Ex-hétéros: les meilleurs amants?

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Numéro 80

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 80
Date de parution originale: Janvier 1997

Date de publication/archivage: 2013-11-22

Auteur: Anton
Titre: Ex-hétéros: les meilleurs amants?
Rubrique: Les infos du minitel

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Ça se voyait comme le nez au milieu de la figure que ce mec n’était pas un habitué du milieu. Pourtant, je n’étais pas mécontent de l’avoir dragué au minitel, il était plutôt pas mal. Grand, baraqué, plus genre bon vivant qu'habitué des salles, il respirait la solidité. Il avait un beau visage masculin, marqué de rides tristes et joyeuses, mais il ne m’avait pas menti sur son âge: quarante-sept ans. Presque le double du mien.

Mais ce qui m’a le plus touché mais aussi le plus agacé, c’est qu’il n’était pas à l’aise. Je me suis demandé à un moment si je ne lui convenais pas. Pourtant, je suis mignon, je sais que je plais. Il se sentait comme gêné d’être venu, il tripotait son verre sans arrêt entre ses mains. C’est quand j’ai pris conscience de la manière dont il était habillé que j’ai presque tout compris. Ce n’est pas que nous, les pédés, nous ayons des fringues différentes (quoique), non, lui, on avait l’impression que c’était sa femme qui l'habillait. Ce mec était marié, et c’était peut-être même sa première expérience homo. Chic, chic! Ce n’est qu’après qu’il m’a dit qu’il avait perdu sa femme il y a six mois. Mais qu’il avait toujours préféré les mecs en secret.

Nous n’avons pas trop perdu de temps en parlotes. Je me suis assis tout prêt de lui sur le canapé et j’ai passé mon bras autour de son cou en l’embrassant sur la joue. Il a semblé paniqué.

— Écoute, Lucas, je ne te veux pas de mal, détends-toi. Si tu veux, on se revoit une autre fois...

Ça l’a réveillé. Il s’est tourné vers moi et il m’a embrassé, comme on ne m’avait plus embrassé depuis longtemps, avec douceur, force et tendresse, un vrai baiser quoi. On a répété ça longtemps, en se léchant les joues, les oreilles, et à chaque fois avec des mains qui descendaient de plus en plus bas. On a fini par se retrouver complètement débraillés. Il m’a regardé comme s’il voyait un homme pour la première fois. Avant de m’embrasser très fort encore une fois en me serrant à m’étouffer. Il sentait bon l’homme, une petite sueur mêlée d’after-shave.

— Lucas, regarde-moi, je vais sucer ta queue, ça va être bon, mais avant, on se protège!

J’ai glissé à genoux entre ses jambes. Lentement, presqu’avec dévotion, j’ai sorti son beau membre dur, une belle biroute trapue avec un gros gland. Je l’ai un peu branlée, humée, j’ai caressé les bourses. Il me regardait, l’œil humide. J’ai déroulé une capote dessus. Ça l’a vraiment étonné:

— J'ai pas le sida. Toi non plus d’ailleurs, ça se voit. Pourquoi tu fais ça? il m’a fait.

J’ai pas imprimé pendant trois secondes. J’ai failli me mettre en colère: il était con, ce mec, ou quoi? Et puis j’ai rengainé tout ça. J’ai juste répliqué:

— Maintenant, on fait tous comme ça. Moi, en tout cas.

Et d'un coup, j’ai gobé sa tige. Ça l’a arrêté. Il me caressait les cheveux pendant que je m’appliquais du mieux que je pouvais, peut-être histoire de lui prouver que les mecs sucent mieux que les femmes. Il m’a stoppé car il allait jouir. C’est à ce moment-là qu’on s’est défringués en jetant tout pêle-mêle, pressés que nous étions de nous rouler l’un contre l’autre, de nous manger le corps, de nous lécher partout, de nous frotter, lui sur moi, moi sur lui, dans un ballet lascif incessant. Ce fut un amant génial. Quand il a voulu me sucer la queue, je lui ai fait «niet» en lui montrant une capote: «Avec ça! Elles ne sont pas lubrifiées!» Il a accepté et s’est jeté dessus comme un affamé en fermant les yeux. Il a tenté de reproduire ce que je lui avais fait, mais il était un peu maladroit. Ça m’a touché. Beaucoup plus tard, rassasiés de caresses, de baisers et de sucettes, nous avons senti qu’il fallait jouer le dernier acte.

— Prends-moi, Lucas, je veux te sentir en moi très profond! Mais là aussi, avec capote!

Il a dodeliné de la tête en faisant la moue. Ça ne lui plaisait pas trop. Mais il avait faim de mon petit cul pommé. Je l’ai encapoté, lubrifié, je me suis graissé l’anus avec du KY, et enfin je me suis couché sur le tapis, les jambes en l'air et écartées, un coussin sous les reins. Il m'a pris avec tact, il a forcé ma rondelle avec douceur et m'a limé comme un homme lime une femme. Ce fut long, délicieux. Je le regardais en me masturbant au même rythme. Il m'a baisé divinement. Il a eu un dernier spasme et il a joui en moi avec force en grognant. J’ai joui quelques secondes plus tard.

Après, au moment de nous quitter, je lui ai dit:

— Finalement, avec quelqu’un d’autre moins regardant que moi, tu aurais baisé sans capote? C’était si mal avec?

— ...

— Tu ne veux pas répondre? Eh bien, tu vois, moi, j’ai l’air en parfaite santé, d’ailleurs, je suis en parfaite santé. Personne ne pourrait le croire, comme ça. Pourtant je suis séropositif. Depuis près de cinq ans. Qu’est-ce que tu dis de ça?

— Pourquoi tu ne l’as pas dit?

— Je n’avais aucune raison. Je prends toutes les précautions nécessaires. Tous les cas de figures sont possibles.

Je n’ai jamais revu Lucas. J’espère que la leçon lui sera profitable.

Anton, 24 ans