Dixon et Rodolphe, histoire vraie


Dixon et Rodolphe, histoire vraie
Texte paru le 2017-11-05 par Dixon   Drapeau-fr.svg
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J'ai publié de nombreux récits sur notre site de Gai-Éros mais aucun qui soit vraiment vrai, même si je me base toujours sur des faits à demi vécus tant cela facilite la tâche. Celui que je vous propose aujourd'hui est authentique de A à Z. C'est l'histoire de mon grand amour, le seul grand amour de ma vie qui n'a malheureusement pas survécu à deux ans de passion intense et s'est brisé comme du cristal.


" Rodolphe R, créateur de mode ", il suffit de taper sur Google et vous y verrez mon amant. Vous verrez même une vidéo de son défilé haute-couture réalisée six ans avant notre rencontre. Tapez sur Google vous verrez, même si je prends la précaution de vous cacher son patronyme. Il a fait son coming out bien avant que ce ne soit la mode et assume sa sexualité avec une forme d'arrogance.


Ce que vous ne verrez pas, en revanche, c'est la puissance de notre amour, fait de fous rires, de pleurs et de sexe, de corps emmêlés et heureux, de SMS tendres ou torrides lorsque nous étions séparés. Vous n'y verrez pas la tristesse qui précède toute séparation ni la folie de cette passion, mais vous y verrez l'élégance, le goût et la créativité de ce garçon de 38 ans, passé par les plus grands ateliers.


Notre histoire commence dans un établissement gay rue des Blancs manteaux à Paris. Il est au bar et me regarde, son verre de vodka à la main. Je m'installe à côté de lui, il me pose sa main sur la cuisse et tend sa bouche vers la mienne. C'est un bar avec des cabines en sous-sol. Nous nous embrassons violemment et il s'agenouille devant moi dans cette minuscule cabine dont nous avons éjecté l'occupant, un mec tout seul qui se branlait. C'est une fellation savante, il prend mon jus et il l'avale, puis il jouit, toujours à genoux. Quand il se relève je vois une flaque de sperme épais. Il me dit : " Je m'appelle Rodolphe ". Cette petite mare de sperme, j'en ai l'image dans mon esprit, sans doute parce que ce fut la seule fois qu'il a giclé hors de ma bouche. Son jus je l'ai bu mais pas vu, il était au fond de ma gorge.


Nous sommes sortis du bar gay et on s'est encore embrassés. C'était le 26 août 2011, il pouvait être 21h et la nuit succédait au jour. Des touristes nous regardaient, Rodolphe avait fermé les yeux et je le serrais contre moi comme si nous étions seuls au monde. Je lui ai dit : " Rodolphe, je t'adore " et on s'est encore embrassés. Je n'ai pas osé dire : " Je t'aime " nous n'en étions pas encore là. Puis on a échangé nos tél et on s'est dit : " À demain ! " Nous étions partis pour deux ans.


Hier soir j'ai relu ta lettre, celle que tu m'as fait parvenir après que j'ai décidé de rompre. J'y retrouve toute l'élégance et le choix raffiné des mots, mais aussi tout le désespoir qui est le fond de ta nature. Cette difficulté à vivre, ce désir d'auto-destruction qui m'a mené à la rupture, je les lis dans chacune des phrases où tu me demandes pardon. Car tu m'as fait souffrir, mon amour, et si j'avais été moins solide tu m'aurais certainement détruit. Alors ne m'en veux pas si je brûle cette page de papier bleu et cette photo-marque-page que j'ai gardées pendant cinq ans. Mon deuil est fini aujourd'hui.


Le lendemain tu es venu avec une bouteille de vodka et deux paquets de Marlboro. Tu m'as offert une cigarette et j'ai recommencé à fumer après dix ans d'interruption. Je t'ai regardé et j'ai vu la délicatesse de tes gestes, la façon dont tu expires la fumée en arrondissant tes lèvres. J'ai noté que tu riais trop et que la vodka descendait. Tu t'es assis sur le tapis, tu m'as regardé dans les yeux puis tu as approché ta bouche. On s'est longuement embrassés et tu m'as demandé quelle était ma sérologie. J'ai dit que j'étais négatif et tu m'as dit : " Ok, sans capotes, moi aussi je suis négatif. " Alors on s'est déshabillés et je t'ai pris avec douceur. Ça a duré une heure de temps mais tu n'as pas voulu que je jouisse dans on rectum et tu as pris mon sperme en bouche. Puis on a fumé une clope et tu t'es resservi un verre, tu sembles adorer la vodka.


Alors ton portable a sonné et tu as dit un gros mensonge, que tu étais avec Tania et que tu rentrerais assez tard. J'aurais dû me méfier d'emblée, mais j'étais déjà fou de toi. Je ne savais pas que Tania serait un prétexte commode pour tromper ton amant sans vergogne, celui qui partageait ta vie depuis que tu avais 19 ans. Une heure après, deuxième appel, tu as dit que Tania et toi vous en aviez presque fini et que tu ne tarderais plus guère. Je me suis assis nu dans la bergère de mon salon et tu m'as fait une fellation. Après la troisième sonnerie, je t'ai demandé de partir. Je ne supportais plus ces appels angoissés, cette voix douce et implorante à laquelle la tienne répondait avec ce cynisme incroyable que je n'ai découvert qu'après.


Tu as appelé un taxi. Tu n'y était pas sitôt installé que tu me téléphonais pour me dire que tu aimais me sentir en toi et que tu adorais mon sexe. Tu me disais combien c'était bon sans te soucier du conducteur. Tes propos étaient explicites, tu t'adressais à un amant, tu décrivais mon sexe d'homme, assis à l'arrière du taxi. Le chauffeur entendait tes mots. Tu étais tout seul dans ta bulle ou bien était-ce délibéré ?


C'est bien long une semaine sans toi. Tu me téléphones tous les jours et j'entends ta voix caressante. Tu as un boulot fou, me dis-tu, une robe de mariée à finir pour une riche Japonaise, la couture et les essayages, tu n'as pas un moment à toi. Tu viendras samedi, promis, et tu resteras toute la nuit. Je ne perdrai rien pour attendre.


Tu es venu le samedi soir. J'épiais ton pas dans l'escalier et quand je t'ai vu apparaître ta beauté m'a coupé le souffle. Tu es si svelte et élégant, et ton visage est si racé que je ne crois pas à ma chance. Même si je suis un homme séduisant selon les critères en vigueur, je ne possède pas cette chose que je ne définis pas encore, ce charme presque luciférien. Oui, tu as la beauté du diable.


Tu as bu et fumé avec moi et ensuite je t'ai fait l'amour. Et puis tu t'es mis à pleurer. Je n'en comprenais pas la raison mais tu étais inconsolable. Longtemps tu as pleuré sans rien dire, je te berçais entre mes bras, je ne posais pas de questions, j'étais juste là, près de toi. " Tu ne me quitteras pas ? " m'as-tu demandé en levant vers moi ton visage noyé par les larmes. " Je suis un enfant adopté, on m'a abandonné à ma naissance. " Oui, tu disais la vérité, mais tu as joué de tes sanglots pour me tenir captif de toi, tu m'as englué dans ta toile et j'ai failli me faire bouffer. Combien de fois as-tu sangloté dans mes bras pour me demander mon amour et combien de fois as-tu disparu une fois que je t'avais rassuré. Pour cela je t'en veux, Rodolphe.


On s'est couchés dans mon grand lit et je t'ai encore fait l'amour. Tu t'es endormi dans mes bras puis ton téléphone a sonné. " Non, je ne rentrerai pas cette nuit, je vais dormir chez Tania, on est dans le choix des tissus. " J'ai l'écho d'une voix masculine pleine d'amour et d'anxiété. " C'est lui, me dis-tu simplement. Rendors-toi, c'est une heure du matin. " Tu te loves tout contre moi, j'entends ta respiration régulière. Tu t'es rendormi aussitôt. Je me réveille deux heures plus tard avec ta bouche sur mon sexe. Tu es descendu sous le drap et tu me suces doucement. Tu tournes tes fesses contre moi et tu me prends dans ton anus. Tu me dis de ne pas bouger, nous sommes encastrés l'un dans l'autre. Tu te rendors paisiblement. Au matin tu pars en taxi.


Tu m'appelles plusieurs fois par jour et je suis obsédé par toi. J'attends tes coups de téléphone et j'ai du mal à travailler. Ce bouquin, je dois le sortir, il me reste encore deux chapitres. Impossible de me concentrer, j'attends ton appel. Dépêche-toi s'il te plaît, Rodolphe, j'ai besoin d'entendre ta voix.


Comme c'est mon anniversaire, tu as apporté du champagne et un petit cadeau pour moi. Un de tes croquis haute-couture que tu as signé " In love for ever " de ton écriture anguleuse. Tu ris et ça me fait du bien. Tu me parles de tes parents qui sont allés au Canada pour te chercher, car tu es né là-bas d'une ascendance compliquée et tu as du sang haïtien. Tu me racontes qu'à 15 ans, sur une plage naturiste, tu es carrément allé voir un mec pour proposer de le sucer. On boit du champagne et on rit.


Tu aimes me lier la bite et les couilles en faisant des tours et des tours avec un ruban noir que tu as apporté exprès. Je suis condamné à bander et ça me fait une queue énorme, le sang ne peut plus refluer. Tu t'empales lentement sur moi, ton visage reflète le plaisir car tu es cent pour cent passif. Tu ne bandes pas quand je t'encule, ton sexe étroit est enfermé dans ton prépuce mais tu durciras dans ma bouche quand le moment sera venu et tu me donneras ton sperme. C'est le seul don que tu m'octroies car tu ne penses qu'à ton plaisir.


On se voit deux fois par semaine et en ce moment tu es gai. Tu prépares une deuxième collection et tu me montres tes esquisses. Les femmes sont sublimées par toi et tu les vois comme des déesses. Leurs corps sont pour toi les supports de ton activité créatrice et ne seront jamais rien d'autre. Ton bonheur, c'est de les vêtir, tu aimes les ciseaux, les textiles, et les accessoires de beauté qui les rendent, aux hommes, désirables. Mais toi tu ne les désires pas. Bien qu'ayant des traits très virils, tu es une femme comme elles et tu serais bien incapable d'avoir une relation sexuelle avec l'une de tes modèles. En cela nous sommes différents, moi j'ai eu une épouse, des maîtresses, je sais donner et recevoir, mais toi tu ne donnes rien, tu reçois.


Tu as voulu que je t'attache et j'ai déchiré un T-shirt pour fabriquer des cordelettes. Je t'ai lié les mains, les pieds et j'ai pénétré ton corps nu livré comme celui d'un esclave. Je t'ai possédé brutalement, ton visage reflétait l'extase de te sentir à ma merci. "Fais de moi tout ce que tu veux, le suis à toi, je veux être à toi " m'as-tu répété plusieurs fois. Mais pour te posséder entièrement, il faudrait que tu donnes davantage que ta bouche et ton cul, Rodolphe. Tu m'aimes autant que tu peux aimer, mais ton narcissisme est si fort que tu ne penses jamais qu'à toi. Celui avec lequel tu es pacsé et dont la voix est tellement triste le sait sans doute mieux que personne. Ton amour est sec, mais je t'aime. J'écoute en boucle la Périchole dont tu m'as offert le CD : " Oh mon bel amant je te jure..." Oui, je t'aime de tout mon cœur.


Tu es pour cinq jours en Afrique et tu m'appelles de la piscine de ton hôtel cinq étoiles. Tu me dis que tu as d'excellents contacts et que ton business avance bien. Tu me demandes si tu me manques, tu as hâte de retrouver mes bras et la chaleur de nos étreintes. Tu me dis que tu te masturbes tous les soirs en pensant à moi. Tu n'emploies jamais de mots crus, tu ne prononces pas bite et couilles et non plus le verbe enculer. Je sais pourtant que tu peux à l'occasion être assez trash. " Notre " slip, comme tu l'appelles, c'est toi qui en as eu l'idée. Je ne dois jamais le laver et je dois le porter quand tu viens. Tu y enfouis ton nez, ta bouche, tu te repais de son odeur et de sa couleur jaune et verte. Puis tu me dis : " Prends-moi, s'il te plaît " et tu le mets sur ton visage.


Tu m'as enfin dit " Je t'aime ". Je désespérais de l'entendre. Je le prends comme argent comptant même si au fond de moi je doute que ce verbe, tu en saches vraiment le sens, car l'amour c'est une addiction à la totalité d'un être. Si tu m'aimais comme je t'aime, tu ne me partagerais pas avec un autre et tu ne le ferais pas souffrir. Je l'ai vu à ton vernissage, car tu exposes de temps en temps, tu es un artiste complet. C'est dans le lobby de l'hôtel George V, à deux pas des Champs-Élysées. Il y a une trentaine de personnes, tu n'es tout de même pas un grand peintre. Tu as parlé de moi à Tania et elle m'adresse un sourire. Sans doute ta description de moi a-t-elle été assez fidèle pour qu'elle me reconnaisse aussitôt sans que nous ne nous soyons jamais vus. Et si tu lui as parlé de moi, c'est parce que je compte dans ta vie, et j'ai une bouffée de bonheur. L'autre, je le repère tout de suite, il me regarde intensément. Il n'a pas de haine dans les yeux, juste une tristesse infinie, mais comment pourrait-il savoir que je suis l'amant de Rodolphe ? À moins qu'il ne l'aie vu me parler à l'oreille lorsque je suis arrivé.


Il a environ 40 ans et plein de taches de rousseur. Je sais qu'il est informaticien mais je ne sais absolument rien d'autre sinon que vous vous êtes pacsés aussitôt que la législation l'a permis. Il n'a certainement pas ma prestance ni ma virilité et je le sens désarçonné. Un jeune garçon me fixe aussi, mais pas avec la même insistance. Un autre amant à toi, peut-être ? En tout cas je suis reconnu comme le nouvel amant de Rodolphe et je suscite de l'intérêt. Mon cocktail à la main je flâne parmi les toiles du vernissage. Je préfère tes tableaux abstraits, ta créativité y éclate plus que dans tes tentatives de portraits. Pour réussir un bon portrait il faut saisir aussi son âme, mais tu es est trop occupé de toi-même pour t'attarder à ce détail.


Quand tu me vois en tête à tête, tu me demandes mon avis et je te dis ma préférence, mais sans te donner mes raisons. À quoi bon, puisque ta nature t'interdit de t'intéresser à la vérité d'un autre être. Tu sais que je suis écrivain mais tu n'as jamais rien lu de moi. Tu me dis que ta dyslexie t'éloigne de toute littérature et que tu n'as pas le temps de lire. C'est vrai d'une certaine façon. Tes SMS sont émaillés de nombreuses fautes d'orthographe et tu en es très complexé. Je n'éprouve même pas le désir de te révéler le pseudo que j'utilise pour mes romans car j'écris sous le patronyme de ma mère que je trouve plus beau que le mien.


Voilà un an que nous sommes amants et les disputes ont commencé. Tu es arrivé en retard et tu ne peux rester qu'une demi-heure. J'avais préparé un dîner et nous devions dormir ensemble, ce sera pour une autre fois. Tu aurais pu me prévenir pour m'épargner deux heures de travail en cuisine mais tu dois passer chez Tania pour modifier un choix de textiles. Je connais ce refrain par cœur mais que tu me prenne pour un idiot, voilà qui me met en colère surtout que tu me regardes droit dans les yeux. Que je te croie ou non peu t'importe, tu fais ce que tu veux de ta vie, tu me défies de ton regard.


Là où tu trompes, Rodolfo, c'est que je ne serai jamais ton cocu car je ne serai jamais ta dupe. C'est ce que je pense dur comme fer au moment où tu claques la porte. À peine dix minutes plus tard, je me retrouve seul, dévasté. J'aurais dû être plus coulant et ne pas montrer ma colère. Je crois que je t'ai perdu pour toujours, tu ne reviendras pas, c'est certain. Je passe une soirée atroce en faisant mon mea culpa, je n'envisage pas ma vie sans toi.


Tu me rappelles le lendemain et tu pleures et tu me supplies :" Ne me quitte pas mon amour, je suis en bas de l'escalier, laisse-moi au moins t'expliquer. " Alors je t'ai ouvert mes bras et notre réconciliation a signé ma descente aux enfers.


Tu as des moments de tendresse mais tu me fais peur quelquefois. Ne faut-il pas que je t'étrangle pour que tu trouves ton plaisir ? C'est moi qui dois fixer les limites car tu ne connais pas les tiennes. Ton côté maso va si loin que je ne t'enchaînes plus jamais. Je pourrais t'étrangler pour de bon si tes mains et pieds étaient liés, j'ai parfois des envies de meurtre. Tu as de grosses érections lorsque je te prends à la gorge.


Hier tu m'as fait une scène et je n'ai pas compris pourquoi. J'étais fatigué et malade et je toussais énormément. Je t'ai prié de ne pas fumer et ça t'a littéralement enragé. Tu m'as traité de tous les noms, je n'étais qu'un sale égoïste, je ne pensais toujours qu'à moi. De toi, c'était surréaliste. J'étais affalé sur mon lit, tu as voulu que je t'étrangle et j'ai dit non, je suis trop fatigué Rodolfo, est-ce qu'on peut simplement dormir ? Tu es parti en claquant la porte, c'est devenu une habitude, et je n'ai plus eu de contact avec toi pendant la semaine qui a suivi.


Tu es venu avec des fleurs et ta bouteille de vodka bison. Tu m'as montré ton nouveau book et tu m'as demandé de choisir parmi la trentaine de croquis celui qui me plaisait le mieux. Je t'ai fait l'amour longuement et tu as dormi dans mes bras. Et puis au milieu de la nuit tu es descendu sur mon sexe et tu m'as sucé très longtemps avant de t'empaler sur moi. Nous nous sommes rendormis l'un dans l'autre. Ensuite, trois semaines de silence.


J'ai regardé sur Internet ce qu'était un pervers narcissique et je t'y ai un peu retrouvé. Tu me souffles le chaud et le froid et quand je suis près de craquer, tu fais la piqûre de rappel. Tu ne supportes pas qu'on te quitte.


Je ne peux d'ailleurs pas te quitter, j'attends que tu te manifestes, je sais que ça va arriver, qu'il faut que j'aie de la patience. Je veux croire à tous tes mensonges pourvu que tu restes avec moi. Je ne me reconnais plus du tout, j'ai l'impression d'être un autre homme, je suis complètement dingue de toi. Je prends des cachets pour dormir. Il faut que ça finisse, et vite !


Tu m'as encore fait une scène, tu as crié, tu as pleuré. Tu m'as dit : " Si tu me laisses franchir ta porte, tu ne me verras plus jamais. " Ça faisait tellement mélo que j'ai eu honte pour toi et moi. Tu t'es planté dans l'escalier en attendant que je t'implore, mais cette fois j'ai fermé la porte. Je me suis couché, épuisé.


Le lendemain je t'ai envoyé un message pour te dire que c'était fini, que je ne me sentais pas la force d'assumer notre relation et que j'y laisserais ma peau. Alors tu m'as envoyé cette lettre.

" Ne me quitte pas mon amour. Je sais que je ne suis pas facile, mais souviens-toi des bons moments et de nos instants fusionnels. Souviens-toi de notre passion et s'il te plaît oublie le reste. J'ai besoin de toi, je suis à toi, je veux être à toi à jamais, je t'en prie, pardonne à celui qui t'aime plus que tout au monde et qui n'a pas su le montrer. Je pleure en écrivant ces lignes, je t'en supplie, reviens à moi. "


C'était une question de survie et je ne t'ai pas répondu. Trois mois se sont écoulés et je pensais que j'avais enfin tourné la page quand un jour tu m'as appelé : " On enterre la hache de guerre ? On peut boire un pot quelque part, ça te dit au café Beaubourg ? " Comme un con j'ai répondu oui.


Quand je suis arrivé au café tu m'attendais sur la terrasse avec ta vodka devant toi. Tu m'as dit : " Qu'est-ce que tu veux prendre ? " et j'ai commandé une blanche, j'aime la bière avec du citron. Tu m'as regardé, indécis. " Tu m'en veux encore ? " J'ai juste haussé les épaules. Nous étions assis face à face, je tournais le dos au musée. Nos mains ont glissé sur la table et nos doigts se sont réunis. À côté de nous des touristes ont soudain cessé de parler quand nos bouches se sont rejointes. Nous avons laissé là nos verres et nous sommes allés rue des Blancs manteaux.


Nous sommes descendus en cabine et tu m'as sucé longuement, puis je t'ai pris avec douceur. Il m'a semblé que le temps marchait à l'envers, c'était cette même cabine où nous nous étions tant aimés, c'était il y a deux ans, un siècle, mais tu étais toujours aussi beau et moi tout aussi amoureux. Tu n'as pas joui par terre comme la première fois parce que j'ai avalé ton sperme. On est sortis, on s'est embrassés, tu m'as dit : " Je t'appelle demain. " Tu ne m'as jamais rappelé.


J'ai commencé à faire mon deuil en écoutant la Périchole car dans ce CD offert par toi, notre avenir était écrit. Comment avais-je pu passer sur cette phrase musicale qui prévoyait notre rupture ?

" Tu dois le comprendre toi-même, notre amour ne saurait durer, et qu'il vaut mieux, ô Dieu, que je t'aime, et qu'il vaut mieux nous séparer. "


C'est moi qui ai été aveugle, en fait nous, nous sommes tous les deux infirmes. Tu es un cul-de-jatte de l'amour qui croit faire de grandes enjambées, et moi un aveugle incapable de voir l'évidence. La différence, c'est que je sais ma cécité, tu ignores que tu es cul-de-jatte. Je n'ose pas déchirer ta photo, elle seule me rattache à toi et m'entretient dans cette illusion insensée que tout n'est pas encore perdu.


Je ne te vois plus physiquement mais tu es toujours avec moi. Je me suis confié à ma psy. Elle dit que tu es un être toxique, que je dois te tenir à distance et que la meilleure chose à faire c'est de rompre définitivement. Elle ne serait pas étonnée que tu me relances encore, les pervers narcissiques n'abandonnent pas facilement leur proie. Ai-je été une proie pour toi ?


Tu m'as effectivement relancé par SMS deux mois après et m'as demandé de t'appeler. Contre toute logique je l'ai fait, j'ai rappelé l'être toxique dont je connais la perversité, rien n'aurait pu m'en empêcher. Tu m'as dit qu' "il" était en vacances chez ses parents dans les Pyrénées et qu'on pourrait se voir chez toi. Tu me rappellerais pour me dire à quel moment je pourrais passer parce que tu avais un essayage cet après-midi mais que ce serait sans doute terminé vers les 17, 17h30 et qu'on passerait la nuit ensemble. Tu ne m'as pas rappelé. J'ai composé ton numéro et j'ai entendu ta respiration légère mais tu ne m'as pas fait l'aumône d'un seul mot. J'ai compris que tu te jouais de moi, tu étais le chat, moi la souris, ma psy ne m'avait pas trompé.


Je t'ai fait mon dernier SMS. J'ai dit que j'avais essayé de te tirer de ta névrose mais que je ne pouvais plus rien pour toi. Que j'avais démasqué ta perversité narcissique et que je te souhaitais bonne chance pour ton prochain défilé de mode.


Je n'ai plus entendu parler de toi. Tu n'as pas présenté de nouvelle collection mais moi j'ai publié deux livres, ce qui prouve que je suis guéri. J'ai brûlé mes souvenirs de toi, tu n'es pour moi qu'un étranger après avoir été le plus grand amour de ma vie. Mais comme je suis écrivain toujours en quête d'une histoire, je nous ai livrés tous les deux.


Tu ne liras jamais ce récit, tu n'as jamais rien lu de moi, mais d'autres y trouveront sans doute quelque matière à réflexion. Comment quelqu'un de rationnel, qui a eu des garçons sublimes comme un bon nombre d'entre vous, peut-il se laisser entraîner dans une sujétion complète à un individu si beau, si talentueux qu'il soit, et garder le respect de soi-même ? Je n'ai pas trouvé la réponse. À moins que la passion amoureuse ne soit une grave maladie.


NB : Si vous avez connu comme moi une expérience douloureuse avec un pervers narcissique, je serai heureux d'en parler avec vous.