Et si c'était vrai... (10)


Et si c'était vrai... (10)
Texte paru le 2019-02-25 par ‎ Kiluan   Drapeau-be.svg
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Chapitre 10 - Et un de plus!




Nous nous réveillâmes grâce à (ou plutôt à cause de) l'arrivée impromptue de Guillaume qui avait plongé sur le lit, se mouvant entre nous deux pour se faire une petite place. Il nous regarda, un énorme sourire sur le visage, alors que nous sortions difficilement du sommeil, la soirée d'hier fut éprouvante physiquement et psychologiquement et la nuit bien trop courte pour nous permettre de récupérer correctement. Je tournai la tête vers le réveil, il était 9h12.

— Ju', c'était de la bombe votre concert ! J'ai tout regardé avec M’man ! Dis, quand j'serai plus grand, j'pourrai aussi jouer avec vous ?

— Merci p'tit frère, baillai-je en lui caressant les cheveux. Et oui bien sûr, tu seras un « special guest » !

Je tournai la tête vers Nathan qui avait autant de mal que moi.

— Désolé pour le réveille-matin, je n’ai pas encore trouvé le bouton « Off ».

Il rigola sous le regard indigné de Guillaume.

— T'en fais pas, je connais ça aussi avec Arthur !

Il s'étira longuement dans un long soupir. Guillaume s'était bien installé entre nous deux, nous empêchant de nous câliner, le bougre !

— Vous allez faire quoi aujourd’hui ? Je peux rester avec vous ? C'est chiant tout seul !

— Je ne sais pas encore. Ce soir nous allons au club mais la journée, rien de particulier. Je pense qu'on va en profiter pour faire les larves !

— Quelle superbe idée mon mauvais garçon ! Je suis totalement pour !

— Moi aussi ! surenchérit Guillaume. Ça veut dire que je peux rester avec vous ?

— Ouais, tu pourras ! Mais ça t'ennuierait de nous laisser nous réveiller et nous doucher ? On te rejoint en bas pour le p'tit déj', fis-je en étouffant un autre bâillement et en attrapant Guillaume pour le sortir du lit.

— Oh, d'accord. Je vous gêne hein ? rétorqua-t-il la moue malicieuse.

— J'ignore ce que tu imagines petit démon, mais ouais, j'aimerais un peu de tranquillité pour me réveiller.

Il rigola avant de commencer à embrasser sa main de façon peu équivoque en nous imitant tout en quittant la chambre, sous le regard amusé de Nathan.

— Je l’adore !

— Moi aussi, mais il peut être envahissant quelques fois, surtout quand tout ce que je désire c'est de te serrer contre moi.

Et j'attrapai mon amant que je serrai fort avant de l'embrasser.

— J'espère que c'était mieux que la démonstration de Guillaume, rigolai-je après quelques minutes de passion.

— Infiniment mieux, même si je suis certain qu'il fera un malheur quand il sera plus vieux. Il te ressemble beaucoup.

— Hey ! C'est de mon p'tit frère que tu parles là.

Nous partîmes à rire tous les deux.

Nathan roula sur moi et s'arrêta, les coudes posés sur mon torse, sa tête posée dans ses mains. Il me regardait fixement, un petit sourire en coin en s'amusant à presser son bassin contre le mien. Je commençai à avoir une érection du diable et je sentis que je n'étais pas le seul dans ce cas.

— Toi tu as des mauvaises idées dans la tête !

— Mauvaises ? Je suis choqué que tu me prêtes ce genre de pensées, fit-il en arborant l'expression la plus outrée de son répertoire.

Il m'embrassa tendrement du bout des lèvres avant de pousser sa langue dans ma bouche. J'adorais le goût de sa salive et cette façon qu'il avait de faire tourner ma langue avec la sienne. Il se retira, me mordillant la lèvre inférieure, tirant légèrement dessus.

— Bon allez à la douche !

— Tu es un véritable tortionnaire, répliquai-je avec la plus grande tristesse dans la voix.

— Je sais ! Mais attends de voir la suite !

— La suite ?

Il rigola en se levant.

— Oui mon cher, mais ça sera pour plus tard ! Y en a un en bas qui nous attend et tu lui as promis de prendre le p'tit déj avec lui.

— Ahhhh! Et c'est moi le mauvais garçon ?

Je me levai également et je le pris dans mes bras puis je ramassai mon téléphone que j'avais laissé sur la table de nuit. Voyons les news du jour !

— Damn, ça s'est emballé sur le groupe. Plus de cent messages ! Ils n'ont vraiment aucune vie sociale !

Je marquai une pause le temps de lancer l'application.

— Aw! J'suis trop fade pour lire ! Je verrai ça tout à l'heure. D'ailleurs, il va falloir que je t'ajoute, enfin si tu veux !

— Pour de vrai ? Évidemment que je veux !

— Parfait ! Je ferai ça tout à l'heure.

Nous descendîmes rejoindre Guillaume à la cuisine. Ma jambe me refaisait souffrir le martyr et si ça continuait, j'allais être bon pour retourner à l'hôpital, j'avais décidément trop exagéré cette semaine.

— Hello Mom! Tiens, t'es pas au marché ce matin ?

— Bonjour Julian, bonjour Nathan. Et comme tu peux le voir, non pas ce matin ! Vous avez bien dormi ?

Nathan et moi l'embrassâmes avant de nous installer.

— Pas assez ! grognai-je en regardant Guillaume qui, comme par hasard, était plongé dans son bol de Kellogs, passionné par leur façon de flotter dans le lait.

Nathan éclata de rire et il était communicatif car nous finîmes tous à rire avec lui.

— Alors comment était ce concert hier ? demanda Mom lorsqu'elle s'assit avec nous à table.

— Gé...

— Démentiel, Leslie ! me coupa Nathan. J'en ai eu des frissons du début à la fin. Ju' m'a même fait pleurer quand il s'est mis à jouer au piano. Je n'avais jamais ressenti ça !

Je me surpris, comme pour mon frère, à avoir une nouvelle passion pour les Kellogs, le rouge me montant aux joues.

— Julian a ce pouvoir avec la musique, tout comme son père l'avait. Nous avons regardé votre concert sur Internet. C'était vraiment très bien ! Mais tu as trop forcé sur ta jambe !

Une mère restera une mère et elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour ses enfants, en l'occurrence pour moi et ma jambe.

— Ça va Mom, la rassurai-je, même si je savais que ce n'était pas totalement la vérité. Alors, tu as aimé aussi ?

— Bien sûr ! Comment ne l'aurai-je pu ? Tu as un don et tu sais t'en servir.

— Oh, merci Mom! Mais tu sais, je ne le fais pas exprès. C'est toujours pareil dès que je commence, je suis plus moi-même.

— Hey ! Vous saviez qu'il y avait plus de cinq cents personnes qui ont regardé le live hier ? coupa Guillaume, soudainement de nouveau intéressé par ce qu'il se passait autour de son bol.

— Quoi !

J'étais plus que surpris. Plus de cinq cents personnes, ça faisait beaucoup de monde pour un live qui n'était même pas prévu officiellement.

— C'est gentil de pousser les chiffres p'tit frère.

— Non, il a raison ! confirma Mom.

— Waw ! Julian ! C'est génial !

J'en restai sans voix, je ne réalisais pas en fait, c'était énorme ! Nous continuâmes de déjeuner, parlant du concert mais également du programme de la journée qui restait bien vide, ce qui me convenait très bien : j'avais vraiment besoin de me poser un peu. Mom remarqua aussi le pendentif que Nathan portait et fier comme un paon, il le lui tendit tout en lui spécifiant de regarder derrière.

— J'en veux un aussi !

— T'as qu'à te trouver une amoureuse pour te le faire offrir, ricanai-je.

— T'es dur Ju’ ! Et si j'veux un amoureux comme toi ?

J'en restai encore une fois sans voix sous les rires de Mom et de Nathan.

— Il te casse sec ton p'tit frère !

— Ça, il est doué quand il veut !

— Que ça soit un ou une amoureuse, tu as encore le temps ! conclut finalement Mom.

Nous nous levâmes à la fin du repas.

— On va se laver et après on te rejoint au salon, ça marche pour toi ?

— Leslie, as-tu besoin d'aide pour quoique ce soit ? demanda Nathan poliment.

— Bien sûr que non ! Profitez de vos derniers jours de vacances ! Lundi c'est reparti.

Oh damn, avec tout ce qu'il s'était passé, j'avais totalement oublié la reprise des cours. Je n'avais d'ailleurs pas ouvert un livre durant toutes les vacances. Quelle déchéance !

— Merci de nous rappeler à la réalité Mom!

— Avec plaisir mon chéri !

Nous allâmes prendre notre douche. Nathan prit un malin plaisir à danser tout en se déshabillant devant moi, ce qui fit monter le désir au creux de mes reins. Il vint se placer contre moi, juste vêtu de son boxer et il continua de danser tout en enlevant mes vêtements délicatement, un à un. Il se mit ensuite à genoux et il prit un soin tout particulier à s'occuper de mon intimité ce qui m'amena rapidement (trop rapidement) dans les étoiles et j'explosai dans sa bouche, des flashs blancs plein les yeux, la tête me tournant. Après lui avoir offert le même traitement, nous prîmes notre temps pour nous laver avant de rejoindre la chambre pour nous habiller.

— C'est incroyable quand même tout ce qui se passe ! notai-je alors que Nathan lançait sur la playlist une autre musique (The Editors – Smokers outside hospital doors). Et j'aime vraiment tes goûts musicaux ! ajoutai-je en l'embrassant.

— Moi, c'est toi que j’aime !

Il m'embrassa de nouveau, c'était une bataille de baisers.

— Que répondre à ça, m'avouai-je vaincu en lui volant un autre baiser.

— Mais tu veux dire quoi par « tout ce qu'il se passe » ?

— Toi ! Nous ! Le groupe ! Tout quoi ! J'ai la chance avec moi en ce moment ! Comme Harry Potter quand il a bu la potion Felix Felicis !

— C'est sûr ! regarde ton état, rigola Nathan.

C'est vrai que mon arcade avait encore ses fils, mon œil était toujours injecté de sang et il restait du jaune et bleu tout autour, ma joue était toujours en mode cicatrisation et ne parlons pas de mes côtes et ni de ma jambe.

— Si c'est le prix à payer, je le repaye sans hésiter ! souris-je. Bon, si on ne descend pas, j'en connais un qui va venir nous rappeler à l’ordre !

Nous rejoignîmes Guillaume au salon où on décida de jouer à la console (pour changer) et je laissai les deux commencer la première partie pendant que je vérifiai les messages sur le groupe. Ça s'était encore emballé et j'étais trop fainéant pour tout relire (j'allais de toute façon avoir un compte-rendu le soir en live), mais il était en effet question des retours après notre performance de la veille et ils avaient l'air plus que positifs. J'étais heureux, nous avions réussi notre coup !

« Hello les gens ! Vous dormez jamais vous ? On se retrouve ce soir au club, je passe la journée en famille. A ce soir ! »

Je confirmai l'envoi et je demandai aussi à Jenny si elle pouvait passer nous prendre vers les 20h00. Je fermai mon téléphone, de retour sur Fortnite (oui, j'aimais bien !) avec les deux autres. La journée se passa comme nous l'avions prévue : vraiment calmement, tous les quatre ensemble (Mom était venue nous rejoindre avec son livre : ''Maxime Chattam – La saga Autre Monde'') et ce retour aux sources me fit le plus grand bien, je rechargeai littéralement mes accus.



Jenny se pointa vers 20h00 comme prévu et nous partîmes tous les trois en direction du club.

— C'est exagéré ce qu'il nous arrive, tu trouves pas ?

— De quoi tu parles ?

— T'as vraiment rien suivi depuis cette nuit, toi ! me reprocha Jenny.

— Euh, pas vraiment honnêtement. J'avais... la tête ailleurs !

J'échangeai un regard complice avec Nathan avant que Jenny ne reprenne.

— Notre concert hier, les gens n'arrêtent pas d'en parler. L'idée du live sur YouTube, c'était juste géant ! On croule sous les commentaires !

— À ce point ?

— Attends d'être arrivé, tu comprendras mieux.

J'étais un peu perdu et je pris mon smartphone pour aller constater par moi-même lorsque Jenny me le reprit des mains.

— Attends d'être arrivé ! T'avais qu'à lire avant !

Et nous y étions. Martin était là, comme tous les soirs.

— Salut l'artiste ! Alors, finalement les stades c'est pour demain ?

Il m'agrippa et il me serra contre lui comme quasiment à chaque fois, avant de me décoiffer, comme quasiment à chaque fois. Il avait de la chance d'être deux fois comme moi et que j'étais handicapé !

— J'en profite avant que ça ne me soit interdit ! rigola-t-il.

— Comme si on pouvait te l'interdire, rétorquai-je.

Il s'écarta et se pencha en avant, faisant un geste des mains vers l'entrée du club.

— Si Messieurs, Dames voulaient se donner la peine.

— Merci mon cher, lâcha Jenny d'un air guindé qui nous fit tous rire.

— A toute Martin !

Nous entrâmes dans le club et il y avait déjà pas mal de monde si tôt. Je vis Caro qui nous fit de grands signes, nous invitant à la rejoindre.

— Salut l’artiste ! Salut Jen’ ! Salut Nathan !

— Salut Caro, nous fîmes les trois d'une même voix, tout en nous installant sur les tabourets, face à elle.

— Je vous sers quoi ?

— Comme d'hab', merci ! répondis-je.

— Pareil, dit Jenny alors que Nathan faisait un signe de la tête confirmant qu'il désirait la même chose.

Elle nous servit nos trois Vodka rouge Redbull et je sortis ma carte pour les payer. Elle la refusa et s'installa face à nous.

— J'aurai un deal à vous proposer, nous lâcha-t-elle de but en blanc.

—Un deal ?

Je levais les yeux totalement déconcertés.

— J'ai reçu plusieurs appels durant la journée vous concernant, nous expliqua-t-elle. Des personnes qui seraient intéressées pour vous rencontrer.

— Tu peux être plus claire ?

— Julian est hors du monde réel pour le moment, expliqua Jenny à Caroline. Il n'est au courant de rien encore.

— Je vois !

Inconsciemment, je pris la main de Nathan dans la mienne, la serrant plus fort qu'à l'habitude. Il tourna sa tête vers moi et me sourit chaleureusement. Tout semblait plus simple avec lui à mes côtés.

— Des producteurs ! Ils ont plus qu'aimer votre show de la veille.

— Putain ? Quoi ? criai-je en me levant brusquement, faisant tomber le tabouret sur lequel j'étais assis.

Les autres rirent.

— Ça sert à ça WhatsApp, mon chiot, me dit Jenny tout en ramassant mon tabouret. On n'a pas arrêté d'en parler depuis ce matin.

— Oui bah...

Je tentais de reprendre mes esprits.

— Bon, je vais te laisser le temps de digérer tout ça, mais voilà le deal, comme ça vous pourrez en discuter entre vous avant de prendre une décision. J'aimerai devenir votre manager et vous représenter. Et toi aussi ! Elle me pointa du doigt. Je vous connais tous depuis un petit moment et je pense que je serai la mieux à même de remplir ce job. Réfléchissez-y et vous me direz ce que vous en pensez.

— Mais c'est tout vu ! On accepte ! dis-je instantanément, encore dans le brouillard.

— Discutez-en entre-vous et tu viendras me dire ce que vous avez décidé, pensez-y sérieusement ! Deal ?

— Deal, conclut Jenny en lui serrant la main et se levant. Allons rejoindre les autres, ils doivent trépigner d’impatience !

Le trajet pour rejoindre notre table me sembla long : plusieurs personnes venaient nous féliciter pour la veille, nous demandant jusqu'à des autographes pour certains. C’était dérangeant, j'aimais la musique par-dessus tout, mais cette nouvelle pseudo-notoriété ne me convenait pas du tout et pourtant si on voulait en vivre...

— Je suis amoureux d'une star, me susurra Nathan lorsque je signai mon premier autographe.

— Ouais, bah tu peux signer pour moi, râlai-je.

Arrivés à notre coin habituel, je constatai que les discussions étaient très animées. Max, Thibaut, Florian, Sophie et Mélissa étaient présents, mais aussi Sacha (quelle surprise !) et d'autres amis habitués du club ainsi que d'autres personnes que je ne connaissais pas du tout.

— Salut les gars ! cria Jenny par-dessus le tumulte.

Ils se turent tous et tournèrent leur tête vers nous.

— Ah bah quand même ! On n'y croyait plus! nous lança Max.

— Faites de la place les gars ! On a un handicapé avec nous ! balança Jenny dans un fou-rire général alors qu'elle éjectait Thibaut et Max dans le fond de la banquette.

Nous nous assîmes au milieu et je lançai un regard froid à Sacha qui baissa les yeux, sans dire un mot. Nathan le remarqua et me pinça gentiment la main que je n'avais pas lâchée depuis tout à l'heure. Il me sourit et me regarda comme lui seul savait le faire et je l'embrassai instantanément, comme à chaque fois. Il y eut un petit silence puis les conversations repartirent plus doucement mais je m'en foutais.

— Il ne va pas s'envoler, fit Jenny en m'attrapant l'épaule pour me ramener parmi eux.

— Oh, ça va, désolé !

Je passai ma main dans les cheveux avec un sourire gêné.

— Ça va comment les gars ?

— Super Ju’ ! répondit Sophie. T'as vu ça ? Je n’arrive pas encore à y croire.

— Alors que les choses soient claires, l'interrompit Jenny. Julian n'a rien vu ! Il ne sait rien cet abruti !

— Hey ! Bah j'en sais un peu plus à présent. Et j'suis pas un abruti ! bougonnai-je.

Je fis ma tête de boudeur et tout le monde se mit à rire tandis que Mélissa nous servait tous à boire.

— Avant de commencer, trinquons à nous !

Elle leva son verre et nous la suivîmes tous.

— Tu nous résumes, Florian ? proposa Max à l'intéressé. Enfin, surtout pour Julian si j'ai bien compris.

Et ils repartirent à rire. Je regardai Florian, attendant qu'il commence, tout en jetant des coups d’œil à Sacha qui était assis à côté de lui et qui n'osait pas me regarder. Il allait falloir qu'on ait une discussion tous les deux.

— Notre live stream sur YouTube a vraiment bien marché : la vidéo a déjà été vue plus de deux milles fois depuis sa mise en ligne. Il y a des dizaines et des dizaines de commentaires mais aussi du plus sérieux : j'ai été contacté par plusieurs personnes qui seraient intéressées pour nous engager dans divers festivals, des locaux, mais quand même ! Ils ont vraiment été impressionnés par ta performance aussi, Julian. Y en a même qui t'ont cité pour remplacer l'un ou l'autre chanteur dans des groupes déjà plus connus. Et là, j'ai mis mes notifs en stand-by, je n'arrêtais pas d'en avoir, ça m'a gonflé.

— Waw. T'es... t'es sérieux ? bégayai-je.

— Trop ! C'est la folie mon pote !

J'avais besoin de boire un coup, je fermai les yeux et je pris mon verre que je vidais cul-sec. Jenny m'en resservit un dans la foulée que je bus aussi sec, elle me connaissait bien ! J'ouvris de nouveau les yeux et je regardai chacun de mes amis, tous artisans de ce succès : Maxime qui me souriait, visiblement heureux, Thibaut toujours autant introverti qui arborait juste un petit sourire, Sophie qui me regardait avec de grands yeux, attendant ma réaction, Mélissa qui me rendit mon regard, elle aussi attendant que je dise quelque chose, Florian qui me semblait aussi perdu que moi (ouf, merci Flo’ !), Jenny qui rigolait franchement de me voir comme ça et Nathan qui me couvait amoureusement du regard, le visage lumineux. Il fit pression sur ma main, me ramenant à la réalité (je m'étais encore perdu dans ses yeux) et je revins parmi eux, ayant arrêté ma décision.

— Damn, c'est... génial ! Ce dont nous rêvions est peut-être en train de se réaliser ! Le truc c'est qu'à part jouer de la musique, le reste, ça ne m'intéresse pas ! Alors je vous propose qu'on engage Caro comme manager : elle pourra gérer tout ça sans que ça ne nous emm... trouble ! A elle la paperasse et à nous le plaisir !

Je les regardai tous de nouveau : ils se taisaient, totalement à l'écoute.

— J'suis sérieux ! Pour ma part, on laisse tout à Caro, j'ai une totale confiance en elle ! Et pour le reste, vive la musique, tous ensemble ! Et pour ce qui est des idées folles de vouloir me débaucher pour remplacer quelqu'un, vous vous doutez bien de ce que j'en pense. Sans vous, je n'serai pas là, on est les « Black Pets » et personne ne pourra briser ça ! Alors, aux futurs succès des « Black Pets » !

Je levai mon verre aussitôt suivi par tous, même par Sacha. Les discussions reprirent ensuite, chacun évaluant la situation, la nouveauté, se projetant dans un hypothétique futur. Jenny et Max s'étaient tournés vers moi.

— C'est beau ce que tu viens de dire, se moqua Max en frottant une larme invisible sur sa joue. Ok, sérieux, ça m'a touché gros ! Et je pense comme toi !

— Ouais mon chiot, tu deviens sensible ? ironisa Jenny avant de m'enlacer. Je t'aime mon chiot ! Et évidemment, moi aussi je pense comme toi, me dit-elle à l'oreille avant de me relâcher.

Je regardai tour à tour mes deux meilleurs amis. J'étais fier d'être des leurs, fier de notre trio qui s'était bien agrandi depuis. Je nous revoyais au solfège tous les trois nous promettant déjà de faire de la musique notre vie. On avait bien avancé depuis cette époque et aujourd'hui, les portes s'entrouvraient.

— Et toi Nathan, tu restes bien silencieux ! Tu n'as rien à dire ? lui demanda Jenny.

Nous nous tournâmes tous les trois vers lui alors que les autres continuaient toujours leurs débats.

— Sincèrement, je sais pourquoi je t’aime ! me sourit-il. Mais je ne vous connais pas assez en tant que groupe pour savoir ce que vous devez faire, donc je me range à l'avis de mon amoureux, comme vous tous si j'ai bien compris !

Jenny et Max échangèrent un regard complice avant de sourire et Nathan continua.

— Ce qu'il s'est passé hier, je n’ai pas de mots pour l'expliquer. Vous avez transmis et partagé quelque chose de... Je n'avais juste jamais ressenti ça ! C'était démentiel ! Mais je suis aussi un parti pris, rigola-t-il en m'attrapant par le bras. Plus sérieusement, je pense que vous méritez ce qu'il vous arrive ! Et puis si c'est votre rêve, sérieux, faut foncer, nan ?

— Merci Nathan ! C'est exactement ce qu'on veut ! confirma Maxime. Et puis transmettre et partager des émotions fortes, c'est notre crédo !

— Dit comme ça, ça fait un peu niais, me marrai-je.

— J’avoue ! Mais venant de celui qui vient de nous pondre le discours « gnangnan » de l'année...

Nous rigolâmes encore tous les quatre. Nous recommandâmes encore à boire (vu le prix, autant en profiter !) et la soirée se passa comme elle devait se passer : on partagea nos sentiments de la veille en se promettant que quoiqu'il arrive (s'il devait arriver quelque chose car je n'y croyais toujours pas), on resterait ensemble.

Durant la soirée, Sacha se leva pour aller aux toilettes et je me levai pour aller pisser également, je voulais le coincer. J'étais trop dégoûté de le voir ici faire semblant de rien, j'aurais préféré qu'il ait les couilles de venir me trouver. Mais j'aimais l'ironie de la situation : un mec qui va aux toilettes suivies quasi immédiatement par un gars ouvertement gay. J'imaginai bien que ça puisse le mettre mal à l'aise et en fait je l'espérais.

— Je reviens, il faut que je règle un truc !

J'embrassai Nathan.

— Je sais. Ne sois pas trop méchant.

Il me caressa la joue de sa main et je lui souris en lui faisant un clin d’œil. Sacha était déjà en train de se laver les mains quand j'entrai dans la pièce. Je m'approchai et je m'appuyai sur le rebord du grand marbre où se trouvaient tous les lavabos, dos au grand miroir, à un mètre de lui.

— C'est plutôt étonnant de te voir ici ce soir ! lâchai-je d'un ton que je voulais neutre.

— Désolé, j'aurai dû venir te parler, mais je n'osai pas ! C'est Thibaut qui m'a dit de venir, il espérait qu'on puisse arranger les choses toi et moi.

— Et pourquoi t'osais pas ?

Je gardai toujours le même ton et je croisai les bras sur ma poitrine, il avait intérêt à avoir une bonne explication.

— Écoute Ju, j'ai mal agi, j'le sais. J'm'en fous que tu sois pd, enfin gay, rectifia-t-il. C'est juste... Il fallait que j'encaisse, désolé.

— Et maintenant ?

J'avais finalement tourné la tête vers lui et il me regarda droit dans les yeux.

— Au début, ça m'a fait chier ! J'imaginais déjà comment ça allait se passer à l'univ ou même ici en fait. Toi, la star, gay ! Et qu'on me voit traîner avec toi, je ne voulais pas d'une mauvaise réputation.

Il se tut quelques secondes.

— Mais en fait j'm'en balance, on est amis depuis le collège et ça m'manquait d'être avec vous. Alors j'en ai parlé à Thibaut l'autre jour après votre répète et j'suis venu ce soir. J'suis déso gros ! On est cools ?

Silence. Je le fis durer quelques instants, laissant Sacha dans le doute exprès, avant de lui tendre la main.

— On est cools !

Nous ressortîmes tous les deux sous les regards rassurés des autres qui avaient bien compris ce qu'il venait de se passer.

La soirée toucha encore une fois trop rapidement à sa fin et j'étais presque saoul. En fait non, j'étais totalement défait, quelques joints aidant. Nathan aussi d'ailleurs, c'était marrant de le voir pété, les yeux brillants et la voix pâteuse. Il s'était intégré plutôt bien à la gang : il parlait, rigolait, buvait avec tout le monde comme s'ils étaient amis depuis des années. Il avait même parlé avec Sacha et ils eurent l'air de passer un bon moment, ce qui m’avait conforté dans mon idée que Sacha avait été honnête avec moi et que ses excuses étaient sincères. Avant de quitter le club, nous fîmes halte auprès de Caro.

— Nous sommes tous d'accord avec ta proposition : on te laisse les emmerdes ! Nous on veut juste jouer et c'est en partie à toi si on le doit ! Bonne soirée, manager ! rigolai-je, en me tenant tant bien que mal au bar alors que Jenny me soutenait.

Nous nous serrâmes la main, scellant notre accord. J'avais toujours eu tendance à faire confiance aux gens et il était inutile de signer quoique ce soit. Pour moi, cette poignée de mains valaient tous les contrats papiers du monde et je savais Caro dans la même logique.

— On va faire une belle équipe ! Bonne nuit !

Martin vint aux nouvelles aussi et nous lui expliquâmes, enfin Jenny lui expliqua, que nous avions accepté la proposition de son épouse. Il fêta ça en me décoiffant et Jenny nous ramena à la maison. Nous tentâmes d'atteindre la chambre sans faire trop de bruits mais nous rigolions comme deux idiots à chaque pas car je n'arrivai pas à marcher correctement entre les béquilles et le plâtre. Nathan se moquait de moi alors qu'il ne valait pas mieux, désolé la famille. Une fois au lit, nous nous endormîmes dans les bras l'un de l'autre, face à face.



C'était déjà le matin, j'avais l'impression d'avoir juste cligné des yeux depuis que nous étions rentrés. Il était 9h00 et j'avais mis l'alarme car Nathan allait repartir aujourd'hui et nous tenions à en profiter un maximum. Il dormait toujours quand je me levai et je replaçai la couverture sur lui avant de quitter la chambre. Il se réveilla lorsque je revins une grosse demi-heure plus tard.

— Bonjour mon Adonis.

— Bonjour mon mauvais garçon.

— Tu as bien dormi ?

— Exag'! Trop bien ! Comme à chaque fois quand je suis avec toi.

Un voile gris assombrit son humeur, je savais bien à quoi il pensait.

— Alors ce matin, petit déjeuner au lit !

— Ça je vote pour !

Je lui montrai le plateau posé sur la table de nuit. Merci Guillaume qui avait livré ma commande à la perfection.

— Alors, je te propose des viennoiseries encore chaudes achetées par Mom ce matin. Jus d'orange, chocolat chaud et lait. Et tu as même la petite touche de Guillaume qui nous a ajouté la liste des jeux auxquels il veut jouer avec nous aujourd'hui.

Il rigola et prit un petit pain au chocolat. Nous mangeâmes tous les deux, serrés l'un contre l'autre, pendant que nous discutions des événements de la veille. Nathan avait passé une merveilleuse soirée et j'étais plus qu'heureux qu'il se sentit aussi bien dans mon monde. Ça me tenait à cœur qu'il s'y sente accepté tout en l'acceptant aussi lui-même et c'était plus que réussi.

Nathan chercha son tel et se connecta à mon Pc, puis il lança une musique et s'assit sur moi après avoir bougé le plateau de nourriture. Elle démarra et il commença à chanter…

When I see Your face, there's not a thing that I would Change, 'cause you're amazing just the way you are! finit-il avec un sourire que je n'oublierai jamais.

Mais plus que sa déclaration qui forcément me touchait profondément (on sentait quand quelqu'un chantait avec le cœur pour une personne, j'étais bien placé pour le savoir), c'était sa voix qui m'avait bouleversé ! Quelle voix il avait lorsqu'il chantait ! Je n'y avais jamais prêté attention car j'étais amoureux du son de sa voix comme de tout son être depuis le début et je ne m'étais pas imaginé qu'il savait chanter. D'ailleurs, c'était la première fois que je l'entendais faire, et si bien ! Une idée frappa instantanément mon esprit : il devait intégrer le groupe, c'était une évidence !

— J'ai détruit ton âme avec mon horrible voix et ton corps est resté figé ?

Sa question me ramena à lui. J'agrippai sa tête de mes mains et je l'embrassai. Tu parles que tu l'avais détruite ! Tu l'avais ensorcelée, envoûtée, elle était tienne à jamais !

— Je t'aime plus que tu ne peux l'imaginer Nathan !

— Moi aussi ! me dit-il, un peu étonné par cette subite déclaration.

Je l'avais repoussé et je m'étais levé du lit pour aller chercher mon smartphone. Je balançai un message au groupe sur WhatsApp :

« Les gars, on a un nouveau chanteur ! Nathan est officiellement membre du groupe ! Vous allez halluciner !».

Je refermai mon téléphone sans attendre de réponse et je me recouchai auprès de Nathan.

— Je peux savoir ?

— Je viens officiellement de te faire membre du groupe !

Je lui souriais franchement. Comment était-ce possible que je ne m'en sois pas rendu compte plus tôt ?

— Quoi ? Non ! Mais...

J'explosai de rire.

A suivre…