Franz (5) : L'attentat


Franz (5) : L'attentat
Texte paru le 2012-09-26 par Lemanch   Drapeau-ch.svg
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Template-Books.pngSérie : Franz

Le chauffeur de Franz arriva en jeep à huit heures pile. À l’instar des Suisses, les Allemands mettent un point d’honneur à l’exactitude. La veille, Marc l’avait entendu de mettre d’accord sur le rendez-vous, la Mercédes étant en révision. La jeune recrue arrêta le moteur et appela :

— Franz, Ich bin hier! Ich warte auf dir. (Je suis là ! Je t’attends)

Il se dirigea vers les dépendances pour allumer une cigarette et, sans gêne, uriner, laissant la jeep sans surveillance. C’est alors que Marc remarqua tout à coup un mouvement, à travers le rideau qui le cachait de l’extérieur, une ombre se glissant sous l’avant du véhicule, réapparaissant quelques instants plus tard. Puis, aussi furtivement qu’il était arrivé, il se retira, sans aucun bruit, tel un fantôme.

Marc, tout de suite imagina le pire. Ce n’était pas pour vidanger que cet homme s’était glissé incognito sous le véhicule. Une bombe devait sans toute avoir été placée. S’il y avait un attentat, il y aurait immanquablement un débarquement d’enquêteurs et des tas d’ennuis en perspective. D’autre part, même s’il trouvait parfois son locataire encombrant, il commençait à s’habituer et étrangement à apprécier sa présence, à défaut de sa compagnie. Il se devait d’agir vite. Il fonça à l’étage vers la salle de bains où le Capitaine finissait sa toilette matinale en fredonnant des succès berlinois. Lentement, sans bruit, il fit tourner la clé pour enfermer l’occupant et retira cette dernière, la déposant juste dans l’espace sous la porte, au cas où. Il pourrait toujours dire qu’elle était tombée. Il redescendit au rez- de-chaussée.

Dehors, on s’impatientait :

— Franz ich kann nicht länger warten Du muss mit dem Fahrrad fahren gehen! (Je ne peux plus attendre davantage, tu devras y aller en vélo !)

Là-dessus le gars remonta dans sa jeep et s’en alla.

Cinq minutes plus tard, Dorfmeister tambourinait à la porte de la salle de bains pour qu’on lui ouvre, ce que Marc se garda bien de faire. Alors que les coups et les injures redoublaient, au loin, sur la grande route, on entendit le bruit sourd d’une explosion…

Marc alors monta délivrer son hôte qui rugit furieux, l’œil mauvais. Il ne l’avait jamais vu dans un tel état d’énervement. Franz cria :

— C’est vous, hein ! C’est vous qui m’avez enfermé. Pourquoi ? Vous allez trop loin M. Dutoit. J’ai beaucoup trop supporté de vous, votre arrogance, votre mutisme, votre hostilité, mais là vous dépassez les bornes. J’en ai assez ! Vous entendez, assez !

Il bouscula Marc et courut, vers sa chambre, une serviette nouée autour des reins. Il se vêtit en hâte et gagna, toujours en colère, la cour de la ferme. Il s’appropria le vélo de Marc, laissant ce dernier très inquiet et fonça vers le village, Qu’allait faire l’Allemand ?

Pourtant son instinct lui disait qu’il lui avait sauvé la vie. C’était d’autant plus con qu’il ne savait pas pourquoi il avait agi de la sorte, sinon tenter de sauvegarder sa tranquillité. Il n’avait pas de sympathie particulière pour cet intrus, ni encore moins d’amitié. Pourtant, son geste répondait à quelque chose qu’il ne s’expliquait pas vraiment. Il avait agi sur un coup de tête qu’il risquait de payer cher.

Toute la journée se passa dans cette anxiété du retour du soldat, voire de la Gestapo. L’Allemand rentra très tard en voiture, le vélo chargé à l’arrière. Marc n’en menait pas large, assis dans l’obscurité. Franz depuis le couloir s’adressa à lui :

— Bonsoir !

— …… (Marc ne répondit pas)

— Écoutez M. Dutoit, Je dois vous demander de m’excuser pour ce matin. Je suis désolé.

Ouf ! pensa Marc. Pour la première fois depuis qu’il était arrivé chez lui, il sourit timidement à l’Allemand, lequel répondit par le sien, franc et chaleureux, dont il avait le secret.

— Mon camarade a perdu la vie ce matin dans son véhicule qui a explosé sur la grande route. Sans doute l’entretien du véhicule laissait-il à désirer…

En prononçant cette dernière phrase, il fixa Marc de son regard bleu inquisiteur qui disait bien qu’il n’en croyait pas un mot et qu’il n’était pas dupe de la cause de l’explosion.

— Il reste toutefois un grand point d’interrogation. Comment me suis-je retrouvé enfermé et surtout pour quelle raison m’a-t-on obligé à rater mon rendez-vous avec l’ordonnance qui devait me véhiculer. Vous avez une idée ?

— …… (Toujours pas de réponse)

— C’est bien ce que je pensais.

Son regard bleu se planta à nouveau dans celui de Marc qui put y lire sa reconnaissance. Il ajouta sur un ton ironique :

— Nous dirons donc que c’est la Providence et je la remercie très sincèrement de m’avoir sauvé la vie. Et c’est bien connu que la Providence voit tout et sait tout…! Marc baissa les yeux et ne put s’empêcher de frissonner sous cette allusion à peine voilée, mais il sut aussi que l’Allemand ne le dénoncerait pas, cette fois du moins.

À suivre...

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