Des passes vite faites

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Numéro 20

Texte d'archive:


Archivé de: Boys – Numéro 20
Date de parution originale: inconnue

Date de publication/archivage: 2014-08-14

Auteur: Vincent
Titre: Des passes vite faites
Rubrique:

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Je n’ai pas résisté à la tentation du mariage. Pour de multiples raisons. C’était pratique, simple, cela me faisait une bonne réputation, et ça effaçait un peu mon passé assez chargé. J’ai trente-cinq ans, et maintenant je me range. J’aurais aussi bien pu me mettre avec un autre homme, mais alors, il y a le problème des enfants. L’adoption, c’est très bien, mais pour les homos, ce n’est pas évident.

Alors j’ai cédé à la facilité. Je suis père de famille, et j’ai mes aventures à gauche et à droite. Ma femme n’en souffre pas, elle n’est au courant de rien, et moi je peux tirer un coup de temps en temps.

Parce que dans le temps, non seulement que je passais mon temps en forniquages, mais c’était mon gagne-pain. Des passes, de la retape, on appelle ça comme on veut. Je n’étais pas plus paumé que les autres, mais c’était un moyen facile de gagner de l’argent. Et même, il coulait à flots. Mon foutre aussi, ça coule de source...

Le problème, évidemment, c’est qu’avec l’âge, dans ce métier, on ne bonifie pas comme le vin, au contraire. Les meilleurs coups que j’ai faits, c’était... puis je ne vous le dit pas, cela risquerait de vous choquer, et ce n’est pas pour ça que je fais des confidences aujourd’hui; je ne suis ni ne serai pas la dernière victime des pédérastes, cela s’est toujours fait et de tout temps. Maintenant, on va en Orient, en Tunisie, ou n’importe où, ailleurs, loin, c’est tout au moins ce qu’on dit, parce qu’on a l’impression qu’on est pas concerné quand cela se passe au bout du monde. Moi ce que je sais, c’est que cela se passait chez nous, et que vous pouvez regarder dans toutes les grandes gares, vous y trouverez tout ce que vous voulez.

C’était mon lieu de prédilection, les gares. D’abord parce qu’il y fait chaud, ensuite parce qu’à la fin on connaît du monde et on se fait des amis. On s’échangeait nos impressions, mais c’était toujours la même chose. Finalement, des histoires vraiment fortes, cela n’arrivait pas si souvent.

Je ne draguais pas, parce que je n’avais pas envie d’avoir des emmerdes avec les flics ; Je me tenais là dans un coin, et, il n’y avait pas besoin de paroles. On se reconnaît au premier coup d’oeil. Quand je voyais un mec qui cherchait, qui me regardait longuement en faisant un signe de tête ou un clin d’oeil, j’avais compris. On se retirait discrètement, on marchait, on regardait les horaires, et on discutait le coup.

J’avais une piaule à moi, pour éviter les frais d’hôtel. Et là dedans, le minimum vital. Un lit, une armoire avec un miroir, un peu de matériel dedans, et une petite cuisine avec un frigo, de quoi boire et de quoi bouffer. Rien d’autre , parce qu’on ne sait jamais sur qui on tombe, et qu’il vaut mieux se méfier.

Dans mon armoire, des trucs qui plaisent toujours aux amateurs de sensations fortes. Rien de très original. Des sangles, pour ceux qui aiment être attachés, des menottes, des fouets, des godemichets improvisés. J’ai toujours essayé de faire le moins de frais possible. Pour les trucs à se fourrer, j’improvisais. Je recherchais des instruments un peu originaux et qui ne coûtaient rien. Des bouteilles qui avaient une jolie forme, des massues en bois, des silex bien arrondis, enfin, toute sorte de brols. Sans parler des déguisements. Des trucs pour les petites filles, des robes en dentelle, ou du moins imitation, des bas, des jarretelles, et puis aussi des langes. Ça paraît rigolo, mais les couches culotte, les culottes en plastique, enfin tout ce qu’il faut pour les bébés, cela a du succès. Évidemment , quand je devais passer deux heures pour m’habiller ou pour langer, c’était pas le même tarif qu’une petite branlette vite faite derrière un mur.

On voit tout de suite à qui on a à faire. En général, les mecs bien mis, ils ont du fric, et ils sont plus difficiles. Ils ne se contentent pas de toucher vite fait, il faut des trucs perfectionnés. Quand j’ai un bon coup, qu’on a discuté sur les prix, on va chez moi, et on s’y met. C’est difficile de raconter comme ça d’un bloc, parce que tous les individus sont différents. Y’a pas deux mecs qui se ressemblent, et chacun a des goûts différents. Évidemment, ce qui est intéressant, ce sont les originaux. J’en ai eu un une fois, à qui j’ai dû préparer un biberon, et pendant qu’il tétait, je devais lui raconter des histoires, des contes de fée. Si je m’étais attendu à ça... Je dois dire que j’ai dû faire travailler mon imagination.

Quand il eu son compte d’histoires, je m’attendais au moins à ce qu’il m’accorde un peu d’attention... D’habitude, ce n’est pas une petite fantaisie de ce genre qui empêche quoi que ce soit! On se fait lyncher, on torture un peu, mais on s’enfourne quand même... Puisque le but de tout ça c’est en général pour s’exciter. Enfin, en général, parce qu’il n’y a pas de loi.

Mais celui là, pas du tout, il était content. J’avais bien vu qu’il bandait sec dans son petit lange. Et même qu’il avait fait dedans. Quand je dis qu’il avait fait, c’est tout. Non seulement, il avait pissé, il avait caqué, mais il avait éjaculé. Le tout s’est passé en quelques minutes, je n’ai même pas eu le temps de me rendre compte. Puis, il a fait un beau sourire, il m’a fait un chèque, et il est parti.

Ce ne sont pas des cas d’exception. Loin de là. Un jour, il y en a un qui s’est amené avec un serpent, et qui m’a présenté sa bestiole. Ce qu’il voulait, c’est que je l’admire, que je la caresse, et pendant que j’avais la bête autour du cou, il s’est mis à me caresser. Si il y a bien quelque chose que je déteste, ce sont les araignées et les serpents. Mais quand j’ai vu les billets qui lui sortaient de partout, je dois dire que j’y ai réfléchi. Il était inoffensif. Heureusement. Je l’avais enroulé autour du cou, et pendant ce temps là, l’autre, il me tripotait et il s’esquintait pour me faire bander. Moi, comme c’est pas tout à fait mon truc, j’ai eu du mal. Mais avec un gros effort, c’est venu. Finalement, ce n’était pas si désagréable. Un peu froid, mais je fermais les yeux, je sentais cette chose écailleuse qui me dégoulinait lentement le long du corps, je suais un peu d’angoisse, mais ce contact sur ma peau était si spécial, si différent, que cela m’a fait des sensations bizarres et très érotiques, pour finir. Puis, il a continué, moi je n’avais pas grand chose à faire d’autre que subir, je bandais, je l’ai dit, et le plus surpris, quand j’ai juté, ça a été moi. Dans un métier comme ça, les éjaculations, on les compte, on se ménage. Mais là ça m’est sorti sans que je m’y attende.

Puis j’en ai eu un, une fois, qui lui était en mal de paternité. Il m’a torché les fesses, m’a mis de l’huile pour bébé, du talc (j’avais une croûte de 2mm que j’ai eu toutes les peines du monde à décrasser après), et il m’a mis un lange, un morceau de drap blanc qu’il avait amené lui-même. Pendant qu’il s’affairait sur mon auguste postérieur, il n’arrêtait pas de faire des louanges, d’admirer la courbe de mes fesses, la chute de mes reins, et mes appendices masculins. Tout en m’asticottant, il me frottait le manche, essayait de me faire bander. Mais moi j’ai mes trucs à moi, vous pensez, dans ce métier, c’est devenu sur commande. Quand j’ai été à demi emballé dans mes langes, qu’il n’avait pas serré pour voir tout ce qui se passe en dessous, il m’a demandé de pisser dedans. Pour le satisfaire, évidemment, je l’ai fait, alors il m'a déballé, il m’a de nouveau torché, nettoyé avec un gant de toilette. Enfin, il a tout recommencé. Je croyais qu’il allait au moins se branler en faisant tout ça, mais pas du tout. Il m’a payé, et il est parti. Je l’ai revu encore deux trois fois et on a fait chaque fois le même scénario.

Ce que j’aimais vraiment, moi, c’était la rue. Les attouchements rapides derrière une palissade, les frottements, les branlettes avec des inconnus. Parce qu’au début, évidemment, je n’ai fait que ça. Pour la sécurité, ce n’est pas l’idéal ; plus d’une fois je me suis retrouvé par terre, bourré de coups, et naturellement, pas question de porter plainte. Ce sont des fanatiques, des mecs haineux qui se défoulent sur tout ce qu’ils trouvent, ou tout simplement, qu’ils vous piquent le fric en s’imaginant qu’on trimbale des masses de pognon sur soi.

Je peux dire qu’avec ces mecs, vraiment, je prenais mon pied aussi. C’était des types plus âgés qui se soulageaient vite fait et à bon compte dans l’incognito le plus total, ou au contraire c’était des jeunes, des amateurs du genre, qui aimaient la variété, la promiscuité, et qui s’en tiraient ainsi avec un minimum de frais. Maintenant, il y a des lieux de drague organisés dans presque toutes les grandes villes, où ça ne coûte rien du tout, mais à l’époque, il fallait avoir recours à des types comme moi, très jeunes, mais avec assez d’expérience pour leur faire cracher le jus en un minimum de temps, et un maximum de plaisir.

Tout s’apprend, et je m’en suis fait involontairement une spécialité. D’abord les petits trucs des copains : parler en même temps, dire des cochonneries, mettre leur queue en valeur en disant que c’était la plus grosse que j’avais jamais vue, flatter leur virilité. Et plus, j’ajustais mon poignet pour une bonne branlette, et il y avait des jours où je devais mettre une bande velpeau autour comme les joueurs de tennis tellement j’avais tringlé des queues. On croit souvent que ce sont aussi des paumés qui ont recours à ce genre de trucs. Pas du tout. Ce sont souvent des gens très bien, qui recherchent quelques sensations fortes, qui sont curieux, et qui veulent pas crever avant d’avoir tout essayé.

Puis il y a le goût du risque qui joue beaucoup. On a toujours la surprise, parfois, de voir les flics se radiner, ou des loubards, ou simplement des passants un peu curieux qui crient au secours quand ils vous voient occupés.

Quand j’en avais marre de secouer les articulations de mon poignet, je pompais. Souvent d’ailleurs, c’était ce qu’on me demandait. Mais pour ça, je choisissais un peu. Le tarif était plus élevé, mais pas grand chose, parce que de mon côté, cela ne me demandait pas plus d’efforts. Seulement là, y’a des mecs parfois qui sont tellement excités qu’ils ne se contrôlent plus, qu’ils vous donnent involontairement ou non des coups de pieds dans le ventre une fois que vous êtes agenouillé, et alors là, on prend quelques coups dans les gencives, si on peut dire.

Tout ça c’est passé. Je ne dirais pas que c’était le bon temps, loin de là, mais ça m’a permis de ne pas végéter trop. Ce qui est dur, après, ce n’est pas tellement le manque de fric, mais moi, j’avais du goût pour ce que je faisais. J’ai jamais pu faire quelque chose à contrecoeur. Alors, évidemment, j’ai été parfois en manque. Le plus marrant, une fois marié, c’est que j’allais moi, chez d’anciens potes, mais comme client!

Et pour tout dire, je le fais toujours. Je ne sais pas pourquoi je parle au passé, puisque c’est devenu une façon pour moi de rompre la monotonie des fesses de ma femme. Je n’ai pas de liaison avec un ami, je n’ai pas de maîtresse, je suis bon père de famille et mari attentionné, alors j’estime que j’ai droit de temps en temps à des compensations. Surtout que cela reste planté dans mon jardin secret à moi. Même si c’est un jardin de plusieurs hectares, chacun a droit à sa vie privée... Vous ne trouvez-pas ?

Vincent L. de Bordeaux