Flashback sur ma vie (09) - Partie 3


Flashback sur ma vie (09) - Partie 3
Texte paru le 2010-07-23 par Flav   
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Quatrième partie: L

Partie 3

Dés qu’il me laissa, j’allais prendre une douche après avoir évacué ce trop plein d’amour dont les deux hommes de ma vie m’avait gaver. Je pris ensuite une douche super longue, afin de me débarrasser du moins physiquement de l’odeur de Francis. Je jetai le pyjama, et dormis sur une bergère plutôt que dans les draps souillés par son odeur. Le lendemain, je devais faire mes adieux à la famille, les parents n’en parlons même pas, il y a bien longtemps que je n’entretenais plus que rapports forcés, des cartes aux fêtes et aux anniversaires. Par contre avec ma grand-mère il en allait autrement, c’est après tout elle qui m’avait élevée. Je lui promis de revenir plus souvent, que si j’allais aux states c’étaient pour m’enrichir et venir un jour l’aider à entretenir cette vieille maison que nous aimions tant. Mais avant ça, ou allais-je atterrir, je ne voulais pas mentir à L., je devais donc lui avouer ce qui s’était passé cette nuit. Je choisis de lui parler dans sa chambre d’hôtel en matinée, lui laissant du temps pour réfléchir si besoin.

— Flav, quelle bonne surprise.

— Oh ne te réjouis pas si vite…

— Je t’écoute ?

Il s’assit au bord du lit, moi sur un fauteuil près d’une table de nuit.

— Que dirais-tu, si je t’avais trompé.

— Je ne sais pas, j’en serais très peiné.

— C’est tout ?

— C’est déjà beaucoup, tu ne trouves pas ?

— On n’a jamais vraiment parler de nous deux, de ce que l’on était.

— Car ce n’est pas nécessaire, nous sommes un couple voilà tout.

— L, je t’ai trompé, si tu savais comme je m’en veux… C’est arrivé sans que je m’en rende compte, puis quand j’ai réalisé que, il était trop tard le mal était fait. Je m’en veux terriblement si tu savais comme je m’en veux.

— Ne dit plus rien s’il te plait.

— D’accord.

— C’est Francis, c’est ça ! Toujours et encore lui ?

— ...

— Tu ne dis rien, ça veut dire oui. Je le déteste encore plus. Va t’en le retrouver si c’est ce que tu veux !

— Je comprendrais que tu ne veuilles plus me voir, mais je lui ai bien fait comprendre que je ne voulais plus jamais le voir non plus.

— Et pourquoi ça ?

— Car je ne l’aime plus, que …

— Qui aimes-tu alors ?

— Mais toi voyons, je te dois la vie, grâce…

— Oh tais-toi, je ne t’ai jamais demandé l’exclusivité après tout.

— Chaque fois que je le rencontre sur ma route, il doit me détruire, me prendre ce que j’ai… Excuse moi L, j’ai vraiment été très heureux avec toi… Peut-être qu’un jour tu arriveras à me pardonner.

Je me suis enfui de la chambre à toute vitesse, j’ai quitté le centre ville à grandes enjambées, une fois dans la campagne, j’ai couru à travers champs sans jamais me retourner, je me suis réfugié auprès de l’étang du parc du domaine. Là, j’ai laissé mon chagrin se répandre en larmes. Il m’avait suivi, mis sa main sur mon épaule.

— Tu voulais sauter ?

— Je ne crois pas.

— C’est déjà ça, pas aussi romantique que ça aurai pu l’être par contre.

— Que fais-tu là ?

— Je n’allais quand même pas laisser mon mec s’enfuir sans essayer de faire quelque chose pour le rattraper !

— Tu veux encore de moi comme mec ?

— Je ne veux personne d’autre que toi.

— Je ne te mérite vraiment pas.

— Ne parlons plus jamais de cette nuit. Je crois que je pourrais accepter d’être cocu, après tout tu as dix ans de moins que moi, mais plus jamais par lui ! Si je pouvais faire en sorte que tu ne le voies plus jamais, je le ferai.

— Je ne crois pas qu’il osera encore se montrer, et tu n’auras jamais plus à être cocu, d’ailleurs tu n’es pas sérieux quand tu dis ça ?

— Je crois que pour toi, je pourrais beaucoup de choses. Va profiter de ta famille, ce soir nous décollons pour la maison.

La maison, sa maison… Dans l’avion, en première je n’hésitai pas au risque de choquer le couple de jeune marié qui étaient les seuls à occuper avec nous deux l’avant de l’appareil à poser ma tête sur l’épaule de L. Je sombrais dans un sommeil profond en sécurité tout contre lui. Avant de vraiment m’endormir, je surpris une conversation entre L et le marié.

— Tiens votre chum, c’est comme ma crapaude, il s’est endormi sur votre épaule, moi elle me la déglingue à force.

— J’aime bien ressentir cet abandon, c’est qu’ils nous font confiance.

— Je n’avais jamais vu cela sous cet angle.

— Où allez-vous ?

— Dans sa famille en Virginie de l’Est, je vais officiellement la demander à son père, nous allons nous marier cet été, j’espère qu’elle se plaira à Montréal…

Le reste de la conversation ne m'intéressait plus, il m’aimait quand j’étais à lui, j’allais tout faire pour lui faire oublier mon incartade.

Le 30 décembre, nous étions chez lui, en arrivant je découvris l’effet produit par toutes ces lampes blanches que je l’avais aidé à placer illuminées. La plantation était encore plus belle en période de fête.

— Ton idée de ruban rouge sur les colonnes du porche était bonne. La maison semble moins chargée que d’habitude et elle ressort encore plus.

— C’est magnifique, votre manie de l’excès n’est pas toujours bonne monsieur l’américain, heureusement que je suis là pour la tempérer maintenant.

— Le chic à l’européenne !

— Il fait bon ici par rapport à chez moi, ce n’est pas vraiment le nouvel an un climat doux.

— Tu es aussi chez toi ici à présent.

— Dis moi quand ta sœur sera là, comment vas-tu me présenter.

— Flav Biamonds, c’est bien ton nom ?

— Bête, tu sais très bien ce que je veux dire !

— Je ne cache rien à ma sœur, elle a hâte de te rencontrer, et mes neveux aussi.

— Et on leur dit quoi aux neveux ?

— Ils sont grands et tolérants ! Clémentine à 15 ans et Dany 17. Et d’ailleurs les voilà qui sortent de la maison.

— Heureusement que l’allée est longue, je ne m’attendais pas à les trouver déjà là.

Ils se sont jetés dans les bras les uns des autres, se sont fait les tapes de papillons dans le dos, sans m’en rendre compte, j’étais happé dans le lot de leurs accolades, comme si j’avais toujours fait partie de leur famille. C’est Clémentine (Clem) qui brisa la glace, suivie par sa mère :

— Et bien pour que tonton Teddy nous présente enfin quelqu’un, c’est qu’il doit tenir vachement à toi et je le comprends qu’est ce que tu es mignon !

— Clem, laisse tranquille le copain de ton oncle et ne l’effraye pas tout de suite ! Excusez ma fille, elle est trop directe, je devrais plus sévir.

— Ce n’est rien voyons, merci du compliment Clem, vous êtes tous très beau aussi.

— On ne nous a jamais demandé de poser à nous, pas vrai Dany…

— Ca viendra sans doute un jour et je te conseille de refuser !

— En tout cas mon frère, cette année tes décorations extérieures sont plus réussies.

— Ce n’est pas mon idée, c’est celle de Flav.

— Il faut dire madame que votre maison est si belle qu’un rien l’embellit.

— Nos ancêtres avaient du goût, mais pas autant que les vôtre à ce que Ted nous a dit par téléphone, et ne m’appelle plus jamais madame si tu veux que l’on s’entende, Kate, en famille, on s’appelle par son prénom.

— Allons mauvaise troupe rentrons, la dinde doit nous attendre.

J’ai été tout au long du repas assailli de questions, un interrogatoire qui n’en finissait pas. L comme tous les américains en visite en Europe avaient été éblouis par les vieilles pierres, notamment celle de notre domaine en Belgique. Il avait raconter le bal dans tous ses détails, et décrit le vieux radeaux qui nous sert de maison dans ses moindres détails, ils voulurent voir les photos qu’il avait pris. Le courant passant tellement bien, je me surpris à les inviter tous en Belgique au bout de quelques heures à peine. Le plus taiseux était Dany, mais les jours qui suivirent, j’appris à le connaître, et l’apprécia autant que sa sœur et sa mère. Kate me prit à part un soir, alors que j’écoutais seul un disque dans la bibliothèque.

— Comment vous êtes vous rencontrés ?

— L, ou Ted comme vous l’appelez est mon patron, je lui ai été présenté.

— Et direct le clash ?

— Non pas du tout.

— Ce n’est pas ce qu’il m’a dit pourtant.

— Je crois qu’il a tout de suite eu le béguin pour moi, rien de plus et nos relations sont restées uniquement professionnelles pendant plusieurs mois.

— Et ?

— Et, et bien, de fil en aiguille, nous en avons appris un peu plus l’un sur l’autre, nous avons des amis en commun : Gina par exemple.

— Je connais bien Gina, nous avons été en pension ensemble.

— Donc vous fréquentiez les mêmes gens et paf un déclic.

— C’est beaucoup plus compliqué Kate, un jour il m’a sauvé la vie, il s’est occupé de moi et dans cette pièce même, j’ai eu le déclic comme vous dites, j’ai su que je l’aimais quand nos yeux se sont croisés l’espace d’un instant, alors qu’ils s’étaient croisé des centaines de fois. La magie de cette maison sans doute !

— Ma mère vous aurait adoré, elle a toujours dit que cette maison était magique et aidait les gens à se rencontrer. Elle a connu notre père ici lors d’une garden party, s’ennuyant elle était venue bouquiner et était tombée sur notre père fumant le cigare.

— Et bien, moi qui pensait être le premier à croire cette pièce magique.

— Kate, j’espère que tu ne lui posais plus de questions ?

— Nous parlions de la rencontre des parents, c’est dingue…

— Moi je vous laisse les filles avec vos histoires à l’eau de rose, je vais faire un baseball avec Dan.

— Tu n’es pas obligé de faire l’homme devant ta sœur L.

— C’est un complot ?

— Oui ! File le retrouver, je sais qu’il a rencontré une fille mais il ne veut pas m’en parler alors…

— Merci du tuyau.

— Je vais montrer à Julien les albums de famille de quand nous étions gosses.

— Je me demande bien comment il pouvait être poupon.

— Help, help… Mon amour je te laisse entre les mains de ma sorcière de sœur.

Ma famille s’était agrandie, je faisais partie d’un autre clan, ils venaient aux fêtes parfois en week-end, entre temps je m’occupais des campagnes publicitaires, promu directeur du département pub, je coulais des jours heureux avec L qui ne savait pas quoi faire pour me combler. On partait souvent ensemble au boulot, et je l’attendais le soir pour repartir, mes journées étant beaucoup moins remplies que les siennes. Il comprit vite que j’avais besoin d’action, bien que je m’occupais du mieux que je le pouvais de mon boulot, il ne me prenait guerre de temps. Il me fit découvrir les joies des vendanges et les traditions du sud, mais la cueillette du raisin ne durant que quinze jours, je me replongeais vite dans l’oisiveté de la plantation. Dave et Olga comblaient mes journées trop vide à mon goût, shopping, vernissage, gala, je refréquentais les musées, mais j’avais beau faire, au bout d’un moment la lassitude m’envahissait. Toujours aux aguets et au petit soin pour moi, il le remarqua, il appela à l’aide Gina, exit les jeans, je devenais le visage d’un parfum, je tournais un spot publicitaire, j’étais sur tous les panneaux des arrêts de bus, je me souviens qu’avec David on a été faire des clichés près de mes affiches, j’ai même signé un panneau d’affichage à l’indélébile. J’ai repris les chemins d’une campagne de pub à travers le monde capitaliste, USA, Canada, Japon, Europe et l’Afrique du Sud. Ma relation avec L restait toujours autant idyllique, entre deux avions l’un et l’autre, les retrouvailles et les au revoir, des prétextes s’ils en falaient pour vibrer des nuits entières à l’unisson, dans des étreintes passionnelles aboutissant à des salves de jouissance. Le photographe étant Dave, je ne me sentais jamais seul durant cette tournée, il me trouvait génial quoi que je fasse ou dise, impossible de m’abandonner à la mélancolie, un mal dans lequel si facilement je tombais une fois dans l’inaction. A la fin de mon contrat, soit un an après avoir vanté du parfum, sur l’impulsion de David devenu un photographe à la mode, je tournais dans deux téléfilms, pour vous donnez une idée, le film larmoyant de l’après-midi sur les grandes chaînes nationales. Dans l’un j’étais le grand frère de l’héroïne qui sauve le domaine familial de la banque route, dans l’autre l’amoureux rebelle qui refuse d’aider sa nana enceinte, part à l’aventure et revient cinq ans après dans le but de se faire pardonner. C’est quand tout va pour le mieux qu’il faut se méfier, je vais tenter de résumer un max ma vie, car je vois que les mots coulent d’eux-mêmes, noircissent l’écran et sans doute un peu trop aux yeux de l’internaute qui n’a pas forcément envie de lire un roman ! En résumé, j’ai vécu auprès de L environ quatre belles années remplies d’un amour fusionnel. Je reprends mon récit alors que nos vacances étaient réservées à la Barbade, les valises dans l’entrée, L devait atterrir au matin à bord de son jet, et nous devions repartir le soir même en amoureux pour rejoindre sa sœur et nos neveux (les siens, mais aussi les miens tellement j’ai appris à aimer cette famille).

Il n’est jamais arrivé à la maison, je revois encore Olga avec la police venir m’annoncer l’accident, une défaillance technique du moteur, comme tout un chacun dans le malheur, on se raccroche à n’importe quoi, on demande dans quel hôpital il est, si c’est grave, on repousse l’inévitable… Si notre bonne vieille cuisinière n’avait pas été en larmes tout comme Olga, je crois que j’aurai nié. David est arrivé lui aussi, tous nos amis alertés par les uns et les autres, c’est la police qui me ramena les pieds sur terre. Elle me dit de prévenir la famille, que dans quelques heures les médias s’empareraient du crash et dans les heures qui suivraient un journaliste aurait un nom et les médias s’empareraient alors de la nouvelle. Je me suis saisi d’un téléphone, j’ai appelé Kate.

— Kate c’est Flav…

— Alors vous êtes prêt les hommes ? On vous attend…

— Kate, les enfants sont près de toi ?

— Non pourquoi ?

— J’ai une mauvaise nouvelle, il faut vite venir m’aider et tenir les enfants éloignés des médias.

— Que se passe t-il ?

— Ted a eu un accident avec son jet, et…

— Comment va-t-il ?

— Oh Kate, fait au plus vite, il est dans un état critique…

— ...

— Kate, allo, tu es là, allo ?

— Oui, nous prenons l’avion, par chance j’ai des billets non-daté, nous prenons le premier vol de libre. Embrasse le pour nous !

— Oui ne t’inquiète pas.

En raccrochant, je remerciai la police et eu l’esprit de leur demander de maintenir secret son identité jusqu’à ce soir moyennant finance, et je les remerciai de leur sollicitude et ils prirent congé.

— Dave, tu sais ou est Gina ?

— Je crois qu’elle est à New York pour la semaine de la mode.

— Dieu soit loué, elle n’est pas loin !

Je repris le tel et appela Gina :

— Flavio mi amor, come estai ?

— Gina, j’ai besoin de toi et vite, prends un hélico n’importe, Ted a eu un accident, il est mort, l’info est encore secrète et je ne vois que toi pour gérer ce genre d’évènement.

— Ne t’inquiète pas j’arrive tout de suite, je prends tout en main, Kate est au courant ?

— J’ai juste dit qu’elle maintienne les enfants éloignés des médias, et qu’il avait eu un accident.

— Tu as bien fait, bon je sais quoi faire, surtout ne pas ébruiter l’affaire, j’appelle l’équipe qui a fait les funérailles de mon premier mari. Ne t’inquiète pas je suis là dans deux heures, trois maximum.

L’équipe de Gina est arrivée avant elle, j’ai choisi le cercueil, les draps de son linceul, des fleurs alors que son corps n’était pas encore arrivé. Gina a tout pris en main, dés son arrivée, elle me fit un topo, non sans m’avoir prononcé les seuls mots de réconfort que l’on accepte en pareils cas, les mots de ceux qui ont vécu le même drame. L’info allait bientôt filtrer dans les médias, quoi qu’on fasse ! Kate n’arriverait pas avant le petit matin. Elle me fit le planning de ce qui se fait dans ces cas là, quand un grand de ce monde s’en va. Elle m’expliqua qu’on allait faire dans un premier temps une cérémonie privée, la famille et rien que les proches, ce que Ted aurait sans doute voulu. Qu’ensuite aurai lieu une cérémonie publique en la cathédrale de Washington, une corvée inévitable pour pas que la presse ne fassent des choux gras. Elle avait besoin de son agenda pour n’oublier personne, car les faire-part seraient des cartons d’invitation en quelques sortes. Tout étaient quasiment déjà réglé, je dus juste rectifier l’ordre des places de la famille, il était hors de question que ce soit moi au premier siège, d’abord sa sœur, Ted étant un homme d’affaire, son empire comptait beaucoup pour lui et je ne voulais en rien l’entacher. Je refusais les somnifères prescrits par le médecin. Je passais la nuit en regardant les infos, un pull de mon L en écharpe, je vis la carlingue du jet mais ça ne me fit rien. J’allais m’endormir quand j’entendis une voiture dans l’allée, je descendis vite à leur rencontre, et dés que je vis Kate sortir de la voiture, venir à moi avec dans les yeux une lueur d’espoir, enfin j’admis la terrible vérité. Je tombais à genoux dans l’allée et je m’effondrais en larmes... Je crois que j’ai même poussé en premier quelques cris de dénis, suivis vite des siens qui compris sans que je doive lui annoncer, qu’il n’était plus. Tous les deux à genoux devant la maison, ses enfants se demandant quoi, je repris contenance et toujours en pleurant j’ai été vers eux.

— Il faudra être fort pour votre mère, votre oncle a eu un accident avec son jet et il nous a quitté.

Ils sont venus dans mes bras, puis on été vers leur mère, tous en larmes, nous sommes rentrés à la maison.

— Flav, où est-il ? Peut-on le voir ?

— Petite Clem, vers dix heures, son corps sera ici, j’ai pensé en catholique qu’il aurait aimé partir de sa maison, je ne sais pas si nous pourrons le voir une dernière fois.

— Papa et maman sont aussi partis de la maison, il faut prendre des disponibilités, nous aurons tout le temps de pleurer ensuite.

— Je m’excuse Kate, j’ai déjà pris quelques initiatives, je sais que je n’ai aucun droit, j’ai demandé à Gina…

— Mais enfin Flav, tu as tout les droits, c’est comme si vous étiez mariés, s’il n’existait pas ses foutus lois, je suis certaine qu’il t’aurai épousé.

— Kate, il me manque tant, qu’allons nous devenir sans lui ? Vous devez tous les trois savoir qu’il est décédé hier, je n’ai pas eu le courage de vous l’annoncez par téléphone, je voulais vous préservez, je ne sais pas si j’ai bien fait…

— Dans des moments pareils, on fait tous pour un mieux, tous…

— Tu disais quoi avec Gina ?

— Sans savoir quand vous arriveriez, comme elle a déjà vécu pareil cas que nous, je lui ai demandé de nous aider. Elle propose une cérémonie intime, juste les proches, ensuite une cérémonie officielle en la cathédrale de Washington. J’ai un tas de papiers ici…

— Il faudra y passer…

Lors de la cérémonie privée, Kate et les enfants me réservèrent la première chaise, touché par le geste, je l’acceptais, même si une place dans une chapelle ce n’est pas grand-chose, quand on perd l’homme de sa vie, que sa famille nous octroie la place qui nous est due, celle du conjoint, c’est quelques choses de non-négligeable car bien qu’il y ait des avancées dans les droits gays et lesbiens à cette époque, dans ce beau monde c’était encore très tabou, ça l’est d’ailleurs toujours autant. Je dus les convaincre de ne pas refaire pareil à DC le lendemain, les affaires sont les affaires and the show must go on ! Les pompes funèbres avaient fait un travail remarquable, ils nous fut possible de lui faire un adieu, de le revoir et ce malgré l’accident. Gina nous avait prévenue que la cérémonie officielle serait la plus terrible des épreuves, elle ne se trompait pas. Rien ne nous fut épargné, tout ne fût que matraquage de flashs jusqu’à l’ensevelissement, discours d’hommes d’affaires, de célébrités, de représentants des States… Comme lors de la cérémonie privée, pour la chanson finale, je demandais la nôtre, celle qui avait fait que j’étais tombé in love de lui, pour rappel : « Comment te dire, de Ginette Reno ». Pour quitter la cathédrale, le cortège était tellement long, la chanson suivante du cd passa également, une chanson qui a fait que j’ai tenu le coup « C’est beaucoup mieux comme ça », n’étant pas programmée, je l’ai prise comme un message de l’au-delà venant de lui. Je sais ça peut paraître idiot, mais dans ces moments là, on se rattache à n’importe quoi. Les deux textes furent traduits en anglais dans beaucoup d’articles de presses. Le lendemain de la seconde cérémonie, le notaire vint à la plantation. Autre épreuve mais preuve de l’importance que j’avais pour lui, il avait envisagé le pire et sans me prévenir pris des disponibilités. Son testament, une lettre bouleversante, Il détenait à lui seul 56% des parts de la société L, il m’en léguait 16, 20 à Kate et 20 à Dany et Clem. Sans le trahir voici un condensé de ce dont le notaire nous a fait lecture :

Si vous entendez ces mots, c’est que je ne suis plus, sachez juste que je vous aime tant tous les quatre, que je n’envisage pas de vous abandonner, jamais, même si physiquement, il m’est impossible d'être là. Vous êtes ce que j’ai de plus cher au monde, mais j’ai par bonheur de l’argent, aussi, je peux contribuer à vous mettre à l’abri du besoin.

Kate, si les enfants ne sont pas encore assez grand, il te faudra les former, les obliger à faire de longues études et s’ils le veulent, plus tard leur céder le flambeau. Nos entreprises ont besoin de toi, il est temps d’y revenir, tu es la seule à ma connaissance capable de les gérer. Tu sais tout comme moi d’où elles viennent, les sacrifices que nos parents ont fait pour nous les offrir sur un plateau d’argent. Occupez-vous bien de Flav, il est le plus fragile de vous quatre, aussi ne soyez pas fâché sur ma dernière volonté. Je lui laisse la plantation, et des parts de la société pour qu’il puisse l’entretenir sans avoir à toucher à ses biens personnels. Dans cette maison, nous nous sommes aimés et grâce à la magie de la bibliothèque, Kate je ne pouvais pas te l’avouer mais tu avais raison, grâce à cette maison, il s’est donné à moi, je crois qu’il sera le gardien parfait de notre domaine à tous. Aussi vous vous y retrouverez pour les fêtes du nouvel an comme chaque année, je veux qu’un jour y retentisse à nouveau des cris d’enfants, des rires... Je veux que des talons féminins martèlent en dansant les parquets et que des souliers d’hommes caressent les tapis, vos semelles à tous les quatre et celle de vos conjoints… Oui Kate, il est temps de refaire ta vie, si ce n’est pas fait, et toi aussi Flavien, continue à vivre, aimer, tout en pensant parfois à moi. Un jour, nous nous retrouverons, et ce sera à nouveau en la plantation, mais le plus tard possible mes chéris, je vous ai quitté, vous que j’aime, et j’ai donc retrouvé ceux que j’ai aimé, nous aurons bien des choses à nous dire,mais prenez votre temps !

Ted

Nous étions en larmes, ils nous fallut cinq bonne minutes pour nous ressaisir.

— Je ne peux pas accepter, comme le dit Ted, j’ai des biens, je n’ai pas besoin de votre argent, et votre maison de famille ne me revient aucunement, c’est chez vous… J’ai déjà ma maison de famille en Belgique, elle m’attend, je sais que j’y ai ma place.

— Tonton Flav, si tonton Ted te donne la maison, c’est pour qu’elle reste magique.

— Tu sais Dany que tu es aussi poète que lui.

— Si je puis me permettre Madame Strauss, vous pouvez contester ce testament, car…

— Taisez-vous donc, moi et mes enfants ne remettons rien en cause, les volontés de mon frère sont justifiées et ne regarde que notre famille.

— Kate, ...

— Si Ted était aussi heureux c’est grâce à toi, et tu fais partie de notre clan quoi qu’il advienne !

— Je vais accepter ce testament, je tiens aussi à respecter ses volontés, mais je vais mettre une condition à cela, s’il m’arrive quelques choses, tout doit vous revenir intégralement. J’ai de la famille en Europe et nous avons appris une chose, ses jours ci nous ne sommes pas éternels aussi prenons les devant.

— C’est un fait! Malheureusement...

— Je vais être le gardien de votre maison, comme ça quand Clem et Dany seront en âge, elle sera toujours aussi accueillante et magique pour eux y faire leur foyer, beaucoup de Strauss doivent encore y voir le jour ! D’ailleurs, en tant que PDG, tu vas devoir te rapprocher Kate et tu n’auras pas le temps de t’occuper de l’intendance…

— C’est bien vrai, et puis la maison t’a adoptée tout de suite et ça c’est sacré, …

— Tonton, maman, on rentre maintenant ?

— Mon cabinet vous fera parvenir les documents dans la semaine pour que tout soit en ordre, messieurs, dames.

— Bien maître...

Les allusions du notaire, ont fait qu’il ne gère plus aucun de nos dossiers. Kate gère la boîte, mes neveux suivent de brillantes études, moi je paye pour que des gens entretiennent la maison de L et je n’ai plus aucun objectif. Je pleure énormément, j’écoute ses vieux vinyles, je porte souvent un de ses polos, je sais que je ne suis pas la meilleure des compagnies, même Kate revient de moins en moins souvent à la plantation préférant utiliser l’appartement de la tour. Six mois sont passés à peine, de mes 65kg de moyenne, sans m’en apercevoir je suis passé à 75kg voir plus, poignets d’amour, et l’impossibilité de porter des vêtements trop près du corps. C’est Dave qui venu me secouer le premier me conseillant tel ou tel exposition, de faire du shoping, des petits restos, et tout se passa plus ou moins bien. Jusqu’au jour où je l’accompagne lui et son mec au musée de l’Air et l’Espace (Smithsonian), nous optons pour le fast-food attenant au musée et alors que je mange un bon riche et gras sandwich sauce barbecue, un journaliste me reconnaissant me matraque de photos sans que nous ne comprenions quoi que ce soit. Le lendemain, je fais les premières pages de cette presse à faux scandale, « L’image de L à la dérive », « Un proche des strauss en dépression », « Trop de fast-food pour l’ancienne image de… ». J’étais devant un fait accompli, si je voulais rester un moment encore aux states, je devais me ressaisir. Dave m’avait fait reprendre pieds, Gina intervint me secouant et m’obligeant à me reprendre en main, elle m’envoya son coach privé qui au bout de deux semaines mis fin au propre régime qu’il m’avait imposé. Des protéines en lieu et place de repas, des milk-shakes fades et sans saveur, que je ne parvenais pas à digérer du tout. Il me proposa alors la course à pieds, de la gym, beaucoup de sport, l’exercice physique me vidait d’un surplus de poids évident, mais aussi de toutes mes idées noires. Je n’ai plus jamais eu ma taille de mannequin svelte, j’ai transformé mon corps aux traits fins bien dessiné, en un corps d’homme bien portant, musclés mais pas à outrance. Je pense que grâce à ce nouveau style de vie, ma compagnie est redevenue plus agréable, Kate est revenue à nouveau tous les soirs à la plantation et quatorze mois après le crash, elle organisait un petit repas d’affaires de quarante convives, des hommes et des femmes en couple ou non. J’étais assis entre deux charmantes dames et juste en face de moi une espèce de crooner blond à la James Dean me subjuguait par son charisme. Kate, à la fin du repas, me dit que j’avais tapé dans l’œil de James Dean, qu’il était célibataire et de bonne famille. Je reçu sa carte, mais il était encore trop tôt, elle doit encore traîner dans mon agenda de cette année-là. Sa propre sœur voulait me caser, mais moi, je ne voulais pas l’oublier pas aussi vite et j’aurai trop eu l’impression de le tromper. Par contre, trop heureux de ma nouvelle apparence, je me laissais pousser un bouc, pris un look plus macho, mettant en évidence à la moindre occasion mes tablettes de chocolat et mes muscles, je ressortais avec la petite bande de Dupond Circle, Olga et Dave qui étaient mes principaux confidents. Je crois que Dave était toujours un peu amoureux de moi, je dormais à l’occasion chez l’un ou l’autre, il voulut un soir que j’étais chez lui refaire les mêmes photos que nous avions faites sept ans plus tôt dans son appart. Par jeu, j’acceptai, et elles firent parties du vernissage qu’il organisa quelques semaines plus tard. Olga et moi l’avions aidé à tout organiser, Olga préférait les premiers clichés me concernant, mais je ne sais pas pourquoi, je ne voulais pas les soumettre aux regards de parfaits inconnus. L avait tant aimé un de ses clichés, mais surtout, ils étaient le fruit d’un amour passé, des souvenirs entre le photographe et un modèle qui avait bien changé, et le photographe avait un compagnon excessivement jaloux. Enfin notre amitié n’en pâtissait pas. Au cours de ce vernissage, Dave ne récolta que des louanges et les critiques furent unanimes. Tout fut vendu et il en découla que Dave obtenu le poste de directeur de la photographie et de l’image d’un film à gros budget, Olga de son côté, un peu par hasard ou suite aux conseils de Dave eu un contrat en tant qu’habilleuse, une bonne pub pour tous les deux. Et n’ayant aucun projet en perspective, tout naturellement, je les accompagnais dans leur ascension en coulisse. Plus tard, j’appris que sachant que je ne supporte aucunement la solitude, ils avaient fait en sorte que je les accompagne dans cette aventure. C’est ça les vrai amis, ils vous entraînent avec eux sans rien vous dire, juste pour votre bien. Le film fut tourné principalement dans le Maryland, je rigolais de leurs stress, de leurs soucis, de la pression qu’il avait sur les épaules, les aidant du mieux que je pouvais à mon niveau. Je faisais partie des mûrs du plateau, et beaucoup de gens de l’équipe me prenaient pour un assistant. Tout se passait normalement, je voyais les coulisses des coulisses d’un tournage. Le second rôle était une petite star qui n’a jamais décollé sans doute trop colérique dés le début de son petit succès. Il abandonna le tournage après deux semaines, dans le Maryland, les acteurs ne courraient pas vraiment les rues, et alors que le metteur en scène s’énervait exigeant un remplaçant sur le champ. Dave proposa que je remplace le second rôle momentanément, au montage, une fois la starlette de meilleur poil, on retournerait juste ses scènes et je serais coupé au montage. On demanda si j’avais une quelconque expérience, je la minimisa à un vieux téléfilm. Je fis l’affaire. Je ne connaissais pas du tout le scénario, j’eus une heure pour apprendre le texte, à la base je devais juste le lire mais le trouvant captivant, je le retins assez vite. Le metteur en scène décida de virer la starlette qui n’arrivait pas à retenir le texte et j’eus le rôle. C’était une adaptation d’un roman de Jane Austeen, j’avais pour rôle le méchant galant qui fait la cour à une belle demoiselle de bonne famille mais désargentée qui rompt son engagement pour une autre fille qu’il croit riche. Un petit succès du box office, surtout en Angleterre, mais le cinéma ne me tentant pas tellement, et ne me demandant pas dans des rôles très intéressant, je n’ai pas réitéré l’expérience. Si j’avais eu besoin d’argent peut-être me serais-je lancé dans une quelconque carrière, mais j’ai touché à tout un peu par hasard, sans jamais de grande conviction. Une fois la promo du film terminée, je suis retourné à la plantation pour les fêtes de fin d’année, mes pensées allant toujours vers lui, mais sans trop de douleur. Je m’étais fais à l’idée de vivre avec lui sans lui.


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