Franz (7) : L'orage


Franz (7) : L'orage
Texte paru le 2012-09-28 par Lemanch   Drapeau-ch.svg
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Template-Books.pngSérie : Franz

L’air de cette fin d’après-midi d’août était lourd, moite. Le soleil brûlant. Les animaux étaient cachés. Ils cherchaient l’ombre, comme les hommes. Le moindre souffle d’air était accueilli comme le paradis. Marc, en short, sous un grand chapeau de paille, suant à grosse gouttes, renonça à récolter quelques fruits mûrs et rentra. La fraîcheur de l’intérieur le surprit, il frissonna presque, enleva son couvre-chef et s’octroya un grand verre d’eau. Il s’étendit et s’endormit. Quand il se réveilla, le morbier indiquait 19h35. Il se leva, fit un brin de toilette. Rafraîchi, il se prépara une tartine de pâté. Il alluma la radio.

Les informations étaient toujours les mêmes, désespérantes: les succès de l’armée allemande, les avancées en territoire conquis, les discours d’Adolf. Il préféra mettre de la musique et bientôt Beethoven emplit la pièce d’un concerto pour piano. Il se dirigea vers la bibliothèque, choisit un livre et alla s’installer sur le banc, à l’ombre, devant la maison. Les notes s’égrenaient. Les heures s’écoulèrent, lentement. Au loin le ciel se chargea, l’orage serait pour la nuit qui commençait à tomber. Il nota mentalement que Herr Dorfmeister n’était pas encore rentré, sans doute retenu à la Kommandantur. Il ferma le livre, et se dirigea vers les dépendances afin de tirer les volets et vérifier les fermetures pour le cas où le ciel se déchaînerait durant la nuit.

La pendule égrenait vingt-deux coups, quand la Mercedes de l’Allemand arriva en trombe. Son conducteur en claqua violemment la portière et courut plus qu’il ne marcha vers l’escalier. Bien qu’il n’en eut rien à faire, Marc l’interpela tout de même pour être aimable (sans doute le soleil lui avait trop tapé sur le crâne !)

— À votre place je mettrais la voiture dans la grange, il va y avoir de l’orage et peut-être de la grêle.

Le militaire ne répondit rien et grimpa quatre à quatre les quelques marches de bois qui protestèrent. Marc avait toutefois eu le temps de noter le visage crispé et les mâchoires serrées du jeune homme qui brusquement s’arrêta au milieu de l’escalier et vociféra :

— Vous êtes satisfait, hein, vos amis ont bombardé Berlin !

— Quoi ? Quels amis ?

— Vos salauds d’Anglais ! Je sais que vous les écoutez tous les soirs, ils ont détruit mon quartier et…

La suite mourut dans une sorte de sanglot. Il regarda Marc et dans un cri :

— Ils ont tué ma famille ! Mon père, ma mère et ma sœur sont morts dans l’effondrement de notre maison.

Il finit de gravir les marches et disparut dans la chambre en claquant la porte violemment, laissant Marc sans voix, en proie à des sentiments qu’il pensait maintenant enfouis, maîtrisés. La nouvelle ravivait l’accident de ses parents et surtout le vide immense qu’il ressentait encore parfois. Il restait là, immobile, repassant le film de sa propre détresse qui remontait à plus d’un an. Il se surprit d’avoir de la compassion pour Dorfmeister.

Il se revoyait nettement encaissant l’information : la voiture était sortie de la route à pleine vitesse après avoir glissé sur une plaque de verglas. Puis, l’annonce de la mort de son père et de sa mère et l’information que sa fiancée avait été transportée à l’hôpital dans un état désespéré. Il s’y était rendu comme un automate, juste à temps pour recueillir le dernier soupir de Marie. Il était si troublé, choqué qu’il était resté d’abord sans réaction, comme si ce qui lui arrivait concernait un autre que lui. Il était comme spectateur de l’évènement. Ce n’est que lors des démarches funéraires et plus tard à l’enterrement des siens qu’il prit réellement conscience que jamais plus il ne reverrait le visage tendrement sévère de son père et le doux sourire de sa mère. Qu’il n’embrasserait plus la bouche fraîche et gourmande de Marie. Ses yeux malicieux qui le regardaient avec le désir de leur jeunesse. Elle lui avait fait découvrir tant de choses. La nature, le romantisme, l’amour aussi. Tant de bonheurs perdus, anéantis en un instant. Il s’était révolté, puis avait refusé d’y croire. Non, tout cela n’était qu’un mauvais rêve dont il allait sortir. Il le raconterait, en rirait. Il avait ensuite cédé au chagrin, à son immense détresse et beaucoup pleuré en se cachant car un homme doit rester maître de lui. Pleurer c’est montrer sa faiblesse… Cela l’avait pourtant soulagé un peu mais il n’y eut personne pour le prendre dans ses bras, le consoler. Un vide abyssal l’avait saisi. Telle une huitre, il s’était refermé sur lui-même.

Le pas rapide de l’Allemand qui redescendait le tira de ses sombres pensées. Il courut vers le véhicule, le rugissement du moteur révélait l’état dans lequel il se trouvait. Il gara la Mercedes dans la grange, referma la porte et courut à nouveau vers l’escalier en proférant, en allemand, le plus sombre des destins au Royaume Uni et à son roi. Derrière la porte qu’il avait claquée, Marc, d’où il était, l’entendait hurler. L’Allemagne en furie, se dit-il ! Le calme succéda à la tempête verbale. Marc en profita pour fermer toute la maison, l’orage grondant se rapprochant. Il monta, ralentit devant la porte de la chambre du capitaine. Aucun bruit. Il fit une rapide toilette et se coucha. Il ne trouva pas le sommeil, ses pensées se bousculaient dans sa tête. La colère du jeune compagnon que lui imposaient les circonstances trahissait sa douleur et son désarroi. Il ne savait trop que faire.

Soudain, Marc l’entendit sangloter. Il se leva, traversa le couloir et frappa doucement à la porte :

— Herr Dorfmeister ?

Il n’eut pas de réponse. Il frappa plus fort et l’entendit remuer. La porte s’ouvrit. Il offrait à son hôte un visage trempé de larmes. Il renifla comme un enfant puis recula pour le laisser entrer.

— Vous ne me croirez sans doute pas, mais je suis vraiment désolé de cette nouvelle. Si vous voulez bien, racontez-moi ce qui s’est passé ?

Il y eut un long silence, l’Allemand se moucha. Son visage exprimait à la fois la douleur et la colère de se montrer ainsi à son hôte, lui, le soldat de cette Allemagne invincible. Il prit une grande inspiration et commença son récit.

— La Kommandantur m’a informé ce soir qu’il y a eu un raid aérien sur Berlin et qu’ils ont bombardé l’est de la ville pendant presque une heure. Aux dires du communiqué, c’était terrible, du feu, des explosions, des cris, des morts partout et ma famille…

Il ne put poursuivre, l’émotion étant trop grande. Marc le regardait sangloter, sans défense. Ils étaient là debout face à face, deux jeunes gens de la même génération qui, en d’autres temps et d’autres circonstances, auraient eu les mêmes rires, la même insouciance, les mêmes joies de vivre et auraient, peut-être, été des amis. Alors que pour l’orgueil de quelques dirigeants qui se connaissent, des millions d’hommes qui ne se connaissent pas s’entretuent. Alors que les femmes mettent au monde des enfants pour retrouver leurs noms sur des monuments à la gloire de la folie meurtrière des humains.

Marc s’approcha de lui et tout à coup Dorfmeister s’effondra. Ce fut comme un appel au secours et se frappant la poitrine, il hurla sa détresse en regardant Marc de son regard bleuté et mouillé.

— J’ai mal !

— Je sais ! lui répondit Marc avec douceur.

Il répliqua rageur.

— Qu’est-ce que vous savez ?

— J’ai perdu mes parents et ma fiancée dans un accident de voiture, il y a un an environ. Je sais ce que vous ressentez.

Ils se regardèrent et sans un mot Marc le prit dans ses bras et le serra contre lui. Franz pleurait doucement. Son chagrin avait ému Marc plus qu’il n’aurait voulu et ses yeux se mouillèrent à leur tour. Le visage de l’Allemand contre la joue de Marc qui lui caressait les cheveux, essayant de l’apaiser par ce geste paternel.

Ils restèrent ainsi dans les bras l’un de l’autre plusieurs minutes. Puis Franz se dégagea un peu. Ils se regardèrent longuement, pouvant lire dans les yeux de l’autre, un sentiment étrange où se mêlaient à la fois affection et compassion. Ils se serrèrent de nouveau, joue contre joue. Dans un élan qu’il ne comprit pas lui-même, Franz voulut poser un baiser sur la joue de Marc, comme pour lui témoigner sa reconnaissance, mais, involontairement le baiser qu’il voulait fraternel se posa juste au coin de sa bouche. Étonnés tous les deux, ils se regardèrent avec un sentiment indéfini. Ils étaient toujours enlacés, leur corps se communiquant leur chaleur. Alors, dans l’oubli des convenances et de leur situation, ils joignirent leurs lèvres, tandis que le premier coup de tonnerre éclatait et que la pluie commençait à tomber.

Les éclairs zébraient l’obscurité de la chambre où leurs deux silhouettes enlacées se livraient à un combat aimable. Ce fut une grande vague qui les submergeât. Trop longtemps contenue, refoulée, leur sympathie initiale, puis leur amitié qu’ils ne pouvaient s’avouer, la trop longue abstinence, la guerre enfin, tout ce mélange de sentiments et de besoins que le plaisir solitaire n’avait pas suffit à combler, leur désir, leur faisait oublier les contraintes de l’éducation et les interdits d’une société puritaine. Il n’y avait plus que deux corps jeunes, vivants, forts et puissants qui échangeaient de la tendresse, du plaisir dans un profond sentiment d’affection pour combler les vides de leur solitude et exorciser les peurs quotidiennes de cette guerre stupide

Ils n’étaient vêtus que d’un short et une chemisette qu’ils arrachèrent sous le désir soudain de leur cœur. Ce fut un violent corps à corps, souligné par les éléments aussi déchaînés qu’eux-mêmes. Ils n’avaient encore jamais fait l’amour à une personne de leur sexe, ils avaient tout à apprendre, mais ils surent trouver tout naturellement les gestes du plaisir. Ils avaient apprivoisé leur propre corps depuis l’adolescence et découvert où caresser, comment faire monter l’excitation, tant il est vrai que seul un homme sait où se situe les points de la jouissance masculine.

Leur bouche mordait partout, le cou, la poitrine, les seins. Leurs mains partaient furieusement en exploration du dos, des fesses, de leurs sexes raides qui, tels deux sabres, guerroyaient. Leur respiration saccadée, leur halètement, trahissait leur désir mutuel. Dans ce duel, ils voulaient tous deux dominer, être le mâle, l’actif imposant. Deux corps fermes, musclés, luttant jusqu’à l’explosion du désir, l’ultime extase de la jouissance, l’orgasme absolu.

Ils se retrouvèrent tête-bêche, le visage face à toute la gloire de leurs jeunes queues tendues à l’extrême, leurs testicules bouillonnant de semence vivante. Ils avalèrent le dard offert avec frénésie, avec la sensation merveilleuse de sucer leur propre lance. Bientôt, le réflexe des coups de reins remplacèrent les coups de tête. Puis Franz, plus puissant, renversa Marc sur le ventre, appuyant son pénis contre ses fesses, lui fit comprendre qu’il voulait le prendre. Il lubrifia de sa salive l’objet de sa tentation et s’enfonça, sans délicatesse, entre ces fesses accueillantes. Pris par surprise, Marc eut l’impression qu’on le partageait en deux et cria. Puis, lentement la douleur s’évanouit et fit place à un plaisir encore inconnu, tandis que Franz poursuivait ses coups de boutoirs, avec autant de violence.

L’étroitesse de l’anus lui procurait une masturbation intense et excitante. Marc se saisit de sa queue et se branlait, pendant que Franz le baisait. La rage qu’ils mettaient à leurs ébats les firent rapidement jouir, presqu’en même temps. Et dans de grands râles couverts par l’orage, ils répandirent les flots de leur semence en grandes saccades, à en avoir mal. L’orgasme ressenti fut inouï, puissant. Ils retombèrent sur le lit côte à côte, n’osant pas se regarder, hébétés, vidés, les corps repus et satisfaits.

Fixant le plafond éclairé en intermittence par les derniers éclairs, ils restaient profondément étonnés de cette jouissance extrême, dont la force leur était jusqu’ici inconnue, et qu’aucune de leur conquête féminine ne leur avait jamais procurée.

Ils sombrèrent très vite dans un profond sommeil tandis que la pluie tombait toujours à grands seaux.

À suivre...

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