Et si c'était vrai... (14)


Et si c'était vrai... (14)
Texte paru le 2019-03-04 par ‎ Kiluan   Drapeau-be.svg
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Chapitre 14 - ... mais le plus important en dernier !




Je ne vis pas le mois de mars défiler. Nous avions totalement mis de côté ce qu'il s'était passé et n'avions plus jamais eu de problèmes depuis l'incident dans le parc. La fille inconnue n'avait pas redonné signe de vie non plus. Et c'est serein, complètement à fond dans nos cours car nous avions dans l'idée de demander à nos parents respectifs de pouvoir vivre ensemble. Nous nous étions également entraînés super dur avec le groupe au niveau répétition et lorsque fin mars arriva, nous étions déjà fin prêts pour le festival qui allait démarrer deux semaines plus tard. Nous avions appris par Caro qu'il y avait un concours pour les jeunes groupes avec à la clé un chèque de dix mille euros et une place sur un Festival certifié en été et nous comptions bien le remporter.

J'étais aussi et surtout en mode complice avec les parents de Nathan car nous préparions sa fête d'anniversaire dans son dos. Bien sûr, il n'était pas dupe et il savait bien que nous magouillions quelque chose vu qu'il en avait parlé avec ses parents ouvertement, mais il ignorait quoi et quand. Son anniversaire tombait un mercredi alors nous nous étions arrangés pour le fêter le samedi juste avant. Tout le monde était dans la combine, de ses parents à ses amis d'écoles, notre groupe bien sûr dont il faisait partie intégrante, sans oublier ma famille et d'autres amis. Georges et Sandra avait loué une grande salle à l'entrée de la ville. Je m'étais creusé la tête pour lui offrir un cadeau dont il se souviendrait (on ne fêtait pas sa majorité tous les jours !) et j'étais assez content de moi lorsque quelques idées se profilèrent enfin. Nous avions bien entendu décidé de lui offrir un concert privé avec le groupe, comme pour Maxime, et pour la suite, j'avais demandé à un de mes amis DJ d'animer la fin de la soirée. Tout se mettait en place et j'adorais le mener en bateau quand il tentait de découvrir nos magouilles. Même Arthur et Guillaume restèrent silencieux sur le sujet, au grand dam de Nathan.

Lorsque le jour J arriva, j'avais pour charge de garder Nathan « hors des pieds » et je l'emmenai passer l'après-midi à l'escalade (j'avais enfin retiré mon plâtre et la rééducation se déroulait très bien, je n'avais quasiment plus aucune douleur, même si je n'avais pas le droit de grimper encore). Ça faisait un moment que je n'y étais plus allé et Nathan m'avait fait part de son envie d'essayer, c'était donc la bonne occasion. J'avais mis au point un jeu de piste qui devait l'amener jusqu'à la salle où se déroulerait la soirée et le jeu commençait avec une capsule qu'il devait décrocher en haut du mur d'escalade (avec la complicité de mon professeur et ami, Charles, qui était d'habitude mon duo lorsque je grimpais). Nathan se débrouillait plutôt bien d'ailleurs et il ne prit pas longtemps pour atteindre le sommet et redescendre, ce qu'il fit plusieurs fois durant ces deux heures, il était aussi agile qu'un singe. Mais jamais il ne remarqua la capsule renfermant l'indice qui l'aurait mené à la suite, l'andouille !

— T'as pas remarqué qu'il y avait quelque chose accroché au-dessus avec ton nom inscrit ? lui lançai-je en rigolant à sa énième descente.

— Bah nan ! Comment l'aurais-je su ?

— Allez, tu y retournes !

Charles et moi rigolèrent encore alors que mon amant remontait sur le mur.

— Voilà, je l'ai ! nous lança-t-il quand il atteignit le haut du mur. Je peux redescendre maintenant ?

— A moins que tu ne veuilles passer la journée là-haut, ce serait pas mal que tu rejoignes la terre !

Il rigola en descendant en rappel aussi aisément que s'il avait fait ça toute sa vie, le précieux tube glissé à se ceinture. Lorsqu'il toucha le sol, il s'empressa de l'ouvrir et en tira un petit parchemin (je m'étais amusé à brûler du papier pour lui donner cet aspect vieilli). Il lut le mot inscrit dessus.

        « Suis la voie qui t'es chère jusqu'au signe que tu reconnaîtras. »


— Ça n'a aucun sens, me dit-il, les sourcils levés alors qu'il réfléchissait.

— Tu sais que t'es mignon quand tu réfléchis ?

Je l'embrassai. Il me sourit à son tour.

— Arrête de te moquer ! Bon, et maintenant ?

Il répétait inlassablement la phrase qu'il tentait de déchiffrer, mais à voir son visage, ce n'était pas gagné. Il prit sa douche, se changea et après avoir salué Charles (qui devait nous retrouver aussi ce soir) nous quittâmes la salle de sport. Il était déjà 17h00 et nous devions arrivés à la salle pour 19h00. Alors que nous allions nous mettre en route, il s'arrêta soudain et pointa du doigt une allée juste en face de nous...

       « Allée des Amoureux », c'est trop évident !


Il rigola et courut jusque-là, j'avais du mal à le suivre tellement il était excité. Il se tourna vers moi et m'attendit puis me prit la main pour me faire avancer plus vite et il s'engagea dans l'allée. Il sautillait presque en marchant, toujours le sourire sur le visage. De temps à autre, il me volait un baiser et après quelques minutes de marche nous entrâmes dans un petit parc fleuri. L'allée portait bien son nom car c'était un endroit plutôt romantique, fréquenté par les couples. Il s'arrêta devant un petit panneau planté dans un parterre de tulipes multicolores. Une affiche était collée dessus avec le symbole du Yin et du Yang. Il se tourna vers moi avec un regard entendu.

— J'adore ton petit jeu mon mauvais garçon. Je m'amuse comme un fou !

Il m'embrassa de nouveau avant d'aller fouiller près du panneau. Il ne lui fallut pas deux secondes pour trouver un autre tube, semblable à celui qu'il avait récupéré sur le mur d'escalade. Il s'employa à récupérer le petit parchemin roulé à l'intérieur et le déroula.

       « Jusque l'astre dont tu rêves, de tes yeux que tu lèves ». 


— Tu aimes les énigmes, toi ! me lança-t-il d'un regard en biais.

— J'adore ça ! me marrai-je en voyant sa tête.

Il se mit à réfléchir, une main posée sur son menton, les yeux levés au ciel.

— L'astre dont je rêve, ce serait la lune, conclu-t-il. Et si je lève les yeux... je ne vois rien de spécial !

Je continuai à rire. Il prenait ça très au sérieux et j'adorai voir son implication. Il me reprit la main et nous nous mîmes en route.

— Je trouverai bien !

Son regard se posait partout pendant que nous marchions et bientôt nous arrivâmes à la fin du parc et de l'allée.

— J'ai rien vu, me dit-il un peu déçu. Peut-être que je l'ai loupé.

Je restai silencieux, c'était à lui de trouver la solution. Je m'appuyai contre le mur d'un immeuble pendant qu'il faisait les cent pas, réfléchissant tout haut. Puis il s'arrêta et regarda autour de lui. Il y avait divers magasins dans la rue, coiffeurs, bars, banques, boulangerie : c'était une des rues commerçantes.

— Oh ! Je suis con ! s'écria-t-il soudain, le regard rivé sur une enseigne.

Il me regarda et se dirigea ensuite vers le bar « The Full Moon », un bar plutôt chic et d'ambiance. Je le suivis, content qu'il ait trouvé (je ne voulais pas vraiment être en retard sur l'horaire prévu) et nous entrâmes dans le bar. Christophe, un pote de psycho, y travaillait pour payer ses études et, bien entendu, il était là aujourd'hui pour nous accueillir. Il nous mena à une table pour deux personnes, dans le fond de la salle et me fit un clin d’œil en repartant vers le comptoir. Nous nous installâmes et Nathan me prit directement les mains.

— C'est superbe ici. Tu viens souvent ?

— De temps en temps, mais je préfère rester au club.

Christophe revint avec les cartes et je lui commandai un Cointreau sur glace et Nathan s'essaya à la même chose.

— Alors, reprit Nathan tout en sortant le second parchemin qu'il relut. « Jusque l'astre dont tu rêves », je suppose que j'y suis. « de tes yeux que tu lèves ».

Et il joignit le geste à la parole et leva les yeux autour de lui. Il vit sur le mur à côté, coincé dans l'applique, un nouveau tube et de nouveau son regard s'illumina, comme un enfant qui, au matin de Noël, apercevait tous les cadeaux qui lui étaient destiné. J'adorais cette expression tellement pure ! Il se leva et ramassa le tube puis l'ouvrit en hâte. Il lut le mot puis me regarda.

— Mais... t'as fait tout ça quand ?

— Je suis multitâches !

J'affichai un sourire jusqu’aux deux oreilles, les bras croisés, imitant un gars dans une publicité pour lessive. Il éclata de rire et Christophe revint avec nos verres.

— Merci, lui dis-je alors qu'il me fit un signe de tête, confirmant que tout était bon.

Je pris mon verre et le levai et Nathan fit pareil avec le sien. Il allait boire quand il vit quelque chose dans le fond, autre qu'un glaçon. Il stoppa net et me regarda d'une façon peu équivoque. Il reposa son verre sur la table et en sortit un anneau en or blanc, deux bandes bleues parallèles tout le long pour uniques dessins. À l'intérieur, la date du jour 30/03/2019 et nos deux prénoms enlacés.

— Ce... c'est quoi ?

Il leva les yeux vers moi, incertain de comment réagir.

— J'officialise notre engagement l'un envers l'autre.

Je lui pris la main, elle tremblait légèrement.

— Ce n'est pas une demande en mariage, je te rassure ! commençai-je. Juste une preuve de mon amour pour toi, une preuve de mon engagement total et complet.

Il se leva et plongea dans mes bras, manquant nous renverser tous les deux. Il avait les yeux brillants et ne cessait de m'embrasser.

— Tu en fais tant pour moi, comment pourrais-je jamais te remercier ?

— Si tu me laissais te glisser la bague au doigt, dis-je en gloussant, essayant de mettre un ton plus léger.

Il se redressa mais resta sur mes genoux et il me tendit sa main me donnant la bague. Je la pris et lui glissai au doigt, elle lui allait parfaitement. Il la regarda quelques instants et m'embrassa longuement.

— Je t'aime si fort. Je me répète, mais je t'aime plus que tu ne peux imaginer.

— Moi aussi Nathan, tu es mon âme sœur.

Je levai mon verre et Nathan prit le sien, il vérifia qu'il n'y avait rien d'autre à l'intérieur et nous trinquâmes à nous. Alors qu'il sortait le nouvel indice de sa poche, qu'il le relisait et restait perdu dans ses réflexions, j'envoyai discrètement un message à Jenny. Il était déjà 18h00, et même si nous étions dans les temps, je préférai ne prendre aucun risque.

— Bon la suite maintenant !

       « Suis le cocher, il te mènera sur la route du temps ». Ça fait très spirituel.


Je rigolai à sa réflexion.

— Tu devrais y être habitué à force !

— Oui et non ! Il rigola. Mais je kiffe ça ! Mais une fois encore, tu m'as perdu. Y a pas une soluce quelque part ?

— Hahaha ! J'suis sûr qu'un Let's Play serait parfait !

— T'es bête !

— Allez, en route alors !

Je me levai et il me suivit. Je payai Christophe, le remerciant pour son aide (et je glissai un pourboire plus conséquent sans qu'il ne le remarque) puis nous sortîmes.

— Je dois trouver un cocher maintenant. Ici en pleine rue. Ça devrait être facile à trouver, ça ne passe pas inaperçu une calèche, si ?

Il parlait plus pour lui-même, réfléchissant tout haut. Ses yeux fouillaient partout cherchant un quelconque lien pouvant le mettre sur la voie. Et il le vit enfin, il y avait effectivement une calèche qui attendait un peu plus loin. Il m'attrapa la main me déboîtant presque le bras en me tirant vers sa nouvelle destination. Lorsqu'il arriva à hauteur du cocher, l'homme nous invita à monter. Nathan ne se fit pas prier et grimpa dans la calèche. Je montai après lui et l'attelage se mit en route. Nous traversâmes la partie touristique de la vieille ville, le voyage était calme et posé, tout comme l'était Nathan à présent, la tête sur mon épaule, me tenant toujours la main tandis qu'il n'arrêtait pas de regarder l'anneau qu'il avait au doigt, une expression heureuse.

— Je n'oublierai jamais cette journée, me glissa-t-il à l'oreille. Jamais ! Tu es merveilleux Julian.

Il déposa un baiser dans le creux de mon cou et je frissonnai de plaisir.

— C'est toi qui me rends comme ça, tu illumines ma vie !

— Je t'aime.

Il se blottit contre moi et se laissa porter par le rythme de la calèche. Le voyage dura vingt minutes et nous arrivâmes devant chez moi. Nathan leva un sourcil, surpris par la destination et je lui tendis la main pour le faire descendre. Je remerciai le cocher qui me sourit avant de repartir et nous rentrâmes. La maison était vide et nous filâmes directement dans ma chambre récupérer les vêtements et nous laver. Dès qu'il entra dans la chambre, Nathan vit un costume blanc ainsi qu'une chemise également blanche accrochés à la penderie avec une note :

       « Habille-toi et suis le panda ».



— Je... Quoi ? Bégaya-t-il.

— Bah, c'est pourtant clair non ? dis-je innocemment.

Il prit le costume et le regarda quelques instants.

— La classe ! C'est vraiment pour moi ?

— Ah, j'te promets, je rentre pas dedans, puis c'est pas trop mon style. Allez go, on n'a que dix minutes !

Il rigola.

— J'admets ! Bon, grouille alors, j'ai trop envie de le mettre !

Et il fila directement à la salle de bain. J'avais droit aussi à mes nouveaux vêtements, également un costume (damn, c'était vraiment pas mon truc !) mais j'avais promis à Mom. Il était complètement noir, tout comme la chemise (il ne fallait pas exagérer !). C'était une soirée spéciale et je voulais vraiment être parfait. Nous nous lavâmes et nous habillâmes rapidement. Il était magnifique, le blanc lui allait si bien. Ses yeux verts étaient si lumineux, mais je ne pouvais pas perdre de temps à le contempler, nous allions être en retard.

— Julian, tu es trop beau ! constata-t-il le regard amoureux.

— Pas autant que toi !

Je lui volai un baiser et le poussai dehors. Nous descendîmes au moment où un coup de klaxon retentit (enfin un coup, je devrai dire un coup continu de deux minutes, pauvres voisins).

— Je suppose que c'est pour nous, me demanda-t-il alors qu'il fonçait voir à la fenêtre qui était le sauvage qui s'acharnait sur ce pauvre klaxon.

Il vit la voiture de Jenny et se tourna vers moi.

— La Fiat Panda ! Il se mit à rire. Excellent ! Allons suivre le panda alors ! Et vite avant que les flics ne débarquent.

— J'te l'fais pas dire, et je rigolai avec lui.

Nous montâmes à l'arrière, sur l'invitation de notre chauffeur qui démarra aussi vite qu'elle le put.

— Alors, comment s'est passée cette journée les amoureux ?

— Super bien, Julian est vraiment l'homme idéal. J'ai trop de la chance.

Il se pencha en avant et lui tendit la main lui montrant l'anneau qu'il avait reçu. Je rigolai, un peu gêné.

— Ouais, c'est comme ça qu'il est Julian. Quand il aime une personne, il ne fait pas semblant. Que çe soit ses amis, sa famille ou son amant. Tu t'en rendras bien vite compte.

— Je le sais déjà, il a déjà tant fait pour moi, tu n'imagines pas à quel point je lui suis redevable.

— Hé, les gars, je suis là au cas où ! Alors stop les compliments qui mettent mal à l'aise ! grognai-je.

Ils partirent à rire tous les deux, ils s'entendaient trop bien ! Mais je les rejoignis, c'était impossible de rester grognon avec ces deux-là.

— On va où ? me demanda Nathan après quelques minutes de route.

— On suit le panda, dis-je comme si c'était évident.

— T'es bête ! Et il nous mène où le panda ?

— A notre prochaine destination je suppose.

— Oh, t'es chiant à ne rien dire !

Il fit la moue pendant au moins trente secondes pendant que nous rîmes Jenny et moi. Cinq minutes plus tard, Jenny se gara dans une allée et coupa le moteur.

— Ces Messieurs sont arrivés !

Elle sortit et vint nous ouvrir la porte. Nathan accepta sa main tendue et sortit de la voiture.

— Merci très chère, fit-il imitant à la perfection la voix d'un jeune dandy.

Le temps qu'il sorte, j'avais envoyé un message prévenant que nous étions arrivés. J'espérais que tout était en place car je n'avais pas reçu de nouvelles, mais vu que tout s'était déroulé à la perfection jusque-là, je restai confiant sur la suite des événements. Je sortis de l'auto et rejoignis les deux autres et nous nous dirigeâmes vers la salle où allait se dérouler la soirée. J'indiquai à Nathan de passer devant dès que nous fûmes face à la porte et il la poussa non sans m'avoir pris la main avant. Il faisait noir à l'intérieur, tout était éteint et on n'y voyait rien du tout. Dès qu'il fit le premier pas, un spot blanc s'alluma et se braqua sur lui, le mettant en lumière mais l'aveuglant également. Il se protégea instinctivement les yeux d'une main, tentant de voir ce qu'il se passait autour de lui. Puis du fond de la salle, la musique démarra. Le groupe avait commencé à jouer « Joyeux Anniversaire ». La salle était toujours dans le noir et quand Nathan s'avança encore, il fut suivi par le spot. Il ne m'avait toujours pas lâché et j'avançai à son rythme. Ce n'est que lorsqu'il atteignit le centre de la salle que toutes les personnes présentes et cachées le long des murs se mirent à chanter, d'une même voix. Des spots de différentes couleurs s'allumèrent en rythme, éclairant de façon temporaire chaque coin de la salle et dévoilant aux yeux de Nathan les personnes qui le fêtaient aujourd'hui. Il se mit à trembler et me lâcha, il tournait sur lui-même, suivant les spots. Et quand tous crièrent « Joyeux anniversaire Nathan », la salle s'éclaira, se dévoilant entièrement devant les yeux ahuris du principal intéressé qui continuait à tourner sur lui-même, lentement, détaillant chaque personne présente.

Il s'arrêta sur moi et vint m'embrasser pendant de longues secondes. Mes joues étaient mouillées par ses larmes. Il tremblait toujours et je le serrai fort. Je le dégageai et le tournai vers les gens qui s'étaient approchés pour le saluer et lui souhaiter un bon anniversaire. Il ne sut où donner de la tête. Il y avait une quinzaine de ses amis que j'avais réussi à contacter avec l'aide très précieuse d'Arthur, sa famille était évidemment présente ainsi que la mienne. Il y avait également ses cousins et trois de ses tantes, d'autres amis de sa famille que je ne connaissais pas, nos amis communs ainsi que le groupe. Il y avait Caro et Martin, Charles son nouvel entraîneur d'escalade que j'avais invité, et d'autres personnes que je ne connaissais pas. Tous félicitèrent Nathan pour sa majorité bientôt acquise (son anniversaire n'était que mercredi) et il rigola avec tout le monde : il débordait de bonheur, ça se voyait du premier regard. J'étais vraiment heureux de le voir comme ça, après ces deux mois un peu compliqués pour lui. Il me sortit de mes pensées quand il m'attrapa la main pour me présenter à toute sa grande famille. Je ne pus y couper et donc je m'appliquai à parler à chacun d'entre eux. Quand ce fut au tour de ses parents, l'émotion était vraiment palpable : Sandra le serra fort dans ses bras tout comme Arthur, et même Georges eut sa petite larme. Finalement, le courant passa pas mal avec tout le monde et la soirée démarra vraiment lorsque Georges monta sur scène et prit la parole.

— Bonsoir à toutes et à tous et merci d'être là ce soir pour célébrer les dix-huit ans de mon fils, Nathan. Il tendit la main vers l'intéressé et tout le monde applaudit. Tu viens, enfin tu vas dans quelques jours, avoir tes dix-huit ans et nous avons bien réfléchi ta mère et moi. Nous avons décidé d'accepter ta demande de t'installer avec Julian.

Nathan ouvrit la bouche et je crus presque qu'il allait en perdre sa mâchoire. Il y eut des murmures dans la foule et quelques rires.

— Il s'est passé beaucoup de choses dernièrement et une des plus importantes te concerne. Je n'ai jamais été aussi fier de toi ! Fier de ce que tu es devenu en si peu de temps. Alors, bon anniversaire mon fils !

Tout le monde applaudit de nouveau alors que Nathan séchait les larmes qui coulaient. Il fonça sur son père et l'enlaça, le remerciant tant qu'il le pouvait. Sandra aussi pleurait et je perçus quelques personnes qui séchaient leurs larmes discrètement. C'est vrai que j'avais eu la chair de poule, ce fut vraiment un moment émouvant et important pour Nathan. Et j'étais également heureux de leur décision de nous laisser vivre ensemble. C'était une vraie surprise !

Je m'excusai auprès de lui et je filai sur scène avec les autres, c'était notre tour à présent. Je pris la parole, mais après Georges, ça allait être difficile.

— Bonjour tout le monde. Après le discours de Georges, ça va être dur de faire mieux ! Je passai ma main dans les cheveux et eus une expression gênée, les gens rirent, c'était déjà ça. J'ai l'habitude de prendre la parole pour chauffer la foule, mais rarement pour parler de quelqu'un qui m'est si proche et intime. Déjà, je tenais à dire que tu t'étais débrouillé comme un chef aujourd'hui, malgré mes énigmes tordues.

Nathan rit mais ses yeux avaient une expression intense.

— Je préfère donc te dire ce que je pense à ma façon. Nous avons préparé ce mini-concert spécialement pour toi ce soir. Bon anniversaire ! Je t'aime Nathan !

Et nous commençâmes à jouer pour lui. Il me surprit en laissant tomber tout le monde et en venant se poser à même le sol, assis en tailleur, pour nous écouter jouer, comme si tout le reste n'existait plus pour lui. Encore une preuve d'amour innocente qu'il m'offrait. La musique eut sur nous deux son effet habituel, provoquant encore une fois des émotions impossibles à décrire, les mots n'étant pas assez forts. Nous jouâmes une bonne heure alors que tout le monde s'était finalement pris au jeu : ils chantaient ou dansaient quand ils le pouvaient. Mais Nathan et moi étions juste nous deux, connectés l'un à l'autre, nos âmes dansant sur chaque note, nous étions inconscients de ce qui nous entourait. Lorsque nous finîmes, il vint nous rejoindre sur scène pour chanter avec nous à la demande de tous et, comme attendu, tous les invités furent totalement bluffés par sa performance, charmés par sa voix. Et c'est sous les applaudissements nourris (surtout pour Nathan, le prodige et le fêté) que nous laissâmes la place aux platines.



La soirée fut vraiment parfaite, les gens dansaient, riaient, chantaient, buvaient aussi et tout avait été préparé minutieusement : il y avait différents plateaux de charcuterie, légumes, des biscuits apéritifs de tous genres, ainsi que plusieurs serveurs qui passaient proposer boissons et cocktails. Au fond, une table avait été installée pour les cadeaux et elle débordait littéralement. Nous passâmes du temps avec chacun et jamais il ne me laissa de côté. En fin de soirée, c'est sur la piste que nous finîmes, un peu défaits par l'alcool, surpris par les vieux qui tenaient la cadence. Nathan fit même un rock avec Mom et il dansait bien ! Qu'est-ce qu'il ne savait pas faire ?

Aux alentours des 4h00, la plupart des gens étaient repartis, non sans avoir encore souhaité tout le bonheur possible à Nathan. Je remontai sur scène et me mis au piano, Nathan me rejoignit et s'assit à côté de moi, la tête posée sur mon épaule. J'adaptai la chanson de Something Corporate - Konstantine pour lui. Les autres s'étaient arrêtés de parler et ils s'étaient approchés pour m'écouter chanter et jouer. A la dernière note, Nathan m'attrapa le visage et m'embrassa longuement.

— Vous êtes vraiment doués tous les deux ! lança Jenny à la fin de la prestation. Avec vous deux, le Printemps est à nous !

— Merci chaton, lui lançai-je en riant.

La soirée était terminée à présent et il était temps de rentrer, nous nous occuperions du rangement après quelques heures de sommeil. Nous rentrâmes avec les parents de Nathan et ce dernier n'arrêta pas de remercier tout le monde pour cette soirée inoubliable. Il avait un peu bu et radotait, ce qui amusa tout le monde, lui le premier.

— Je ne pourrai jamais rivaliser avec ça ! Heureusement que j'ai du temps avant ton anniversaire !

— De quoi tu parles ?

— De tout ce que tu as fait pour moi aujourd'hui ! Tu as fait de cette journée, la plus belle de ma vie.

— Non, c'est toi qui l’as rendue magique ! Comme tous les jours que je passe avec toi !

— J'ai tellement de chance de t'avoir !

— Disons que nous avons tous les deux de la chance !

Nous nous endormîmes rapidement, totalement épuisés, sur le matelas deux personnes que Sandra nous avait installé, confirmant tacitement qu'elle acceptait qu'on dorme ensemble. J'eus une nuit agitée, je rêvai de traque, de chasse, sans savoir si j'étais la proie ou le chasseur. Je sentais l'odeur du sang, cette odeur cuivrée si particulière, mais j'ignorai si c'était le mien ou celui de quelqu'un ou quelque chose d'autre. Tout cela était si réel que je me réveillai plusieurs fois au cours de la nuit, avec ce goût si particulier en bouche. J'étais troublé, je n'avais plus fait ce genre de rêves depuis que j'avais rencontré Nathan et leur retour m'effraya plus que je ne me l'avouais. J'eus du mal à retrouver le sommeil, trop agité et apeuré. Nathan, lui, dormait paisiblement, un filet de bave coulant de sa bouche sur ma poitrine. Il était si paisible que je le regardai encore quand je sombrai de nouveau dans le sommeil.

Nous fûmes réveillés aux alentours de midi par Sandra qui nous proposa de venir dîner. Le réveil fut dur et la douche bienvenue. Nous rejoignîmes la famille qui était déjà installée à table.

— Bien dormi ? demanda Georges sous le regard curieux d'Arthur tandis que Sandra nous servait une lasagne qu'elle avait préparée elle-même.

— Ça va, répondit Nathan, j'aurai bien prolongé de quelques heures.

— Moi aussi, dis-je en étouffant un bâillement.

— Les jeunes de nos jours, se moqua Sandra.

Et nous mangeâmes avec bon appétit.

— J'aimerai vous reparler de votre projet, nous dit Georges à la fin du repas.

— Bien sûr.

— Comment comptez-vous vous y prendre ?

— Avec le groupe, nous avons décroché un contrat et si tout se passe bien, nous pourrons utiliser l'argent obtenu pour vivre par nous-mêmes, expliquai-je.

— D'accord, mais en attendant, et si tout ne se passe pas bien ?

— En attendant, reprit Nathan, nous comptions voir avec Leslie et vous pour nous héberger à tour de rôles, comme on le fait jusqu'à présent, mais ensemble cette fois.

— Et nous ne comptions pas nous installer avant d'être sûr d'avoir les garanties nécessaires pour ne pas avoir à revenir en arrière, continuai-je. De plus, j'ai un peu d'argent de côté que je gardais pour le jour où je comptais m'installer. Mais de toute façon, nous avions l'intention de vous en parler avant de lancer quoique ce soit.

— Je vois que vous avez vraiment songé à ce projet et qu'il vous tient à cœur à tous les deux. Voilà ce que je vous propose, vous trouvez un jour pour que nous puissions tous nous rencontrer, avec ta mère également Julian, et nous en parlerons ensemble.

— En attendant, ajouta Sandra, il est évident que vous pouvez rester ici le temps qu'il faudra.

— Merci infiniment Sandra, j'apprécie vraiment tout ce que vous faites tous les deux pour nous.

— Oui, merci beaucoup maman, papa !

Il se leva et embrassa ses deux parents. Nous partîmes ensuite aider pour nettoyer et ranger la salle, bien que Nathan fût interdit de toucher quoique ce soit à part les cadeaux qu'il avait le droit d'ouvrir. Il ne s'en priva pas et fut surpris par tout ce qu'il avait reçu : le dernier Smartphone Samsung, des enceintes portables Bluetooth Bose, des chaussures, des bouteilles d'alcool, des chocolats et une belle petite somme d'argent. Il avait vraiment été gâté.

Nous avions décidé de tous nous rencontrer le mercredi. Vu que c'était le jour de l'anniversaire de Nathan, c'était une bonne occasion de le fêter de nouveau à la bonne date, mais rien qu'en famille. Après le repas festif, les petits allèrent jouer en haut et nous nous retrouvâmes au salon avec les parents. Nous eûmes droit à un verre de whisky Nathan et moi et nous le dégustâmes avec plaisir.

— Alors, allez-y, nous vous écoutons, nous dit Mom.

— Vous avez bien compris combien c'était sérieux entre Nathan et moi. Je lui pris la main. Mais pour nous, c'est comme...

— Une évidence, compléta Nathan. On sait qu'on est faits l'un pour l'autre. Et nous aimerions donc nous installer ensemble, ne plus être séparés.

— Pour ça, continuai-je, nous voulons notre indépendance. Maintenant que Nathan est majeur, nous avons pour projet de nous trouver un appartement, sous votre aval à tous les trois, bien sûr. Mom, tu sais que j'ai de l'argent de côté prévu pour ça et que cet argent suffira largement à couvrir les débuts s'ils sont compliqués. Mais j'avoue que je mise, enfin, nous misons, sur la percée de notre groupe, ce qui est plutôt bien parti même si rien n'est encore fait.

— Et donc, on ne veut pas se casser la gueule, poursuivit Nathan. Alors, avant de lancer vraiment le projet avec l'assurance que nous pourrons nous en sortir par nous-mêmes, nous voudrions voir avec vous si vous acceptez comme... Il réfléchit.

— Comme une garde alternée, finis-je à sa place. Bien sûr, nous participerons aux tâches et si nous le pouvons, nous donnerons une participation financière.

Nous nous tûmes, guettant la moindre réaction chez nos parents. Et comme à son habitude, ce fut Georges qui prit la parole.

— Ce n'est pas rien comme projet. Vous êtes encore aux cours tous les deux et c'est difficile de subvenir à ses besoins quand la plupart du temps est pris par les études.

Les deux femmes approuvèrent de la tête et nous retînmes notre respiration. Georges continua.

— Cependant, vos arguments ne manquent pas et le tout premier étant en effet, que vous nous avez largement convaincus de la sincérité de vos sentiments l'un envers l'autre. Nous nous doutions bien de la suite et nous avons pris les devants en en parlant entre nous.

Nathan et moi nous regardâmes surpris, décidément, les vieux étaient bien plus futiles que nous ne le pensions (ou peut-être l'étions nous moins que nous ne le pensions) et nous attendîmes la suite alors qu'ils souriaient tous les trois devant notre expression.

— Nous vous soutenons à cent pour cent dans votre projet et nous vous fournirons les garanties nécessaires pour votre installation, même financière, il est normal pour des parents d'aider leurs enfants à prendre leur envol. Mais avant, et il se tourna vers Mom, l'invitant à continuer.

— J'ai une autre proposition à vous faire, continua Mom. Vous savez que notre maison est grande et qu'il y serait possible d'y construire votre propre loft, de façon indépendante. Vous profiteriez de votre logement, sans avoir de loyer à payer, juste une petite participation pour l'eau et l'électricité. Après discussion avec les parents de Nathan, nous pensons que ça serait bien plus intéressant pour vous, et si dans le pire des cas ça ne fonctionne pas avec votre groupe, vous ne courrez aucun risque ou problème financier.

La proposition de Mom était vraiment à considérer. J'étais encore trop sous le choc de la nouvelle, je n'avais jamais imaginé qu'ils avaient déjà pensé à tout ça dans notre dos, chapeau à eux. Je bus mon verre d'une traite et je sentis le whisky s'écouler, réchauffant tout mon corps.

— C'est... merci, Leslie ! J'avoue que j'aime vraiment beaucoup l'idée !

— Moi aussi. Mais combien ça va coûter ? J'ai les moyens pour une location, pas pour une construction et je doute que, même si le groupe réussit, on touche assez pour faire bâtir quelque chose ou que même une banque accepte de nous accorder un prêt pour les travaux.

— Et bien, Sandra et moi souhaitons prendre en charge le coût des travaux. Nous tenons vraiment à cœur de tout mettre en œuvre pour que vous réussissiez. Ce sera une façon de te remercier Julian pour ce que tu as apporté à Nathan, à Arthur, à notre famille. Grâce à toi, nous nous sommes rapprochés énormément alors que nous étions au bord de l'explosion. Je te l'ai déjà dit, nous te devons beaucoup plus que tu ne le penses. Mais aussi pour toi mon fils, pour ton cadeau d'anniversaire, pour te prouver que nous sommes derrière toi et tellement fiers de toi.

— Tu as grandi si vite, mais tu restes mon petit Nathan, ajouta Sandra. Nous sommes vraiment fiers de toi, de vous deux.

Nous restâmes sans voix tous les deux, nous devions rêver, ce n'était pas possible autrement. Nos familles étaient vraiment surprenantes et formidables. J'étais tellement heureux d'en faire partie.

— Alors ? C'est d'accord ?

La voix de Georges nous ramena à la réalité, car Nathan était aussi abasourdi que moi.

— Carrément ! Merci infiniment à tous les trois. J'aimerai juste mettre une condition et elle ne sera pas négociable. Je souhaite également participer aux coûts des travaux à hauteur de ce que je peux me permettre. J'y tiens, c'est important pour moi.

— J'aurai préféré que tu gardes cet argent, mais c'est d'accord. J'accepte le marché.

Il nous serra la main à tous les deux, concluant notre deal. J'étais aux anges, sincèrement heureux de tout ce qui nous arrivait. C'était tellement trop que j'étais sûr que j'allais me réveiller dans quelques secondes. Mais non, tout ça était bel et bien réel. Nous passâmes le reste de la soirée à discuter de ce nouveau projet et il fut décidé de commencer le plus rapidement possible. Georges connaissait un très bon architecte dans ses amis et il comptait lui demander de venir évaluer les travaux ainsi que nous faire plusieurs propositions de projets. Nous fûmes ravis par cette soirée et il fut rapidement temps d'aller nous coucher.

— C'est incroyable ce qui arrive, me lança Nathan tout excité lorsque nous fûmes dans sa chambre (Arthur dormait avec ses parents).

— J'ai du mal à y croire encore. T'imagines, notre propre chez nous !

— Oh oui, je l'imagine ! Je ne fais que ça !

Il sauta sur son lit, manquant se cogner la tête contre le sommier du lit du dessus. Je pris une enveloppe dans ma veste et je la lui tendis.

— Bon anniversaire Nathan.

— Encore ?

— C'est aujourd'hui ton anniversaire, non?

Il leva ses sourcils, curieux et ouvrit l'enveloppe. Il en tira deux billets pour un séjour de trois jours à New-York prévu le week-end prochain.

— T'es sérieux là ? me demanda-t-il en me mettant les billets sous le nez. Mais t'es un malade ! NEW-YORK quoi !

Il s'excita d'un coup et se leva, me prenant dans ses bras.

— JE T'AIME! Je suis amoureux du plus parfait des hommes, j'ai trop de la chance de t'avoir.

Pas si sûr, pensai-je, revoyant mes derniers cauchemars, pas si sûr.

A suivre…