Dance avec les Crocs (01)


Dance avec les Crocs (01)
Texte paru le 2015-01-12 par Prades   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : Dance avec les Crocs

La chauve souris se laissa porter par les vents ascendants, les utilisant intelligemment pour battre des ailes le moins possible et ainsi ménager sa précieuse énergie. Les bourrasques de vent glacial frappaient violemment les flancs des montagnes alentours, propulsant la créature volante vers les cieux d'un gris opaque. En dessous du mammifère, les versants boisés des Carpates roumaines filaient à vive allure alors que les courants d'air forcissaient. Mais l'animal tenait bon, uniquement guidé par son instinct et son sens de l'observation, il slalomait entre les montagnes en faisant fi des éléments.


La chauve souris avait hâte de retrouver son maître après six mois de séparation, pour rien au monde elle n'aurait raté ces retrouvailles. Elle finit par apercevoir son but au détour d'un relief. La créature volante se dirigea à tire d'aile vers une citadelle en pierre de taille perchée en haut d'un rocher, surplombant la région de sa majestueuse présence. Le château semblait être l'unique source de vie humaine à des kilomètres à la ronde. C'était en réalité une école bien particulière qui accueillait une centaine d'élèves âgés entre quinze et dix-neuf ans ainsi qu'une petite équipe de professeurs pour les encadrer. Le mammifère passa au dessus du rempart et plongea en piqué vers la cour d'honneur. L'endroit paraissait déserté depuis un moment, comme figé dans l'espace temps. Pas le moindre mouvement, pas le moindre bruit.


Semblant savoir où elle allait, la chauve souris s'infiltra dans un vieux puits creusé dans un angle de la cour, s'enfonçant dans les entrailles humides de la citadelle. Le mammifère descendit sur une dizaine de mètres dans le noir le plus total avant d'emprunter un conduit vertical qui débouchait sur une vaste cave à piliers. A l'intérieur alignés avec minutie, une multitude de caveaux en pierre attendaient bien sagement l'heure du Grand Réveil. La chauve souris continua sa route jusqu'à une petite salle annexe qui contenait elle aussi quelques tombes plus richement décorées. Le mammifère se posa sur la plus impressionnante de toute, un énorme caveau surélevé de plusieurs marches qui trônait au milieu de la pièce. Le petit animal émit un cri aiguë en se dandinant sur le rebord et se mit à attendre.



Nicolae sentait qu'il n'allait pas tarder à sortir de la longue hibernation dans laquelle il était plongé depuis presque six mois. Le Grand Réveil survenait une fois par an, toujours au même moment : le neuvième jour du neuvième mois de l'année. Comme d'habitude son horloge biologique remettait doucement en marche son corps glacé. Son cœur recommença à battre, d'abord de façon très lente puis de plus en plus rapidement. La vie affluait à nouveau dans ses veines, alimentant son cerveau engourdi qui lui rendit progressivement sa conscience. Nicolae se remit à penser, à réfléchir, à se souvenir de qui il était. L'adolescent ne contrôlait encore rien mais il percevait une chaude énergie se répandre dans ses membres et lui rendre peu à peu ses sens. Au bout d'une heure tout son organisme était de nouveau opérationnel et c'est alors qu'il...

S'éveilla.

Il respira à plein poumons l'air vicié de son caveau, heureux malgré tout de se sentir vivant. Nicolae n'avait qu'une envie : croquer la vie à pleines dents, en profiter le plus possible avant la prochaine période d'hibernation qui ne manquerait pas de survenir dans six mois : le processus était immuable. Il goutta encore quelques minutes au confort apaisant de son caveau tapissé de doux coussins qui frottaient délicieusement contre son corps dénudé au moindre de ses mouvements. Rassemblant ses forces, il poussa le couvercle en pierre qui couvrait sa cache, le faisant coulisser sur le côté afin de dégager un espace suffisant à son corps pour s'extirper du cercueil en pierre. Tremblant de faiblesse, le jeune homme se redressa en prenant soin de se maintenir contre les bords pour ne pas s'effondrer. Tout autour de lui les siens reprenaient vie, s'échappant maladroitement de leurs caveaux respectifs alignés par dizaines tout au long de l'immense cave du château. La lumière des néons, extrêmement diffuse pour préserver leur rétine habituée à l'obscurité, s'intensifiait petit à petit. L'adolescent fit divers mouvements pour tester ses muscles atrophiés après six mois d'immobilité. Il enjamba le rebord, posant un pied sur les dalles en pierre du sol gelé. Le froid mordait sa voûte plantaire mais cela ne le dérangeait pas, le froid n'était pas son ennemi, le froid préservait son corps durant l'hibernation : il était son plus précieux allié. En quelques minutes la salle fut remplie de jeunes corps nus. Certains courraient sur place, d'autres faisaient des pompes pour se donner du tonus. Chacun avait sa propre méthode pour retrouver la forme.

Nicolae n'était pas un être humain au sens propre du terme. L'adolescent appartenait à une ethnie ancestrale qui peuplait l'imaginaire collectif des humains depuis des générations : celle des Vampiraes. Son peuple avait subit des mutations génétiques au cours du temps, s'éloignant petit à petit de la branche humaine. Ainsi il existait d'importantes différences à prendre en compte lorsqu'il s'agissait de différencier les Vampiraes des humains.


Tout d'abord des différences au niveau physique : chaque Vampirae naissait complètement albinos. Leurs cheveux tout comme leurs sourcils possédaient une teinte argentée d'une beauté incomparable qui restait la même de leur venue au monde jusqu'à leur décès. Le reste de leur corps était vierge de la moindre pilosité : la peau de leurs jambes, bras, aisselles, pubis était aussi lisse que celle d'une bébé même une fois la puberté passée. Cette caractéristique offrait un contraste déroutant avec leur silhouette musclée et leur entrejambe complètement développée. La couleur de la peau des Vampiraes était quant à elle aussi pâle que la lune, aussi blanche que le lait. Cette blancheur était synonyme de fragilité. Il était impossible aux membres de l'ethnie de sortir en plein soleil sans risquer d'attraper dans la foulée un redoutable cancer de la peau. C'est principalement pour cette raison qu'ils hibernaient durant la belle saison et s'extirpaient de leurs caveaux au début du mois de Septembre. L'inclinaison de la Terre et la couche d'épais nuages gris qui voilaient en permanence le ciel durant cette période permettaient de limiter au maximum les rayons dévastateurs. Chaque Vampirae possédait des iris grisés extrêmement sensibles face aux lumières vives.

Venons en aux modes de vie. Les Vampiraes possédaient une espérance de vie incroyablement longue qui avoisinait les 400 ans. Ils vieillissaient bien plus lentement que les simples humains ce qui expliquait que Nicolae, malgré ses 70 ans avait le physique et l'apparence d'un beau jeune homme. Si l'on convertissait son âge en année humaine, il aurait 17 ans tout comme son meilleur ami Cezar qui venait justement de le rejoindre. Cezar possédait un corps lourdement bâtit avec des muscles saillants et une carrure impressionnante. Le physique de Nicolae était quant à lui beaucoup plus maigre, plus efféminé, plus délicat et il faisait presque une tête de moins que son compère. L'adolescent avisa avec amusement la grosse queue bandée de Cezar qui fouettait l'air à chacun de ses pas.

— Tout dans la teub, rien dans le cerveau, se moqua Nicolae en guise de bonjour.

— Tu peux parler, rétorqua son ami en le renvoyant à sa propre érection.

Nicolae était en effet aussi dur que son compagnon, mais d'une manière générale l'ensemble des jeunes vampiraes affichaient une profusion de sexe érigés au gland luisant et perlant de mouille. Il y en avait pour toutes les tailles et pour toutes les formes. Six mois d'abstinence avaient suffit aux adolescents pour les transformer en boule d'excitation. Certains empoignaient déjà leurs teub, d'autres glissaient par intermittence un doigt entre les fesses pour stimuler leur anus engourdi. Il en fallut peu pour que le Grand Réveil ne se transforme en une gigantesque orgie entre les jeunes hommes. Mais cela n'arrivera pas : les Vampiraes se préservaient pour bénéficier d'un plaisir beaucoup plus intense, faire l'amour avec un humain. Par définition le Vampirae est avide de sexe, c'est son principal plaisir dans la vie. Cela se transforme en obsession chez les jeunes hommes de moins de 22 ans qui ne peuvent passer une journée sans avoir un rapport sexuel anal, victime d'un taux de testostérone trois fois supérieur à la moyenne des humains au même âge.

Les Vampiraes étaient des homosexuels accomplis qui ne pratiquaient l'amour qu'entres hommes pour plusieurs raisons. Tout d'abord le sperme : rien ne leur semblait plus délicieux que de boire à la pompe la chaude semence d'un jeune humain vigoureux. C'était l'équivalent d'une drogue dont il ne pouvait se passer. Autre point d'importance : leur mode de reproduction peu conventionnel. Il n'existait que des mâles chez les Vampiraes, pour perpétrer les générations ils étaient obligés de féconder par l'arrière de jeunes hommes humains. Ceux-ci avaient la chance inédite de vivre l'expérience d'une grossesse. Ils devaient par contre accoucher par césarienne, la génétique ne poussant par le miracle jusqu'à faire sortir le bébé d'entre leurs fesses. Pour cela, il fallait que les Vampiraes copulent avec leurs amants humains durant la nuit du solstice d'hiver, le reste du temps l'humain n'était pas fécondé. Inutile de se le cacher, les candidats humains à même de proposer leurs culs la nuit du solstice d'hiver pour aider à la reproduction des Vampirae n'étaient pas nombreux ce qui expliquait le très faible tôt de renouvellement des générations.


L'ethnie des Vampirae possédait une histoire douloureuse remplie de violence et de préjugés. Les historiens situent leur apparition 200 ans avant notre ère, c'était alors un peuple de nomades qui errait dans les plaines Ukrainiennes au grès des saisons. Poussés vers l'ouest au cours des Grandes Invasions Barbares, ils finirent par s'installer dans les montagnes des Carpates, se sédentarisant définitivement. Progressivement leur puissance s'accrut dans la région, ils créèrent de puissantes villes fortifiées et offrirent leur protection aux paysans, artisans, citoyens qui vinrent s'installer à leurs services. Le Moyen Age fut rythmé par de sanglantes guerres intestines entre Seigneurs Vampiraes qui s'affaiblirent mutuellement. Du fait de leur longévité et du faible taux de natalité, leur nombre fut très vite largement minoritaire face aux humains qui travaillaient pour eux et vivaient au sein de leurs cités. Les grandes révoltes du milieu du quinzième siècles mirent fin à la domination des seigneurs Vampiraes sur la Transylvanie. Chassés des villes qu'ils avaient fait bâtir, ils laissèrent le contrôle des plaines aux humains, s'exilant dans les montagnes boisées des Carpates. Ils reconstruisirent de petites citadelles et s'affirmèrent en tant que nobles. Les habitants des montagnes, les bûcherons, les bergers affluèrent eux aussi pour demander la protection et le savoir des Vampiraes. Ceux-ci ne voulurent pas refaire la même erreur, ils refusèrent que les humaines s'installent dans leurs citadelles mais les autorisèrent à bâtir de petits villages à côté. Les deux partis en tiraient bénéfice, les Vampiraes protégeaient les citoyens et leurs offraient des richesses, les humains travaillaient pour les nobles Vampiraes qui pouvaient satisfaire leur appétit charnel en piochant parmi les plus beaux jeunes hommes qui peuplaient les villages.

Bram Stoker fit voler cette harmonie en éclat. S'inspirant de l'ethnie Vampirae pour son roman Dracula, il les décrivit comme des créatures démoniaques, les faisant passer d'avaleur de sperme à suceur de sang. Les rumeurs prirent une telle ampleur que les humains se révoltèrent à nouveau contre les Vampiraes. Officiellement pour se délivrer de leur joug maléfique mais en réalité les hommes cupides convoitaient les richesses de leurs maîtres. Ils attendirent que les Vampiraes entrent dans leur périodes d'hibernation pour allé les débusquer dans leur caveau, les massacrant à coups de pieux de le cœur comme le voulait la tradition. L'immense majorité des Vampiraes périt en l'espace de quelques jours.

Durant la seconde guerre mondiale les derniers membres de l'espèce, un millier tout au plus furent traqués par les nazis qui les considéraient comme des aberrations de la nature. Par mesure de précaution, les plus jeunes Vampirae furent emmené dans le château le plus reculé de la région, une citadelle inconnue des hommes, à l'époque perdue au plus profond des montagnes. Ce furent les seuls à réchapper aux nazis avec une dizaine de professeurs qui les avaient accompagnés. Nicolae comme tout les adolescents Vampiraes qui s'ébrouaient autour de lui faisaient partis de ces miraculés. Depuis ils avaient grandit au sein de la citadelle qui leur servait à la fois de maison et d'école.

— Qu'est-ce que j'ai hâte de pouvoir à nouveau faire l'amour avec un humain, déclara Nicolae à son ami, je choisirai le fils du bûcheron, tu sais ce grand gaillard de 22 ans. Il me baise comme un sauvage mais c'est surement ce que j'aime chez lui. Sentir ses couilles poilues frapper mon petit derrière pâlot lorsqu'il me prend. Et toi, qui vas-tu choisir ?

Cezar réfléchit quelques instants en branlant doucement sa gigantesque pine bandée.

— Surement le deuxième fils du boulanger.

— Erbraz ? Le blond de 19 ans ?

— Oui, j'ai un très bon souvenir de son cul. Un derrière capable de recueillir l'intégralité de ma teub sans forcer, je n'en trouve pas tout les jours.

Instinctivement la foule se rassembla devant les lourdes portes d'airain qui scellaient l'entrée de la crypte. Les Vampiraes avaient hâte de sortir profiter des charmes de leurs amis humains qui peuplaient le petit village à côté. Les corps nus se frôlaient en permanence alors que les Vampiraes s'agglutinaient pour pousser les portes. Un adolescent plus sensible que ses congénères éjacula par mégarde contre les fesses de son camarade de devant en poussant une plainte frustrée. Ses amis aux alentours se moquèrent gentiment de sa déconvenue.

Sous la poussée de dizaines de Vampiraes les portes finirent par s'ouvrir. Seigneur Vali, le vieux directeur de l'école, sortit de son caveau juste à temps pour voir la centaine de paire de fesses de ses élèves détaler en courant hors de la crypte. Il secoua la tête avec indulgence, se rappelant que lui aussi avait été jeune, même si cela remontait à plusieurs siècle maintenant. Sa chauve souris domestique couina de plaisir en l'apercevant. Sans attendre elle vint se poser sur l'épaule du directeur, frottant sa petite tête contre la joue du vieil homme attendri.

Seigneur Vali marcha à son tour vers les portes suivit des dix autres professeurs de son école. Leurs corps ridés, parcheminés, voûtés trahissaient leurs extrême vieillesse. Seul le maître de danse, Maître Viorel avait moins de 300 ans. Si l'on convertissait son âge en année humaine, le professeur de danse aurait eut 32 ans : un jeunot comparé aux vieux sages qui l'entouraient. Son corps à la fois souple et musclé faisait de lui la personne idéale pour enseigner la danse aux jeunes Vampiraes. C'était d'ailleurs le seul des professeurs à bander ouvertement au moment du réveil. Chez les Vampiraes, la testostérone diminuait de façon exponentielle avec l'âge. Ainsi les vieux professeurs ne ressentaient plus le besoin de copuler avec qui que ce soit, ce qui n'était pas le cas de Maître Viorel qui avait grand hâte de faire un tour au village humain pour rattraper le temps perdu.

Derrière la porte de la crypte s'étendait un vaste escalier qui menait au rez-de-chaussée du château. Alignés de part et d'autre le long des murs, une multitude de colosses en glaise séchée attendaient patiemment le réveil de leurs Seigneurs. C'étaient de parfait serviteurs, idéals pour s'occuper de l'intendance du château sans que les Vampiraes n'aient à s'en soucier. Les colosses s'animèrent et se dépêchèrent de sortir de la crypte : il y avait beaucoup de travail pour rendre la forteresse opérationnelle après six mois d'abandon.