D'ouverture d'esprit à ouverture de braguette (02)


D'ouverture d'esprit à ouverture de braguette (02)
Texte paru le 2017-12-13 par Patrice   Drapeau-qc.svg
Ce récit a été publié sur l'archive par l'auteur d'après une activité d'écriture proposée au menu "Écriture" du menu général.

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Récit écrit dans le cadre du projet d'activité d'écriture Scénario #15

J'avais terminé depuis longtemps les préparatifs au garage et les deux garçons n'arrivaient toujours pas. Je m'étais bien attendu, en envoyant Marco se changer pour un cuissard et maillot de corps parmi ceux de Vincent, d'être retardé un peu, mais là, ça devenait vraiment long. Je tournais en rond, me questionnant à savoir si je devais rentrer dans la maison ou continuer de les attendre. Mais comme ils n'arrivaient toujours pas, je décidai donc d'aller voir s'ils étaient prêts.

En entrant, je ne vis personne au salon, personne à la cuisine. Je me dirigeai vers la salle de bain dont la porte était grande ouverte, la lumière éteinte ; personne là non plus. Je me rendis donc à la chambre de Vincent dont la porte était fermée. J'allais cogner pour savoir s'ils arrivaient bientôt quand tout à coup, j'entendis à travers la cloison, Vincent qui dit à voix basse, rauque:

— Attention, je vais venir! ... Atten... tion! Enlève ta bou... ahhhh!

J'avais en quelque sorte la réponse à nos questions, Isabelle et moi. Je décidai de retourner au garage sans faire de bruit, leur laisser leur intimité. Je trouverais bien une façon d'aborder le sujet sur l'heure du lunch avec eux. J'allais donc m'asseoir dans le garage et m'occupai de quelques ajustements sur mon vélo que j'avais prévu faire une autre fois, mais qui me permettraient de passer le temps et d'être occupé lorsque les gars arriveraient ; ainsi ils ne se sentiraient pas pris au piège.

Comme de fait, à peine trois minutes plus tard, Vincent arrivait, accompagné de Marco qui s'était changé. Il n'était pas aussi athlétique que Vincent, mais sa musculature fine, sa taille mince et ses jambes fuselées étaient mises en valeur par les nouveaux vêtements. Je me surpris même à le trouver beau bonhomme et sur le coup, m'inquiétai de cette réflexion, mais après l'avoir analysée, n'aurais-je pas eu la même réflexion si j'avais eu une fille qui me présentait son petit copain. Soyons modernes!

— Voilà, p'pa... on est prêts ! Désolé de t'avoir fait attendre... et Vincent se tût, cherchant une raison à donner.

Sans lui laisser le temps de devoir se justifier, je lui répondis rapidement, voulant mettre un terme à son dilemme:

— Pas de problème! J'ai même pas eu le temps de terminer mon dernier petit ajustement que je voulais faire à mon dérailleur. Encore une petite minute et je suis prêt moi aussi, ajoutai-je en retournant mon attention sur mon vélo.

J'avais toutefois eu le temps de voir une certaine terreur s'envoler des traits de son visage. Et si j'avais regardé plus longtemps, j'aurais aussi vu les deux garçons se regarder en souriant et rougissant quelque peu. Deux minutes plus tard, nous étions tous assis dans la voiture et en route. Vincent s'était assis à côté de moi, sur le siège du passager, et Marco était seul à l'arrière. Je me serais attendu à ce qu'ils s'assoient ensemble à l'arrière mais n'abordai pas le sujet pour ne pas les mettre dans l'embarras. Les deux étaient totalement silencieux et je n'osai pas interrompre le silence, n'ayant rien à dire qui fut sensé en ce moment pour briser la glace.

Rendus à destination, nous prîmes nos vélos, Vincent prit la tête, suivi de Marco et je fermais le peloton. Il était évident que Marco n'avait jamais fait de randonnée de la sorte alors je réussis à faire signe à Vincent de réduire quelque peu la cadence pour que Marco ne sente pas trop de pression. Néanmoins, il s'en tirait bien pour un débutant, nous avions une bonne vitesse de croisière. Nous ferions l'étape dans un temps plus long que prévu, mais nous y serions tout de même à temps pour dîner. Après un peu plus de deux heures, Marco était en nage lorsque nous sommes arrivés à la terrasse où tous les cyclistes s'arrêtaient pour manger.

Je sortis notre lunch de la sacoche de mon vélo, Vincent sortit les rafraîchissements de la sienne. On s'installe pour manger sur une table de pique-nique sur le bord du cours d'eau. C'était une magnifique journée, pas trop chaude, ni trop fraîche. Il y avait tellement de monde que l'on était chanceux d'avoir une table pour nous. On mangeait tout doucement, profitant pleinement de notre repos après l'exercice, mais l'ambiance était à couper au couteau. Vincent, d'habitude si bavard, ne disait mot, et Marco était plus silencieux qu'une carpe. Je décidai donc qu'il était temps que j'embraye!

— Et puis Marco, Vincent me racontait que tu étais nouveau dans la région...

— Oui, mon père s'est fait muter au siège social de l'entreprise où il travaille.

— Et comment trouves-tu ça ici?

— On s'y fait... ce n'est pas la première fois que je vis ce changement... il est appelé à changer de place à tous les cinq ans environ. Quand j'avais neuf ans, la même chose est arrivée. Ma mère m'a raconté qu'à mes trois ans, on a eu un grand déménagement comme ça aussi, – et se tournant vers Vincent – elle m'a raconté que j'avais enfermé mes toutous dans une grosse boîte et que j'en sortais un seul par jour, pour ne pas qu'ils soient apeurés dans la nouvelle maison !

Et on rit tous en chœur.

— Et là. les toutous s'habituent bien à la nouvelle maison aussi? lançai-je à la blague, ce qui parut détendre Marco qui sembla infusé d'une nouvelle énergie.

— Ah ça, je ne sais pas... ils sont encore dans leur boîte ! Faudrait leur demander ! répondit-il sur le même ton.

— Tu demanderas à Vincent... Il va t'aider... il était un grand psychologue à toutous en peluche quand il était petit... ajoutai-je en souriant.

— Papa! On se garde une petite gêne si ça ne te fait rien! lança Vincent, mi-figue, mi-raisin.

Marco reprit de lui-même :

— Le pire, c'est de tout abandonner et de recommencer dans un nouvel endroit. Mes amis, je ne les vois presque plus, on se parle quelques fois par internet mais de moins en moins...

Je devais saisir la chance maintenant, quitte à fourvoyer...

— J'imagine oui! Les amis, les amours, tout y passe... Étais-tu célibataire ou là-bas, tu avais un chum ou une blonde? tentai-je de dire le plus naturellement du monde, comme si ça allait de soi, j'essayais de jouer au papa cool.

Marco demeura interdit et regarda mon fils qui se leva de table en s'exclamant :

— Toi, maman t'a parlé ! Avoue! Fini le niaisage et de tourner autour du pot, ok ?

Et il part vers les vélos où il s'accroupit, faisant semblant de s'attarder sur son dérailleur. Marco se leva de suite derrière lui et le rejoignit. Je décidai de les laisser quelques minutes ensemble avant d'aller les rejoindre. Marco avait posé sa main sur l'épaule de Vincent et lui parlait tout bas. Quand je vis les épaules de Vincent secouées de soubresauts et Marco s'agenouiller derrière lui pour l'entourer de ses bras, je vis qu'il était temps que j'entre en scène. Je me suis relevé, prenant mon courage à deux mains et en arrivant près d'eux, au lieu de parler, je décidai de m'agenouiller moi aussi et de tout simplement prendre le couple d'adolescents dans mes bras pour leur faire un gros câlin. J'avais cru que cela les rassurerait... et finalement non. Vincent s'effondra en larmes en s'accrochant à mon cou, Marco laissait couler une grosse larme sur sa joue et moi, pas mieux, je me mis à pleurer comme une Madeleine en étreignant celui qui comptait pour plus que tout dans ma vie et son amoureux. Je ne sais même pas si on nous regardait tout autour, et je m'en foutais royalement... mais on devait faire un drôle de trio pris hors contexte !

Les larmes se sont taries. Je pris Vincent par les épaules, et en le fixant droit dans les yeux, je lui réitérais mon amour inconditionnel de père :

— Vincent... mon beau Vincent... Je suis un homme riche aujourd'hui, c'est grâce à toi... Pas riche en argent, mais riche en sentiments... Tu es ma plus belle réussite dans la vie, tu comptes pour plus que tout au monde... Ce que tu vis, je le vis aussi... Ce que tu ressens, tes joies et tes peines, je veux les partager jusqu'à mon dernier souffle... Je t'aime... et pour rien au monde je voudrais que tu penses que quelque chose pourrait changer ceci...

Ayant terminé de dire ces mots, je déposai un simple baiser sur son front avant de le serrer dans mes bras. Vincent, qui depuis ses 11-12 ans, refusait toute accolade de ma part, cette fois-ci, me prit à bras-le-corps pour me serrer contre lui. Oui, mon garçon grandissait et devenait un homme. Mais là, à cet instant, je retrouvais mon petit garçon que j'aimais tant prendre dans mes bras. Quand Vincent relâcha son étreinte, je pris Marco aux épaules, comme je l'avais fait avec Vincent quelques instants plus tôt et je m'adressai à lui :

— Marco... hmmm... – en me retournant vers Vincent pour parler – t'as du goût mon fils... Il est pas mal cute ton chum, ajoutai-je en lui faisant un clin d'œil avant de me retourner vers Marco. Comme je l'ai dit à Vincent, il est ce que j'ai de plus précieux dans la vie. Alors je n'ai qu'un seul conseil... Ne fais jamais rien pour le blesser ou lui nuire, c'est tout ce que je demande...

Et je déposai sur son front un petit baiser comme je l'avais fait à mon fils. Les yeux rougis, Marco et Vincent me regardaient sans rien dire.

— Je n'ai qu'un chose à vous dire... Soyez fiers de vous... soyez fiers de ce couple que vous formez... Il ne faut pas se cacher... L'amour n'a rien de honteux, souvenez-vous seulement de ça... Je ne veux pas que vous soyez mal-à-l'aise, à la maison comme ce matin au déjeuner, mais aussi en public. Je ne vous dis pas de vous afficher effrontément si vous vous sentez gênés, mais ne niez jamais qui vous êtes ou ce que vous êtes... Si quelqu'un a un problème, c'est lui ou elle le problème, ce n'est pas vous.

Et sur ce, je suis retourné à la table, les laissant seuls quelques instants. Je crois que maintenant, ils auraient beaucoup de choses à parler ensemble. Et maintenant que le choc était passé, il fallait désormais que je songe à la lourde tâche qui m'incombait toujours... aborder le sujet de se protéger pour le sexe ! Pourquoi on se fait encore tant de chi-chis avec ça... C'est normal comme sujet non ? Et pourtant... Est-ce le tabou du sexe? Je ne crois pas... Probablement notre instinct parental à refuser l'inévitable... nos enfants grandissent et ne sont plus des bébés!

Je vis Marco qui tenait Vincent dans ses bras et Vincent qui le tenait contre lui, la tête sur son épaule. J'étais fier d'eux... et avouons-le, j'étais fier de moi... très fier de moi ! Je les regardais et finalement, tout ce que je voyais, ce n'était pas deux gais qui s'aimaient, c'était deux personnes qui s'aimaient et s'épaulaient. C'est ça un couple, nonb? Ils sont revenus vers la table, en se tenant la main. Vincent s'assied, me regarda, et me dit tout simplement :

— Papa, je t'aime !

Je dus me retenir pour ne pas me mettre à brailler toutes les larmes de mon corps. Voulant garder mon aplomb, je lui passais un main dans ses cheveux fins en disant tout simplement :

— Moi aussi je t'aime, mon chou !

— Papa ! lança-t-il.

— Ah, parce que tu penses que vu que Marco est là que ça va changer ça ? Enlève-toi ça tout de suite de la tête !

Et Vincent fit une petite moue boudeuse alors que Marco lui passa les doigts dans les cheveux en ajoutant, moqueusement :

— Et, moi, je peux t'aimer aussi, mon chou ?

Vincent éclata de rire, suivi de Marco et de moi-même.

— Hey, c'est pas juste ! Vous êtes deux contre moi...

Marco reprit la parole en me fixant droit dans les yeux.

— Merci... Vincent était tellement terrorisé à l'idée de vous en parler, même s'il avait déjà parlé à sa mère.

— Je peux comprendre... j'essaie de me mettre dans la peau d'un jeune qui doit annoncer ça à sa famille, c'est pas évident... Et toi, ta famille le sait ?

— Bien... je peux répondre à la question de tantôt maintenant... Non, j'avais pas de chum quand je suis déménagé... Mais oui, ma famille le sait ; depuis l'an passé, quelques mois avant qu'on déménage. Quand mon père nous a annoncé qu'on déménageait – encore ! – et qu'il voulait savoir comment on se sentait suite à ce nouveau déplacement, j'ai pris mon courage à deux mains et je leur ai dit que finalement, venir près de la grand-ville me rassurait un peu, car j'aurais sûrement moins de réactions négatives face à mon homosexualité. Le choc fut sérieux, plus personne n'en parlait, mais après quelques jours, c'est comme si c'était naturel... J'avais la chance d'avoir mon oncle qui est gay aussi... c'était pas du tout neuf dans la famille ! ajouta-t-il en riant.

Le reste du repas, nous avons discuté de tout et de rien, de nos familles, nos amis, nos activités, le tout naturellement. Le retour à la maison se fit sous le signe de la bonne humeur et se déroula comme un charme. Une fois les vélos bien en place sur le porte-vélos, nous reprîmes la route et cette fois-ci, sans faire aucun commentaire, je me suis retrouvé seul à l'avant, mon fils et son petit copain prirent la banquette arrière et se tirent la main tout au long du retour à la maison.

Quelques minutes avant d'arriver à la maison, j'arrêtais à la pharmacie... j'avais un achat à faire... Ce soir, après souper, j'aurais ma discussion du papa à son fils, avec Vincent... et Marco s'il était là lui aussi !



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