Découverte

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Numéro 1

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 1
Date de parution originale: Juin 1985

Date de publication/archivage: 2015-01-21

Auteur: Jean-Paul
Titre: Découverte
Rubrique: Premiers émois

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Ce texte a été lu 7181 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)



J’avais été engagé pour trois mois, en été, dans le réseau d’autobus marseillais en qualité de receveur. Cette fonction est supprimée depuis que les gens poinçonnent eux-mêmes leur ticket. Je me trouvais à l’arrière du bus, dans une petite cage et mon travail consistait à oblitérer les titres de transport et à ouvrir les portes centrale et arrière du bus. Chaque jour je changeais de circuit et donc aussi de chauffeur. Les contacts avec eux étaient variés, suivant la personnalité de chacun, mais en général je n’avais pas de problèmes. Nous avions entre chaque trajet un laps de temps suffisant pour fumer une cigarette et pour discuter.

Ainsi, je fis la connaissance d’un chauffeur dont le prénom m’échappe aujourd’hui, car cette histoire m’est arrivée voilà quinze ans. Nous étions donc en été et le gars, marié et père d’un enfant, une petite fille, se trouvait seul chez lui. Il m’avoua que la solitude commençait à se faire sentir, car sa femme et sa gosse étaient parties en vacances pour deux mois. Je lui conseillai de sortir un peu plus et pourquoi pas de draguer et de lier connaissance. Nous en sommes donc rapidement venus à causer de sexe et il faut bien l’avouer les conducteurs de bus se font très souvent «accrocher» par des passagères, donc les occasions ne manquent pas.

Il m’avoua qu’il avait des tendances homos bien qu’il soit marié. Sa femme ne le faisait plus bander, il n’arrivait à trouver son plaisir qu’avec des hommes. J’avais à l’époque vingt ans et n’avais eu jusqu’alors que des expériences avec des filles. Je ne possédais en moi que des clichés stéréotypés en ce qui concernait les homos : ils devaient naturellement être très efféminés, rouler des fesses et se conduire en grandes folles. Ces personnes étaient obligatoirement maquillées. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque mon chauffeur m’avoua ses pulsions profondes, car il était plutôt viril, assez grand, brun, des muscles saillants sous sa chemise légère, qui laissait apparaître une poitrine velue. Lorsqu’il me proposa de passer la soirée avec lui, dans son appartement, je fus d’abord gêné mais, comme il m’était sympathique, j’acceptai.

Après le service, nous avons pris sa voiture et avons filé chez lui. Il logeait dans une sorte de résidence de banlieue et son appartement était assez vaste. Nous avons pris l’apéro et nous nous sommes effondrés dans le canapé.

Sa main s’est perdue dans mes cheveux qu’il a longuement caressés, ils étaient en ce temps-Ià assez longs et tombaient en grappes sur mes épaules déjà bronzées par le soleil marseillais. Il m’a demandé de m’allonger sur le divan car il désirait me faire un massage. Je me suis exécuté, j’ai ôté mon tee-shirt et me suis mis sur le ventre. Je ne me souviens pas avoir été angoissé par le fait qu’un homme me touche, au contraire, j’y trouvais même un certain intérêt. Il s’est assis sur mon postérieur après s’être au préalable enduit les mains d’huile de coco. J’ai posé ma tête sur mes bras repliés et j’ai essayé de me détendre. Ses mains sont parties du bas de mes reins et remontaient lentement vers mon cou suivant les muscles qui entourent ma colonne vertébrale. Puis il s’est attardé au niveau de mes épaules ; c’était extraordinaire comme impression, j’étais complètement relaxé, comme dans du coton. J’étais en train de remettre totalement en question les clichés concernant la douceur féminine. Jamais auparavant, une femme ne m’avait caressé d’une façon aussi délicate et m’avait procuré autant de bien-être.

Au travers de mon jean j’ai senti une boule s’apesantir de plus en plus sur mes fesses. Le massage que me prodiguait mon nouvel ami s’était transformé en frôlement sur tout mon buste ; ses doigts, tels de petits papillons, sillonnaient ma chair et l’image de la caresse d’un vent léger me vint à l’esprit. Il passa alors ses doigts sous mon ventre et me dégrafa mon pantalon qu’il retira prestement. Libérant mon slip puis mon sexe, il se pencha alors vers mon bas-ventre et enfouit son nez dans mes poils. J’ai osé alors, à ce stade, poser ma main sur sa tête et délicatement lui ai effleuré la joue, puis les lèvres. Il s’imprégnait de mon odeur, puis il m’a senti la verge, remontant vers mon gland qu’il a soigneusement décaloté. Par de petits coups de langue il me l’a bien humidifié. À ce moment là, peu importait que ce fut un homme qui était présent ; j’avais le sentiment d’avoir dépassé une limite que mon éducation m’avait imposée et d’y trouver beaucoup de plaisir.

Nous avons tous deux vécu une nuit merveilleuse. Pour la première fois je connus la pénétration anale, car plusieurs fois dans la nuit, il m’encula en faisant toujours très attention de ne pas m’abimer. Moi aussi, j’ai joui en lui mais cela m’apporta beaucoup moins de plaisir que la sensation de sentir un membre fouiller, aller et venir dans mes intestins dilatés et offerts à la pénétration.

Certains, à la suite d’un événement important qui leur arrive dans la vie, changent de religion. Cette rencontre, due au hasard, m’a dirigé vers mes pulsions profondes et vers mon vrai moi. Depuis ce soir-là, je n’ai plus eu de rapports qu’avec des hommes et mon grand plaisir est de les recevoir au plus profond de moi-même.

Jean-Paul, 36 ans