D'autres comme lui (02)

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D'autres comme lui (02)


Roman

Date de parution originale: 2015-09-21

Date de publication sur Gai-Éros: 2021-05-14

Auteur: Michel Geny-Gros
Titre: D'autres comme lui
Chapitre: Le dandy et son demi-oncle

Note: Ce récit a été publié sur Gai-Éros avec l'autorisation de l'auteur

Ce texte a été lu 3028 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)


Template-Books.pngSérie : D'autres comme lui

LE DANDY ET SON DEMI-ONCLE

Paul DUCOIN


Chapitre 1 — INSOUCIANCE


Paul DUCOIN marchait tel un dandy pour rejoindre le 30 avenue Victor Hugo, invité par sa sœur aînée Émilie au repas familial. Le temps était chaud ce mardi 14 juillet 1903 et néanmoins, le beau jeune homme était vêtu d’un costume gris clair avec gilet assorti et était coiffé d’un haut-de-forme dans très exactement la même teinte. Le chapeau laissait entrevoir sa chevelure blonde abondante. Il soignait sa démarche, son hygiène était irréprochable, se parfumait et portait une petite moustache et une barbichette. Pour se donner une plus belle allure il maniait une canne bien inutile pour ses dix-neuf ans et était en très bonne santé.

Ce jour-là, la canne l’embarrassait bien un peu car il portait un énorme bouquet de roses à sa grande sœur. Un peu en avance, il avait laissé son fiacre place de l’Étoile. Paul circulait volontiers dans Paris avec le métro, mais là, il l’avait délaissé en raison de son bouquet de fleurs encombrant. Il venait de chez ses parents qui habitaient un hôtel particulier dénommé Hôtel Saint Jacques à Neuilly-sur-Seine près du bois de Boulogne. Les femmes se retournaient sur son passage ainsi d’ailleurs que certains hommes. Il n’en avait cure, ne s’intéressant qu’aux jeunes gens de son âge, de bonne société comme lui.

Paul ne faisait rien ou pas grand-chose. Il était inscrit aux Beaux-arts et ne fréquentait que très peu le prestigieux établissement. Son père, Louis, artiste-peintre célèbre et plus particulièrement portraitiste y enseignait notamment adulé par une multitude de jeunes gens. Paul avait fait la fierté de son père et de sa mère en obtenant sans effort et avec mention très bien son baccalauréat à dix-huit ans.

Paul avait une passion, l’illusionnisme. Il avait rencontré vers ses quinze ans chez ses parents un ami de son père qui était un artiste et qui lui enseigna la prestidigitation. Paul rencontrait régulièrement Sacha en cachette de son père. Sacha avait une trentaine d’années, était beau garçon. Paul l’admirait et cette passion l’amena dans le lit de Sacha. Sacha était discret, Paul aussi. Sexuellement satisfait le jeune garçon avait admis son homosexualité. Mais il ne pensait qu’au plaisir et ne resta l’amant de Sacha qu’un été. Paul préférait les garçons de son âge et tout de même sur les conseils avisés de Sacha essaya les femmes dans une maison close.

Les Beaux-arts n’étaient pour lui qu’un terrain de chasse aux garçons alors que selon son père, Paul était doué pour la peinture. Il était hélas très paresseux et trop gâté par ses parents alors qu’il était le petit dernier de la famille, enfin, presque… Malgré cela et en raison de son homosexualité, voire de l’homophobie affichée de son père, il le craignait et avait peur que ce dernier découvre son penchant pour les hommes.

Louis DUCOIN était toujours en conflit plus ou moins ouvert avec sa fille aînée Émilie née comme son fils Isidore de son premier mariage avec Clémence PETIT qu’il avait épousée en 1857, légitimant ses enfants nés avant ce mariage. Émilie fréquentait peu son père et évitait d’adresser la parole à sa belle-mère qui il faut le dire portait bien le nom de "belle".

Louis DUCOIN avait connu un début de carrière difficile. Il avait quitté la Lorraine et sa famille à vingt ans pour rejoindre Paris et essayer d’y vivre de son art. Il y avait rencontré à Montmartre Clémence PETIT fille d’un ancien marin, officier, vivant de ses rentes. Ce dernier avait alors aidé le jeune couple à s’installer dans une maison à Montmartre 12 rue Cortot (ancienne rue Saint Jean). Clémence s’était consacrée à son mari et à son art. Les enfants avaient été confiés au père de Clémence qui les éleva.

Ceci jusqu’au départ de la famille DUCOIN pour Londres en 1860. Louis DUCOIN avait suivi dans son exil les artistes en tout genre hostiles au coup d'État de Louis Napoléon BONAPARTE.

DUCOIN était un homme à relations et sur les conseils d’un lord anglais, un de ses riches clients, il s’était donc installé dans la capitale britannique. Il s’était fait connaître, avait peint de nombreux portraits d’aristocrates ou de bourgeois. Ses relations lui avaient permis même de rencontrer la Reine Victoria et d’en peindre (secrètement) le portrait.

Mais la France lui avait manqué et il était revenu à Paris en 1872. Le couple avait alors battu de l’aile dès le sol de France… Sa notoriété de peintre au Royaume Uni lui ayant servi, il était devenu célèbre et avait vendu de nombreuses toiles et avait fait fortune. Il avait également hérité d'un oncle très riche résidant en Belgique. Bien conseillé et prudent, Louis DUCOIN avait consolidé sa fortune dont il tirait de confortables dividendes.

Aidé de sa célébrité et de son tempérament coureur de jupons, il avait séduit beaucoup de femmes dont la fille d’un riche commerçant parisien Sophie RICHARD qui était devenue sa maîtresse en 1880. Il avait quarante-huit ans et elle vingt ans. Les époux DUCOIN PETIT s’étaient séparés péniblement. Le divorce n’étant pas encore rétabli en France, il avait fallu à Louis attendre 1884. Sophie s’était installée à la maison… Émilie qui avait cinq ans de plus que la concubine de son père n’avait pas supporté cette situation. Clémence s’était retirée dans un couvent à Alger.

Lorsque Paul naquit en 1884 des amours défendus de Louis et de Sophie, il fut d’abord un enfant naturel et il fut légitimé l’année suivante par le mariage de ses parents. Isidore aîné d’Émilie et qui avait fait de brillantes études de médecine quitta la France en 1884 pour s’installer au Québec.

En avril 1882, à l’occasion de l’Exposition des Beaux-Arts, Émilie avait rencontré les peintres impressionnistes, notamment GAUGUIN, MONNET, RENOIR et bien d’autres. Mais c’est à Edgar DEBAUVOIT que son père l’avait présentée, sans aucune arrière-pensée car Edgar était marié, mais c’était aussi l’un de ses bons clients. Edgar était négociant en vins à Bercy. Émilie avait été séduite par ce bel homme de trente-deux ans, de cinq ans son aîné. Émilie, sans doute digne fille de son père n’avait pas eu de scrupule, d’ailleurs Edgar n’avait pas d’enfant. Il s’était séparé de son épouse, mais lui aussi n’avait pu encore divorcer. Edgar avait peu de caractère, c’était un faible, mais il était doué et redoutable en affaires.

En 1883, Sophie comme sa belle-fille Émilie, tomba enceinte. Louis DUCOIN devint père d’un petit garçon, Paul, qui naquit au mois de mai 1884.

Émilie accoucha de Rodolphe en juin 1884. Elle aura ensuite une fille en 1886, prénommée Stéphanie. Dans le ménage, Émilie porta la culotte !

Paul monta presque en courant jusqu’au troisième étage du beau petit immeuble et sonna à l’unique porte du palier en actionnant la tirette de la clochette intérieure.

— Bonjour ma vieille sœur ! s’écria Paul après que la bonne lui eut ouvert la porte et que sans arrêt il taquinait sa sœur alors qu’il l’adorait.

— Vieille peut-être, mais toi, tu pourrais être le petit-fils de ton père ! Fils de vieux ! lui rétorqua Émilie.

— Allons, mon oncle, un peu de respect pour votre sœur le plaisanta Rodolphe entrant au salon.

— Salut "copie conforme" répondit Paul à Rodolphe.

— La "copie conforme", c’est toi, je suis ton aîné ! rétorqua Rodolphe en donnant un léger coup de poing dans le ventre de son demi-oncle.

Paul tira Rodolphe contre lui et l’embrassa tendrement. "Copie conforme" parce que presque jumeaux dans l’apparence ; les deux garçons étaient quasiment identiques, à peu près même taille avec l’avantage de quelques centimètres pour Paul, même figure, même yeux et même chevelure… Leur caractère était bien différent, Rodolphe travaillait sérieusement à la Faculté de Médecine. Il ne sortait que peu et était assez réservé sauf en présence de son oncle qui le dominait un peu. Il avait appris le violon, le piano. La musique occupait tous ses loisirs. Leur âge les avait rapprochés malgré les tensions familiales entre Émilie et Sophie. Des jeux d’enfants dans la propriété de Neuilly, ils étaient passés ensemble aux sports notamment l’équitation et le tennis. On les prenait pour des frères et ils se gardaient bien d’évoquer leur véritable parenté. Malgré les dissensions familiales, Émilie et Sophie avaient privilégié et encouragé leur relation familiale. Un peu plus âgés, ils firent des voyages ensemble en Angleterre, en Belgique et même en Italie.

L’après-midi la famille fit une promenade pédestre au bois de Boulogne. Paul oubliant le rôle de dandy qu’il se donnait, courut dans le bois avec Rodolphe. Paul admirait Rodolphe et malgré le lien familial qui les unissait lui aurait bien conté fleurette et voir bien plus. Il profita d’un chahut alors que le reste de la famille ne pouvait plus les voir dans le sous-bois, coinça Rodolphe contre lui, le serra de très près, s’abstint de le caresser et de le toucher, mais ne résista pas à l’envie de l’embrasser plusieurs fois non loin de la bouche. Paul s’attendait à ce que Rodolphe le repousse, voire se fâche, mais ce dernier souriait béatement à son demi-oncle. Il savourait la situation lui aussi ! Sans un mot, mais complices, ils rejoignirent la famille et la balade les mena jusqu’au restaurant de la Grande Cascade, lieu très en vogue des parisiens. Ce beau restaurant, était situé à proximité de la Seine, à l’orée du bois et devait son nom à la magnifique cascade artificielle de six mètres de haut créée en 1856 par l’architecte paysagiste Varé.

À l’origine il s’agissait d’un pavillon de chasse de Napoléon III. L’édifice avait été transformé en restaurant pour l’Exposition Universelle de 1900. Son architecture, son décor avec son plafond peint, son toit en fer forgé en forme de fleur et la nature à ses côtés séduisaient Paul. Edgar offrit le thé, des petits fours frais et l’on évoqua l’été et les vacances.

— Nous avons loué une villa à Deauville pour le mois d’août. Paul, si ça te dit, tu seras le bienvenu ! lui proposa sa sœur aimablement en ajoutant Nous irons tous là-bas, Edgar pour seulement une quinzaine…

— Pourquoi pas ! Merci sœurette ! lui répondit Paul qui croisant le regard et le sourire de Rodolphe fut très troublé.

Paul pensa aux courses et au casino, mais hélas, il n’était pas encore majeur. Mais il y avait la plage et les garçons peu vêtus, les balades le long du littoral sur les falaises et surtout Rodolphe. Paul appréciait beaucoup Rodolphe, notamment son caractère et sa bonne humeur toujours constante. Paul était attiré par les jeunes gens de son âge et de son apparence et Rodolphe était donc son type de garçon. Il ne l’avait jamais vu nu, mais appréciait ses formes et sa bouche aux belles lèvres… Hélas, Paul ne savait pas s’il aimait, comme lui, les garçons et il n’y avait qu’une seule façon de le savoir au risque de se faire rembarrer. Mais, après tout, que risquait-il ? Et il accepta l’offre de sa sœur.

Trois heures de train et encombré d’une multitude de bagages, dont ceux exagérés de Paul, un fiacre et on arriva malgré tout en fin d’après-midi à la villa les Roses en front de mer. La demeure était belle, bien meublée mais pas immense, un grand séjour avec terrasse, à l’étage, trois chambres et quelques chambres de bonne dans les combles. La famille DEBAUVOIT avait débarqué avec cuisinière et bonne…

— Si je comprends bien, on dort ensemble Paul ! s’écria Rodolphe en admirant leur belle chambre avec un unique mais grand lit, un cabinet de toilette avec l’eau courante et un balcon.

— Ça t’ennuie ? lui demanda Paul.

— Non ! Pas du tout ! l'assura Rodolphe pourtant tout de même un peu inquiet.

Ils rangèrent leurs vêtements sortis des valises et s’habillèrent plus légèrement quittant leur costume pour pantalon blanc et chemise de même teinte. Paul en profita pour mater sans aucune gêne son demi-neveu et remarqua la forme avantageuse de son caleçon qui n’avait rien d’une moitié et pour le provoquer changea de sous-vêtement devant Rodolphe pour mettre un caleçon blanc. Ce dernier alla finir de se changer dans le cabinet de toilette et quand il en sortit, Paul toujours à poil mais coiffé d’un beau canotier blanc et pour provoquer son neveu lui déclara :

— Je n’ai pas emporté de chemise de nuit. D’ailleurs, je dors toujours nu ! J’aime être nu !

— Moi, je dors en caleçon ! lui répondit Rodolphe qui rassuré par le sourire de Paul et sa décontraction dans sa nudité se sentit à l’aise.

Rodolphe en caleçon allait commencer à se vêtir, mais Paul l’en empêcha un instant d’une main pour lui tourner autour.

Son observation l’excita un peu, mais il tenta de se retenir et se tourna rapidement pour enfiler son caleçon et sa chemise dont les pans allaient lui couvrir le bas-ventre. Paul avait envie de le questionner, mais fin stratège, s’en abstint sur le moment. Il invita Rodolphe à sortir pour aller prendre un verre à la terrasse d’un café.

— Alcool ? lui demanda ou proposa Paul.

— J’ai soif… lui répondit Rodolphe plutôt une boisson fraîche…

Ils sirotèrent leur limonade en regardant la mer, la plage et les passants.

Paul observait également et discrètement son neveu et lui demanda brutalement :

— Rodolphe, tu es puceau ?

Rodolphe rougit et répondit en balbutiant :

— Non… enfin… pas vraiment… Et il s’écria presque de suite : Et toi ?

— Plus du tout ! Mais si tu veux, on ira au bordel, il doit bien y en voir un ici ! lui répondit Paul.

— Ah ! Non ! rétorqua vivement Rodolphe Je préfère encore ma main droite !

Paul se contenta de lui caresser pudiquement la joue et lui proposa d’aller faire un tour sur la plage.

— Tu n’as pas envie d’un bain de mer ? lui proposa Paul alors qu’ils marchaient pieds nus dans l’eau après avoir retiré leurs chaussures et remonter les pantalons jusqu’aux genoux.

— Il fait un peu frais ! lui répondit Rodolphe qui ajouta : Attendons demain ! Puis encore il déclara : Je suis bien content d’être avec toi Paul !

Le soir après dîner, Edgar proposa aux garçons d’aller faire un tour au Casino à Trouville.

— Vous êtes grands, bien habillés et avec moi, on vous laissera entrer ! leur précisa leur beau-frère et père et ils passèrent une bonne soirée.

Les trois hommes burent quelques verres et rentrèrent tard dans la soirée. Rodolphe était très détendu et ils allèrent chacun leur tour faire une petite toilette. Paul se coucha en premier et laissa la lampe pigeon allumée en attendant Rodolphe. Paul avait repoussé les draps et était entièrement nu. Il ne cacha nullement son sexe en érection. Rodolphe le rejoignit vite en caleçon et se coucha. Pour sans doute trouver une contenance, Paul chahuta son neveu. Il le chatouilla et oubliant volontairement sa nudité, se lova contre Rodolphe qui s’était retourné sur le côté. Paul se coucha sur lui évitant toutefois de mettre trop en contact son sexe tendu sur les fesses de son neveu. Sa poitrine sur son dos, il lui embrassa le cou, puis lui caressa la poitrine. Rodolphe se laissa faire et toutefois retint la main de Paul quand elle arriva en bas de son ventre. Paul n’insista pas, mais tourna Rodolphe sur le dos.

Il se coucha sur lui et l’embrassa tendrement mais pudiquement sur la bouche. Rodolphe résista peu et rapidement ouvrit la bouche aux lèvres et à la langue de Paul. Il bandait tout autant que Paul. Après de nombreuses minutes d’un échange buccal passionné, Paul revint à son entreprise de séduction. Il mit la main dans le caleçon de Rodolphe et caressa son membre puis lui ôta son caleçon qu’il jeta hors du lit. Rodolphe prit de l’assurance et reversant son oncle sur le dos, il se coucha sur lui et lui roula une pelle, puis il lui prit le pénis en main et le caressa puis le masturba. Paul avait deux meilleurs projets et voulait les réaliser avant que son Rodolphe se rétracte et refuse de continuer cette relation homosexuelle. Il lui fallait tout de Rodolphe sa bouche sur son sexe, son sexe dans son ventre et bien sûr il était prêt à lui offrir tout autant son corps et à le faire jouir un maximum. Pour autant, il ne voulait pas risquer de s’offrir pour ensuite se voir refuser ce qu’il attendait. Il lui fallait d’abord posséder Rodolphe. Son expérience lui servit et il obtient sans trop de mal son but. Il y mit aussi beaucoup de cœur et de tendresse pour donner un maximum de plaisir à son partenaire. Ils ne s’endormirent qu’au petit matin.

— Ça va mon Rodolphe, pas de regret ? lui demanda Paul au matin.

— Pas de regret ! C’était trop bon et je veux recommencer avec toi ! lui déclara Rodolphe en l’embrassant.

— Alors ? Puceau ou déjà déniaisé avant ? lui demanda ensuite.

— Des femmes, j'ai été déniaisé lors de mon bizutage lors de mon entrée en fac ! Passage obligatoire chez une prostituée. Je dois te l’avouer, les femmes ça ne me branchait déjà pas de trop… Avec des garçons, branlettes communes et réciproques lorsque j’étais en pensionnat chez les Frères. Mais bien que certains garçons aient voulu me faire passer à une vraie relation sexuelle, j’ai refusé, mais juste par honte !

— Bien et ce matin, t’as honte ? lui demanda Paul en passant la tête sous les draps.

— Sûrement plus ! Et il ajouta une grossièreté et une demande crue.[1]

Paul et Rodolphe passèrent de très bonnes vacances et continuèrent leur liaison sexuelle et amoureuse en toute discrétion. Paul n’abandonna pas sa bande d’amis homosexuels mais ne participa plus à leurs parties, pas par mérite, mais par amour pour Rodolphe qui lui aussi ne se donnait qu’à lui. Pourtant, les deux garçons sans doute pudiques, ne prononçaient jamais la plus belle et courte phrase au monde "Je t’aime !"

Rodolphe dont les études allaient être longues demanda à son père un logement pour lui et près de la faculté. Il l’obtint sans problème et Paul le rejoignait quasiment tous les soirs rue Racine. Comme par hasard, Rodolphe allait très régulièrement rendre visite à son grand-père…


Chapitre 2 — FIN DES ILLUSIONS


Devant la détermination au travail et aux études de Rodolphe, Paul suivit son exemple, quitta les Beaux-arts et s’inscrivit avec l’aide et la bénédiction de son père à l’École Supérieure de Commerce de Paris, 79, avenue de la République dans le 11<e>ème</e> arrondissement. Il travailla à nouveau sérieusement mais n’oublia pas sa passion pour l’illusionnisme. Paul ni Rodolphe ne furent appelés sous les drapeaux pour faire leur service militaire. Le tirage au sort fut favorable à Paul. Quant à Rodolphe, son père soucieux de ses études lui acheta un remplaçant…

Malgré leurs études, les deux garçons sortaient et notamment à l’Opéra de Paris. Ils louaient assez régulièrement une loge pour assister à des ballets et des opéras lyriques. Tous les prétextes étaient bons pour se retrouver et Paul finit par s’installer chez Rodolphe. Paul en informa ses parents et pour ne pas avoir l’air de se cacher, Rodolphe en fit autant. Pour brouiller les pistes, les deux garçons traînaient de temps en temps avec des filles, plutôt des femmes, des femmes de mauvaise vie aurait dit Émilie.

— Mon père m’a écrit une lettre que j’ai reçue ce matin. Il souhaite me voir et c’est presque un ordre. Il me dit de passer demain soir sans faute déclara un soir de 1906 Paul à Rodolphe.

— Bizarre ! Moi de même ! Il évoque une réunion de famille en quelque sorte… lui répondit Rodolphe.

— Tu crois qu’ils ont compris pour nous ?

— On verra bien ! lui rétorqua Rodolphe Mais s’ils veulent des aveux ?

— Nous sommes majeurs, certes financièrement dépendants de nos parents. Je te propose d’avouer s’ils nous apportent les preuves de notre liaison.

— D’accord ! Mais comme tu as le verbe haut, la parole sûre et l’éloquence, tu prendras la parole pour moi ! lui répondit Rodolphe qui ajouta : À ce moment-là, parle de l’amour et de la tendresse qui nous unissent.

Paul les yeux embués embrassa longuement son Rodolphe tout aussi ému.

Les deux amants arrivèrent vers 19 heures, à l’heure fixée par Louis DUCOIN. Sophie vint les accueillir en premier et tomba dans les bras de son fils, le serra, l’embrassa avec excès et le cajola. Puis, elle lui reprocha de venir la voir que trop rarement. Elle embrassa Rodolphe avec un brin d’admiration.

— Vous êtes attendus au petit salon. Je vous suis ! leur dit-elle.

Lorsque Paul ouvrit la porte, il vit surpris, son père et sa mère. Louis DUCOIN les embrassa un peu sèchement. Il soignait son allure d’artiste peintre avec barbe grise hirsute et longue, grand chapeau noir et son éternelle blouse. Paul et Rodolphe saluèrent Émilie et Edgar.

— Que nous vaut cette convocation ? Est-ce un conseil de famille ? demanda Rodolphe d’un ton badin.

— Nous ne travaillons pas bien à l’école ? Résultats insuffisants ? plaisanta Paul et il ajouta pour lancer le débat Sommes-nous concernés tous les deux ?

— Cessez ces effronteries ! leur dit père et grand-père et il ajouta d’un ton sec Il semble que "oui" et que vous nous ayez trompés sur la vraie raison de votre installation ensemble rue Racine.

— Avec mon respect, grand-père, il semblerait que vous vouliez connaître nos vies privées. Je me permets de vous rappeler que nous avons tous deux vingt-deux ans, donc que nous sommes plus que majeurs.

— Majeurs mais dépendants ! fit remarquer Edgar.

— Bon, nous allons gagner du temps, venons-en aux faits ! déclara Louis et il continua. Nous vous soupçonnons…

— Nous affirmons même ! ajouta Edgar.

— Ne m’interrompez pas Edgar ! cingla le patriarche. Nous vous soupçonnons d’une liaison ensemble et donc homosexuelle.

— Et incestueuse ! ajouta Émilie.

— Vous ne répondez rien ? s’écria Louis.

— Nous attendons des preuves car en aucun cas nous n’avons à nous justifier de quoi que ce soit ! répondit Paul.

— Les miennes ! commença Louis. J’ai remarqué qu’à chaque fois que Paul vient à la maison, Rodolphe le suit… Généralement, ils dorment ici, officiellement mon fils dans sa chambre du 2<e>ème</e> et mon petit-fils dans une autre chambre au même étage. Bon, cela ne veut rien dire mais, par curiosité, je suis allé voir après leur départ un matin la chambre où dort Rodolphe et j’ai pu voir le lit pas défait. J’ai même ouvert le lit et personne n’avait dû y dormir… Ce petit manège a dû se reproduire de nombreuses fois. Bon ! Et dernier constat. Je reconnais que je vous ai espionnés. Il y a quelques semaines, depuis mon atelier, je vous ai vus vous promener dans le jardin. Vous avez été jusqu’au bosquet. Je ne pouvais plus vous voir et je suis sorti. Je me suis rendu sans faire de bruit jusqu’à la serre et là, j’ai pu vous voir, tendrement enlacés et trop occupés à vous embrasser, je dois dire avec passion. À toi Edgar !

Paul et Rodolphe sont restés volontairement cois sous le regard des membres de la famille. Paul dévisageait tendrement Rodolphe et ce dernier lui souriait béatement.

— Une remarque de VERRIER, un négociant en vins, membre de mon cercle d’œnologie qui vous a vus plusieurs fois à l’Opéra. Il ne connaît que Rodolphe mais m’a dit "J’ai vu ton fils de nombreuses fois à l’Opéra. Il me salue à chaque fois mais ne m’a jamais présenté le beau jeune homme toujours à ses côtés." Sûrement son cousin, lui ai-je dit pour ne pas avoir à expliquer nos situations familiales. À ce, VERRIER a ajouté "Ton fils loue toujours une loge entière à côté de la mienne. Je les ai entendus soupirer et me suis demandé ce qu’ils faisaient. J’ai pensé qu’ils avaient invité des cocottes…" Il ne m’en a pas dit plus mais il a dit cela avec un air condescendant plein de sous-entendus…

Jusque-là, Émilie et Sophie étaient restées muettes. Mais la mère de Rodolphe a pris la parole :

— Bon, ne perdons pas de temps. C’est clair, mais qu’avez-vous à répondre ?

— Que c’est exact ! Rodolphe et moi entretenons une liaison amoureuse depuis longtemps. Malheureusement, nous n’avons pas été aussi discrets que nous l’avions programmé. Notre passion a été sans doute plus forte que la raison a répondu calmement Paul.

— Paul a bien répondu, je n’ai rien à ajouter, si ce n’est, et maintenant qu’est-ce que ça change ?

— Que vous devez d’abord cesser immédiatement cette liaison abominable ! a répondu le chef de famille.

— Et que chacun vous preniez femme ! déclara Edgar. Deux mariages !

— C’est contre nature et un péché ! ajouta Émilie.

Sophie ne commenta pas et elle eut raison car Paul rétorqua en regardant son père :

— Et répudier sa première femme à qui tu as fait deux enfants hors mariage ? Divorcer ?

— Et contraindre ma grand-mère à fuir son pays et rejoindre un évêque missionnaire[2] en Algérie ? Il paraît même que tu l’as fait passer pour décédée sermonna Rodolphe et qui ajouta : Et mes propres parents dans la même situation, Isidore, Paul et moi sommes nés enfants naturels et légitimés.

— Vous n’avez pas à juger vos parents ! s’écria Louis vert de rage.

— On va se gêner ! répondit Paul.

— Vous pourriez penser à nos situations ! s’indigna Edgar. Notamment à mon beau-père qui je vous le rappelle est un peintre célèbre qui a peint de nombreuses personnalités…

— Oui, on sait ! répondit effrontément Rodolphe en énumérant : La Reine Victoria, Napoléon III, l’Impératrice Eugénie et le Prince Impérial !

— Notamment ! Et après réconciliation avec la famille BONAPARTE rajouta Paul sous le regard amusé et discret de sa mère. Et toi, beau-frère, aucune conséquence ?

— Si ! Ma position dans le Cercle ! Je risque de perdre la présidence, devenir la risée des membres et perdre aussi de la crédibilité auprès de mes clients.

— Donc, il n’y a que vous que ça perturbe, votre petit "moi" et Rodolphe et moi, nos angoisses d’enfant, d’adolescent et même d’adulte, vous vous en moquez ?

— Moi pas mon chéri ! osa répondre Sophie ce qui lui valut de son mari un cinglant "Tais-toi !"

Émilie d’une curiosité malsaine demanda :

— Et quand avez-vous commencé ? Des relations féminines ?

— Les femmes, je connais répondit Rodolphe qui termina par un : Mais bof !

— On s’est payé des putes, mais pas en même temps. Pour moi, c’était juste pour essayer car les garçons, je connais depuis longtemps… rajouta Paul.

— Pour vous, plus précisément ! insista Émilie qui n’attendit pas la réponse et s’écria : Ah ! Je sais ! Deauville, août 1903 ! C’est de ma faute !

— De ta faute sûrement pas ! lui répondit Paul. Mais presque exact, à vrai dire, le 14 juillet très exactement, ce jour-là Rodolphe et moi ne nous sommes plus vus comme avant.

— Et il m’a séduit ! déclara Rodolphe rigolard.

— Mon pauvre petit ! s’écria Émilie ravie de transférer la responsabilité sur son frère.

— Rien du tout ! J’étais parfaitement consentant et plein de désirs pour Paul. J’avais tout de même 19 ans !

— En tout cas, j’exige votre… séparation et deux mariages dans les trois mois ! reformula Louis relayé par son gendre :

— Moi aussi !

— Sinon ? demanda Paul.

— Plus de pension ! répondit Louis.

— Un minimum tout de même, ils doivent pouvoir terminer leurs études ! réagit positivement Edgar.

— Bien ! Une pause… Viens Rodolphe, nous allons réfléchir et décider lui proposa Paul qui ajouta pour provoquer la famille et surtout son père. Tu me suis dans ma chambre… Chéri !

— Acceptons de nous marier, mais refusons de mettre fin à notre relation. Exigeons une pension supplémentaire pour entretenir nos ménages jusqu’à ce que ça ne soit plus nécessaire ! proposa quelques minutes après Paul à Rodolphe.

— Et si nos pères n’acceptent pas qu’on continue à… nous voir ?

— Alors, chantage, on dit qu’on s’affichera dans Paris, à l’Opéra, dans les réceptions… suggéra Paul.

— D’accord ! rétorqua Rodolphe. Et je pourrais menacer mon père en lui disant que j’adresserais une lettre anonyme à VERRIER…

— Mais comment vois-tu nos vies d’hommes mariés ? continua Rodolphe inquiet.

— Très libre ! On se trouve des appartements proches et on prend une garçonnière. Car, si tu n’y vois pas d’inconvénient, je compte bien continuer à t’aimer tant sentimentalement que sexuellement ! lui déclara Paul.

— Une garçonnière, c’est bien, mais j’ai besoin de toi plus que pour nos délicieuses parties de jambes en l’air ! Pas toi ? lui répondit Rodolphe.

— Si ! Moi aussi mon amour ! Mais on s’évadera souvent pour passer des jours ensemble, rien que nous deux ! lui déclara Rodolphe.

— Et nos épouses, si elles… Enfin tu vois… lui demanda encore Rodolphe.

— Pour moi, ça sera non, mais je serai honnête et avant le mariage, je lui dirai que je suis impuissant par exemple ou atteint d’une grave maladie… lui précisa Rodolphe.

— Tant qu’à faire d’être marié, autant avoir au moins un enfant ! Ça te dérangerait si je faisais ça ? lui demanda Rodolphe.

— Si c’est pour te reproduire, pourquoi pas ! Mais je ne voudrais pas que tu deviennes hétéro ! Je… Je… t’es à moi… Et moi à toi !

— Pas de danger ! J’espère bien qu’on s’aimera toute notre vie ! lui répondit Rodolphe.

Quelques instants plus tard, ils retournèrent au petit salon et le porte-parole du couple prit la parole :

— Nous acceptons de nous marier, mais…

La discussion fut longue, Edgar faiblit… Et Louis céda sur toutes les exigences formulées et contreparties demandées.

La principale pour Paul et Rodolphe, c’était celle de pouvoir continuer leur union informelle sans ombrage. Paul ne rentra pas dans les détails, mais fit remarquer à la famille que rien ne pourrait empêcher qu’ils se voient.

Émilie tenta bien :

— Mais vos futures épouses, vous y pensez ?

— On s’en moque ! rétorqua Rodolphe qui ajouta : Sans entrer dans les détails, nous avons décidé de prévenir avant le mariage nos futures épouses que notre vie, disons, sentimentale, serait très libre mais discrète.

— Je vais me charger de vous trouver de futures épouses ! Enfin, si tu veux bien Sophie… proposa Émilie.

Sophie, un peu dépassée par les événements, acquiesça. De toute façon, elle ne s’intéressait qu’au bonheur de son cher petit Paul et elle était prête à tout accepter pour lui.

Quelques semaines après, Émilie invita sa belle-mère Sophie, son frère et son fils rue Victor Hugo et leur déclara :

— Peut-être d’une pierre deux coups ! Je vous ai trouvé deux sœurs, de bonnes familles, mais le père est sculpteur, pas connu et il vit très difficilement de son art. Donc il ne pourra pas verser une dot et pas plus aider ses filles à s’installer.

— Elles sont jolies ? demanda Paul.

— Pas trop grosses ? ajouta Rodolphe.

— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? rétorqua Émilie.

— Nous ne voulons pas en avoir honte ! expliqua Paul.

— Ni laides ni difformes ! Plutôt gentilles, instruites et aimables ! Marthe a 23 ans et Marcelline 24 précisa Sophie qui les avait rencontrées avec Émilie.

— Je vous propose une rencontre dans une exposition ou un bal suggéra Émilie.

— Non ! Directement ici sans mon père et sans Edgar, pour un thé vers 17 heures décida Paul.

— Faudra qu’on puisse leur parler tous deux sans personne d’autre ! ajouta Rodolphe.

— Vous ne pouvez pas tout leur dire ! rétorqua sèchement Émilie. Sinon, elles n’accepteront jamais !

— Bien sûr ! On sera hypocrite ! Mais on leur dira que nous sommes très liés… Qu’on prendra beaucoup de libertés…

— Une amitié particulière ! ajouta Rodolphe. Très personnelle ! Mais on les rassurera sur leur sort.

En 1906, les hommes étaient machos, même en étant homosexuels et presque tout autant qu’aujourd’hui et les déclarations des deux garçons ne choquèrent personne pas plus leur mère que les deux futures épouses. L’entretien eut lieu, se déroula bien, mais se tint à Montmartre chez les parents des demoiselles. Les jeunes gens trouvèrent les jeunes filles potables, mariables… Les deux jeunes filles s’occupaient dans l’art, Marcelline dans l’aquarelle et Marthe dans le chant lyrique. Paul préféra Marcelline et Rodolphe se contenta de Marthe. Les deux jeunes gens passèrent un bon bout de temps dans l’atelier du père, Emilio CAMBIOGGI dont ils apprécièrent le talent.

Il fallut passer par d’incontournables fiançailles… Et le mariage fut programmé pour le printemps 1907. Comme par hasard, Paul et Rodolphe trouvèrent deux appartements dans le même immeuble boulevard Saint Germain. Louis DUCOIN ne put rien dire car cela convenait aux demoiselles… Ils décidèrent aussi de faire chambre à part… Paul et Rodolphe dégottèrent un petit appartement pour en faire leur garçonnière rue Roquépine, mais personne n’en connut l’adresse…

Les mariages furent célébrés bien évidemment en même temps, à la Mairie du 8<e>ème</e> arrondissement puis en l’église de la Madeleine. Les parents DUCOIN et DEBAUVOIT ne voulaient pas que ces mariages passent inaperçus et ils furent gâtés… Le dîner fut donné aux grands frais de Louis DUCOIN dans un établissement renommé et récemment réaménagé, Au Bouillon Racine, rue Racine.

La veille, Paul et Rodolphe avaient enterré leur vie de garçons avec des amis, la plupart homosexuels et ils se trouvèrent bien fatigués le soir des noces. Les époux rentrèrent à leurs domiciles respectifs. Les garçons ressortirent moins d’un quart d’heure après pour rejoindre la garçonnière de la rue Roquépine.

— Ça y est ! J’ai enfin rempli mon devoir conjugal ! déclara Rodolphe à Paul trois semaines plus tard alors qu’il venait de terminer un délicieux ébat dans leur beau meublé de la rue Roquépine.

— Et tu recommenceras ? lui demanda Paul absolument sans aucun ton de jalousie.

— Épisodiquement et jusqu’à temps de l’engrosser et après, ça sera tout ! Je garderai toute mon énergie sexuelle pour toi mon chéri ! D’ailleurs pas de problème technique pour moi, comme tu sais je reprends la forme rien qu’en pensant à toi ! Et puis, comme nous sommes convenus, je fais chambre à part ! Et toi ? lui répondit et demanda Rodolphe.

— Moi ! Je fais chambre à part et j’ai dit à Marcelline que je ne pouvais pas l’honorer. Elle a voulu connaître la raison et je lui ai dit que j’étais impuissant !

Rodolphe pouffa de rire et s’exclama :

— La pauvre Marcelline, vierge à jamais !

— Vierge ! Qu’en sais-tu ? Je n’ai pas pu vérifier !

— On est horrible quand même ! confessa Rodolphe.

— Pas nous, nos parents, la société… On n’a pas demandé de naître comme ça ! Par contre, on nous a obligés à nous marier ! Ceci dit, quand j’ai dit à Marcelline qu’elle pourrait gérer le ménage et la rente que je lui réservais, j’ai vu sa mine réjouie !

Paul et Rodolphe dormirent peu souvent au domicile conjugal… Ils firent fréquemment des voyages tant en France qu’à l’étranger. Apparemment leurs épouses s’en trouvaient bien. Finalement ces mariages ont arrangé tout le monde, la famille CAMBIOGGI, leurs filles bien traitées par leur époux, les familles DUCOIN et DEBAUVOIT dont la notoriété ne fut pas compromise ! Et même un bonheur apparut à la naissance d’Éloi que Marthe mit au monde en octobre 1914.

Malheureusement la guerre ne permit pas à Rodolphe de voir son fils avant le début 1916. Il se retrouva médecin militaire. Quant à Paul, un ami bien placé de son père lui trouva un poste dans les bureaux du Ministère de la Guerre. Ils sortirent indemnes de la Grande Guerre…

Paul fonda une entreprise de gestion de valeurs mobilières mais s’y intéressa peu. Il donna plusieurs années sous le nom de Georges RICHARD un spectacle d’illusionnisme dans quelques théâtres de Paris, généralement assisté par Rodolphe. Ce dernier devint un grand chirurgien, spécialiste des blessures de guerre et fit presque des miracles.

Paul et Rodolphe vécurent heureux. Leur souvenir resta, pas le vrai… Rodolphe couvert par sa paternité resta pour la famille le bon époux bon père. Quant à Paul, lorsque les anciens de la famille en parlent, ils se contentent de dire :

— Paul ! Il était un peu… spécial…
  1. Que je ne peux conter sans faire classer mon récit en "pornographique".
  2. Pour l'assister dans son œuvre.