Franz (13) : Retour à Berlin


Franz (13) : Retour à Berlin
Texte paru le 2012-10-04 par Lemanch   Drapeau-ch.svg
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Template-Books.pngSérie : Franz

L’avancée des alliés avait été fulgurante et conforme aux prévisions de son parrain qu’il avait rejoint à la frontière franco-allemande, avant de se diriger séparément vers la capitale ou ce qu’il devait en rester. Ils avaient entendu parler du pilonnage en règle de Dresde par l’aviation anglaise et des cinquante milles victimes. Il ne restait rien de la superbe ville impériale qu’ils avaient connue, admirée et aimée.

La coalition avançait toujours et la capitulation de Berlin n’était qu’une question de jours, sinon d’heures. Berlin avait été divisée en secteurs dont les Russes occupaient la majeure partie encerclant ceux des Alliés. Von Schloss était prisonnier des Américains tandis que Franz avait pu s’échapper et se cacher dans la ville en ruine.

Il ne savait plus depuis combien de temps il se terrait dans ce qui restait de la maison familiale. Il avait un peu dégagé le passage vers la cave et s’était aménagé un coin d’où il pouvait entendre et voir, sans être aperçu. Un vieux matelas à moitié éventré lui servait de lit. Il avait utilisé les rares boîtes de conserves trouvées et vidé les quelques bouteilles de vin encore intactes. La dernière, il l’avait bue en guise de repas et s’était octroyé une cuite qui lui avait fait oublier temporairement son désespoir. Marc occupait ses pensées quotidiennement et il était très malheureux d’être séparé de lui.

Partout alentour, l’armée russe appliquait la règle numéro un des armées : bombarder, piller, violer. Franz, au fond de son trou, mourait de faim et surtout de soif. Il savait que s’il s’aventurait à l’extérieur, il se ferait tuer ou serait fait prisonnier. Il ne pensait qu’à survivre pour Marc qu’il aimait plus que tout au monde. Il le savait en sécurité en Suisse. La belle idée que la neutralité. Elle évitait la guerre, l’horreur et la mort. Cette pensée le rassurait. Son uniforme était très sale, ses cheveux hirsutes, sa barbe avait poussé et il sentait fort. Il était méconnaissable. L’homme des cavernes devait lui ressembler.

La nuit tombait et la faim le tenaillait. Il lui fallait trouver à manger, coûte que coûte. Il monta l’escalier de son repaire lentement, sans bruit. Soudain, le sifflement caractéristique d’un obus rompit le silence. C’était très proche. Il n’eut pas le temps de redescendre l’escalier pour se protéger. Le souffle violent et brûlant de l’explosion le faucha. Accompagnée d’un paquet de gravas. Il fut projeté en arrière, roula sur les marches et finalement heurta durement le sol de la tête. Il s’évanouit, recouvert de morceaux de poutres brisées et de pierres éclatées.

Combien de temps resta-t-il ainsi ? Il l’ignorait. Il reprit connaissance et ne ressentait que douleurs dans son corps entier. Sa jambe gauche le faisait atrocement souffrir, il avait mal au crâne et avait du sang coagulé sur le visage. Il essaya de se mettre debout, mais la douleur était trop vive, il retomba dans les pommes dans un cri. Il reprit ses esprits en entendant des voix s’exprimant en français. Il crut qu’il rêvait. Il sortit son arme, prêt à faire feu sur l’envahisseur.

— Docteur, par ici, on dirait qu’il y a quelqu’un ! dit une voix.

La voix se frayait un passage dans l’escalier en poussant les débris de mur et de bois.

— Venez vite, docteur ! C’est un soldat allemand et il est plutôt mal en point, mais je le crois vivant.

Puis s’adressant à Franz, il lui fit un signe apaisant devant le pistolet qui le menaçait.

— Kein Dummheit, Mann! Ich bin von der Französisch Roten Kreuzes (Pas de bêtise, l’homme! je suis de la Croix-Rouge française).

— Je parle français, articula péniblement le blessé.

— Rangez votre arme. Ne vous en faites pas. On va vous soigner.

— J’ai soif ! murmura Franz dans un souffle.

Le samaritain décrocha sa gourde de son ceinturon et lui donna à boire, lentement, humectant ses lèvres. Il glissa sa main sous la nuque pour faciliter l’absorbtion du liquide, ce qui arracha une plainte de douleur au blessé. L’homme appelé « docteur » arriva enfin et examina rapidement les blessures.

— Il est mal en point ! Il faut lui faire une piqûre de morphine pour le transporter.

Puis s’adressant au blessé :

— Bitte…

— Ne vous fatiguez pas, Docteur, il parle parfaitement le français.

— Bien ! Soyez sans crainte, je suis médecin et voici mon assistant. Je m’appelle Jean-Louis Mercier. Et vous ?

— Capitaine Franz Wilhelm Dorfmeister, dit-il dans un souffle avant de perdre à nouveau connaissance.

On le transporta rapidement au dispensaire de campagne où il fut lavé, rasé, tondu et soigné.


Les semaines ont passé et Franz se remettait bien de ses blessures. Seule une légère claudication subsistait, parfois des migraines taraudaient son crâne. Le Docteur Mercier lui rendait très souvent visite. Il avait même remarqué qu’il lui consacrait davantage de temps qu’aux autres blessés. Durant son séjour forcé dans cet hôpital, l’Allemagne se rendit sans conditions. Cette putain de guerre était enfin terminée. Mais le plus dur restait à faire : déblayer, reconstruire, se reconstruire. Les jours passaient. Les Berlinoises furent exemplaires dans le déblaiement des gravas. Sans se plaindre, sans protestations, elles ramassaient les morceaux de murs, de meubles, de tuiles et les évacuaient par brouettes entières vers des lieux spécifiques…

Un semblant de vie s’organisait, surtout grâce aux Alliés qui occupaient la ville en quatre secteurs. Franz, pour le moment, avait été transporté dans le secteur français. Le Docteur Mercier lui rendait visite comme chaque matin, depuis qu’il était là.

— Alors, comment se sent notre patient aujourd’hui ? demanda-t-il d’un ton joyeux.

— Aussi bien que possible Docteur. Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi !

— Vous avez eu beaucoup de chance que ce soit nos services qui vous aient découvert et pas les Russes ! Il était temps, vous n’auriez pas tenu plus de vingt-quatre heures dans votre état.

— Comment puis-je vous remercier ? demanda Franz conscient de sa bonne fortune.

— J’y ai songé. Vous avez fait des études de pharmacie à ce que je sais et nous avons besoin de quelqu’un comme vous ici pour réceptionner, trier et distribuer les médicaments. En plus vous parler couramment notre langue. Donc, puisque votre état général le permet, au boulot mon Capitaine !

Franz se familiarisa très rapidement avec le système de la Croix-Rouge et devint vite un collaborateur précieux. Cette activité le rapprochait du Docteur Mercier, cet homme affable qui frisait la cinquantaine. De son côté, Mercier appréciait le jeune homme et lui avait même demandé s’il verrait un inconvénient à partager son campement de fortune. Franz avait accepté avec plaisir. Il lui était plus que reconnaissant de lui avoir sauvé la vie. Et cette présence l’empêchait de trop penser à sa solitude morale. Vu son âge, Mercier était plutôt paternaliste avec Franz, mais cela ne lui déplaisait pas. Au contraire, il se sentait rassuré, protégé, conforté dans un moment difficile et en avait bien besoin dans le sentiment d’abandon où il était. Souvent Mercier le regardait à la dérobée et lui répétait inlassablement combien il lui rappelait le dernier de ses trois fils. Franz en concevait un mélange de joie et de malaise, tout à la fois.

Un soir, étendu sur leur lit de camp respectif, dans le noir, ils bavardèrent plus intimement.

— Franz, lorsque tu étais en France, as-tu connu quelqu’un ?

Mercier tutoyait Franz alors que le jeune homme le vouvoyait par respect.

— Que voulez-vous dire ?

— Tu me comprends ! As-tu connu un amour de guerre ?

Il y eu un long silence. Franz ne voulait pas se découvrir, mais Mercier attendait la réponse.

— On peut dire ça, oui ! Pourquoi ?

— J’ai remarqué que tu écris beaucoup, même si tu n’as reçu qu’une lettre que tu t’es empressé de cacher. Rassure-toi, je ne te surveille pas, j’ai trop d’affection pour toi ! Je te l’ai dit, tu ressembles terriblement à Michel, mon cadet. Je crois que vous vous entendriez bien tous les deux. Vous êtes tellement pareil, c’est incroyable ! Vous avez le même caractère bien trempé, volontaire et vulnérable à la fois et… cette jeune beauté ténébreuse.

— Oui, c’est vrai j’ai connu une personne qui compte énormément pour moi, répondit Franz à qui l’image de Marc s’imposa.

— J’espère que tu as été discret avec elle. Tu sais le traitement qu’on réserve à celles qui ont eu des faiblesses avec les Allemands, même s’ils ne sont pas Nazis comme toi. La vengeance ne fait pas de distinction. L’homme est le plus grand prédateur que je connaisse, surtout avec lui-même.

— Je sais ! Nous les voyons à l’œuvre depuis toutes ces années terribles.

— Est-elle en sécurité ? Au fait comment s’appelle-t-elle ?

Franz garda le silence. Il n’avait pas l’intention de dévoiler cette partie intime de sa vie.

— Tu ne souhaites pas me le dire ? Bien, je respecte ton choix, reprit le médecin.

— Excusez-moi ! dit Franz.

— Nous l’appellerons donc « une personne » que tu aimes. Comme Michel, mon fiston, tu es pudique dans tes sentiments. Je ne te force pas. Mais tu sais, Franz, il faut le plus possible dire aux gens qu’on aime, qu’on les aime. C’est fondamental !

— Je le lui dis, mais par écrit. Je suis plus à l’aise sur le papier qu’en paroles.

— C’est bien ! Encore un point commun avec mon fils ! Cette difficulté d’extérioriser les sentiments profonds.

Un nouveau silence flotta dans l’espace, puis Franz se lança.

— Docteur, puis-je vous poser une question très personnelle ?

— Laquelle ?

— Si vous appreniez que l’un de vos fils aimait… les garçons, quelle serait votre réaction ?

— C’est impossible ! répliqua l’homme sur un ton de dégoût.

— Supposons que ce soit possible ! continua Franz, le cœur battant.

Il avait enfin osé franchir la barrière du silence, il voulait entendre ce père de substitution s’exprimer sur ses choix et ses préférences. Il voulait se sentir conforté dans son amour impossible. Mercier était emprunté pour répondre. Voilà bien une question qui ne l’avait jamais effleuré, parce que selon lui elle n’avait pas lieu d’être. Tiens, au fait ! Quelle attitude aurait-il s’il apprenait que…? Catholique pratiquant, il n’envisageait même pas une telle situation dans sa famille, elle serait contraire à sa religion, son éducation chrétienne, sans compter son dégoût de la chose, la honte ressentie, le regard des autres et les qu’en-dira-t-on.

— Je ne le supporterais pas ! dit-il enfin avec pointe d’exaspération. C’est tellement… Je pense que je serais capable de tout.

— Iriez-vous jusqu’à rejeter votre enfant ? insista Franz.

— Sans doute, oui !

Puis sur un ton plus sec, il s’exclama :

— Ta question me dérange, Franz.

— Pourquoi ? Notre religion chrétienne ne prône-t-elle pas l’amour et la tolérance ?

— Tu es de confession luthérienne, Franz, et moi catholique romain. Est-ce que tu crois en Dieu ?

— Je crois… que je n’arriverai jamais à comprendre Dieu.

— Mais dans ton cœur ? N’as-tu pas la foi ?

— C’est un bienfait que je n’ai pas encore reçu, avoua Franz en fixant le plafond.

Ils se turent assimilant tout le sens des paroles échangées. Puis Mercier reprit :

- Les Évangiles, tu l’as appris, condamnent fermement la relation sexuelle de personnes du même sexe. Ils la qualifient de contre-nature.

— La Bible a été écrite pas des hommes, Docteur ! souligna Franz.

— Des hommes soucieux des règles de bienséance et surtout de la nécessité procréer et de faire survivre la race humaine.

Franz sourit à cette allégorie et répondit sur un ton légèrement ironique :

— Malgré cette guerre, je pense qu’il restera toujours suffisamment d’hommes et de femmes sur cette terre, pour perpétuer notre race.

— Mais qu’as-tu ce soir, Franz ? coupa le médecin en s’accoudant sur sa couche et cherchant à rencontrer son regard. Défendrais-tu ces pratiques ignobles ? Rassure-moi, en ferais-tu une cause ? Pire, serais-tu l’un des leurs ? Oh, non pas toi ! C’est impossible ! Excuse-moi cette pensée.

Franz faillit lui dire « Et pourquoi pas moi ?». Il reprit sur un ton un peu trop passionné :

— Je ne défends rien ni personne. Simplement mon séjour en France m’a appris à ne pas faire preuve d’un jugement hâtif et définitif, contre quiconque.

— Encouragerais-tu ce style de vie, par hasard ? renchérit Mercier sur le qui-vive.

— Il n’y a ni lieu d’encourager, ni d’accepter, mais d’essayer de comprendre.

— Comprendre quoi ? s’exclama encore l’homme dans un sentiment de rejet inexcusable.

— Pourquoi le verbe aimer ne se conjuguerait qu’entre masculin et féminin, uniquement ? reprit Franz en contenant sa colère qu’il sentait monter par un ton calme et doux.

— C’est pertinent ce que tu dis ! Mais il n’en demeure pas moins que cette déviation…

Franz lui coupa la parole :

— Vous voyez, vous utilisez toute de suite des termes violents.

Sans tenir compte de l’interruption, Mercier poursuivit :

— Cette déviation, disais-je, est médicalement guérissable par la psychiatrie selon les derniers progrès de la science. Car tu ne peux nier qu’il est anormal d’aimer une personne de son sexe. Aimer sexuellement, je veux dire.

— Sauf votre respect, à mon avis, la médecine n’a rien à faire dans cette question. Aimer une personne de son sexe n’est pas une maladie. Quand l’amour est sincère, réel, n’est-ce pas l’amour physique qui en est la concrétisation ?

— Oui, entre un homme et une femme, certainement ! Mais au masculin uniquement, c’est du vice, de la dépravation !

— Quelqu’un que je connais bien a tenu le même raisonnement un jour. Il s’est lourdement trompé.

— C'est-à-dire ?

— J’ai découvert…

Il se reprit, conscient qu’il parlait de lui-même. Il reformula sa réponse :

— Je veux dire que je connais quelqu’un qui s’est découvert un sentiment violent pour un ami, aussi fort que celui qui peut unir un homme et une femme.

— Tu connais donc ce milieu. Je comprends mieux maintenant.

Et sur un ton qui ne souffrait pas la réplique, Mercier s’allongea sur son lit et conclut :

— J’aimerais beaucoup qu’on évite à l’avenir, ce genre de discussion stérile et malsaine.

Franz pensa qu’il s’était peut-être trahi. Il aimait Marc à en crever et aurait voulu le dire aux autres, de le crier au monde mais c’était prendre trop de risques vis-à-vis de son entourage. Il se tut et se retourna contre le mur.

— Comme vous voudrez, Monsieur ! Je vous souhaite la bonne nuit.

— Bonne nuit, « mon ami » !

Franz savait que quand il était contrarié ou fâché, Mercier donnait du « mon ami » à ses interlocuteurs, pour clore un sujet fâcheux ou pour affirmer sa supériorité. Franz se dit qu’il devrait surveiller davantage ses propos à l’avenir, être encore plus prudent et discret sur ses amours interdites et devrait s’habituer au silence sur sa double vie. Quelques minutes plus tard, la respiration régulière de son compagnon de chambrée lui confirma que le très catholique Dr Mercier avait trouvé le sommeil du juste !

Alors il ferma les yeux, pensa intensément à Marc, revit ce visage qu’il aimait tant caresser, embrasser, poser ses lèvres sur les siennes, se nourrir de son sourire, de ses yeux qui lui disaient tout son amour quand il entrait en lui. Il imaginait son corps nu, sa peau au grain soyeux sous ses doigts, le goût délicieux de son membre dressé contre son ventre, sa jouissance bruyante quand il lui donnait sa liqueur chaude et crémeuse, cette semence lourde qu’il aimait étaler sur son ventre avant de la déguster à petit coups de langue et la lui faire partager dans un baiser profond. Les larmes lui vinrent aux yeux et, glissant sa main vers sa verge pleine de son désir, il se donna du plaisir, en silence, communiant avec Marc. Il ne fut pas bien long à atteindre l’orgasme. Il jouit bouche fermée, yeux clos, ventre crispé de jouissance qu’il dédia en pensée à son amour lointain qui lui manquait tellement.


Les semaines s’écoulaient, les mois passaient.

Un jour, Mercier lui annonça que son fils Michel devait effectuer sa période militaire et qu’il avait pu choisir Berlin pour l’accomplir et y rejoindre son père. Franz fut chargé d’aller accueillir le jeune homme à la gare. Le train arriva en retard. Les voyageurs se pressaient dans toutes les directions, encombrés de valises et de sacs. Peu à peu, le quai se vidait et le jeune homme se retrouva seul. Sur un banc, quelqu’un attendait. Il s’approcha et se trouva face à son quasi jumeau. Se dévisageant, ils restèrent sans voix, troublés par leur ressemblance. Mercier n’avait pas exagéré : Michel était le sosie du jeune Allemand.

— Pardon ! Seriez-vous Michel Mercier ?

— Oui ! Et vous Franz Torchmister, sans doute !

— Dorfmeister. Mais vous pouvez m’appeler Franz.

— Et moi Michel ! Bonjour !

Une franche poignée de main ponctua leurs salutations et la présentation.

— Venez, je vais vous conduire à votre père. Hélas, nous devrons y aller à pieds, nous n’avons pas de véhicule disponible, mais ce n’est pas bien loin.

Michel chargea son barda sur ses épaules et le suivit jusqu’à l’hôpital de campagne. Face à la gare, ce qui restait de l’Église Kaiser-Wilhelm Gedächtniskirche (L’Église du Souvenir de l’Empereur Guillaume) fascina Michel.

— Impressionnant ! dit-il dans un sifflement.

— Toute la ville n’a pas encore été dégagée, mais on s’emploie à la reconstruction aussi rapidement que possible, précisa Franz.

— Mon père m’a beaucoup parlé de vous, vous savez !

— En bien j’espère ! demanda Franz en riant.

— Que du bien ! Il vous apprécie énormément et je vois que sa confiance est bien placée, ajouta le jeune Français en posant un regard sur les reins de son guide.

— Je vous ferai visiter ce qui peut l’être de la ville. Naturellement, ça n’a plus rien à voir avec le Berlin de mon enfance, mais l’esprit revient lentement.

— Y a-t-il quelques endroits où on peut se réunir et se défouler un peu, nous les jeunes ? s’enquit Michel d’un air entendu.

— Oui, sur Friedrich-Strasse, le célèbre dancing a été rouvert. On peut y écouter de la musique américaine, acheter leurs cigarettes et des bas nylon !

— Des bas ? Pourquoi faire ? s’écria Michel étonné.

— Tu… Vous avez bien une fille à qui les offrir ! Elles en sont toutes folles !

— On peut se tutoyer, tu sais ! On a presque le même âge et ce serait plus sympathique. En plus, je sais beaucoup de choses à ton sujet.

Franz fut immédiatement sur la défensive.

— Des choses ? Quelles choses ? Qu’est-ce que ton père a bien pu te raconter ?

— Que tu as un amour caché en France, par exemple.

— Mais encore ? reprit Franz

— Que tu as succombé aux charmes d’une jolie Française dont tu caches le nom, fit Michel en prenant un ton polisson et en remuant son fessier.

Franz se décontracta un peu et décida d’être un peu indiscret à son tour.

— Et toi, Michel, as-tu laissé une jolie fille en France ?

— Pas vraiment, non ! affirma-t-il dans un rire.

— Comment ? Un beau gars comme toi ? Les filles doivent toutes être à tes pieds !

— Oh les filles ! Heu… Ce n’est pas mon intérêt principal. Tu sais, ça va, ça vient… Rien de sérieux en tous cas.

Il avait dit ça sur un curieux ton qui piqua la curiosité de Franz.

— Entre nous Michel, tu as dû en séduire plus d’une, n’est-ce pas ? À nos âges, ça démange dans le slip, non ? TOUT est bon pour nous détendre, hein !

Il avait intentionnellement appuyé sur le « tout ».

— Comme tu dis, tout est bon ! ajouta Michel en lui adressant un franc sourire.

Ils arrivèrent enfin à l’hôpital et durent interrompre leur intéressante conversation. Michel alla saluer son père qui l’embrassa dans des rires et de grandes tapes sur les épaules, émus par ces retrouvailles. On lui désigna son cantonnement. Il défit ses paquets, ôta ses vêtements de voyage et rejoignit bientôt Franz, dans le mess.

— Tu veux bien m’indiquer où sont les douches ?

— Suis-moi, je vais aussi aller en prendre une ! Je n’ai pas eu le temps de faire ma toilette encore.

Ils se rendirent dans la salle d’eau et quittèrent leurs vêtements. Michel ne pouvait s’empêcher d’attacher ses yeux au corps de Franz. Son torse musclé et légèrement velu attirait son regard. Le garçon présentait une belle silhouette et Michel l’admira sans se lasser. Franz s’en aperçut, mais ne dit rien. Il ôta son slip dévoilant son sexe.

— Ton corps est bien musclé. Tu es superbe ! remarqua Michel.

Franz glissa son regard sur le membre viril de son collègue.

— Tu n’es pas mal mon plus, Michel.

Ils se placèrent sous les pommes de douche, ouvrirent les robinets et laissèrent couler l’eau chaude sur eux. Intentionnellement, Michel avait choisi la douche jouxtant celle de Franz. Ils étaient maintenant très proches l’un de l’autre. Le savon courait sur leur peau satinée, leurs mains se coulaient dans la mousse, comme autant de caresses, fouillaient les entrejambes dans les endroits privés, soulevant les testicules pour les laver, décalottant leur verge pour en nettoyer le gland, particulièrement bien dessiné chez les deux hommes, ils insistaient sur la raie des fesses et l’anus, en écartant les jambes, pour y avoir plus accès. Après quelques minutes de rinçage méthodique, ils auraient dû se retirer. Pourtant, ils restèrent sous le jet, la mine absorbée, tout en se matant à la dérobée. Ils poursuivirent leur manège longtemps, n’osant faire le premier pas.

Insensiblement, Michel se rapprocha de Franz qui fit un pas dans sa direction. Ils se tournèrent pour se trouver dos à dos. Leurs fesses finirent par se toucher et au lieu de se retirer en s’excusant, ils gardèrent ce contact, sans bouger, appréciant par cette simple surface de peau et de muscle, la fermeté et la puissance de l’autre. Immédiatement, Michel eut un début d’érection dans un léger soupir qui n’échappa pas à Franz. Le jeune Allemand sentait son cœur battre plus rapidement et vit son membre prendre du volume. Ils se firent face, le corps se touchant presque, ils se regardèrent, l’eau ruisselant toujours sur leur belle plastique. Ils se dévisagèrent et esquissèrent un sourire complice. Leurs mains furent saisies de tremblement, chacun posant les doigts sur le torse de l’autre, le découvrir, le connaître, l’effleurer. Franz ferma les yeux un instant, il avait soudain envie de recevoir une caresse, un baiser de ce jumeau étrange et proche. Il rouvrit les yeux et vit que Michel tremblait un peu. Il tendit ses lèvres mais en suspendit le contact. Non, c’était trop tôt ! Ils venaient de se rencontrer, ne se connaissaient pas encore assez et ne savaient pas s’ils pouvaient s’aventurer plus loin. Ils oubliaient les conséquences qu’il y aurait à se découvrir trop rapidement, ignorant comment l’autre réagirait. Et puis, il y avait toujours la possibilité d’être surpris par un arrivant soudain.

Ils coupèrent l’eau, sortirent du bac et prirent leur linge pour s’essuyer. Vite remis de ses émotions, Michel lui demanda de lui sécher le dos. Franz s’exécuta sans réfléchir, il s’activa d’abord énergiquement, puis ses mouvements se firent plus caressants, plus ciblés. Le feu lui brûla l’esprit.

— À ton tour, Michel ! fit-il pour briser le charme de cette sensation impossible.

Michel fut plus hardi : le linge en main, il frotta le dos, mais aussi ses fesses et de la raie culière. Franz écarta même un peu les jambes pour faciliter l’accès. Il sembla alors que « les présentations » étaient faites.

— Merci de ton aide ! dit Franz en cueillant son slip sur la patère et maintenant son membre durement excité.

— De rien ! Il faudra aussi que tu me fasses visiter…

Il laissa sa phase en suspens pour en souligner toute l’ambigüité.

— Bien sûr ! Je compte bien te faire connaître toutes les facettes que Berlin offre encore.

— Quand tu voudras ! Mon père a raison, nous nous ressemblons non seulement physiquement, mêmes jolis corps musclés, même pelage noir partout où il faut, fit-il en observant encore le bas-ventre fourni de son vis-à-vis, en souriant. Mais je pense aussi que nous avons d’autres goûts communs. Est-ce que je me trompe ?

— Il semble que non ! reconnut Franz en baissant la tête.

— Surtout que mon paternel n’en sache rien! Sinon, je crois qu’il me tuerait.

— Je le crois aussi ! fit encore Franz en le regardant droit dans les yeux. Nous avons eu une conversation sur le sujet, il n’y a pas longtemps. Si j’avais pu me douter alors que mon intuition… Je te raconterai plus tard !

Ils s’habillèrent rapidement et se donnèrent rendez-vous pour le soir. Avant de sortir de l’endroit, et après s’être assuré qu’ils étaient bien seuls, Michel s’approcha de Franz et avant qu’il ne puisse esquisser un recul, il déposa un baiser sur sa bouche. Franz ouvrit de grands yeux surpris. Michel plaqua sa main sur son paquet et ajouta :

— Un acompte sur le futur. Garde la monnaie !

Franz tétanisé, ne trouva pas de réplique, subjugué de constater combien Michel était à l’aise avec sa sexualité, alors que lui se trouvait un peu stupide, coincé pour être exact. Cela lui rappelait sa réaction après sa toute première expérience avec Marc durant cet orage. Réaction qui avait dévasté toutes ses convictions et révélé cette facette de sa personnalité enfouie tout au fond de lui, qu’il ne soupçonnait pas. Il se rendit compte aussi que l’aventure qui se profilait avec Michel ne serait jamais comparable à celle qu’il avait vécue avec Marc. Il y manquerait le sentiment puissant qui unissait à jamais les deux amants de guerre.

Pourtant, il y avait si longtemps qu’il n’avait touché un homme, qu’il n’avait pas serré entre ses bras un corps viril et ferme, qu’il n’avait pas reçu l’hommage d’un sexe fort dans son ventre. Une envie irrépressible de sexe au masculin s’empara de lui. Toutefois, il ne voulait rien faire de plus pour le moment avec Michel, ce serait, d’une part, sa façon de rester fidèle à Marc, et d’autre part, l’audace de Michel le retenait d’aller plus loin.

Malgré tout, il ne pouvait s’empêcher d’avoir une pensée un peu perverse à l’égard du père Mercier. S’il savait, le pauvre ! Un instant, un doute l’envahit. Avait-il eu un pressentiment à l’égard de son fils ? Il chassa cette pensée aussitôt. C’est lui, Franz, qui avait mis la discussion en avant et il avait respecté son souhait depuis de ne plus en parler. Il regagna son logis pour écrire à Marc… mais ne lui dirait rien à propos de Michel.

À suivre...

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