Et si c'était vrai... (13)


Et si c'était vrai... (13)
Texte paru le 2019-03-03 par ‎ Kiluan   Drapeau-be.svg
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Template-Books.pngSérie : Et si c'était vrai...




Chapitre 13 - Des anniversaires en série...




Je pris ma guitare et je m'installai sur la chaise du bureau, face à mon amant. Nathan dormait toujours d'un sommeil paisible. Il ressemblait à un ange avec ce petit sourire qui s'étendait sur son visage détendu. Il était si apaisé, si apaisant. Je commençai à jouer Ed Sheeran – Photograph mais à force de le regarder, je fus pris d'une nouvelle inspiration et mes doigts s'amusèrent à se balader sur ma guitare, créant une douce ballade alors que des paroles venaient instantanément à mon esprit :

      Sous les lumières blafardes des lampadaires
      Il avançait sans but, il avait perdu ses repères
      Il n'avait nulle part où aller ce soir
      Il errait juste, plein d'alcool, plein d'espoir
      L'ordinaire d'une tristesse trop vaine
      Sa réalité, sa vérité, le fouettaient, si soudaines. 
      Et il vit son ombre se dessiner sous la pluie
      Il lui est apparu, lui offrant une lueur nouvelle en son âme
      Il n'était plus seul, ses rêves n'étaient plus drame
      Un phare au milieu de l'océan de sa merde de vie
      Une silhouette que son cœur avait résolument choisie. 
      Sous les lumières blafardes des lampadaires
      Il l'avait aidé à ne pas rester à terre
      Et il voulait retrouver la folie de cet instant
      Il avait été si fugace, l'avait-il imaginé juste pour un moment ? 
      Cette ombre qui était devenue son guide
      Qui d'un coup de magie parvint à combler son vide
      Et il vit son ombre se dessiner sous la pluie
      Il lui est apparu, lui offrant une lueur nouvelle en son âme
      Il n'était plus seul, ses rêves n'étaient plus drame
      Un phare au milieu de l'océan de sa merde de vie
      Une silhouette que son âme avait obstinément choisie. 
      Et il le suivit ce soir-là sous la pluie
      Mû par sa volonté, puissante et infinie
      Il savait où il devait aller à présent
      Tout cela lui semblait tellement évident
      Sa route se pavait des traces que laissaient ses pas
      Il n'avait qu'à suivre ce qui le mènerait jusque-là
      Et il vit son ombre se dessiner sous la pluie
      Il lui est apparu, lui offrant une lueur nouvelle en son âme
      Il n'était plus seul, ses rêves n'étaient plus drame
      Un phare au milieu de l'océan de sa merde de vie
      Une silhouette que tout son être avait justement choisie. 


Nathan s'éveilla au milieu de la chanson et me regarda de ses beaux yeux verts, lumineux et amoureux. Il me sourit mais resta silencieux, bercé par la musique et par ma voix. Je lui souris en retour lorsque j'eus fini de jouer.

— C'était tellement beau ! me dit-il, les yeux brillants. J'suis égoïste, mais j'aime quand tu chantes que pour moi ! Je veux rester à jamais à tes côtés pour t'entendre.

— Ça veut dire que ma chanson t'a plu ? répondis-je, faussement naïf.

Je déposai ma guitare et allai l'embrasser. Il me fit une place à côté de lui, m'invitant à le rejoindre et nous nous allongeâmes de nouveau alors que je le serrai fort contre moi.

— Tu as bien dormi ? demandai-je après quelques temps de silence.

— A poings fermés ! Après cette folle nuit, j'avais trop besoin de récupérer !

Je rigolai et l'embrassai de nouveau.

— Au fait, y a un truc qui s'est passé hier et dont j'aimerai te parler.

Je me raidis. Je savais que je n'allais pas y couper, mais j'avais espéré que ce serait le plus tard possible. Je n'ignorai pas que jouer l'autruche était la pire solution à adopter, mais j'avais tellement peur de tellement de choses, de tout ce que j'avais enfoui au plus profond de moi, que je m'étais fait prendre à mon propre piège et je ne trouvai pas la force, pas encore, d'ouvrir les vannes qui dévoileraient tous mes secrets à la lumière.

— Ju' ? Tu m'écoutes ?

— Oui... désolé ! J'étais dans mes pensées.

— Je vois ça, quelque chose ne va pas ?

Il s'était redressé et il me regardait, visiblement inquiet.

— Non, non, tout va bien ! Alors tu voulais me parler de quoi ?

— Tu es sûr que ça va ?

— Carrément !

Je l'embrassai sur le front et l'invitai à reprendre. Il ne poussa pas plus loin bien que je savais qu'il ne m'avait pas totalement cru. C'était le mauvais côté lorsqu'on rencontrait quelqu'un qui vous comprenait aussi bien que lui : difficile de mentir ou de cacher les choses.

— Ok ! Si tu le dis, capitula-t-il. Hier soir, après le concert, j'me suis fait draguer par une meuf !

— Oh, ne t'en fais pas pour ça ! le coupai-je, soulagé que ça ne soit que ça. Tu vas en vivre pas mal des trucs chelous comme ça. Comme tu me l'avais déjà dit : c'est la rançon de la gloire ! Puis t'es plus que beau garçon, je devrai peut-être me méfier ! ajoutai-je en souriant.

— Y a pas que ça, continua-t-il, hésitant un peu. Un type zarbi est venu me trouver quand j'étais aux toilettes.

— Il t'a fait quelque chose ? demandai-je instantanément, imaginant le pire.

— Non, rien, t'inquiète! Mais il m'a dit un truc que j'ai pas compris : « Méfie-toi de « Wolfie » ! » . Je sais pas pourquoi ça me revient comme ça d'un coup. T'y comprends quelque chose, toi ?

Je devins blême, mais heureusement pour moi, le soleil éclairait totalement ma figure et il ne le perçut pas. Puis il y eut du bruit dans le couloir suivis par des coups à la porte qui nous coupèrent dans notre conversation : c'était Guillaume qui venait voir si on était réveillés. Il tombait à pic lui, comme souvent. Il s'invita dans la chambre quand il vit que nous ne dormions plus (comme si ça l'en empêchait en temps normal) et nous gratifia d'un grand sourire.

— C'est m'man qui m’a dit que je pouvais plus vous réveiller, expliqua-t-il avec une moue triste à présent. Que vous avez besoin d'être seuls. Mais là, vous étiez déjà réveillés et vous êtes restés seuls assez longtemps, hein, je peux venir ?

— Bien sûr, lui répondis-je avec un grand sourire, l'invitant à nous rejoindre sur le lit.

Il ne se fit pas prier et sauta littéralement sur nous. Je le remerciai silencieusement de m'accorder un répit supplémentaire et Nathan ne me reparla plus de cette histoire de la journée. Le soir venu, Mom ramena Nathan chez lui. C'était bizarre de le laisser, nous étions tellement habitués l'un à l'autre ces derniers jours que c'en était devenu un besoin, une nécessité même. C'était loin d'être idiot de dire qu'il me manquait une part de moi quand il n'était pas là et ce devait être pareil pour lui car à peine remonté dans la voiture, je reçus un message de sa part « C'est horrible comme tu me manques déjà ! Je t'aime mon Julian ! ». J'affichai un sourire malgré moi qui n'échappa pas à Mom et je répondis à son message dans la foulée.

— Ton père serait fier de toi, Julian.

— Hein? Pourquoi tu dis ça ?

— Après tout ce qui est arrivé, tu t'en sors vraiment bien!

— Euh! Merci Mom.

Je ne compris pas pourquoi elle me disait ça à cet instant, mais j'appréciai la remarque.

Arrivés à la maison, je montai dans ma chambre et avant de me mettre au lit, je lançai ma playlist, c'était la version live de: Johnny Hallyday – Diego. Un jour, moi aussi, je serai libre !



Aujourd'hui, nous devions passer au club à la demande de Caro.

— Bon tout le monde est là ! commença notre nouveau manager qui vérifia bien que nous étions tous présents lorsque bons derniers Nathan et moi arrivâmes, comme à l'école.

Je m'étais assis contre le mur du fond comme souvent et Nathan s'était placé entre mes jambes, appuyé contre moi. Nous attendions qu'elle s'explique.

— Alors, j'ai une excellente nouvelle pour vous ! Les « Black Pets » vont officiellement jouer en festival cette année ! Et vous allez commencer par le Printemps de Bourges, le mois prochain.

Damn, sérieux! La nouvelle fit son effet et nous nous mîmes tous à parler en même temps tellement nous étions trop excités ! Le Printemps de Bourges n'était pas un petit festival, loin de là, et c'était comme un premier pas dans la cour des grands. Maxime se mit à sauter partout, dansant avec chacune des filles qui riaient de le voir si idiot, ce qui ne me choquait plus depuis longtemps.

— A voir vos réactions, je suppose que ça vous fait plaisir ?

— Plaisir ? répéta Jenny. Mais c'est génial Caro ! On va jouer dans un vrai festival, putain ! C'est de la folie ! Bravo à notre manager !

Nous approuvâmes ! Un vrai festival ! Le rendez-vous était donc pris. Enfin !

— On va fêter ça ? proposa Maxime.

— C'est chaud en semaine, répondis-je. Puis, on doit rentrer chez Nathan ce soir. On remet ça à vendredi ?

— Et comment, mais rien ne m'empêche de le fêter deux fois ! D'autres sont partants ?

Thibaut, Florian, Mélissa et Jenny étaient chauds pour la soirée improvisée et nous prîmes congé , accompagnés par Sophie qui proposa de nous ramener. Nathan était si excité par la nouvelle qu'il courut jusque chez lui dès que notre chauffeur nous déposa et il alla annoncer la nouvelle à sa famille. Je suivis de loin, ne pouvant pas encore courir et c'est sous ses cris et ceux d'Arthur que je fus accueilli par ses parents.

— Bravo les enfants ! nous félicita Georges.

— Mon fils dans un groupe de musique ! Je n'en reviens toujours pas !

Sandra le couvrit de baisers ce qui coupa Nathan dans sa danse de la victoire. Nous rîmes tous et passâmes une bonne soirée, discutant des projets futurs du groupe. Ils me proposèrent de rester ici pour la nuit exceptionnellement (les cours étaient importants pour les parents et nous étions en pleine semaine) et nous improvisâmes une petite fête entre nous cinq. A l'heure du coucher, Sandra vint installer un matelas dans la chambre de Nathan et d'Arthur avant de nous dire bonne nuit alors que le petit irait dormir dans la chambre de ses parents, nous laissant celle-ci pour nous seuls malgré le fait que nous certifiâmes qu'il ne nous aurait pas dérangé, on savait bien se tenir !

— J'ai réfléchi, dis-je à Nathan alors qu'il était allongé contre moi sur le matelas (nous avions décidé de dormir ensemble sur le sol plutôt que chacun dans son propre lit, évidemment).

— A quoi ?

— A nous ! Je marquai une pause. J'ai envie qu'on vive ensemble tous les deux.

— Vivre ensemble ? Tu veux dire quoi ?

— C'est trop dur une journée sans toi. Ce serait bien si on pouvait motiver nos parents à nous laisser ensemble, même durant les semaines de cours. Si on leur prouvait que nous nous aidons mutuellement, peut-être qu'ils accepteraient.

Nathan se redressa et chercha mon regard. Il souriait comme à chaque fois.

— A vrai dire, j'en ai déjà parlé avec eux hier soir quand tu es parti. Ils ont admis que j'avais fait des efforts conséquents en classe grâce à ton aide et ça joue en notre faveur, même si c'est encore récent. Mais je pense qu'avec de bons arguments, ils devraient accepter.

— Waw ! Ce serait vraiment génial si ça marchait.

Nous continuâmes de discuter de notre avenir commun, du groupe et de musique en général.

— Demain, j'aimerai que tu m'accompagnes si tu veux bien, je souhaiterais te présenter à deux personnes très importantes pour moi.

— Bien sûr ! Tant que je suis avec toi !

— Je t'aime Nathan, merci d'être toi !

— Moi aussi je t'aime mon mauvais garçon ! Pour la vie !

Il me serra plus fort et nous nous endormîmes avec du Pink Floyd - Echoes comme musique de fond, le son parfait pour rester dans cet état de transe.



J'avais reçu pas mal de messages en ce jour spécial, mes amis ne l'oubliaient jamais, mais comme à mon habitude, je ne leur avais pas répondu. J'étais déjà devant le lycée de Nathan et je l'attendis à la sortie des classes. Il ne tarda pas à arriver et c'est main dans la main (devant les regards ahuris de certains) que nous quittâmes son école. Nathan ignorait où nous allions et je restai trop silencieux que pour prendre la peine de lui expliquer. C'est lorsque nous arrivâmes devant une grande grille rouillée qu'il comprit.

— Un cimetière ? Tu veux me présenter à qui ?

— Suis-moi.

J'avançai dans les allées, entre les diverses tombes et je m'arrêtai devant deux stèles où était inscrit « Jean Darkfeather  », et à côté, sur la seconde stèle « Laetitia Darkfeather ». Elles avaient été nettoyées et des fleurs fraîchement coupées y avait été déposées, Mom et Guillaume étaient déjà passés. Je sortis une bouteille de Champagne et quatre verres.

— Bon annif' P'pa, hello frangine ! dis-je en levant mon verre.

Nathan ne parla pas, il restait un peu en retrait. Je l'attrapai par la main et je l'amenai à ma hauteur.

— J'vous présente mon compagnon et le nouveau chanteur du groupe. J'suis sûr que vous allez l'aimer ! Il est extraordinaire ! Et Nathan, voici mon vieux et ma grande sœur.

Je continuai à parler, seul. J'expliquai les derniers événements : comment Nathan et moi nous nous étions rencontrés, la façon dont il chantait, ce que le groupe avait fait depuis et surtout où il allait bientôt. Nathan s'était accroché à mon bras et ne parla pas durant tout ce temps, me laissant en tête-à-tête avec mon père et ma sœur durant une petite heure.

— Vous me manquez grave, mais je vous donne rendez-vous le mois prochain en France et vous avez intérêts à être là !

Nous repartîmes tous les deux, en silence. J'étais resté dans mon petit monde et pas une fois Nathan ne me brusqua, me laissant tranquille tout en me rappelant d'un geste, d'un regard, d'une attention, qu'il était là pour moi, à mes côtés. J'aimais vraiment sa façon d'agir avec moi. Il savait ce dont j'avais besoin et il agissait exactement en conséquence. Je n'entrai pas chez lui quand nous fûmes arrivés devant sa maison et je l'embrassai avant de partir.

— Merci pour ce que tu as fait.

— Arrête de me dire merci, c'est normal. Je t'aime Ju' !

— Tu m'excuseras auprès de tes parents, je dois vraiment rentrer.

— Tu es tout excusé, je comprends.

Il m'embrassa longuement et me laissa m'en aller. Je sentis son regard sur moi jusqu'au tournant à hauteur du parc par lequel je décidai de passer malgré la dernière fois que j'avais pris ce chemin. Je n'avais juste pas envie de rentrer tout de suite, j'avais besoin de me poser. Je m'assis sur un banc, pas très loin de l'endroit où je m'étais fait agresser et je mis mes écouteurs : Supertramp – Crime of the Century tournait, c'était parfait, j'adorai ce morceau. Je fermai les yeux et me laissai emporter par le son qui résonnait dans mes oreilles lorsque je sursautai, ayant senti quelque chose sur mon épaule. J'ouvris les yeux et j'aperçus Nathan, debout devant moi. J'avais dû m'assoupir et j'étais en train de rêver.

— Julian !

Je sortis vraiment de ma torpeur.

— What the fuck? Qu'est-ce...qu'est-ce que tu fais là ?

— J'étais sûr que tu n'allais pas rentrer chez toi alors je t'ai suivi.

— T'es... un malade ! Et tes parents ?

— Ils dorment, je suis passé par la fenêtre. Tu fais quoi là ?

Il s'installa à côté de moi et posa sa main sur ma jambe.

— Tu sais, reprit-il alors que je n'avais pas répondu, t'as pas besoin de rester tout seul. On peut passer ce moment ensemble, même en silence.

— J'aime ça me poser quelque part et écouter la musique, je fais ça souvent, dis-je finalement.

Il prit ma main et l'embrassa avant de poser ma tête sur son épaule. Les rôles étaient inversés, ce soir, et c'est lui qui prit soin de moi, comme il l'avait fait depuis cette fin d'après-midi. Nous restâmes assis sur ce banc, rafraîchis par le vent froid de la nuit et pourtant sa présence me réchauffait.

— Je suis content d'être venu avec toi aujourd'hui! Content aussi d'avoir enfin fait leur connaissance. Ils devaient être de bonnes personnes pour avoir des enfants et des frères aussi merveilleux que Guillaume et toi. J'aurai aimé les connaître aussi. Tu ne m'as jamais parlé d'eux.

Sa voix était douce, presque un murmure. Elle était apaisante et je m'en servis comme d'une plante médicinale agissant tel un cataplasme sur une vieille blessure qui se réveillait.

— Je sais pas, ça fait six ans et c'est encore dur pour moi. Mais je suis certain qu'ils t'auraient adoré aussi.

Nous tombâmes de nouveau dans le silence, puis Nathan reprit de cette même voix calme :

— J'ai envoyé un message à ta mère, je lui ai dit que tu restais à la maison cette nuit. Je verrai demain avec mes parents. Tu es d'accord pour rentrer avec moi ?

Il y avait plus qu'une demande dans sa voix, il m'implorait presque d'une certaine façon et je ne pus refuser. En même temps, rester avec lui était tout ce que je souhaitais si je devais être honnête avec moi-même. Une fois chez lui, il fit un détour par la cuisine où il laissa un mot pour ses parents avant d'aller dans sa chambre, évitant de faire le moindre bruit : tout le monde dormait déjà et Arthur ronflait paisiblement dans le lit du dessus. Nous nous couchâmes, serrés l'un contre l'autre (son lit n'était que pour une personne, comme si ça changeait quoique ce soit) et dans ce même calme, coupé par les ronflements de son petit frère, nous nous endormîmes.



Le lendemain, comme c'était mercredi, Nathan et Arthur n'avaient pas cours. Je décidai de sécher ma journée pour rester avec mon amoureux. Arthur dormait toujours et Georges quant à lui était déjà parti pour le travail et Sandra s'affairait aux lessives lorsque nous descendîmes.

— Bonjour M'man, tu vas bien ?

— Ça va, merci ! Et toi ? Et vous ? corrigea-t-elle.

— J'ai trop bien dormi ! Je suis désolé d'avoir fait rester Julian pour la nuit sans vous prévenir avant, ce n'était pas prévu en fait.

— C'est de ma faute Sandra...

— Il n'y a pas de soucis, coupa-t-elle sans attendre nos explications. Tu es le bienvenu ici quand tu le souhaites.

Ah bon? Ce n'était pas interdit en semaine ? Je ne dis rien et elle nous sourit à tous les deux, nous invitant à prendre le petit déjeuner. Elle s'installa à table avec nous tandis que nous mangions et nous parlâmes principalement des « Black Pets », Sandra était vraiment emballée par le succès de notre groupe et celui de son fils, si talentueux.

— Nathan, tu pourrais aller réveiller ton frère ? lui demanda-t-elle quand nous eûmes fini de manger.

— Sûr, j'y vais !

Il se leva rapidement et quitta la cuisine, je l'entendis monter les escaliers lorsque Sandra se tourna vers moi.

— Le mois prochain, Nathan aura ses dix-huit ans. Son père et moi voudrions lui faire une surprise et j'ai pensé que tu pourrais nous aider.

— Mais c'est une super idée ! Je peux m'occuper de la musique si vous voulez.

— Ce serait parfait ! Essaye de le sonder voir ce qu'il voudrait, j'en ferai de même de mon côté.

C'était vrai que Nathan allait avoir sa majorité le mois prochain et je n'avais pas encore réfléchis à ce que j'allais pouvoir lui offrir. Voilà un sujet qui allait me préoccuper pendant un bon moment, bien que déjà des dizaines d'idées flashèrent dans mon esprit. D'ailleurs, parlant d'anniversaire, la semaine prochaine ce serait celui de Max. Jenny et Sophie avait déjà pris les choses en main et nous avions déjà trouvé son cadeau, mais j'allais devoir mettre la main à la patte aussi. Nathan et Arthur me sortirent de mes pensées et c'est avec un sourire complice entre Sandra et moi que nous les accueillîmes.

Je reçus un message de Mom qui me demandait d'être là ce soir car Guillaume avait besoin de moi : pour lui aussi c'était une période difficile (et je compris entre les lignes que Mom aurait apprécié que je sois là simplement). Je pris congé de Sandra et d'Arthur et, accompagné de Nathan, je rentrai chez moi. La maison étant vide à notre arrivée, nous montâmes directement dans ma chambre et comme souvent quand j'avais le moral dans les talons, je pris ma guitare et je jouai : Dreamn Theater – The spirit carries on. C'était la chanson que nous avions jouée avec le groupe lors de la cérémonie pour mon père et ma sœur.

Nathan se joignit à moi et le son de sa voix qui se mélangeait à la mienne donna une toute autre envergure à la chanson : c'était comme si elle dansait avec mes émotions, sensuellement enlacée. Nous continuâmes à jouer jusqu'au retour de Mom et de Guillaume. Il était toujours autant difficile d'aborder le sujet, que ça soit avec mon petit frère ou Mom, ou n'importe qui d'autre. Avant je déphasais souvent quand on m'en parlait et seule la musique était un exutoire utile. Et ce soir ne serait pas différent, excepté que je n'étais pas tout seul à m'exprimer. J'avais décidé de passer la soirée avec eux en chansons et ce fut à la fois revigorant et triste. Mais, nous nous sentîmes mieux malgré tout, comme si nous savions que le message que nous voulions faire passer tous les trois était parvenu auprès de ceux qui nous manquaient et qu’ils n'étaient là, avec nous, que par le cœur et la pensée. Nathan avait encore une fois été parfait, il ne posait aucune question indélicate, respectant chacun, mais il ne se retint pas lorsqu'il poussait la voix. Finalement, ce concert plus que privé aura été un des plus touchant que j'eus vécu. Mom qui avait gardé Guillaume dans ses bras tout le temps, sécha ses larmes et vint nous embrasser tous les deux.

— Je suis sûre qu'ils nous ont entendus et que de là-haut, ils sont fiers de vous comme je le suis.

Il était inutile de répondre, tout avait été dit en musique et c'est le cœur lourd et léger (ce paradoxe) que nous nous retrouvâmes pour souper. Guillaume resta tout le temps à mes côtés, cherchant dès qu'il le pouvait mon contact en prenant ma main ou avec un câlin. Nathan fit du mieux qu'il put pour nous soutenir, ne sachant pas trop comment agir (et pourtant, encore une fois, il était juste parfait). Après le repas, nous le ramenâmes chez lui puis je passai le reste de la soirée avec Guillaume et Mom devant la télé.



Le reste de la semaine passa normalement, Nathan me manquait horriblement et je pris mon mal en patience en me plongeant dans les études et la musique (j'avais écrit trois morceaux supplémentaires qu'il me faudrait présenter au groupe). Le vendredi arriva et je fus surpris de voir Nathan m'attendre à la sortie de l'université. Il me fit de grands signes lorsqu'il me vit, son fameux sourire sur le visage et je me sentis revivre rien qu'en le voyant. Nous nous embrassâmes longuement et explosèrent de rire devant le visage surpris de certains étudiants et professeurs.

— Ce soir, c'est l'anniversaire de Max ! Il n'est pas au courant qu'on va lui fêter aujourd'hui, il est convaincu que c'est prévu pour demain. J'ai hâte de voir sa tête ! Et j'espère que t'es au taquet pour chanter !

— Plus qu'au taquet ! J'attends que ça ! On va trop bien s'amuser !

— Avant ça, il faut que je repasse à la maison pour récupérer son cadeau et me changer. Tu dors à la maison ce soir ?

— Oui ! Maman et Papa vont passer déposer mes affaires pour le week-end et ils emmèneront Guillaume pour rester avec Arthur.

— C'est une super idée !

Nous étions arrivés à la maison. Les parents de Nathan étaient déjà passés déposer ses affaires et Guillaume était reparti avec eux.

— Ça doit te faire bizarre d'être toute seule pour le week-end, dis-je à Mom lorsque nous la vîmes.

— Il vient juste de partir, mais oui, ça me fait un petit quelque chose.

— Tu sais quoi Mom ? Viens avec nous au club, c'est l'annif de Max ce soir, puis ça te fera du bien de sortir un peu !

— J'ai passé l'âge de traîner dans ce genre d'endroit et je doute que passer la soirée avec tes amis lorsque ta mère est dans le coin est ce que tu souhaites vraiment.

— Bah t'es comme leur mère pour eux! Mais ouais, ça me ferait plaisir que tu viennes !

— Je vais y réfléchir, merci pour la proposition.

Nous montâmes ensuite le temps que je me change et que je récupère le cadeau pour Max. Nous nous étions cotisés tous avec ses parents pour lui offrir une nouvelle basse Fender à cinq cordes : il en rêvait depuis tellement longtemps et j'avais vraiment hâte de l'entendre jouer avec. Une fois lavés et changés, nous redescendîmes auprès de Mom.

— Alors ? Tu t'es décidée ?

— C'est d'accord, je vous rejoindrai tout à l'heure.

— Super ! Je suis sûr que Max appréciera !

J'entendis un klaxon à l'extérieur, c'était Jenny qui venait d'arriver. Je lui ouvris et elle nous salua rapidement tous les trois avant de repartir nous attendre dans l'auto, le message était clair. Nous étions tous les trois plus qu'excités par le coup foireux que nous allions faire à Max mais nous allions devoir la jouer finement car il était prévu de jouer sur scène à son arrivée et le timing était serré. Nous comptions sur Sophie pour le faire patienter un peu en l'embobinant comme elle pouvait mais Max était tellement curieux de nature qu'il valait mieux ne prendre aucun risque.

Heureusement, il n'était pas encore là lorsque nous arrivâmes et nous filâmes vite nous préparer. Il y avait déjà tous ses amis présents qui attendaient son arrivée. Une grande banderole avait été accrochée par Caro : « 20 ans ! Ça se fête ! Bon anniversaire Maxime ! ». Florian avait également tout préparé comme à son habitude ce qui nous fit gagner du temps. Je branchai ma guitare alors que Nathan s'amusait à faire quelques vocalises avec Mélissa au micro, dans une sorte de « battle ». Mom arriva sur l'entre-fait et s'installa avec les parents de Max, qui eux aussi avaient accepté de venir, à côté de Florian et de Caroline. C'était la deuxième fois qu'elle venait au club depuis que nous y jouions et j'étais content qu'elle soit là pour mon meilleur ami (il faut dire que depuis le temps, il était comme un autre fils, tout comme je l'étais aux yeux des parents de Max). Je reçus enfin un message de Sophie, ils arrivaient et seraient là dans deux minutes. Lorsqu'enfin Maxime entra, nous commençâmes à jouer : Queen – You're my best friend. Il se figea à notre vue, laissant tomber le paquet qu'il tenait à la main sous les rires et les acclamations de tous ses amis présents qui lui criaient « Bon annif Max ! ». Il eut du mal à ne pas retenir des larmes : notre Max était finalement un petit sensible aussi de temps en temps ! À la fin de la chanson, Jenny l'invita sur scène pour qu'il nous rejoigne.

— Mais je n'ai pas pris ma basse !

C'était tellement bien joué de la part de Jenny et Sophie sortit le gros paquet caché dans les coulisses et le lui tendit. Nous jouâmes un « Joyeux anniversaire » version hard métal alors qu'il déballait son cadeau sous les applaudissements et les chants de tout le monde. Il changea littéralement de couleur quand il vit ce qu'il se cachait sous l'emballage et, après avoir remercié vivement chaque personne présente, dont plusieurs fois les mêmes (il était un peu perdu), il sauta sur scène, brancha sa basse et se mit à jouer Venus – Shivering Bass. Nous nous étions arrêtés pour laisser la star du jour jouer sous les cris et question frissons, j'avais ma dose ! Je n'avais jamais vu Maxime aussi déchaîné (et pourtant il savait s'y prendre) alors qu'il nous sortait vraiment le grand jeu (rien que d'y repenser, les frissons m'en revenaient). Max était vraiment un surdoué !

La fête continua et nous jouions pour le plaisir d'être ensemble, de s'abandonner à la musique, de fêter notre ami, de fêter mon meilleur ami. « Bon anniversaire » chanta encore les gens plus tard lorsque nous étions attablés autour d'un verre. Max ne se sépara pas de son nouveau bébé de toute la soirée et je pense que s'il ne nous avait pas dit merci cinquante mille fois, il ne l'avait pas dit une fois. C'était tellement bon de le voir comme ça. En fin de soirée, il insista pour qu'on repasse chez lui et cette fois, ce fut avec plaisir que nous acceptâmes et c'est ensemble que nous restâmes jusqu'à midi le lendemain.

— Vous êtes vraiment tous très soudés, me confia Nathan lorsque nous fûmes de retour à la maison.

— Oui, il y a un lien très spécial entre nous. La musique est miraculeuse !

— En tout cas, son cadeau lui a vraiment fait plaisir ! Je n'avais jamais vu Maxime aussi déjanté que cette nuit !

— Haha, j'avoue qu'il m'a bien surpris aussi ! Ça promet pour la suite s'il se déchaîne comme ça à chaque fois !

— J'ai trop hâte d'y être, même si plus le temps se rapproche, plus j'ai le trac!

— Nous avons encore un peu de temps.

— Je sais, mais c'est une chose de chanter dans le club devant des amis, c'en est une autre devant un parterre d'inconnus qui n'est pas forcément là pour nous.

— Tu marques un point ! concédai-je. On verra bien ! En attendant, si on allait se doucher ?

Il ne se fit pas prier et nous prîmes notre temps, nous câlinant, nous embrassant, nous faisant frémir de plaisir et de désir jusqu'à l'ultime final. Et c'est plus frais et heureux (bien que totalement crevés avec la nuit blanche) que nous descendîmes rejoindre Mom.

A suivre…