Et si c'était vrai... (09)


Et si c'était vrai... (09)
Texte paru le 2019-02-25 par ‎ Kiluan   Drapeau-be.svg
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Template-Books.pngSérie : Et si c'était vrai...




Chapitre 09 – Explications




— Julian, c'était... J'ai l'impression que tu sais parfaitement comment t'y prendre pour me faire perdre la raison ! C'était démentiel ! Je t'aime ! Sérieux, je t'aime !

Nathan était posé sur moi à présent, nos deux corps nus encore en sueurs collés l'un à l'autre. Je lui souris.

— Et si nous allions nous laver ? Il n'est que 11h30 et il va bientôt être l'heure de dîner.

— Tu as raison !

Il se laissa glisser tout en m'embrassant au passage et se leva. Malgré toutes ses cicatrices et ses marques, rappelant ce qu'il avait traversé, je ne pus m'empêcher de le trouver magnifique. Il me faisait penser aux statues grecques de l'antiquité, représentant les dieux ou les athlètes en tenue d'Adam. Je suivis ses courbes des yeux, partant du haut de son corps, descendant le long de son dos, le petit creux au-dessus de ses deux belles fesses rebondies, pour terminer sur ses deux jambes, glabres et finement musclées. C'était bon d'être amoureux.

— On y va ensemble ? me sourit-il.

— Haha, c'est parti !

Je me redressai et je remis mes vêtements pendant qu'il s'habillait en vitesse également, direction la salle de bain. Nous avions tous deux cet air un peu idiot que pouvaient arborer celles et ceux qui venaient de passer une nuit plus chaude qu'à l'habitude, ce qui nous fit rire. Pendant que nous nous lavâmes, nous continuâmes à admirer et à explorer nos corps, l'eau s'écoulant sur nous en une sensualité hypnotique. Cependant, nous restâmes sages (plus ou moins). De retour dans la chambre, je mis Foals – Spanish Sahara et nous nous installâmes sur le lit, Nathan dans mes bras.

— J'adore ce morceau, me lança-t-il. T'as joué à Life is Strange ?

— Yep, évidemment ! J'ai trop adoré !

— Moi trop aussi ! Faudrait que je teste le deux.

— J'ai le spin-off sur Chloé si tu veux. Elle est trop badasse !

— C'est pour ça les cheveux bleus ? rigola-t-il en me regardant d'un air suspicieux.

— Aw, nan ! J'trouve juste que j'ai la tête à avoir les cheveux bleus en fait, depuis aussi loin que je m'en rappelle (je levai les yeux en mode réflexion tentant de me souvenir de quand datait cette folle envie), j'ai toujours voulu les avoir bleus ! C'est mon truc ! Conclus-je sans vraiment avoir d'explication.

— J'essaye de t'imaginer avec une autre couleur, genre... rose ? Il se marra. Mais, non, je ne te vois pas autrement, même avec tes cheveux normaux, j'y arrive pas. Tu les as depuis longtemps comme ça ?

— Euhhh, ouais, ça fait quelques années.

Il déposa un baiser sur mes lèvres, jouant avec mes cheveux (et bizarrement, avec lui, ça ne me dérangeait pas).

— Bon et si tu m'expliquais un peu comment t'as fait pour convaincre tes parents ?

— Ah ouais ! Pour être honnête, ils ne sont pas encore totalement convaincus. J'ai beaucoup discuté avec eux, surtout avec Papa. Il t'aime grave. C'est drôle, mais j'pense que lui, ça le dérange pas qu'on soit ensemble. Enfin, Maman aussi t'aime bien, c'est pas vraiment toi le problème. Mais elle ne se fait pas à... 'fin tu vois !

— Ouais, je comprends. Mais ils t'ont laissé quand même avec moi, comme ça, jusqu'à dimanche ? Alors que j'étais sans nouvelle depuis votre départ précipité...

Je laissai la phrase en suspend, le souvenir était encore vivace et je n'arrivai pas à comprendre ce brusque changement de situation. Nathan resta un temps dans ses pensées aussi.

— En fait, c'est Arthur qui a tout déclenché : il s'est remis à parler !

— Quoi ! Et tu me dis ça que maintenant ?

— Hahaha ! J'avais d'autres pensées !

— Et je ne les regrette pas ! Mais quand même !

Je caressai son visage, mes yeux perdus dans les siens.

— Mais donc oui, Arthur s'est remis à parler. Ça nous a tous surpris, t'imagines ? Maman plus encore ! Elle s'est mise à pleurer cash !

— C'est normal, attends ! En plus c'est son petit dernier. Puis faut dire que vous avez vécu pas mal de choses aussi.

Je repensai aussi aux paroles de Mom sur ce que les parents de Nathan devaient endurer également avec leurs enfants.

— Mais le plus étonnant, c'est ce qu'il a dit.

— Pourquoi ?

Je levai un sourcil interrogateur et il me sourit en le suivant du doigt.

— J'adore ton expression !

Et il m'embrassa de nouveau.

— J'disais donc que c'était ce qu'il a dit le plus marrant : il a demandé après toi !

— Moi ? J'étais totalement surpris. Mais pourquoi ?

— Je n’en sais rien, il a juste demandé après toi. J'crois juste qu'il t'a adopté, plaisanta-t-il. Et c'est là que Papa est parti discuter avec Maman dans la cuisine. Quand il est revenu, il m'a dit qu'ils allaient partir avec Arthur jusqu'à dimanche et il m'a demandé si j'étais d'accord pour venir ici tout le week-end. Je n'y croyais pas au début, mais quand il a pris le téléphone et qu'il a appelé ta mère, j'ai vraiment réalisé qu'il était sérieux !

Quelle histoire, je n'en revenais pas ! Mais je n'allais pas m'en plaindre une seconde !

— Et donc, continua-t-il, ils m'ont déposé ce matin. Tu dormais encore quand je suis arrivé. Et voilà ! Tu sais tout à présent !

— Et toi ? demandai-je finalement. Comment tu te sens ?

— Plutôt bien après cette expérience avec toi, rigola-t-il.

— Arrête, tu sais bien ce que je veux dire.

— Je suis heureux d'être avec toi ! Je ne sais pas comment ça va aller avec Maman, mais s'ils ont accepté de me laisser tout le week-end sachant ce qu'il y a entre nous, c'est que quelque part, ils ont accepté notre relation, non ?

— En tout cas, ils la tolèrent. C'est plus que ce que j'en demande !

Je le pris de nouveau dans mes bras et nous nous embrassâmes longuement sur Ghinzu - Blow.

— Tu sais quoi ? J'ai envie de jouer !

— On va se faire une partie à la console ?

— Non ! Je veux dire, jouer au club ce soir !

— Ce n’était pas annulé ?

Il s'était redressé sur un de ses coudes et je m'étais levé pour prendre mon téléphone. Si c’était bien annulé, mais j'avais juste une envie folle de jouer ce soir, je le sentais au fond de moi : ça trépignait, remuait, tourbillonnait... J'envoyai un message au groupe.

Si vous êtes chauds ce soir et s'il y a moyen, on joue !

Il ne fallut pas longtemps pour avoir des réponses.

— Ils en disent quoi ? me demanda Nathan,

Je m'étais assis sur le bord du lit et il passa sa tête par-dessus mon épaule, tentant de lire les réponses.

— Comme d'hab' : Jenny s'inquiète car on n'a pas répété et Max est chaud bouillant. Thibaut évidemment est partant et Sophie, Mélissa et Florian suivent le mouvement. Il va juste falloir que je vois avec Caro si elle accepte qu'on joue ce soir.

— Mais et ta jambe ? Et ta mère ?

— J'en fais mon affaire ! Pour les deux !

Je me laissai tomber sur le lit, les bras en croix, à côté de mon amant. Ça allait être une soirée de malade ! Un nouveau feu naissait en moi et il allait tout brûler. Nathan vint se poser contre moi et nous restâmes comme ça jusqu'à l'appel de Mom pour le dîner. Après le repas, je lui demandai :

— Mom, j'ai envie de jouer ce soir ! Je sais que je n’ai pas le droit normalement, mais il faut que je joue ! Il faut que j'explose !

Mom ne dit rien, me regardant comme elle le faisait souvent lorsqu'elle réfléchissait. J'imaginais bien une petite Mom ange et une petite Mom démon sur chacune de ses épaules lui soufflant le pour et le contre au creux de l'oreille.

— Et quid des autres ? Et tes répétitions ? Et ta jambe ?

J'avais oublié la troisième mini-Mom : celle en noir, l'avocate ! Mais j'avais déjà réfléchi à toutes les questions qu'elle aurait pu me poser ainsi qu'aux réponses que je devais lui donner :

— Les autres sont déjà au courant et ils sont partants, il nous faut juste l'accord de Caroline. Pour les répétitions, il nous reste l'après-midi pour nous mettre au point. Et pour ma jambe, finis-je, après tout ce qu'elle a subi ces derniers jours, je pense qu'elle y survivra ! Mom, j'en ai vraiment besoin ! S'il te plaît !

Je savais qu'elle allait capituler. J'allais en rajouter une petite couche, mais elle parla avant :

— C'est d'accord. De toute façon, je n'aurai pas pu t'en empêcher n'est-ce pas ?

Je lui souris, ce sourire qui me rendait si enfantin, si angélique. Elle éclata de rire.

— Pas cette fois, dis-je honnêtement.

— Quand t'es pris par la musique comme ça, on dirait ton père !

— On pourra venir ? demanda Guillaume.

— Ce n'est pas un endroit pour les enfants, lui dis-je.

Mais devant son air déçu, j'ajoutai vite :

— Je demanderai à ce qu'on nous filme ! Comme ça, tu auras la vidéo ! Voire même un Stream, ça serait terrible !

Je m'emballais déjà tout seul rien qu'à l'idée.

— Pour de vrai ? Merciiiiii Ju' !

J'avais renvoyé un message au groupe leur proposant de se retrouver vers 14h00 pour les répétitions et tous acceptèrent. Il ne manquait plus que le feu vert de Caro.

— Salut Caro, c'est Julian.

— Hey ! Salut l'artiste ! Ça fait un bail ! Tu vas mieux ?

— Carrément ! m'exclamai-je. Voilà, je t'appelle pour savoir s'il était encore possible de jouer ce soir ? Je sais que c'est en dernière minute, mais je me sens en forme pour assurer avec le groupe.

— Tu as de la chance, je n'ai pas pu vous remplacer donc la place est toujours libre. Puis, comment pourrais-je te le refuser ? Par contre, je suis désolée, mais niveau pub, c'est un peu tard ! Je vais essayer de rameuter du monde, mais Il faudra surtout compter sur les habitués.

— C'est pas grave, ça ! Tant qu'on joue, même pour une personne (je regardai Nathan en lui souriant) ! Merci Caro ! On fera comme d'hab' !

— Ok, à ce soir !

Génial ! Tout se goupillait ! J'étais trop excité ! J'envoyai un nouveau message au groupe :

« C'est ok pour ce soir, j'ai eu Caro ! Amenez-vous tous à 14h00 ! ^_^ »

— Mom, tu pourras nous déposer en ville, s'il te plaît ?

— Tu as de la chance, je dois justement y aller pour ton frère.

— Merci !

Et j'attrapai la main de Nathan :

— Tu viens ?

J'étais une vraie pile électrique.

— Je crois que je n'ai pas le choix, rigola-t-il.

De retour dans ma chambre, je réfléchissais encore. Il restait un problème : Nathan. Il n'avait pas l'âge d'entrer et même si je savais que Martin accepterait de le laisser passer, je ne voulais pas risquer de problèmes. Il allait me falloir en urgence une fausse carte d'étudiant.

— C'est con que tu n'auras tes dix-huit ans qu'en avril, remarquai-je tout haut.

Il leva un sourcil.

— Je veux dire pour entrer au club.

Mais je parlais plus pour moi-même. Je le fis asseoir sur le lit, bien droit, pris mon tel et pris une photo. Il était si beau ! Je la sauvegardai en fond d'écran au passage avant de l'envoyer à Mélissa : « Salut Mel ! Ton pote pourrait me faire une carte pour Nathan pour ce soir ? C'est vraiment important ! ». Je reçus une réponse positive qui régla le problème. J'étais aux anges. Il nous restait du temps pour un câlin supplémentaire avant de préparer mes affaires pour la répétition.

— Je peux t’accompagner ?

— T'es fou ou quoi ? Tu dois m'accompagner ! Maintenant que je t'ai récupéré, ne crois pas te débarrasser de moi aussi facilement !

Il m'attrapa et m'embrassa.

— Je t'aime mon mauvais garçon !

— Je t'aime aussi, Nathan !

Tout était prêt. On descendit le tout Nathan et moi (enfin surtout Nathan). Mom nous attendait avec Guillaume pour partir. On chargea l'auto puis direction la salle de répétitions.

Ça faisait déjà deux bonnes heures que nous jouions. Ce n'était pas la meilleure répétition du monde, mais j'étais vraiment confiant. Tout le monde avait répondu présent, à part Sacha dont je n'avais plus de nouvelles depuis ce fameux soir.

— On se fait une pause ? proposai-je.

— Ouais bonne idée ! répondit Max, sous les regards approbateurs de Thibaut et Mélissa.

— Vous êtes géniaux ! s'exclama Nathan. J'ai vraiment hâte de vous voir ce soir !

— Merci, lui répondis-je avec un baiser. Je vais te laisser avec ces monstres pendant une demi-heure, j'ai une course à faire. S'ils t'ennuient, t'hésites pas !

— D'acc !

Nous nous embrassâmes longuement, sous les geignements de Maxime.

— Moi aussi j'ai besoin d'un remontant ! pleurât-il.

— Je reviens les gars, profitez-en pour reprendre des forces ! Et pas touche à mon remontant Max !

Il grimaça et je quittai les lieux. Je n'étais pas loin de l'endroit où je voulais aller et malgré mon handicap, j'y étais en dix minutes. J'entrai dans la boutique sous le regard suspicieux de la vendeuse mais j'avais l'habitude et je ne m'en formalisais plus depuis longtemps. Je jetai un œil sur les marchandises proposées mais je ne trouvai pas ce que je voulais.

— Bonjour Monsieur, puis-je vous aider ? me fit-elle d'un air pincé, ne pouvant faire comme si elle ne m'avait pas vu.

— Oui, j'espère.

Je lui expliquai ce que je voulais et son ton changea. Elle s'appliqua à essayer de trouver ce qui pouvait me satisfaire et après plusieurs propositions, elle leva un doigt comme si elle se rappelait de quelque chose avant d'aller à l'arrière-boutique. Elle revint avec une boîte en velours bleu entre les mains et elle l'ouvrit devant moi. Mes yeux s'illuminèrent : c'était exactement ce que je voulais !

— Vous pouvez faire une gravure maintenant ?

— Bien sûr. Je vous la fais de suite.

Lorsqu'elle revint une dizaine de minutes plus tard, je la payai et je sortis, heureux comme tout. De retour à la salle, nous nous remîmes au boulot et la répétition dura encore près de deux heures. Il était temps d'arrêter si nous voulions être à l'heure ce soir et je dus forcer tout le monde : ils étaient tous chauds pour continuer.

— Ce que ça m'avait manqué, souffla Max, épuisé.

— Trop ! approuva Jenny. On va se déchaîner ce soir !

Nathan avait l'air tout aussi enjoué que les autres.

— J'aime t'écouter chanter.

— J'aime te regarder m'écouter chanter !

— Bon c'est fini vous deux ? Bientôt il va y avoir des licornes et des arcs-en-ciel ! balança Jenny.

Les autres pouffèrent.

— Je vous ramène, les tourtereaux ?

— Si ça ne te dérange pas, Jenny. Merci.

Avant de partir, Mélissa me tendit le sésame de Nathan, il était parfait : exactement comme ma carte d'étudiant ! J'allai également trouver Florian et je lui expliquai mon idée pour ce soir. Il était tout aussi emballé que moi et m'assura qu'il s'en chargerait. De retour à la maison, Mom nous demanda comment ça s'était passé.

— Très bien, on a quasiment tout foiré ! dis-je avec un grand sourire.

— Oh ! Je vous ai trouvés géants ! tempéra Nathan.

— Tu es trop gentil ! Je l'embrassai. Non, on n'a pas bien joué, mais tant mieux, on se lâchera ce soir !

— Je suis contente pour toi. Vous voulez manger un morceau avant d'y aller ?

Nous acceptâmes : jouer m'avait mis en appétit. La collation finie, nous remontâmes dans ma chambre et Nathan s'assit sur la chaise de bureau puis fouillai dans ma playlist après une musique. Je m'approchai de lui et je pris la boîte que j'avais dissimulée dans ma veste lorsqu'on frappa à la porte : c'était Guillaume. Il avait l'art de toujours débarquer au bon moment !

— Je m'excuse de vous embêter, dit-il en regardant le sol. Mais comme vous ne serez pas là ce soir, je peux rester un peu avec vous ? Je m'ennuie.

Nathan et moi nous regardâmes en souriant, comment résister à ce petit démon ?

— Viens, rentre ! Au fait, j'aurai une surprise pour toi tout à l'heure.

Je rangeai la boîte dans ma poche.

— Merci Ju', lança-t-il en sautant sur le lit. Une surprise ? C'est quoi ? Vous faites quoi ?

— Je cherche une chanson à mettre, t'as une idée ? demanda Nathan.

— Ouais ! J'aime bien la dernière de Bigflo et Oli – Rentrez chez vous. Mais elle est triste !

Nathan la chercha et la musique démarra (j'aimais bien aussi cette chanson). Nous discutâmes tous les trois, harcelé toutes les trois minutes par Guillaume qui tentait de savoir ce qu'était la surprise, ce qui finit en bataille de coussins, comme souvent avec mon petit frère. 18H00 arriva super vite et nous descendîmes tous les trois manger avant de nous doucher et nous préparer Nathan et moi pour ce soir.

— Tiens, au fait, c'est quoi le nom de votre groupe ? demanda Nathan tout en enfilant une chemise blanche.

— Les « Black Pets ». Je sais c'est pas très original, mais ça nous représente bien.

— C'est sympa ! Pourquoi ce nom ?

— C’est une longue histoire que j'aurai sûrement l'occasion de te raconter un jour, mais pas ce soir (je n'étais vraiment pas prêt pour ça) ! On ne peut pas être à la bourre sinon Jenny va péter un plomb ! C'est que tu ne la connais pas encore bien toi !

Je lui agitai un doigt sous le nez en guise d'avertissement prenant une moue colérique en imitant Jenny et nous éclatâmes de rire. Nous étions fin prêts : j'avais mis mon « pantalon écossais » noir à carreaux bleus et verts (il était assez large pour laisser passer mon plâtre), un sweat à capuche blanc avec le logo de notre groupe (le Yin en bleu et le Yang en rouge représentés dans une demi-pleine lune et un demi-soleil. Ouais, j'étais jeune et à fond dans la philo à l’époque !). Nathan, lui, portait un jean blanc avec un Tee-shirt jaune et une chemise blanche ouverte par-dessus et encore une fois, je ne pus m'empêcher de penser qu'il était magnifique. Il me fit son sourire «fatality» et je l'embrassai instantanément.

— Les enfants ! Jenny est là ! cria Mom des escaliers.

Nous descendîmes les rejoindre. Damn, Jenny avait trop la classe : elle s'était faite un maquillage sombre qui faisait ressortir le teint pâle de sa peau, ça lui donnait un air un peu gothique, mais j'adorai ! Elle avait mis un top noir surmonté de sa veste en jean déchirée qui laissait voir son nombril percé et un de ses tatouages sur le haut de la hanche : trois notes de musique qui dansaient ; une jupe courte, elle aussi en jean, avec des bas collants noirs et ses fameuses chaussures à semelles compensées : elle était aussi grande que moi avec ça. Sans oublier les mèches roses qu'elle s'était ajoutée.

— Tu t'es lâchée ce soir, chaton ! sifflai-je.

— Je sais, mon chiot ! Mais j'le sens bien ce soir, ça fait trop longtemps qu'on n'a pas joué, j'suis au taquet !

— Moi aussi, affirmai-je. Tu veux manger un truc avant d'y aller ? Ou boire quelque chose ? On a encore dix minutes.

— J'ai déjà mangé avant de venir, merci. Mais je veux bien un truc à boire.

J'allai dans le frigo et pris trois canettes (quatre, Guillaume venait de débarquer et il voulait la sienne) et j'en tendis deux à Jenny et Nathan et la troisième à mon petit frère qui repartit aussi vite au salon. Le stress commençait doucement à monter : ce stress qui vous pousse en avant, qui ne vous quitte pas jusqu'au moment du premier son, de la première note. J'aimais ce laps de temps avant un concert, c'était une sensation unique qui promettait un bon moment. Jenny croisa mon regard et nous nous sourîmes, sur la même longueur d'ondes.

— Bon il est temps d'y aller.

Je me levai et j'embrassai Mom.

— A demain. Et merci pour tout Mom ! Et comme je t'ai dit, j'ai déjà tout mis en place ! Je t'enverrai un message quand on commencera.

— D'accord. Bonne merde à tous !

— A demain Leslie, firent les deux autres en sortant.

Nous saluâmes également Guillaume qui nous cria bonne chance du salon (c'était les Ninjago à la télévision !) et nous quittâmes la maison.



— Julian !

C'était Martin qui, nous ayant aperçu, nous faisait ses habituels grands signes. Nous nous approchâmes et il me coinça entre ses deux immenses bras, béquilles comprises.

— Hé doucement, étouffai-je presque avant de rire. Comment tu vas ?

Il me déposa et me regarda de haut en bas.

— C'est plutôt à toi qu'il faudrait le demander ! Je t'avais dit de m'appeler si tu avais des enroules, ajouta-t-il sur un ton de reproche.

— Ouais je sais, mais là, ça n'a rien à voir ! Enfin, je n’ai pas le temps de t'expliquer maintenant, j'te raconterai après le concert. On joue ! m'excitai-je.

Je rayonnais et c'était contagieux car il éclata de rire.

— Tu ne changeras jamais gamin !

— Héhé. On peut y aller ?

— Je vous ouvre la route les amis ! Mais j'te reconnais toi !

Il s'était arrêté sur Nathan et le dévisageait à présent.

— Il est avec nous, intervint Jenny en lui faisant un clin d’œil.

Martin sourit et nous entrâmes dans le club. Comme c'était vendredi, il y aurait quand même du monde ce soir : ça allait être vraiment bon. Caro nous fit passer derrière et elle siffla en me voyant.

— Eh bien ! T'es bien arrangé !

— Je trouve aussi ! répliquai-je avec le sourire. Mais t'inquiète, j'me sens vraiment bien.

— Si tu le dis ! J'ai passé deux trois coups de tel et j'ai utilisé quelques contacts. Il devrait y avoir du monde pour vous ce soir finalement, surtout que votre dernier passage avait été remarqué et avait fait pas mal de bruits déjà. Donc, vous savez quoi faire ! Lâchez-vous !

La porte se referma derrière elle et je me tournai vers les deux autres.

— J'en ai déjà des frissons sur tout le corps ! Tu parles qu'on va se lâcher ! Tiens, on est les premiers ?

— Ils vont arriver, on a un peu d'avance. On joue à 20h00, on a le temps !

— Carrément ! Je vais aller prendre la température de la salle. Tu viens ?

Je tendis la main à Nathan.

— T'as pas peur que les gens disent quelque chose ? s'inquiéta-t-il.

— Nan, j'm'en fous ! Par contre, j'ai peur que toi tu dises quelque chose.

Je l'attirai à moi et l'embrassai, il était tout ce dont j'avais besoin en ce moment, lui et la musique. Nous sortîmes prendre un verre au bar.

— Comme d'hab', Caro s'il te plaît. Et une deuxième pour Nathan.

Jenny était déjà partie sur la piste se déhancher et se relâcher avant de monter sur scène. C'était son moyen de gérer le stress, son petit rituel. J'adorai la regarder danser : elle bougeait super bien, tout mon contraire, j'étais trop nul en danse.

— J'te présente Nathan. C'est mon... amant !

— C'est le p'tit que t'avais ramené la semaine dernière ?

— Ouais, c'est lui, dis-je avec un grand sourire ! Au fait, c'est ok pour ce que je t'ai demandé ?

— Ouais, pas de problème ! J'aime beaucoup l'idée !

Elle tendit la main par-dessus le comptoir pour saluer Nathan.

— Garde le bien près de toi, car après ce soir, les demandes vont pleuvoir, rigola-t-elle.

Il se pencha vers moi :

— Elle veut dire quoi par-là ?

— Le destin des rock-stars, dis-je sur un ton mélodramatique exagéré.

Nous explosâmes de rire lorsqu'on me tapota sur l'épaule. C'était Max, Thibaut, Sophie et Mélissa, tout le monde était là à part Florian qui devait arriver un peu plus tard par ma faute. Je souris de toutes mes dents en les voyant et nous retournâmes dans la petite salle, à l'arrière.

— Comment ça va les gars ?

J'étais excité comme une puce. Sans ce plâtre, je suis certain que je me serais mis à sauter partout.

— Je pète la forme ! lança Max. Je sens qu'on va dégommer !

— Et j'ai pris les lunettes spéciales pour ce soir ! ajouta Thibaut en sortant une paire de lunette de soleil de sa poche, elles avaient un reflet bleu quand il bougeait.

C'était son truc à lui. Depuis qu'il avait intégré le groupe, il portait ses lunettes de soleil à chaque fois qu'il jouait et c'était devenu notre gri-gri. En tout cas, notre enthousiasme devait être communicatif car les deux filles se regardèrent en approuvant vivement de la tête.

Je leur répétai la setlist, histoire de faire pro, même si je savais qu'ils la connaissaient par cœur. On alternait entre reprises et créations originales, mais toujours dans le répertoire large et varié du rock. Il nous restait une demi-heure et Florian arriva en me confirmant que tout serait ok avant de ressortir pour finir la mise en place.

Ce soir, ce serait notre soir ! À notre groupe, à Nathan et à moi. Ce soir, j'allais lui expliquer, à ma façon, ce qu'il représentait pour moi et j'étais impatient. Le stress arriva presque à son paroxysme et comme Nathan ne m'avait pas lâché, j'étais comme en parfait équilibre, le calme avec lui, la tempête en moi avec l'impatience, le Yin et le Yang. Il me prit dans ses bras et posa son visage contre le mien. Nous nous regardâmes juste dans les yeux, il n'y avait pas besoin de parler et je n'aurai pas pu dire un mot de toute façon. Jenny revint et salua tout le monde. Il nous restait quinze minutes, le temps de monter sur scène et de faire les dernières vérifications.

— C'est l'heure les gars ! On se donne ce soir ! lançai-je à tous.

Je me sentis frissonner une fois sur scène, il y avait pas mal de monde finalement. Florian me fit un signe du bout de la salle : tout était prêt. J'envoyai un message à Mom : « C'est parti ! » et je pris le micro en souriant à Nathan.

— Bonsoir tout le monde ! J'espère que vous allez bien ! Pour ceux qui sont des habitués du club, vous nous connaissez sûrement déjà. Nous jouons ici assez régulièrement. Merci Caro !

Je lui fis un signe de la main. Il y eut plusieurs cris : « Vas-y Julian ! À poil Maxime ! ».

— Comme vous l'voyez, j'suis pas au mieux de ma forme physique mais croyez-moi, ce soir, on va envoyer du lourd, vous ne le regretterez pas !

Les gens s'emballèrent, ils chauffaient.

— De plus, ce soir sera spécial pour plusieurs raisons ! Et la première : nous passons en direct en streaming sur notre chaîne YouTube pour la première fois ! Salut chez vous ! Big up Guillaume !

Je regardai Florian la caméra à la main qui se tourna vers la salle qui s'embrasait.

— N'hésitez pas à faire du bruit ! No limits ! finis-je en criant.

La foule se réveilla totalement et je sentis que je les avais attrapés. Ils étaient chauds, ils étaient à nous ! Maintenant, il ne fallait pas les décevoir ni les lâcher ! Je regardai chacun de mes amis : Maxime qui sautillait sur place, Jenny un sourire aux lèvres les yeux fermés, Thibaut avec ses lunettes de soleil comme à son habitude, Sophie radieuse dans sa longue robe rouge et Mélissa, la dernière arrivée qui était à la guitare et aux chœurs, le regard de braise. Tous étaient impressionnants.

Jenny battit la mesure et les premières notes fusèrent. Metallica – The unforgiven part 1. Dès les premiers sons, un courant électrique parcourut tout mon corps et je fus rapidement transformé, habité par la musique : elle s'était emparée de moi comme à chaque fois que je lui laissais place et ce fut l'extase. Tout en jouant et en chantant, je regardai Nathan, nous étions totalement connectés. Les gens étaient vraiment excellents aussi : totalement dans l'ambiance, ils chantaient et suivaient, galvanisés en plus par le live et ça donnait à l'ensemble ce que nous voulions toujours offrir quand nous jouions : une sorte d'osmose générale, un partage sans limite. C'était compliqué à expliquer, mais nous l'avions, nous le savions, ça se ressentait.

— Vous êtes chauds ce soir les gars ! Merciiiii !

Je transpirais de partout et j'avais du mal à ne pas courir à droite et à gauche. Nous jouâmes ensuite deux de nos compositions, avant d'enchaîner avec Nightwish – Rest Calm interprétée par Sophie de façon si magistrale que j'en frissonnai. Le concert continua pendant une heure, alternant entre reprises de classiques et morceaux originaux. Le public était survolté et nous étions tous au meilleur de nous-mêmes. Je kiffai ça ! Je kiffai notre groupe ! Et cette soirée me confirmait que j'avais raison de kiffer ! Jamais Nathan ne me quitta des yeux, nous n'étions qu'un. Je savais qu'il comprenait et partageait la même chose.

Les gens étaient vraiment déchaînés. La plupart nous connaissaient déjà, ils avaient prévu de venir avant l'annulation et j'étais heureux qu'ils soient là malgré les événements de dernière minute. De temps en temps on entendait un « Jenny je t'aime » ! Ou « Thibaut épouse-moi ! », mais surtout, ils reprenaient les grands classiques que nous jouions avec force et c'était jouissif au possible. Le summum fut lors de nos propres chansons (il y en avait trois qui ressortaient clairement et qui étaient connues par la plupart, tandis que les autres avaient l'air de passer plutôt bien) ! Et si je connaissais le superlatif de jouissif, je l'utiliserai ici sans hésiter ! Ce fut notre meilleure représentation. Mais pour moi, ce fut lorsque je m'installai au piano pour jouer notre morceau phare (Leave the Rain) ainsi que mon morceau préféré (Ghinzu – The Dragster Wave) que je dédiai ouvertement à Nathan, ce qui avait enflammé encore plus les gens (comme s'ils en avaient besoin).

Quand la fin du concert arriva, j'étais complètement vidé. Nous avions joué plus de deux heures, nous nous étions tous donnés à deux cents pour cent et tous nos amis, nos potes nous l'avaient rendu au centuple. Il y eut même un rappel que nous nous étions empressés d'accepter. Quelle communion entre nous : c'était la meilleure soirée de ma vie jusqu'à présent. Un peu après, nous nous retrouvâmes l'arrière salle. Nathan ne dit rien et m'enlaça juste, la tête posée sur mon épaule et je le serrai tout contre moi : nous n'étions plus qu'un. Les autres le comprirent car ils se turent, par respect, ils savaient ce que m'apportait la musique. Enfin toute la tension se relâcha véritablement et nous nous mîmes tous à parler en même temps, à nous féliciter, à nous apprécier, à nous remercier les uns les autres et Caro entra à ce moment.

— Les gars, vous avez fait fort ! Quand tu m'as dit au téléphone que tu le sentais pour ce soir, je t'ai cru, mais j'ai eu des doutes en te voyant tout à l'heure. T'avais raison l’artiste ! Bravo ! Ce soir, les consos, c'est pour moi !

— Merci !

Nous criâmes tous en même temps et nous éclatâmes de rire.

— Et maintenant, on va faire la fête ! Évidemment ! déclara Max.

— Carrément, j'approuve ! Évidemment ! répondis-je du tac-au-tac.

La soirée fut forcément géniale. On était encore dans le trip et plein de personnes vinrent nous féliciter pour la performance et voulurent même nous acheter des CDs, ce qu'on n'avait pas du tout prévu. Sophie leur dit d'aller sur notre Instagram et notre Facebook sans oublier d'ajouter que le show de ce soir était disponible sur YouTube. !

« Follow us ! », cria-t-elle à l'assemblée en riant.

Nous levâmes nos verres et nous bûmes encore et encore. Les trois heures du matin arrivèrent trop vite et il nous fallut quitter les lieux. Max nous refit le coup de l'after, mais je voulais passer le reste de la soirée seul avec Nathan et à son regard, je savais qu'il désirait la même chose.

— Alors l'artiste, vous avez fait du bruit ce soir !

— C'était notre soir, Martin ! On a car-ton-né !

— Ne prends pas la grosse tête, gamin ! me fit-il en éclatant de rire.

Je rigolai avec lui.

— Pas de risque, ça n’arrive qu'une fois ce genre de chose. C'était juste ce soir. Mais je suivrai ton conseil quand on remplira des stades !

— Compte sur moi pour te le rappeler !

Il m'ébouriffa, tout ce que j'aimais. Je grognai et lui souris.

— Bonne nuit Martin. On rentre, je suis tué !

— Bonne nuit Ju'. Bonne nuit Nathan.

Jenny nous ramena et elle rentra aussi vite chez elle dès que nous sortîmes de l'auto : elle était autant fatiguée que nous et nous avions de toute façon prévu de nous revoir le lendemain. Nathan et moi rentrâmes et après être passés à la salle de bain, nous allâmes nous couchés. Les bras entrelacés, nos fronts collés, je regardai le vert de ses yeux. J'aimais ses yeux, j'aimais y lire ce qu'il me montrait. J'aimais ce garçon. D'un coup je me redressai et je me levai. Je lançai Stereoclip – Lost in Brussels sur mon smartphone, et, sous le regard interrogateur de Nathan, j'allai ensuite jusqu'à ma veste d'où j'en sortis la petite boîte en velours bleu de ma poche que je lui tendis.

— C'est pour toi.

Je vis ses mains trembler lorsqu'il la prit et qu'il l'ouvrit. Son expression changea, passant de la surprise aux larmes de joie (je l'espérai du moins !)

— C'est... magnifique, Julian ! C'est vraiment pour moi ?

Il en sortit un pendentif en or blanc : le collier était en cuir noir avec une fine attache en argent en guise de fermoir tandis que le pendentif lui-même, pas plus gros qu'une pièce de deux euros, représentait le Yin et le Yang, forcément.

— Ça te plaît ? Tu aimes vraiment ? Regarde derrière !

Il le retourna et lut tout haut les quelques mots que j'y avais fait graver :

« Sans musique, la vie serait une erreur. Sans toi, elle ne serait simplement pas. Toi et moi, le 18 février 2019. »

— Ce n'est pas la date de notre première rencontre...

Il me coupa la parole en m'embrassant avant de me serrer contre lui. Il me demanda ensuite de le lui accrocher (ce que je m'empressai de faire) : il lui allait à merveille.

— Je t'aime est tellement en deçà de la réalité. Tu es mon tout Julian. Aujourd'hui encore tu me l'as prouvé !

A suivre…