Histoires à venir debout


Histoires à venir debout
Texte paru le 2012-03-11 par Gilles Leir   Drapeau-qc.svg
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  • Vol. 4, no. 2
  • Date : Mai-Juin 1997
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Déjà on sentait dans l’air le retour du printemps. Bien sûr, il y avait des signes plus évidents comme l’absence de neige sur les trottoirs, les températures plus clémentes. Mais lorsque l’odeur de la terre qui dégèle commence à se promener au gré du vent et à s’accrocher à nos narines, là, alors là, le printemps est vraiment arrivé.

Ça commençait à nous ravir, cette idée de pouvoir à nouveau traîner dehors. Fini les demandes de permissions pour aller passer le temps dans le sous-sol de l’un ou de l’autre sous l’oeil indiscret des parents pour qui on a toujours dix ans. J’veux pas qu’tes amis restent plus tard que neuf heures là! et fumez pas dans le sous-sol, c ’est dangereux pis ça sent pas bon, pis ça fait jaunir les murs, pis... L’hiver c’est l’hibernation de notre liberté, notre liberté à nous, petite bande d’ados en mal de sensations fortes dans une ville folle. Nous étions cinq, cinq garçons très différents mais avec un point commun qui nous ralliait aussi fort que des liens familiaux, on était tous gais.

Assez invraisemblable que dans une ville de plus d’un million d’habitants, dans un quartier plus ou moins tranquille, cinq gais, amis dès leur petite enfance, grandissent ensemble et traversent leur adolescence de front, les cinq en première ligne, avec tout ce que cela comporte, dont, bien entendu, le sexe.

Ainsi, Vincent, dont le père est Italien d’origine, avait fait ses premiers pas dans la sexualité de couple avec Stéphane dans un hangar, dans le fond de la cour. Pierre, d’origine haïtienne, s’était ébattu pour la première fois à deux avec Laurent, dont la mère venait du sud de la France. Moi, Yvan, un soir de pleine lune je m’étais acoquiné avec Stéphane, au parc du quartier, et Vincent avec Pierre ainsi que moi avec Pierre et Vincent et Stéphane et ainsi de suite. Le groupe s’essaya, se forma et s’entérina jusqu’au soir du vingt-quatre juin dernier où les cinq ensemble, nous fêtâmes la Saint-Jean jusque vers deux heures du matin dans la cour chez Laurent et nous finîmes la nuit par une orgie dans la pièce à débarras, au sous-sol. Le sort en était jeté, le pacte était scellé. À la vie, à la mort, vous savez bien, quand on est jeune, on est fou et encore plus quand on aime.

Par la suite on a décidé de faire comme un club, un cercle. Pas la «Société des poètes disparus» mais quelque chose du genre. Une «société» où, oui, la poésie serait à l’honneur mais surtout celle des sens, celle du corps. Alors, une fois par semaine on se rencontrait. On prenait une ou deux bières, on échangeaient. Des palabres peu utiles, des revues d’écrits érotiques, des projets d’avenir, des promesses puis on finissait par baiser, avec engouement, à cinq.

Par le fait même avec nos petites réunions on développait nos connaissances sexuelles par divers moyens dont les revues et les vidéos. On s’est déniaisé sur bien des choses, ce qui ajoutait à nos talents innés quant au sexe. Je me souviens du soir où on a vu pour la première fois une cassette vidéo à thématique SM. Tout était à découvrir... Et un autre tantôt où nous fûmes intrigués par un anneau que portait autour de la base du pénis et des testicules un mec assez bandant dans une revue porno. Premier contact avec le cock-ring. C’est alors que nous avons décidé, plutôt que d’avoir une bague comme tout clan se doit, d’avoir un cock-ring. On s’en procurerait un pour chacun des membres et on le porterait à chacune de nos réunions.

De vrais chevaux. Il semble que le cock-ring aide à avoir une érection plus solide. Imaginez quand vous avez déjà une érection solide... L’enfer!

Nous avions donc consolidé notre cercle, notre société et y avions développé une culture propre aux membres, à nous, à nos envies, à nos besoins. Mais l’hiver fut rude et pas seulement à cause du froid et de la neige. Il fut rude parce qu’il nous limitait. Il limitait nos réunions et nos actions. On ne se rencontrait plus désormais que pour discuter ou, si une maison venait à être libre parce que des parents sortaient, alors, il fallait en profiter pleinement. Peut-être avons-nous été chanceux dans notre malchance ou vice-versa, mais, au moins ou au pire, on pouvait en moyenne s’ébattre entre nous une fois par mois. C’est pourquoi le printemps était attendu sans bon sens. Nous avions hâte que l’on nous remette notre plus grand et plus apprécié terrain de jeux, l’extérieur! Les cours, les parcs, les trottoirs, les ruelles et la nature qui va avec tout ça!

Et c’était enfin arrivé! Il fallait fêter ça. Unanimement, nous avions fait du vingt-quatre juin notre fête patronale. C’était une date exceptionnelle. Mais nous ne pouvions attendre au vingt-quatre juin pour enfin libérer toute cette libido retenue, toute cette énergie qui n’a pu être évacuée tout l’hiver qu’au compte-goutte.

Il fut décidé qu’on se rencontrerait un certain vendredi soir pour une réunion où nous planifierions les festivités du retour du printemps.

Un après-midi que je revenais à la maison, j’ai croisé sur la rue le Grand-Jean. Le Grand-Jean c’est un gars de dix huit ans, qui mesure presque six pieds, à stature athlétique avec un baby face.

C’est le sportif de l’école, du quartier. Il a une réputation de pacifique débonnaire mais il se tient avec une bande de machos qui passent leur soirée de fin de semaine à cruiser des filles ou encore à tenter de se faire valoir par différentes histoires, assis au pied d'un escalier ou sur le dossier d'un banc, dans le parc. Point n’est besoin de vous dire qu’une guerre froide subsiste entre nos deux groupes. Quand on se croise, les insultes fusent mais sans plus. Peut-être est-ce à cause du Grand-Jean qui a plus d’ardeur à calmer les esprits qu’à les inviter à passer aux poings. En ce qui me concerne, le Grand-Jean a l’ardeur nécessaire à m'exciter au complet.

Bref, quand tu croises le Grand-Jean avec son groupe de singes, ce dernier est surtout effacé et c’est à peine s’il te regarde, mais si tu le croises seul, alors il te sourit et te salut. Je me suis toujours demandé s’il ne faisait pas partie de la même équipe que nous et s’il ne refoulait pas ses émotions les plus intimes. J’ai même déjà entendu cette reflexion de la bouche même de la «reine» de leur clan, mais en d’autres mots. Elle se demandait, puisqu’elle n’avait pas d’incidence émotive sur le Grand-Jean, s’il n’était pas une tapette. Afin de mettre un peu de piquant et de nouveau dans cette ravissante saison, nous avons décidé de tenter le tout pour le tout. Téméraire, notre but, en plus de s’amuser, était de savoir une fois pour toute si le Grand-Jean se laisserait aller dans une aventure «para-straight». Et si tel était le cas, on en profiterait pour fêter par la même occasion le retour du beau temps.

La tactique était bien simple. Il suffisait de tendre un appât. C’était quand même délicat; il fallait que quelqu’un se sacrifie. Enfin, si ça ne marchait pas ça devenait un sacrifice, mais si ça marchait, ça devenait le Jack pot.

Le groupe de machos traînait au parc jusque vers minuit trente le vendredi. Vers minuit trente, chacun partait vers son domicile. Le Grand-Jean, lui, traversait le parc en diagonale, seul. Un de nous devait se terrer dans un bosquet et se tenir prêt. Si aucun changement ne survenait, l’heureux élu devait se masturber, appuyé contre un arbre et attirer l’attention du Grand-Jean. Je fus l’heureux élu.

Le vendredi choisi, nous avons passé une partie de la soirée à espionner dans le parc le groupe de machos. Minuit trente arriva et rien ne se passa. Pour faire exprès, aujourd’hui, le groupe traîna plus longtemps que d’habitude. Maintenant une heure. Ha! enfin, voilà que le groupe se disperse. Je cours alors prendre mon poste et me mets à animer mon membre. Le Grand-Jean approchait. Mon coeur battait la chamade et ma main battait ma queue.

Grand-Jean était tout proche et ne m’avait pas encore vu. Je feignis également de ne pas le voir et je laissai sortir de ma bouche un long soupir de satisfaction. Grand-Jean se retourna, me regarda et s’approcha:

— Yvan?

— Oh! Grand-Jean!

— Que fais-tu là?

— Rien de particulier, je salue le printemps.

— Comment?

— Je me branle en plein air!

Le Grand-Jean arriva tout près de moi et il vit mon membre en pleine érection à la base duquel je portais le cock-ring du club. Sans vouloir me vanter, il sembla impressionné...

— Bien amanché, mon Yvan.

— Ouais, pas si pire. Mais toi Grand-Jean, est-ce que ça t’arrive de profiter de la nature comme ça?

Bien entendu la réponse fut négative. C’est alors que je me mis à essayer de le convaincre d’essayer ça au moins une fois.

— Laisse-toi aller. Ferme les yeux. Oublie tout.

Il était déjà en combat avec lui-même. J’y vais, j’y vais pas?

Je lui pris la tête et l’embrassai doucement. Il s’abandonna. Il se colla à moi et je le serrai dans mes bras en continuant à l’embrasser. Je lui caressais les fesses, défis sa ceinture, descendis ses jeans et jetai un coup d’oeil. Il portait un caleçon «Fruit of the Loom» où se cachait un gros membre excité, humide, mais qui ne semblait pas très long. De toute façon, la réponse à notre question était là. Il était prêt. Je descendis son caleçon et empoignai son sexe. Je le branlai un peu, comme pour me familiariser avec lui, puis, l’engloutis dans ma bouche. Le Grand-Jean se mit à râler, à gémir tout bas. Ça ne faisait pas deux minutes que je le goûtais qu’il arrêta mon mouvement de va-et-vient. Je compris que déjà il était prêt à venir. Je laissai donc son pénis prendre l’air et entrepris de faire le tour du propriétaire. Je promenai ma langue sur ses testicules qui n’étaient pas rasés, sur le bas de son ventre, ses fesses, son anus, endroit qui le fit particulièrement frémir une fois ses réticences estompées. Le Grand-Jean était dans tous ses états. Pendant que je reprenais ses testicules dans ma bouche, il éjacula avec une vigueur impressionnante, sans que ni moi, ni lui touche à sa queue. Une fois qu’il eut fini d’arroser la pelouse, je lui remontai son caleçon, ainsi que son jeans. Il arborait un petit sourire tout en boutonnant ses Levis 501. Il fallait que je sache comment il avait vécu ça:

— C’est pas si pire, non?

— Oui, c’est même extra! me dit-il.

— Si jamais l’envie te reprennais, ne te gêne pas ! lui dis-je. On se croise régulièrement dans la rue. Tu n’as qu’à me le laisser savoir. Et ne t’inquiète pas, je serai très discret.

Je rejoignis le reste de la bande dans la cour chez Laurent et je racontai à tous ce qui s’était passé. Mais comme il se faisait très tard, nous remîmes au samedi l’élaboration du plan final. Ce qui fut fait.

Le plan final consistait à attendre que le Grand-Jean veuille de nouveau se faire astiquer l’argenterie. Cela se passerait dans le cabanon à jardin dans la cour chez Laurent. Ce dernier va feindre d’y faire le ménage, tout laisser traîner dehors pour qu’il y ait assez d’espace à l'intérieur. Je m’y rendrai avec Jean et, un à un, chacun des membres du groupe nous y rejoindra, et là, ce sera la foire totale, l’hymne au printemps avec en offrande le Grand-Jean.

Deux jours plus tard seulement, Grand-Jean me demanda si j’étais occupé le soir même.

— Pas du tout. Tu aimerais que...

— Oui, oui, c’est ça, si ça te le dit.

— Bien sûr, répondis-je. On pourrait se rejoindre au coin de la ruelle verte et de la ruelle médiane vers onze heures trente. La cour de Laurent se trouvait au coin de ces ruelles.

Le Grand-Jean acquiesça puis il partit vite prétextant qu’il était attendu. Bien sûr devait-il avoir peur qu’un de sa bande le voit en train de me parler. Enfin...

J’arrivai au coin de ses ruelles vers onze heure et quart et Jean s’y trouvait déjà, il était assis par terre adossé à la clôture. Je m’assis à côté de lui. On parla un peu, de tout et de rien et je lui expliquai qu’on pourrait profiter du cabanon à jardin de Laurent, car il était vide. Jean hésita mais, sûrement parce qu’il n’en pouvait plus d’attendre, il accepta.

Sans faire de bruit, on entra dans la cour puis dans le cabanon. On se déshabilla mutuellement en s’embrassant. Jean se sentant rempli d’audace me fit une pipe du tonnerre. Il submergea dans sa bouche mon pénis en entier, au point de se râcler le fond de la gorge. Le pauvre. Il y allait d'un mouvement de va-et-vient effreiné. Puis, avec ses lèvres et sa langue, donnait une correction à mon gland. Très agile le sportif. Était-ce vraiment la première fois qu’il faisait ça ou avait-il pris de l’expérience dans ses clubs de sport?

Tout d’un coup, Laurent arriva. Jean fut très surpris et voulait se rhabiller. Je le calmai. Il avait l’air d'un petit enfant qui venait de se faire prendre par sa grand-mère en train de se masturber dans le fond du placard. Pendant ce temps, Laurent se déshabilla et entreprit de goûter au membre de Jean. Ce dernier se laissa faire. Moi, je l’embrassai. Et à trois, on baisa environ dix minutes avant que n’entre Stéphane. Même réaction. Mais comme la chaleur, l’odeur des corps en exercice, l’excitation nous enivraient de plus en plus. Une fois que Stéphane fut à poil, nous reprîmes de plus belle.

Lorsque Vincent arriva plus tard, ou Pierre, le Grand-Jean ne réagit plus. En fait oui il réagissait. Il se précipitait sur les nouveaux venus pour les mettre à l’aise. Nous étions maintenant six à baiser comme des bêtes dans le cabanon à jardin, qui commençait à être exigu d’ailleurs, tout cela pour fêter l’arrivée du pintemps, du beau temps, de la chaleur. Fêter nos corps, nos amours...

Nous avons éjaculé presque tous en même temps, le Grand-Jean le premier, pendant que je le suçais, que Vincent lui mangeait les couilles, que Stéphane lui chatouillait l’anus avec sa langue, que Pierre l’embrassait et que Laurent lui mordillait les seins. Après ces ébats, nous avons suggéré à Jean que cela pouvait être, s’il le voulait, son intronisation dans notre club. Il accepta de la tête en s’essuyant le front. Vincent sortit alors un cock-ring de la poche de son pantalon et le lui remit. Bienvenue Jean. Nous sortîmes et chacun rentra chez lui. L’odeur de la terre qui dégèle se promenait au gré du vent et s’accrochait à nos narines. Le printemps était là, l’été n’était plus très très loin...


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