Cours d'érogénéité (01)


Cours d'érogénéité (01)
Texte paru le 2018-01-20 par Prades   Drapeau-fr.svg
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Kevin jeta un rapide coup d’œil au cadran de sa montre avant de se diriger d’un pas rapide en direction de l’entrée principale de l’hôpital St Andrew qui se découpait au fond de l’impasse. L’imposant portail donnait accès aux jardins du centre hospitalier qui regroupait une dizaine de bâtiments différents disséminés à travers le vaste terrain. L’étudiant de 20 ans commençait à bien connaitre l’endroit. En deuxième année de médecine, il lui arrivait souvent de se rendre à St Andrew pour suivre certains cours pratiques, directement dispensés sur les malades présents. La présentation du jour, qui devait débuter dans un peu moins d’une demi-heure, était dispensée par le Docteur Barreur et s’intitulait : « Érogénéité et sensibilité au plaisir : Force et faiblesses de l’anatomie masculine ».

Il s’agissait d’un nouveau module de dix séances, instauré ce semestre, avec uniquement douze places disponibles. La matière débutait par un cours pratique à l’hôpital, celui auquel Kevin se rendait, suivi de neuf séances théoriques en classe. L’étudiant avait été l’un des premiers à s’inscrire, intéressé à l’idée d’obtenir des connaissances qu’il pourrait ensuite réutiliser pour emmener son petit copain au septième ciel. Kevin était gay et même s’il le savait depuis le lycée, il avait attendu l’année dernière pour se mettre en couple et manquait encore un peu d’expérience. Il fut finalement le seul garçon à s’inscrire, le reste de ses camarades étudiants attendant surement qu’un module similaire, sur le plaisir féminin cette fois, se crée pour candidater. Bien conscient qu’être le seul garçon en compagnie de onze filles à assister à ce module faisait un peu « gay », ce que Kevin cherchait à éviter pour ne pas que sa réelle identité sexuelle soit révélée, il se dédouana en clamant haut et fort qu’il s’était trompé de bouton lors de la sélection de choix en début de semestre et que l’administration avait ensuite refusée qu’il modifie sa liste. Jusque-là, le mensonge avait bien marché et personne parmi ses potes de l’Université ne lui avait fait la moindre remarque à ce sujet.

Physiquement, le jeune homme était dans la moyenne, pas spécialement canon, pas moche non plus. Il avait un physique fin, plutôt grand, peu musclé mais assez poilu, surtout au niveau des jambes et du torse. Ses cheveux sagement plaqués sur le côté et une paire de lunettes rondes lui donnaient un petit air sérieux et responsable qui ne correspondait en rien avec la réalité puisque Kevin était de nature paresseuse et bordélique. Sa plus grande honte provenait sans contexte de son entrejambe, principalement son petit 14 cm d’érection qui le complexait grandement. C’est avant tout cette raison qui l’avait poussé à prendre ce module, comme une tentative de compenser son manque de bite par d’autres techniques afin d’entretenir le désir de son copain à son égard. L’étudiant en médecine traversa la cour d’honneur de l’hôpital avant de longer une allée de platanes en direction du bâtiment D.

Il était à mi-chemin lorsqu’il crut reconnaitre une figure familière assise sur un banc. Le jeune homme en question ressemblait fortement à Austin, un mec de 18 ans en dernière année de lycée auquel Kevin avait l’habitude de donner des cours à domicile deux fois par semaine pour l’aider dans les matières scientifiques. Avançant encore de quelques mètres, il comprit que le doute n’était plus permis et qu’il s’agissait bien d’Austin. Kevin reconnaissait sa peau divinement bronzée, ses cheveux blonds comme les blés coupés courts ainsi que son visage doux et craquant qui faisait fondre quiconque croisait son regard. Ses grands yeux innocents brillaient d’un éclat marron, son nez harmonieux frôlait la perfection et ses fines lèvres rosées le rendaient irrésistible.

Mais ce que Kevin trouvait le plus incroyable chez le garçon blond, c’était sa modestie à toute épreuve. Il était beau comme un dieu mais feignait de ne pas le remarquer, les compliments le mettaient mal à l’aise et, sans être timide, il n’aimait pas être le centre de toutes les attentions, ce qui était impossible car où qu’il aille, les regards se tournaient immanquablement vers lui.

Le jeune homme était aussi sportif, le meilleur nageur de l’équipe de natation de son lycée, déjà vainqueur malgré son jeune âge d’une dizaine de compétions. Kevin ne l’avait jamais aperçu torse nu car Austin était très pudique, mais il aurait fallu être aveugle pour ne pas remarquer la silhouette athlétique qui se mouvait sous ses habits. Les filles s’écharpaient pour obtenir son attention mais lui préférait se focaliser sur le sport, les études et ses potes pour l’instant. Kevin le savait célibataire et doutait fortement qu’il ait déjà eu une relation sexuelle avec la gente féminine à cette date.

L’étudiant en médecine était tombé sous son charme dès leur première rencontre, huit mois plus tôt lorsqu’il s’était présenté au domicile des parents d’Austin pour sa première leçon. Depuis, le fantasme qu’il nourrissait à son égard s’était renforcé et occupait régulièrement ses pensés mais Kevin s’était bien gardé de le lui avouer.

Il se rapprocha du jeune nageur qui, écouteurs dans les oreilles et tête baissée, ne l’avait pas vu approcher.

— Salut Austin, s’exclama-t-il en s’asseyant à ses côtés sur le banc, tu vas bien ? Qu’est-ce que fais là ?

Son interlocuteur sursauta avant de couper sa musique et de checker la main que Kevin tendait dans sa direction.

— Wow ! Salut mec. Je vais bien et toi ? Quelle surprise ! Tu viens aussi te faire opérer ?

— Non, je suis là pour mes études. J’ai un cours à l’hôpital qui débute dans pas longtemps.

— Ah ouais, c’est vrai que tu fais médecine… Moi on va m’opérer.

— Rien de grave j’espère ?

— Non, il sourit en dévoilant ses dents blanches, on doit m’opérer du frein dentaire : celui de la lèvre inférieure.

— Ah c’est gore, commenta Kevin en grimaçant.

— Tu l’as dit mais j’ai pas trop le choix et puis je ne me souviendrais de rien, ils vont m’endormir avant.

— Ils vont te faire une anesthésie générale ?

— Ouais, je dois me présenter au bloc dans vingt minutes, il passa sa main dans ses cheveux blonds. J’ai déjà signalé ma présence au secrétariat pour la paperasse et comme il restait un peu de temps, j’ai préféré aller dehors pour profiter du soleil.

— T’as bien raison. Et sinon, t’es pas trop stressé ?

— Non ça va, je gère. C’est pas comme si on allait m’amputer.

— En tout cas j’espère que ça se passera bien pour toi. Faut que je me dépêche car j’ai rendez-vous dans le hall du bâtiment D dans vingt-cinq minutes, déclara Kevin en se levant, on se revoit samedi prochain pour préparer le bac blanc.

— Oui, je vais pas tarder à y aller moi aussi. Salut !

— Bye.



L’étudiant reprit son chemin sur une centaine de mètres avant de se faire interpeler par une vielle dame qui sollicita son aide pour qu’il l’accompagne jusqu’à la salle d’attente du bâtiment C, spécialisé dans les soins dentaires. Cela forçait Kevin à faire un détour, mais le jeune homme accepta malgré tout de lui donner le bras pour l’aider à marcher. Regardant sa montre par intermittence, il entra avec la dame âgée pour la conduire jusqu’au guichet d’accueil et la remettre entre les mains du personnel hospitalier. Pressé par le temps, Kevin se dirigeait déjà vers la sortie à grandes enjambées lorsqu’une voix moqueuse l’interpela :

— Eh ! « Bite Lover » ça faisait longtemps !

Le jeune homme à lunette s’arrêta net, fermant les yeux avec agacement. Cela faisait effectivement longtemps qu’il n’avait plus entendu ce surnom débile, depuis qu’il avait quitté le lycée deux ans plus tôt pour être exact. Il se retourna, sachant à l’avance sur qui il allait tomber.

Joey

— Mais oui, c’est bien le petit « Bite Loveur » ! Qu’est-ce que tu deviens PD ? Toujours à fond sur les queues ?

Il éclata de rire tandis que plusieurs personnes se retournaient pour regarder dans la direction de Kevin qui rougit face à l’humiliation subie. L’étudiant avait connu Joey lorsqu’ils étaient tous deux dans la même classe au lycée. À l’époque, Kevin avait décidé d’avouer publiquement son homosexualité et avait dû le payer très cher. Très vite Joey et sa bande de potes s’étaient emparés de l’affaire, l’affublant de toute une panoplie de surnoms dégradants tels que « Mange sperme », « Fofolle » ou le plus récurent : « Bite Loveur ».

Pendant deux ans, Kevin avait dû subir leurs moqueries et leurs agressions verbales sans broncher, devenant leur souffre-douleur préféré. Même si leurs attaques n’avaient jamais dépassé le stade de la brimade, le jeune homo avait vécu cette période comme un calvaire, une longue descente aux enfers qu’il avait été content de rompre une fois son bac en poche. C’était la première fois qu’il recroisait Joey depuis et il aurait préféré s’en passer. Cependant Kevin était forcé de reconnaître que, même s’il s’agissait d’un connard de première, son tortionnaire était vraiment beau, le genre de Bad Boy populaire que toutes les filles s’arrachaient. Capitaine de l’équipe de basket du lycée lorsqu’il y était scolarisé, grande gueule et macho à souhait, la légende disait qu’il avait réussi à baiser tour à tour l’ensemble des pom-pom girl de l’école un soir d’après match. Plus généralement, il était de notoriété que des dizaines et des dizaines de lycéennes parmi les plus canons s’étaient relayées en trois ans à ses côtés, Joey aimant généralement changer de petites copines tous les mois environ. De folles rumeurs couraient d’ailleurs sur la taille impressionnante de son braquemart, Kevin n’avait bien entendu jamais eu l’occasion de l’observer mais les conversations qu’il avait surpris auprès de certaines de ces ex faisaient état d’une « très, très grosse bite ».

Physiquement, Joey était un jeune lion paré d’une crinière noire, courte et relevé sur l’avant avec du gel. Clair de peau avec d’intenses yeux verts et une mâchoire virile, son visage n’était pas encore complètement devenu celui d’un homme malgré les sourcils qu’il gardait en permanence froncés pour se donner à un air dangereux. Très sportif, il se gardait en forme grâce à de nombreuses séances de musculation et de courses en forêt pour préserver son corps musclé qui rendait les filles dingues. Kevin n’avait jamais vraiment compris comment un jeune homme aussi beau pouvait être à ce point malfaisant mais son charisme naturel faisait qu’il avait réussi sans mal à entraîner le reste de l’école dans sa vendetta personnelle contre le lycéen homosexuel. Depuis, deux ans s’était écoulé mais le tombeur de 20 ans ne l’avait visiblement pas oublié.

L’ancien capitaine se leva d’un bond, s’approchant de l’étudiant à lunette jusqu’à n’être plus qu’à quelques centimètres.

— T’as perdu ta langue ? Je t’ai posé une question.

— Oui, euh… Je suis… toujours homo…

— Hum, ça ne m’étonne pas. Tu as toujours la même petite tête de pédale. Tu viens faire quoi ici ?

— J’ai un cours, un cours de médecine qui se passe ici.

Joey sembla se crisper tout d’un coup :

— Rassure-moi, ça n’a rien à voir avec les soins dentaires au moins ?

— Non, non… Rien à voir.

— Tant mieux parce que je viens ici pour me faire enlever quatre dents de sagesse et j’aurai pas aimé que tu traînes dans les parages. C’est un cours de quoi ?

Kevin s’empourpra :

— De… euh… d’érogénéité…

— De quoi ?

— D’érogénéité, c’est sur les zones érogènes du…

— Parle français putain. Je comprends rien à ton charabia !

— Les zones sensibles du corps, celles qui provoquent du plaisir chez…

— Ah ouais… Genre les seins et la chatte des meufs… Y a pas besoin de cours pour donner du plaisir à une femme : c’est l’instinct. Soit tu as un don pour ça, soit tu l’as pas. Et moi, j’ai ce don. Je serai capable d’envoyer ta mère au septième ciel rien qu’avec un doigt, « Bite Loveur ».

— Mon cours concerne uniquement le corps des hommes.

La mâchoire de Joey se décrocha et Kevin comprit aussitôt qu’il aurait mieux fait de se taire.

— Attends, tu es en train de me dire que c’est uniquement les zones de plaisir des mecs que tu vas étudier ?

Le jeune homme fit une grimace explicite, l’air dégoûté ;

— Ah c’est crade ! T’es vraiment une grosse tafiole, tu vas utiliser ça pour faire tes trucs de gays, où vous vous mettez la langue dans le cul et autre. Ils sont fous de t’autoriser à prendre des modules comme ça dans ton université.

— Mais non, balbutia Kevin d’une voix blanche, c’est uniquement d’un point de vue médical, pour faire avancer la recherche. Le cours que je vois aujourd’hui se fait avec l’aide de deux cobayes, on va analyser en situation réelle…

— En situation réelle ? Vous allez leur faire quoi ?

— Je ne sais pas. C’est notre professeur qui va diriger l’étude, je…

— Il y a vraiment des mecs qui acceptent ce genre de truc ? Se faire tripoter par un PD sous le couvert de pseudo études ? Je préfèrerai crever que d’être à leur place putain ! C’est vraiment un truc de malade, surtout avec un pervers comme toi.

— C’est juste une étude médicale, c’est scientifique.

— Ouais, à d’autre. Tu vas juste en profiter pour les salir avec tes doigts dégueulasses ou alors ce sera aussi des gays, comme ça vous pourrez vous fister tous ensembles joyeusement. Vraiment dégueu, jamais un mec hétéro n'accepterait ce genre de choses ! En tout cas je vois que t’as pas changé, toujours le même déchet.

— Monsieur Joey Darell, annonça une voix dans le haut parleur, le docteur Sarenzo vous attend en salle 234. Ceci est un message pour monsieur Joey Darell.

Le jeune homme leva la tête et tourna les talons sans un regard supplémentaire pour Kevin qui s’empressa de décamper. Quel connard, songea l’étudiant en médecine en sortant dans le parc, humilié par les propos rabaissant de Joey. Les années passent et les choses ne changent pas, c’est toujours le fort qui triomphe du faible.



Malgré ces deux rencontres non planifiées qui l’avaient ralenti, Kévin réussit tout de même à se présenter au point de rendez-vous avec cinq minutes d’avance. Un petit groupe de filles était déjà arrivé dans le hall d’accueil du bâtiment, papotant avec animation sur le déroulement du cours pratique qui n’allait pas tarder à commencer. Kevin préféra se tenir à l’écart jusqu’à ce que le docteur Barreur jaillisse d’un couloir adjacent et fasse rassembler les douze étudiants devant lui. Habillé d’une blouse blanche, les cheveux coupés ras pour tenter de masquer sa calvitie grandissante, il était âgé d’une soixantaine d’années environ et portait une courte barbe grise parsemée de poils blancs.

— Bonjour à tous, annonça le médecin d’une voix forte et dynamique. Je veux tout d’abord vous remercier d’avoir choisi ce nouveau module consacré à l’étude du plaisir masculin et j’espère que vous trouverez ce cours intéressant. Je tiens à vous signaler qu’il s’agit d’un test de la part de la direction de l’université qui décidera, selon vos retours, de poursuivre ou non l’enseignement de cette matière.

Il marqua une pause, balayant l’assemblé d’un regard sévère :

— Avant de commencer, il me paraît important de repréciser certaines règles essentielles avec vous. Ce module, malgré son intitulé et son contenu peu conventionnels, est extrêmement sérieux et demande de votre part une écoute et un investissement de travail conséquent. Ce n’est ni un sujet trivial, ni une source d’amusement, et je ne tolérerai aucun débordement de votre part. L’enjeu sociétal et scientifique soulevé par l’étude de l’érogénéité du corps humain est absolument colossale, je pense notamment aux problèmes de frustrations sexuelles qui sont de véritables fléaux pour nos sociétés. Je suis persuadé que le monde de demain serait plus pacifique et plus apaisé si nous arrivions à exploiter jusqu’à son plein potentiel la relation anatomique qui nous lie au plaisir. J’ai bon espoir de convaincre la direction d’ajouter au semestre prochain le même module consacré au plaisir féminin cette fois, ce qui ne manquera pas, je suis sûr, d’augmenter de beaucoup la parité au sein du cours

Le docteur se mit à fixer Kevin qui rougit, mal à l’aise d’être le seul garçon du groupe. Un léger flottement s’empara de l’assemblée qui ne s’attendait pas à démarrer le module de manière aussi scolaire. Certaines étudiantes soupirèrent, elles avaient signé pour un cours fun et excitant leur permettant de découvrir les secrets du corps des hommes et au lieu de cela, elles se retrouvaient à écouter pérorer un vieux médecin ringard au crâne dégarni. Peu conscient de la grogne qui commençait à monter dans ses rangs, le docteur invita le groupe à le suivre à travers les couloirs de l’hôpital. Ils grimpèrent deux étages et traversèrent plusieurs services jusqu’à une petite salle de projection où tout le monde prit place. Le sexagénaire en blouse blanche se positionna debout devant l’auditoire impatient et commença sa présentation :

— Comme vous le savez sans doute déjà, le module sera découpé en dix séances de deux heures à la fin desquelles vous aurez à passer une évaluation écrite qui validera ou non votre matière. La première séance, celle d’aujourd’hui, sera avant tout consacrée à une étude pratique et à l’observation de deux patients de l’hôpital. Cela me permettra de vous introduire de manière concrète et la morphologie du corps masculin, ses caractéristiques sexuelles et les différentes zones érogènes qui le composent.

Un léger frisson d’excitation s’empara des filles de l’auditoire, émoustillée par ce que venait de dire le professeur de médecine. Kevin lui aussi, sentit un léger émoi parcourir son entrejambe lors de l’annonce du programme de la séance, il croisa les doigts tout en espérant ne pas tomber sur deux gros lourdauds ou sur des vieux croulants.

— Nos deux sujets d’étude ne sont pas encore prêts, prévint le docteur Barreur, d’ici leur arrivée, nous allons regarder un court documentaire traitant de la notion philosophique du plaisir en général et de l’évolution du mot à travers les siècles.



Le film dura trois bons quarts d’heure durant lesquels l’auditoire écouta d’une oreille distraite, voire totalement inattentive, les élucubrations des philosophes se relayant à tour de rôle pour expliquer intrinsèquement ce que signifiait le mot plaisir dans nos sociétés. La projection à peine terminée, Kevin bondit sur ses pieds, impatient comme le reste de ses congénères d’entrer dans le vif du sujet. Le médecin conduisit de nouveau le petit groupe à travers une enfilade de couloirs presque vides, jusqu’à pénétrer dans une partie du bâtiment interdite au public. Le sexagénaire s’arrêta devant une porte avec une pancarte « Salle d’observation » apposée dessus.

— Nous y voilà. Veuillez entrer dans le calme et vous positionner en cercle autour des deux sujets s’il vous plaît.

Kevin fut le premier à passer le seuil de la porte tenue ouverte par le professeur. Derrière se trouvait une grande pièce lumineuse, équipée avec du matériel médical et contenant en son centre, deux tables d’auscultation placée côte à côte. Le souffle de l’étudiant en médecine se bloqua net lorsqu’il découvrit l’identité des deux jeunes hommes allongés dessus. Il s’agissait d’Austin et Joey, avec qui il avait discuté à peine une heure auparavant. Que faisaient-ils là, étendus les yeux fermés alors qu’ils devaient normalement se trouver dans le bloc dentaire, à attendre le début de leur opération respective. Les deux devaient être inconscients car aucun ne réagit lorsque les onze étudiantes s’alignèrent en arc autour d’eux en piaillant, rendue folles par le physique hautement avantageux des deux cobayes. Cela eut dont d’agacer le médecin qui les recadra sèchement :

— Mesdemoiselles ! Dois-je vous rappeler que nous ne sommes PAS dans une cour de récréation. Veuillez tempérer votre émoi et vous comporter de manière civilisée sans quoi je serai obligé de vous exclure. D’ailleurs, vu l’état actuel des choses, je ne puis vous autoriser à participer directement à l’auscultation, vous resterez uniquement observatrice. Par contre, vous pourrez m’épauler si vous le désirez jeune homme, vous êtes bien le seul à avoir fait preuve de professionnalisme. Quel est votre prénom ?

— Je... Euh… Kevin, je m’appelle Kevin.

— Très bien Kevin, veuillez faire un pas en avant. Vous m’assisterez lors de cette leçon.

L’étudiant à lunette obtempéra, sortant du cercle pour s’approcher de la zone d’intérêt. Le professeur de médecine se positionna quant à lui de l’autre côté des deux tables d’auscultation, près de la tête des cobayes.

— Très bien. Maintenant que le calme est revenu nous pouvons commencer. Vous avez en face de vous deux jeunes hommes qui sont venus ce matin à l’hôpital dans l’optique de subir une opération bénigne, l’un concernant l’extraction de quatre dents de sagesse, l’autre pour une incision du frein dentaire. Il s’agit d’actes médicaux très courants mais nécessitant une anesthésie générale des patients avant l’intervention. Ils seront opérés d’ici, dans quelques heures, mais avant cela ils contribueront de manière généreuse à notre cours sur l’érogénéité du corps masculin.

— Ils ont vraiment accepté de servir d’exemple pour le cours ? s’étonna Kevin qui voyait vraiment mal comment les deux mecs, et surtout Joey, avaient pu se proposer bénévolement pour une telle entreprise.

Le docteur Barreur mordilla inconsciemment sa lèvre inférieure, visiblement embarrassé :

— Et bien… Pas vraiment en fait… Nous n’avons pas jugé bon de leur demander leur avis sur le sujet. Voyez-vous, il est très difficile de nos jours de trouver des personnes qui acceptent de prêter bénévolement leur corps à la science, surtout concernant un sujet aussi sensible et privé que celui que nous allons évoquer aujourd’hui. Il est donc courant dans nos hôpitaux de faire… collaborer certains patients afin que la recherche puisse avancer. C’est selon moi la meilleure méthode car grâce à l’anesthésie générale, ils ne se souviendront de rien au réveil et cela nous donne la possibilité de pousser notre étude aussi loin que nécessaire sans nous soucier des états d’âme des uns ou des autres.

Kevin ne put s’empêcher d’ouvrir grand la bouche, comme un poisson hors de l’eau, absolument stupéfié par ce qu’il venait d’entendre. Austin et Joey n’avaient absolument pas été prévenus par le corps médical de cet examen, ils se trouvaient donc là contre leur gré, inconscients de ce qui allait leur arriver. Éthiquement parlant, l’étudiant en médecine trouvait le procédé plus que douteux mais la situation n’en restait pas moins diablement excitante. C’était à peine croyable ! Quelle chance y avait-il pour qu’Austin et Joey se trouve précisément à l’hôpital à ce moment là et qu’ils soient choisis parmi tous les autres patients pour servir de cobayes, spécialement pour le cours où se trouvait Kevin ? Même dans ses rêves les plus fous, le jeune homo n’aurait imaginé pareil scénario.

Il posa son regard sur les deux corps assoupis et incapables de se défendre, totalement vulnérables face au docteur Barreur qui comptait bien les manipuler comme de vulgaires bouts de viande. Kevin ne savait pas encore comment les choses allaient évoluer, ni comment le professeur allait utiliser Austin et Joey pendant son cours mais quoi qu’il arrive il sera aux premières loges pour se rincer l’œil.



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