son sexe recroquevillé entre mon pouce et mon index, et à démêler précautionneusement la broussaille de ses bourses avec l’autre main, tout un continuant mes explications prétendûment techniques.

Au fur et à mesure de l'exposé, que j'enrichis intentionnellement, son membre assoupi, certainement stimulé par mes attouchements, s’éveille progressivement entre mes phalanges. Je le sens en effet s’épaissir moelleusement, s'allonger avec plus de consistance pour finalement se cabrer, dur et palpitant. Ses dimensions sont ordinaires. En revanche, ses très harmonieuses proportions et les épaisses veines bleutées qui brodent richement la souple soie du son fourreau exercent sur moi un irrésistible attrait.

Nos yeux s’interrogent. Abaissement appuyé de ses paupières. Mes doigts enserrent alors respectueusement son alléchante colonne, dont ils retroussent lentement les voluptueuses draperies, libérant ainsi un généreux gland vermeil. Je respire longuement pour savourer mon succès: l'homme dont les solides galbes échauffent mes sens depuis longtemps s'abandonne enfin à mes caresses! L’ombre bleue des pins, le parfum citronné des daturas, la tiède brise du soir et le doux clapotis de la piscine semblent eux-mêmes s’être concertés pour me troubler. “Trop beau pour être vrai!" ne puis-je m’empêcher de songer. “Carpe diem", me distille une apaisante voix intérieure.

Je profite donc de l'instant. Ma main commence à coulisser sur sa hampe frémissante, puis accélère progressivement ses va-et-vient. Joseph ferme les yeux, lève le menton et entrouvre ses majestueuses cuisses. Une goutte perle au sommet de son gland. Ma langue assoiffée la cueille, puis ce sont mes lèvres qui gobent d'un seul coup son abricot écarlate. Gémissant, il porte alors ses mains à sa poitrine, dont il vrille langoureusement les tétons.

L'ayant rejoint sur sa banquette, je m'agenouille entre ses jambes, et mes doigts prennent le relais des siens pour torturer ses mamelons pendant que ma bouche se repaît de son érection. Il se tord, geint et donne de souples coups de bassin pour augmenter son propre plaisir. Ensuite je lèche, suçotte et mordille avidement les moindres parcelles de son buste mais, lorsque mes lèvres atteignent les siennes, il détourne franchement la tête et grommelle entre ses dents serrées:

— J’embrasse pas!

— Ah! Et qu'est-ce que tu ne fais pas non plus? dis-je du tac au tac en m'efforçant de masquer sous un large sourire ma désillusion grandissante.

En effet, depuis que j'ai commencé à lui prodiguer mes caresses, à aucun moment il n'a eu un seul geste tendre à mon égard. Et cette absence de réciprocité me froisse passablement. “Mais qu’est-ce que tu veux de plus? Il n'est pas sublime, ce mec?" me reproche ma petite voix intérieure. “Si, mais il ne sait pas aimer!", réponds-je en moi-même...

À cet instant, je ne trouve plus la compagnie de cet homme aussi agréable qu'auparavant. Je me rassois donc confortablement entre ses jambes et le masturbe énergiquement, bien décidé à le voir jouir et déguerpir au plus vite.

Sent-il le vent tourner? Toujours est-il que, tout à coup, il se redresse sur son séant et empoigne ma verge détumescente. Au départ, le manque de conviction et la maladresse de ses pétrissages m'exaspèrent, mais, lorsque sa main gauche vient tendrement effleurer ma joue, mon irritation s’estompe comme par enchantement. Il balbutie quelques syllabes, s'éclaircit la voix et me confie, la mine déconfite:

— Heu! Faut pas m’en vouloir pour tout à l'heure... Quand j'étais routier, sur certains parkings, je me suis fait sucer par des mecs et j’en ai aussi sauté plusieurs. Mais j'ai jamais voulu faire autre chose... ou embrasser. Tout à l’heure, ça a été comme un réflexe... et tu ne mérites pas ça! ajoute-t-il en pointant, tel un enfant repentant, l'attendrissant cœur de ses lèvres sur les miennes.

Comment résister à tant de sensibilité? Ma bouche s'entrouvre, nos lèvres s’entremêlent et nos doigts s'affolent sur nos peaux nues. La suite immédiate est tellement évidente qu'elle pourrait passer de commentaires. Je ne résiste cependant pas à l’envie d’en livrer mes deux plus exquises émotions: sa solide et longue nuque cuivrée que je vois brusquement s’incliner sur le haut de mon entre-cuisses, alors qu’après une heure d’ardentes étreintes j'aurais fini par faire mon deuil d’une gâterie buccale de sa part. Et puis nos jets de sperme jaillissant comme un seul de nos phallus accouplés au creux de nos poignes frénétiques.

Certes, ce n’est qu’à notre huitième rencontre qu’il me fera totalement don de son corps. Mais je laisse à deviner les délicieuses ruses que ma langue et mes doigts opiniâtres ont dû déployer pour apprivoiser les fronces effarouchées de son irrésistible fondement. Ceci ne prouve-t-il pas une nouvelle fois que patience et longueur de temps font plus que force ni que rage? Je sais, cette citation n’est pas de moi. Mais je doute qu’elle fût passée à la postérité si La Fontaine l’avait ainsi illustrée...


Faites plaisir à l'auteur, vous pouvez toujours laisser un petit commentaire!!! Cliquez ici et ajoutez un sujet!