Et si c'était vrai... (05)


Et si c'était vrai... (05)
Texte paru le 2019-02-16 par ‎ Kiluan   Drapeau-be.svg
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Template-Books.pngSérie : Et si c'était vrai...



Chapitre 05 - Des emmerdes, des amis, un amour



Il faisait froid dehors et je sentis un frisson me parcourir tout le corps. Était-ce réellement dû à la fraîcheur ? Ou à autre chose ? Je ne sus le dire, mais je tentai de me réchauffer en remontant le col de ma veste. Il était presque minuit et il n'y avait pas un bruit dehors : c'était le calme plat. Je récupérai mes écouteurs dans ma poche, les branchai et je mis la musique.

Thirty Seconds to Mars - City of Angels.

J'hésitai à passer par le grand parc : à cette heure, il était très sombre et me balader avec ma lampe de poche ne m'emballait pas trop. Mais l'heure tardive et l'envie d'être chez moi, dans mon lit, de m'abandonner au sommeil pour pouvoir oublier, étaient trop fortes et Je me décidai finalement à passer par là. Le vent s'était levé, amenant encore plus de fraîcheur et je frissonnai de nouveau. Vivement à la maison ! J'avais déjà traversé les trois quart du parc lorsque...

BANG

Je reçus un sale coup derrière le crâne qui m'envoya valser la tête en avant, m'écrasant sur le sol. Mon téléphone vola, m'arrachant les écouteurs des oreilles. Je tentai de me relever quand je reçus un second coup dans les côtes, me faisant décoller encore un peu plus loin.

Putain, ça fait mal !

Je tentai de tourner la tête pour voir qui m'agressait, mais un genoux me la bloqua contre le sol fermement. Je sentis un liquide chaud couler de mon arcade : je saignais. Que se passait-il ? Je n'y comprenais rien et je ne ressentais plus que la douleur et la colère qui profita de mon état de faiblesse pour échapper à mon contrôle mais bien trop tard, je n'arrivai pas à bouger malgré tous mes efforts.

Les fils de pute !

— Alors, c'est toi le p'tit pd qui s'en est pris à nos potes ?

Une voix grave que je ne connaissais pas. On me cracha dessus.

— On va te faire comprendre qu'on n'emmerde pas nos amis impunément, Wolfie !

Wolfie ? Ça faisait des années que je n'avais plus entendu ce nom et de vieux souvenirs revinrent me dire bonjour. Je ne connaissais pas non plus le gars à qui appartenait cette seconde voix, mais lui, il avait de toute évidence l'air de me connaître et s'il me connaissait c'est qu'on s'était déjà croisés. J'essayais de me rappeler un détail, quelque chose qui me mettrait sur la voie mais je reçus un nouveau coup dans les côtes qui me fit perdre le fil de mes pensées. Je criai de douleur. Et ce fut la déferlante : ils étaient au moins quatre ou cinq à me filer des coups à la tête, dans les côtes, les jambes. Je tentai juste de me protéger avec les bras, me mettant en position fœtale, il n'y avait rien d'autre à faire. Les coups pleuvaient toujours et je commençai à ne même plus ressentir la douleur sauf quand je sentis mon genoux craquer quand un des types sauta dessus. Je hurlai à nouveau de douleur. Puis l'inconscience me gagna lentement : c'était comme si j'étais hors de mon corps, je sentais les coups, mais ne les ressentais plus. Et tout devint noir...


— Monsieur ? Monsieur ?

J'ouvris les yeux difficilement. En fait, je n'en ouvris qu'un seul, le deuxième restait obstinément fermé. La lumière m'aveugla, il faisait déjà jour. Mon corps n'était que douleur. Je redressai la tête péniblement et je vis une dame âgée penchée sur moi, elle avait l'air affolée. Elle recula lorsqu'elle vit mon visage, la main devant sa bouche dans un cri silencieux.

— Mon Dieu ! Attendez, j'appelle quelqu'un tout de suite.

Je tentai de me relever, mais c'était impossible, mon corps refusait de bouger. Je refermai les yeux, enfin mon oeil. Où étais-je ? Que s'était-il passé ? J'essayai de rassembler mes souvenirs : Nathan, le parc, les types. La mémoire me revenait : je venais de me faire tabasser littéralement par des gars que je ne connaissais pas mais qui eux, semblaient me connaître.

« C'est toi le p'tit pd qui s'en est pris à nos potes ? », « Wolfie ».

Mes pensées commençaient à s'éclaircir. « le p'tit pd qui s'en est pris à nos potes » ! Les skinheads qui s'en étaient pris à Nathan ! Les bâtards! Ils s'étaient vengés à cinq contre un et dans mon dos en plus. J'aurai dû m'en douter ! Je savais que j'allais les recroiser. Quel idiot j'avais été.

Je retentai une seconde fois de me relever, sans succès. Je me tournai péniblement sur le dos et mon genoux me fit atrocement souffrir, m'arrachant un cri involontaire. Damn, que ça faisait mal! D'une main, je fouillai mes poches à la recherche de mon téléphone, je devais prévenir quelqu'un mais je ne le trouvai pas. Merde ! Je regardai autour de moi avec mon œil valide et je le vis un peu plus loin dans l'allée. Je tentai de me traîner pour le récupérer et après plusieurs efforts dans la douleur, j'arrivai à sa hauteur, mais il était explosé et inutilisable.

— C'est ici, regardez.

C'était la voix de la vieille dame de tout à l'heure.

— Jeune homme, vous allez bien ?

Je vis un homme accompagné par la vieille dame. Il s'approcha et glissa ses bras sous les miens pour m'aider à me relever. Je grimaçai lorsque ma jambe bougeait mais il parvint à me garder debout en me soutenant comme il le pouvait. Je sautillai, toujours aidé par l'homme, jusqu'à un banc où il m'installa.

— Restez là, me dit-il, je vais appeler les secours.

— Non ! Ça ira, merci. Je vais juste... attendre là un peu, le temps de récupérer.

Ma voix était rauque et à peine audible. J'avais mal aussi en parlant. Instinctivement, je passai ma main sur mon visage, ça n'avait pas l'air beau.

— Vous avez vu qui vous a fait ça ? me demanda la vieille dame qui s'était approchée elle aussi, me tendant un mouchoir en tissus qu'elle avait sorti de son sac.

— Non. Il faisait nuit, je n'ai rien vu.

Parler me faisait atrocement mal.

— Je ne peux pas vous laisser comme ça. Ma voiture n'est pas loin, je vais vous accompagner à l'hôpital.

J'étais trop faible pour argumenter et finalement l'homme m'emmena jusqu'à son auto, accompagné par la vieille dame qui avait récupéré les quelques affaires m'appartenant éparpillées au sol. Je crois que je suis retombé inconscient dans la voiture car je ne me souvins pas du trajet. Je me réveillai juste dans un lit d'hôpital, des bandages autour du bras droit, des mains, ma jambe gauche dans un plâtre et cette douleur générale qui ne voulait pas me quitter. J'avais un de ces mal de tête en plus et j'arrivai à peine à déglutir. Même respirer m'était difficile, j'avais l'impression d'avoir toutes mes côtes pétées. Une infirmière entra.

— De retour parmi nous ? me lança-t-elle avec un sourire d'infirmière et une voix forte d'infirmière, comme si lorsque quelqu'un était blessé, il devenait subitement sourd. Ils ne vous ont pas raté. Mais heureusement, à part votre jambe cassée et de grosses contusions, vous n'avez rien de grave, pas d'organes vitaux touchés. Vous avez vraiment eu de la chance vu comment vous êtes arrangé.

— Où suis-je ? demandai-je d'une voix faible.

— A l'hôpital Sainte-Catherine. Vous êtes arrivés il y a deux heures. Un monsieur vous a déposé. Mais ne vous inquiétez pas, vous vous en remettrez.

Je ne m'inquiétai pas pour moi mais pour Nathan et Mom. Je devais les prévenir, ils n'avaient aucune nouvelle de moi depuis hier.

— Il faut que je prévienne ma mère, elle risque de s'inquiéter.

— Nous l'avons déjà prévenue, elle est en route ! me rassura la femme en blanc.

Je restai silencieux, le temps qu'elle change mes baxters, mes pansements et qu'elle fasse tout ce qu'elle avait à faire.

— Quelle heure est-il ?

— 11h16, me répondit-elle. Voilà, c'est fait. Reposez-vous maintenant. Un agent de police passera plus tard pour prendre votre déposition.

Je refermai les yeux, les injections commençaient à faire effet. Et je sombrai dans le sommeil.

— Julian ! Oh mon Dieu ! Comment tu te sens ?

— Salut Mom, dis-je, tentant de sourire en m'extirpant du sommeil.

Aïe, ça tirait et ça faisait mal.

— Mais que t'est-il arrivé ? Qui t'a fait ça ? Oh mon Dieu, ce n'est pas possible.

— C'est bon Mom, je vais bien. Enfin, plus ou moins bien.

Elle était entrée en trombe dans la chambre, ce qui m'avait réveillé. Elle s'assit à côté de moi et elle me caressa les cheveux, comme quand j'étais malade, lorsque j'étais enfant. En temps normal, j'aurai râlé : je n'aimais pas qu'on touche à mes cheveux, mais à situation spéciale, traitement spécial. Je la laissai faire et je tentai de nouveau un sourire. Elle m'embrassa délicatement sur le front, ses yeux étaient brillants. Je lui expliquai ce dont je me souvenais : la journée chez Nathan, le retour par le parc et mon réveil avec la vieille dame et le monsieur qui m'avaient aidé.

— Il va falloir que je remercie mes deux sauveurs, dis-je tentant une pointe d'humour.

— C'est tout toi ça, t'es là dans ce lit et tu penses encore aux autres.

— On se refait pas. Telle mère, tel fils ! souris-je.

Elle me prit dans ses bras.

— Ouch Mom, doucement !

— Pardon !

Elle ne me lâcha pas, mais son étreinte se fit moins forte.

— Et Guillaume ? Il est où ?

— Je l'ai déposé chez son ami Antoine. Il ne sait rien, mais il n'a pas arrêté de demander après toi. Il se doute qu'il s'est passé quelque chose.

— C'est tout lui ça, on ne peut rien lui cacher longtemps ! Petit démon !

C'est à ce moment que le policier entra dans la chambre. Je n'aimais pas les bleus, ils ne me mettaient pas en confiance, ce n'était pas mon monde, surtout avec mon passé. Mais je ne pouvais y couper et il commença à me poser des questions sur ce que j'avais vu et ce dont je me souvenais. Malheureusement, je n'en savais vraiment pas beaucoup plus et je taisais les doutes que j'avais quant à l'identité de mes agresseurs, ce serait à moi de m'en occuper et j'y comptais bien. Il prit quelques notes, me laissa sa carte (au cas où quelque chose me reviendrait en mémoire) et quitta la chambre. Mom n'avait pas bougé, écoutant attentivement.

— Mom, j'ai cassé mon tel, je ne peux pas prévenir les autres que j'aurai sûrement du retard pour la répétition de tantôt.

— Arrête de t'inquiéter pour tout ça, repose-toi juste. Je m'occupe de les prévenir.

— Oui mais... ne les inquiète pas pour rien s'il te plaît. J'ai pas envie de voir défiler des têtes d'enterrement toute la journée.

— Aaah mon fils ! Tu as faim ? Soif ? Tu veux quelque chose ?

Sur le ton de la confidence, elle ajouta :

— Je n'ai pas confiance en leur nourriture, ici !

— Je boirai bien un soda, merci Mom.

Elle se leva et sortit de la chambre, me laissant seul. Mes pensées repartirent vers Nathan. Pourquoi étais-je parti ? Il m'avait demandé de ne pas le laisser et c'est la première chose que j'avais faite. Je me sentis honteux et en colère contre moi-même. Foutus sentiments qui te faisaient agir à l'opposé du bon sens. Et qu'allais-je dire et faire maintenant ? J'étais bloqué dans ce lit pour je ne sais pas combien de temps. Et le groupe ? On jouait vendredi. Comment j'allais faire dans mon état ? Damn, que j'étais stupide! J'avais envie de hurler cette colère que je ressentais contre moi. Finalement je méritais ce qui m'arrivait. Aussitôt, je chassai cette pensée : l'auto-apitoiement n'avait jamais apporté de solutions. Mom revint les bras chargés de boissons, de gâteaux et de sucreries ainsi qu'un sandwich crudités.

— Tiens, j'ai pris un peu de tout, que tu ne gardes pas le ventre vide.

— T'as l'intention de m'engraisser? plaisantai-je.

Elle déposa son butin sur la petite table à côté du lit et se rassit, prenant ma main dans la sienne. Son inquiétude me faisait mal, je n'aimais vraiment pas mettre ma Mom dans cet état.

— Je suis désolé Maman.

Elle me regarda tendrement. C'était rare quand je l'appelai comme ça.

— Arrête ! T'y es pour rien si des crétins...

Elle refoula un sanglot et tenta de reprendre une bonne contenance avant d'ajouter:

— J'ai appelé Jenny, elle ne devrait pas tarder.

— Mais Mom, je t'ai dit que je ne voulais pas...

— Chut ! me coupa-t-elle. Elle a le droit de savoir. Comment réagirais-tu si les choses étaient inversées ?

— Tu marques un point, cédai-je.

Le silence s'installa, brisé par les bruits de chariots et de sabots dans le couloir lorsque les infirmières passaient d'une chambre à l'autre avec les plateaux repas, il devait être midi ou treize heure.

— Mom ?

Ses yeux doux se posèrent sur moi.

— Merci.

Elle se remit à pleurer. Elle se leva et alla regarder par la fenêtre. Je fermai les yeux. La tête me tournait encore.

— Je vais te laisser te reposer un peu, mais je reste ici si tu as besoin de moi.

— Ça ira Mom, je suis entouré de charmantes demoiselles qui ne demandent qu'à s'occuper de moi.

Elle me sourit. Ce sourire qui réchaufferait le cœur d'un mort. Et je refermai les yeux, sentant le sommeil me gagner de nouveau...

— Hey debout, mon chiot !

J'ignorai si j'étais en plein rêve ou à moitié réveillé. J'ouvris mon œil valide et je vis le visage de Jenny penché sur moi.

— Hey chaton, lâchai-je, un petit sourire aux lèvres.

— Hé bien ! T'as pas fait semblant ! Que s'est-il passé ?

Je me redressai difficilement sur le lit. Jenny prit le coussin et le mis de façon à me permettre de m'asseoir, ou de plus ou moins m'asseoir : tous ces tuyaux, ces bandages et ma jambe dans le plâtre m'empêchaient de bouger correctement. Sans parler de la douleur qui restait omniprésente, bien que moins forte : les médicaments devaient faire effet.

— J'aime ton nouveau look. Ça fait badass ! plaisanta-t-elle.

Mais je n'étais pas dupe, la tension et l'inquiétude se ressentaient. Je lui expliquai ce qu'il s'était passé. Elle ne me coupa pas, me laissant aller jusqu'au bout de mon histoire. Je ne lui avais pas fait part de mes doutes concernant l'identité de mes agresseurs car je savais que Mom était toujours là à écouter et je ne tenais vraiment pas à l'inquiéter encore plus. Je finissais par la conclusion qu'ils avaient juste voulu me dépouiller. J'avais été au mauvais endroit au mauvais moment. Jenny se contenta de mon explication bien que je lus dans ces yeux qu'elle en attendait plus.

— Tiens, fit-elle finalement, je t'ai apporté ça.

Elle me tendit une peluche en forme de Labrador noir. Je rigolai. Aïe!

— Merci ma belle.

— Tu te souviens ?

— Haha, bien sûr. Je ne suis pas devenu amnésique ! Comment va la gang ?

— Honnêtement, ils sont tous inquiets. Ils voulaient venir et j'ai eu vraiment du mal à les en dissuader. Ils attendent tous de tes nouvelles. Y a que Max que j'ai pas pu convaincre d'attendre. Il a dit qu'il passerait directement après le boulot (il bossait de temps en temps avec son père pendant les vacances dans la concession familiale).

— Sacré Max, il ne changera pas !

— Toi non plus !

Son ton avait un certain reproche et le masque impassible qu'elle arborait depuis qu'elle était arrivée se fissura et des larmes se mirent à couler.

— Oh non, ne pleure pas, tout va bien maintenant, non ?

— Arrête ! Non, ça va pas ! Tu sais pas dans quel état tu nous as mis ? Merde Julian ! Arrête de te la jouer solo, on est un groupe nan ? On est tes amis ou pas? Les "Black Pets", ça te dit quelque chose?

Je ne dis pas un mot, baissant les yeux.

— T'aurais réagi comment si ça avait été moi ou Max ou un membre du groupe ?

Je secouai la tête, désarçonné. J'aurai pété un plomb ! C'était clair. Mais... Elle s'était levée et faisait les cent pas dans la chambre. Elle redressa la tête pour parler, puis se ravisa, reprenant sa marche. Elle me donnait mal au ventre à tourner en rond.

— Arrête, fis-je. Ça ne sert à rien de te mettre dans cet état. Ce qui est fait est fait.

— Ah ouais ? Et si.. Et si...

Elle ne put aller plus loin dans ses pensées, mais je savais très bien où elle voulait en venir.

— J'y peux rien si quelqu'un m'est tombé dessus comme ça, tentai-je d'expliquer.

— ARRÊTE !!! Tu ne m'as jamais menti depuis qu'on se connaît et là, je ne te reconnais plus ! Tu me caches des choses et tu me mens. Je le sais très bien ! Alors maintenant, tu vas me dire ce qu'il se passe bordel !

Je restai silencieux. J'avais tellement envie de tout lui raconter sans rien lui cacher, de cracher ce qui m'empoisonnait le cœur. J'allais même le faire lorsque la porte de la chambre s'ouvrit. Maxime venait d'arriver. Jenny sécha ses larmes vite fait et alla s'asseoir. Mom n'avait rien dit durant toute la conversation, mais je vis son regard se poser sur moi puis sur Jenny.

— Hey, salut Ju' ! Putain ! Ils t'ont pas raté ! Un vrai lynchage !

Je remerciai au plus profond Maxime d'être arrivé à ce moment. Une parfaite diversion !

— Je t'ai pas rapporté de fleurs, gros ! rigola-t-il, sentant que l'atmosphère était quelque peu lourde, mais tiens, c'est pour toi !

Il me tendit une clé USB.

— Ce sont les meilleurs morceaux qu'on a choisis avec les autres pour t'aider à te sentir moins seul dans cette grande chambre. Ils sont tous avec toi. C'est pour ça que je suis un peu en retard, je suis désolé.

— Haha, pas de prob' Max ! Merci ! Mais je devrai attendre d'être de retour à la maison avant de l'écouter, je n'ai pas pensé à emmener mon laptop.

— Je suis con ! Je n'avais pas pensé à ça, dit-il, contrit.

Il se tourna vers Jenny et Mom.

— Salut Jenny, bonjour Leslie.

— Salut, répondirent les deux femmes.

Max s'installa sur une chaise à côté de Jenny.

— Je vais vous laisser tous les trois, annonça Mom. Je vais aller parler au docteur. As-tu besoin de quelque chose ?

— Nan, c'est bon Mom, merci !

Elle m'embrassa et quitta la chambre.

— Alors que s'est-il passé ? questionna Max.

J'allais répondre mais Jenny fut plus rapide.

— Il y a que ce crétin joue au héros et qu'il préfère faire les choses dans son coin en laissant ses amis de côté, encore une fois !

Et bam ! Prends ça dans les dents ! Elle était vraiment en colère et je le méritai. Je ne l'avais que rarement vue comme ça. Maxime leva un sourcil interrogateur, s'attendant à de plus amples explications. Je ne savais pas par où commencer ni quoi dire, ce qui ne calma pas l'humeur de Jenny. Je me sentis vraiment mal de mettre mes amis dans cet état mais en même temps, je n'avais pas cherché à jouer au héros cette fois, j'avais juste été victime d'une vendetta.

— Alors Ju' ? Tu étoffes un peu ou faut que j'te sorte les vers du nez ?

Okay, ils étaient mes meilleurs amis, je leur devais au moins ça.

— D'acc', finis-je par dire. Mais sérieux Jenny, ce n'est pas ce que tu crois.

— C'est ça, me claqua-t-elle au nez.

— Attends, laisse-le parler, tempéra Maxime.

Je pris une grande inspiration et commençai mon récit. J'expliquai donc tout ce qu'il s'était passé la veille : mon invitation chez Nathan, la journée avec sa famille et mon départ. J'omis bien entendu toute la partie qui concernait mes sentiments pour Nathan, mais cette fois, je leur exprimai mes doutes sur mes agresseurs.

— Putain ! Les enculés ! Quand les autres vont savoir ça, ils vont se faire dérouiller ces bâtards ! pesta Maxime.

Jenny resta silencieuse, elle me dévisageait, tentant de savoir si je leur avais vraiment tout dit. Mais elle se contenta de cette version, pour le moment du moins.

— Voilà, vous savez tout. Je suis certain que ce sont eux. Je te jure, et je me tournai vers Jenny en le disant, que je n'ai pas vu qui c'était. Ils m'ont attrapé par derrière puis bloqué au sol pendant qu'ils me rouaient de coup. A un moment, je suis juste tombé inconscient.

— D'accord, finit-elle plus calmement. Désolée de m'être emportée.

— C'est ok, lui souris-je. Je comprends. Alors, vous pensez quoi de mon nouveau look ?

— Tu vas cartonner sur scène, s'exclama Maxime. Mais euh, ça va aller pour jouer vendredi ? On devrait appeler Caro et lui demander de reporter.

— Attendons de voir ce que dira le docteur. Je suis quasiment sûr que ça devrait aller.

Mom revint sur l'entre-fait.

— Bon, j'ai une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle, me dit-elle sans ambages. La bonne, si ton état ne se détériore pas durant la journée et que les résultats des examens sont satisfaisants, tu pourras quitter l'hôpital ce soir et rentrer à la maison. La mauvaise, c'est que tu ne pourras pas sortir avant une semaine au moins. Et il faudra bien sûr revenir faire un check-up.

— C'est mort pour jouer vendredi, demandai-je ?

— N'y pense même pas ! trancha-t-elle.

J'étais dégoûté et je vis la déception sur les visages de Maxime et de Jenny.

— Bah, donc j'appelle Caro et je lui demande de reporter à la semaine prochaine, t'en fais pas Ju', me consola Max. Ça nous laissera plus de temps pour les répétitions !

Mais ça ne m'aida pas, j'étais vraiment motivé pour jouer vendredi, depuis le temps qu'on attendait ça ! Et puis, j'avais invité Nathan. Merde, Nathan ! Avec tout ça, je ne lui avais pas encore donné de nouvelles et je l'avais quitté sans un mot la veille au soir. Que devait-il penser ? Je me sentis vraiment mal d'un coup.

— Les gars, vous m'en voulez pas si je vous demande d'y aller ? Je ne vous chasse pas, mais j'ai vraiment besoin de me reposer. Je vous préviendrai quand je serai rentré et on n'aura qu'à s'organiser un truc à la maison ensemble. Enfin si Mom est okay avec ça.

— Bien sûr, mon chéri (je me crispai), je m'occupe de ça.

— Je préviens les gens, renchérit Max. Demain soir ?

— Va pour demain soir, dis-je. Et toi Jenny ?

— Mmm... C'est okay pour moi bien sûr !

— Okay ! Merci les amis! Merci aussi d'être passés ! Ça me touche beaucoup.

— Idiot, comme si on allait te laisser tout seul, lâcha Max. Allez, prends soin de toi et repose-toi. Je t'appelle ce soir.

Il se leva, posa sa main sur mon bras et me sourit avant de partir. Jenny se leva aussi, m'embrassa sur les deux joues et me regarda plus longtemps qu'elle ne l'aurait dû avant de me dire tout bas :

— Je n'en ai pas fini avec toi !

Puis elle sortit de la pièce rejoignant Maxime. Une fois les deux sortis, je demandai à Mom .

— Mom, j'aurai un service à te demander. Avec tout ça, je n'ai pas donné de nouvelles à Nathan et à ses parents. Ils doivent être inquiets. Tu pourrais les appeler ? J'ai leur numéro dans mon... merde, c'est vrai ! Mon téléphone !

— J'ai une meilleure idée. Si tu veux, on passera jusque là en quittant l'hôpital, je suis certaine qu'ils préféreraient avoir de tes nouvelles en personne.

C'était étonnant de sa part. J'aurais plus pensé qu'elle veuille que je rentre directement à la maison et me mette au repos. De plus, je n'étais pas certain que ça soit une bonne idée de me présenter dans cet état, mais j'acceptai la proposition, l'envie de revoir Nathan étant bien plus forte et je n'avais de toute façon pas d'autres moyens de les prévenir.

— Merci Mom, t'es la meilleure !

Le soir arriva vite car j'avais dormi quasiment toute l'après-midi. L'infirmière passa vérifier si tout était en ordre et valida auprès du médecin mon ordre de sortie. C'était du rapide : aussitôt entré, aussitôt sorti. Mais au moins, j'étais sûr qu'il n'y avait rien de plus grave, ce qui me soulagea. Mom m'aida à marcher car j'avais vraiment du mal à tenir sur mes béquilles avec les courbatures que j'avais partout. Je savais que les prochains jours, j'allais déguster. Je grimpai dans la voiture et Mom démarra. J'étais une nouvelle fois stressé, j'avais peur de la réaction de Nathan. Qu'allait-il dire ? Accepterait-il de me voir après l'avoir laissé hier soir ? Et ensuite ? Après une demi-heure de route, Mom se gara derrière le 4x4 noir des parents de Nathan.

— Reste dans l'auto, je vais les avertir.

Elle sortit et se dirigea vers la porte d'entrée. Cette dernière s'ouvrit rapidement et je vis le père de Nathan dans l'embrasure. Il discutait avec Mom depuis quelques minutes lorsque Nathan bouscula son père et Mom et courut vers l'auto. Dès qu'il me vit à travers la vitre, il s'arrêta net avant de courir encore plus rapidement jusqu'à ma hauteur. Il ouvrit la portière et me prit dans ses bras. Il pleurait. J'eus mal, mais je ne dis rien, trop content de le sentir contre moi.

— Comment tu vas? Il s'est passé quoi ? Pourquoi t'es parti ? Tu serais resté il ne te serait rien arrivé ! Pourquoi ?

— C'est cool, j'étais juste jaloux de ton style, alors j'ai fait pareil, tentai-je en rigolant.

— Idiot ! J'étais si inquiet. Je me demandais ce que je t'avais fait, pourquoi tu étais parti. Je m'en suis voulu toute la journée. J'ai essayé de t'appeler mais je tombais sur ta messagerie directement. Je pensais que tu me détestais et que tu ne voulais plus me voir.

Il me dit tout ça entre plusieurs sanglots sans jamais me lâcher. J'attrapai sa tête entre mes mains et je le forçai à me regarder. Ce que j'aimais regarder son visage, je ne m'en lasserai jamais.

— Comment pourrais-je te détester ? Je suis sincèrement désolé de t'avoir inquiété.

— Alors, tu ne m'en veux pas ? T'es pas fâché sur moi? Tout ça, c'est à cause de moi hein! Je le sais !

— Arrête ça ! Tout ça c'est à cause de connards qui s'en prennent aux gens sans défense. Tu n'as rien à voir là-dedans.

— Mais... si tu n'étais pas intervenu l'autre soir...

Je plaçai un doigt sur sa bouche, l'intimant au silence. Il était toujours secoué par les sanglots.

— J'ai eu si peur de te perdre. De ne plus jamais te revoir.

— Tu fais quoi ce soir ? le coupai-je.

— Je... je...

Il ne sut pas quoi me répondre, surpris par ma question.

— Tu veux venir dormir à la maison ? Je suis interdit de sortie et je ne veux pas rester seul.

— Je... Oui !

Il renifla et sécha ses larmes d'un revers de sa manche. J'ouvris la fenêtre de l'auto côté conducteur et j'appelai Mom. Elle s'excusa auprès de Georges et vint rapidement à la voiture.

— Un problème ? Tu as mal quelque part ? Je retourne te déposer à l'hôpital tout de suite.

— Non ! Non ! Calme-toi Mom, tout va bien. Je voulais juste savoir si tu pouvais demander aux parents de Nathan s'ils étaient d'accord qu'il vienne dormir à la maison. Je ne veux pas rester seul ce soir.

Son visage se décrispa et je vis le soulagement la gagner.

— Bien sûr, je leur demande de suite, me sourit-elle.

— Merci Mom!

J'étais franchement content qu'elle accepte. Elle revint deux minutes plus tard en compagnie de Georges et de Sandra. Arthur était sur le pas de la porte et il me fit un signe de la main que je lui rendis.

— Bonsoir Julian. Wooo. Je ne m'attendais pas à ce que ce soit si grave, constata Georges alors que Sandra m'embrassait délicatement pour me saluer (cette marque d'affection me fit plaisir, surtout après ce que j'avais pensé hier la concernant).

— Ça a l'air plus impressionnant que ça ne l'est vraiment, répondis-je avec un sourire.

Puis, il se tourna vers son fils qui était toujours à côté de moi.

— Ta mère et moi sommes d'accord pour que tu ailles passer la nuit chez Julian. Nous passerons demain soir te récupérer. C'est ok ?

— Merciiiiiiiiii ! cria Nathan en sautant de joie.

Et il partit en flèche avant de disparaître dans la maison.

— Tu es sûr que ça va aller ? me demanda Georges. Je ne voudrais pas que Nathan soit un problème pour toi.

— Sûr et certain ! affirmai-je. Je me sentirai moins seul. Guillaume est chez un ami jusque demain et je ne veux pas être un poids pour Mom.

— Alors on se dit à demain soir ? conclu-t-il.

— Merci Sandra, merci Georges.

Les deux parents me saluèrent et retournèrent chez eux. Ils s'arrêtèrent pour discuter encore quelques minutes avec Mom, le temps que Nathan réapparaisse avec son sac à dos, plein de vêtements et d'autres affaires. Il les embrassa tous les deux et courut à la voiture.

— J'te promets pas qu'on va se faire un cent mètres, lui dis-je dès qu'il s'installa à l'arrière, mais merci d'être là.

— Je n'aurais refusé pour rien au monde, me sourit-il. Je suis si content !

— Moi aussi.

Le voyage jusqu'à la maison se passa dans le silence. Mais pas un silence pesant ; juste celui qui précède le début d'un bon film ou d'un bon show. Mom nous lançait à tous les deux des regards de temps en temps, un petit sourire au coin des lèvres. Pour ma part, j'avais un sourire béat, un peu idiot et je divaguais dans mes pensées (l'effet des médocs et la présence de Nathan y étaient pour beaucoup). Nathan restait silencieux aussi, regardant le paysage défiler par la fenêtre. Lorsque nous arrivâmes à la maison, ils durent m'aider pour me sortir de l'auto et m'emmener jusqu'à l'intérieur. Je n'aimais pas être assisté, vraiment pas, mais c'était ça ou rester assis dans la voiture pour la nuit.


— Vous voulez manger quoi ce soir ? nous demanda Mom, une fois que j'étais installé confortablement dans un fauteuil au salon.

— Aucune idée, t'as une envie toi Nathan ?

— Non, vraiment pas.

— Et si on se commandait des pizzas? proposa-t-elle.

— Haha, j'en connais un qui va nous tuer quand il l'apprendra, rigolai-je, mais je suis totalement partant !

— Moi aussi, ça me convient parfaitement, mais je n'ai pas pris d'argent pour payer...

— De quoi tu parles, lâcha Mom, réellement indignée. Tu es ici chez toi ! Comme si j'allais te faire payer !

— Désolé, répondit Nathan, tel un enfant surpris à dire une bêtise, ce qui était le cas.

Je rigolai et les deux autres se joignirent à moi. L'atmosphère était vraiment détendue.

— On se fait une partie en attendant l'arrivée de la pizza ? proposai-je.

— Avec plaisir. Tant que c'est avec toi.

Il avait toujours de drôles de réflexions qui me laissaient entre deux pensées. S'il savait ce que moi je pensais, peut-être qu'il ne réagirait pas de cette façon. J'avais un petit pincement au cœur qui disparut très vite, éclipsé par sa simple présence.

— Avant de commencer, dites-moi ce que vous voulez.

— Margherita pour ma part. Et toi Nathan ?

— La même ! Merci madame. Euh, Leslie !

Il souriait. Il avait vraiment l'air heureux et j'adorais le voir comme ça. Mom aussi semblait aller bien mieux que tout à l'heure. Nous jouâmes pendant une heure, Mom tentant de participer en commentant ce qu'elle voyait (ce qui était franchement marrant !) et les pizzas arrivèrent enfin. Exceptionnellement, nous pûmes manger dans le salon, j'étais bien mieux installé dans un fauteuil avec ma jambe tendue. Nous discutâmes de tout et de rien et Nathan fut très éloquent à mon grand étonnement. Je ne le connaissais pas si bavard et le courant semblait très bien passer entre lui et Mom, ce qui me convins parfaitement, je dois l'avouer. Le repas fut très détendu, je pense que nous avions tous besoin de relâcher la tension de ces dernières heures. Lorsque le repas fut terminé, je demandai :

— J'aurai besoin de votre aide pour monter à l'étage. Vous pensez pouvoir gérer tous les deux ? ajoutai-je, malicieux.

— Hey ! Ne suis-je pas un gros dur ? me balança Nathan, souriant de toutes ses dents.

— Allez alors, debout l'artiste, me dit Mom. C'est parti pour ton cours particulier d'escalade.

Nous rigolâmes tous les trois. Ce que ça faisait du bien d'être entouré par ces deux-là : la femme de ma vie avec le garçon... de ma vie. L'escalade fut un peu plus compliquée que prévu mais nous arrivâmes finalement à l'étage.

— Merci à vous deux, vous êtes des pros !

— Il est tard, je te conseille de te débarbouiller, pas de douche pour toi pour le moment, le docteur l'a formellement interdit. Et ensuite d'aller te reposer. Tu as besoin d'aide ?

— Non ça ira, merci Mom.

— Ne vous en faites pas Leslie, s'il a besoin d'aide, je m'en occuperai. Euh je voulais dire ne t'en fais pas ! se rattrapa-t-il quand il vit Mom tiquer.

Mom lui sourit et nous embrassa tous les deux avant de redescendre au rez-de-chaussée car le téléphone s'était mis à sonner. Nathan m'aida à rejoindre la salle de bain et me laissa, sans omettre de me faire promettre de l'appeler si j'avais besoin de lui.

Je m'observai dans la glace. J'avais le côté gauche du visage griffé tout du long et mon œil était gonflé, avec une teinte bleu jaune. Au dessus, à l'arcade, trois points de sutures complétaient le tableau, j'aurai une cicatrice. Avec ma tête, je me sentis comme une peinture de Picasso ou un boxeur après dix rounds, non mieux : Double-Face! Il me fallut du temps pour me laver, j'avais vraiment mal partout et bouger était compliqué. En plus avec le plâtre et mes côtes, ça n'aidait pas vraiment, mais je parvins au bout. J'appelai Nathan pour qu'il puisse m'aider à rejoindre ma chambre. Il devait être resté derrière la porte tout le temps car il était là dans la seconde. Arrivés dans ma chambre, je m'allongeai sur mon lit.

— Merci Nathan. Je te laisse la place. A tout de suite.

— A tout de suite, mauvais garçon me sourit-il.

Mom passa voir si tout allait bien. Je la rassurai et lui dis que ça allait, une bonne nuit de sommeil me retaperait. Elle me dit que Max et Jenny avaient appelé ainsi que Thibaut et Sophie. Ils avaient confirmé leur venue demain soir.

— Dois-je préparer un matelas pour Nathan?

— Non, c'est bon, on s'en occupera, merci Mom. Merci pour tout !

Elle s'approcha et m'ambrassa.

— Bonne nuit Julian! Repose-toi bien. Et s'il y a quoique ce soit...

— Je sais Mom, merci! Bonne nuit!

Je l'entendis dans le couloir souhaiter la bonne nuit à Nathan à travers la porte de la salle de bain avant de redescendre. Une demi-heure plus tard, Nathan revint, en pyjama, lavé et peigné. Je ne pouvais m'empêcher de le regarder, de l'admirer. Je le contemplais même, littéralement. Il dut le remarquer (forcément) car il se mit à rougir. Je craquai ! Il était vraiment trop beau. Il s'assit à côté de moi sur le lit et se mit à regarder le sol. Quelque chose le travaillait et je sentis qu'il voulait m'en parler, sans oser se lancer.

— Quelque chose ne va pas ? demandai-je, un peu angoissé.

— Non, non, tout va bien. Tout va même super bien. Enfin à part ce qu'il t'est arrivé, ajouta-t-il rapidement. Je me sens juste heureux avec toi. Comme si...

— Comme si tu étais complet ? finis-je à sa place.

La phrase était sortie toute seule. Il se tourna vers moi.

— C'est exactement ça !

Je n'osai pas y croire. Ressentait-il finalement ce que je ressentais pour lui ? C'était trop beau, trop irréel, mais je ne pus m'empêcher de le penser.

— Tu sais Nathan, il faut que je t'avoue un truc.

Je ne le regardai plus, j'avais peur. Mais c'était maintenant ou jamais. Tant pis de ce qu'il adviendrait.

— Moi aussi, répondit-il. Mais... toi d'abord!

— Fair enough.

Je pris une grande inspiration et je cherchai mes mots. Pourquoi était-ce si compliqué ? Quand ça se passait dans les films, j'étais toujours là à dire qu'ils étaient idiots, qu'ils n'avaient qu'à juste se parler, être honnêtes et se dire ouvertement les choses, s'avouer leurs sentiments au lieu de jouer au chat et à la souris ! Et maintenant que j'étais à cette place, je devenais comme eux, je n'y arrivais pas, les mots restaient bloqués, avec toujours cette peur insensée. Il prit ma main dans la sienne comme pour m'encourager. Je levai doucement les yeux vers lui :

— Je... je crois que je t'aime, lâchai-je d'une petite voix à peine audible.

Je sentis la pression sur ma main subitement disparaître : il m'avait lâché! Dix millions de pensées m'assaillirent en cet instant, mais seule la pire restait : il ne m'aimait pas, je m'étais trompé, j'avais imaginé les choses. Je fermai les yeux, tentant d'oublier ce moment. Je désirais juste me cacher au fond d'un trou, souhaitant ne jamais lui avoir avoué, voulant juste revenir en arrière, juste avant que je n'ouvre la bouche et prononce cette stupide phrase. Le temps était si long, le silence si pesant, ça me tuait plus que tous les coups que j'aurai pu recevoir. J'allais tenter de rattraper le coup n'importe comment avant qu'il ne soit définitivement trop tard lorsque je sentis le contact de ses lèvres sur les miennes.

— Moi aussi, je crois que je t'aime.


A suivre...