Et la tendresse

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Numéro 15

Texte d'archive:


Archivé de: Confessions Gay – Numéro 15
Date de parution originale: inconnue

Date de publication/archivage: 2018-01-15

Auteur: Rémi
Titre: Et la tendresse
Rubrique:

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J’ai 54 ans, pas mal physiquement, du moins, je plais encore. Et pas qu’aux quinquagénaires. Je suis toutefois choqué que dans beaucoup des témoignages que je lis dans votre revue, on fasse si peu de place à la tendresse. Bien sûr que le sexe est important, et l’épanouissement sexuel reste la composante d’une vie réussie. Toutefois, je suis très sceptique sur une vie affective qui se réduirait à des actes génitaux, aussi excitants soient-ils.

Il me semble que le bonheur durable ne peut se construire si on ne trouve plus le chemin de la tendresse. Vous allez me dire que la tendresse vient surtout quand on vieillit ; lorsque que l’on est plus suffisamment “apte” à faire autre chose... Vous me pardonnerez mais je n’en suis pas convaincu.

Quand je discute avec des petits jeunes d’à peine vingt ans, je suis stupéfait par la qualité qu’ils désirent mettre dans une relation. Le sexe compte mais il n’est plus la première composante d’une relation harmonieuse. Surtout, il se limite dans ses expressions. Les jeunes que je connais – environ une dizaine – ne ressentent plus le besoin d’aller aussi loin dans leur manière d’appréhender leur vie sexuelle : moins d’expériences à répétition, moins de désir de tout essayer, plus l’envie d’une relation de qualité que d'une quantité de relations.

Je crois que cela tient pour une grande partie au Sida. Très marqués par la maladie, ils ont appris non pas à vivre AVEC, en changeant de comportements sexuels puisqu’ils ont connu leurs premiers émois amoureux quand le Sida était déjà là. Mais plutôt à se structurer une vie d’homosexuel en intégrant dès le départ, le risque encouru par le virus. Comme ils sont marqués aussi par la société individualiste dans laquelle ils vivent, ils ressentent le besoin – peut-être plus tôt que nous l’avons connu – de se caser.

Ce second point ne me paraît pas forcément à louer. Bien souvent en effet, la vie en couple que ces jeunes tentent de bâtir ressemble à du cocooning. Les sociologues nous disent qu’on retrouve ce phénomène dans la société en général. Personnellement, je pense que pour des homosexuels ce n’est pas la meilleure chose à vivre. On ne peut indéfiniment rester à deux sans relations extérieures. Et se faire des amis homos quand on est en couple demeure plutôt difficile. Quand je les rencontre dans les bars homos ou même le plus souvent dans les bars hétéros, je discute facilement avec les jeunes. Au début, ils pensent que je veux les draguer, mais rapidement, je leur déclare que ce n’est pas mon but.

Alors, petit à petit, ils me font confiance, je ne la trahis jamais. C’est ma façon de vivre. Elle me plaît et mes jeunes amis tout en gardant avec moi de saines distances me comblent d’affection. C’est là l’essentiel.

Rémi, 54 ans.