Impromptus : Malai, mon asiatique (2)


Impromptus : Malai, mon asiatique (2)
Texte paru le 2014-06-06 par Coolmark   Drapeau-fr.svg
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Malai, mon asiatique (2)

Il n’était pas prévu de suite à notre histoire, mais j’ai envie (ille aussi) de poursuivre à relater, et ce, d’un commun accord. Faire partager un peu plus de notre vécu.

Malai était trans, moi je ne savais plus quoi mais ne m’en souciais pas.

Nous étions très bien tous les deux ensemble. Avions pris un logement plus grand, grâce à nos revenus cumulés.

Nous vivions modestement, tout en nous offrant deux ou trois semaines de vacances à l’étranger tous les ans, les destinations étant variables.


Un soir que nous partagions bien tranquillement un DVD, constatant son manque d’intérêt pour le film, je sentis qu’ille avait envie de me dire quelque chose, mais manifestement ça avait du mal à sortir.

— Mon chéri, ça fait pas loin de deux ans que nous sommes ensemble…

— Et alors, euh, tu regrettes ?

— Non ! Absolument pas.

— Ben, c’est quoi le problème ?

— J’ai peur que tu le prennes mal.

— Tu peux pas penser à ma place. Alors parle.

— Oui, c’est ce qu’il y a de mieux à faire. Mais avant, dis-moi encore que tu m’aimes, tu veux bien ? Embrasse-moi, j’en ai besoin.

Nous échangeâmes un très long baiser qui m’échauffait fortement. Pour tout dire, j’avais d’autres désirs que de parler. Mais bon, j’ai toujours d’abord pensé avec ma tête, contrairement à beaucoup d’hommes. Les femmes sauront de quoi je parle…

Donc là, bien que me tenant toujours par les mains, ille se recula et me regarda franchement dans les yeux. Il semblait bien que l’heure devenait grave, je n’étais cependant pas du tout inquiet. Depuis que nous partagions notre vie, il n’y avait miraculeusement eu aucun nuage pour l’assombrir. Une confiance mutuelle s’étant naturellement instaurée, sans que nous n’en cherchions les raisons. Idem pour la répartition des tâches quotidiennes.

— Ressers-nous un petit verre si tu veux bien, quelque chose de fort, et éteins la télé.

Je sentis que la soirée allait être longue et obtempérai sans rechigner, nous apportant un très bon Armagnac hors d’âge.


Très inquiet au départ face à toutes ces données totalement inconnues, j’avais constaté que notre vie hors-normes avait dépassé les deux ou trois semaines auxquelles je m’attendais. Ille non plus n’en avait que faire de l’éventuelle désapprobation des autres, si jamais elle s’était exprimée, ou de leurs jugements. Ce qui ne fut jamais le cas. Nous passions pour un couple « normal », ce terme m’horripile. Rien ne pouvait laisser imaginer la réalité, et c’était très bien comme ça selon moi.

L’essentiel était l’amour que nous avions développé l’un envers l’autre au fil du temps et qui ne faisait que de se consolider. Ille m’apprenait tellement de choses, sans doute grâce à son aspect bouddhiste je suppose.

Ille m’enseigna les bases du tantra-yoga, et c’est ainsi que j’appris à faire l’amour durant des heures avant l’apothéose mutuellement consentie et offerte.

Nos rapports sexuels avaient largement dépassé le simple besoin d’assouvissement physiologique. Faire l’amour était devenu transcendantal. Une sublimation de notre condition de simples êtres mortels, nous atteignions une autre dimension que je ne saurais décrire. Sinon l’approche d’une béatitude.


— Oh, t’es là ? Demanda-t-il dix minutes après.

— Euh oui, excuse-moi. Je repensais à tout ce que je découvre avec toi. Tu as bouleversé ma vie, comme si tu m’avais enlevé des œillères. Il y avait avant toi et depuis toi.

— Tout ça ?…

— Pfff, il me semble que ta culture spirituelle m’apporte plus que ma religion de départ, laquelle n’a pas réussi à répondre à toutes mes questions. J’ai l’impression de tellement avancer avec toi. Et, si je peux me permettre, ça n’a rien à voir avec le sexe. Ton genre ne me pose aucun problème moral, mais je t’avoue avoir encore du mal à comprendre, malgré tes explications. Tu sais, je dois être un peu lent à la détente, comme on dit. Mais bon, je parle, je parle, alors que tu voulais me dire quelque chose. J’espère que tu ne m’en veux pas.

— Bien sûr que non. Le monde meurt par manque de communication. Et s’il n’y en a pas au sein d’un couple, où allons-nous ? Et si tu en as besoin…

— C’est bizarre, je ne me sens pas fier du tout. Je n’ai fait que parler, ne m’en veux pas.

— Oh Antoine, tu me connais encore bien mal, j’ai l’impression.

— Je n’en doute pas, mais je me demande si nous sommes nous-mêmes.

— Il y a beaucoup d’épaisseurs dont on doit se débarrasser, enchaîna-t-ille, avant de trouver notre être véritable. S’éplucher avant d’atteindre notre noyau, un truc comme ça.

— Allez, à toi la parole maintenant.

— Après ce que tu viens d’exprimer, je me demande si ça a encore de l’importance.

— Mais si. Il y a quelque chose qui te tient à cœur, tu dois le dire !

Il le marqua un long temps de silence, probablement pour trouver les mots justes.

— C’est un peu difficile à dire. J’ai besoin de ressentir encore ton amour avant de poursuivre. Je tiens à toi plus qu’à tout autre être, mais j’ai aussi envie de…

— J’écoute…

Il le prit à nouveau une longue inspiration, me ressaisit les mains, les serrant vraiment très fort, me regardant face-à-face.

— Je suis très heureux ou heureuse avec toi. Tu vois, moi-même je ne sais plus comment dire.

— J’avoue avoir aussi du mal, mais pour moi, tu es ma compagne, mon amante. Et surtout, tu m’épanouis.

— Merci.

Encore un temps que je trouvai très long. Je ne savais pas quels mots prononcer pour l’encourager.

— Alors voilà. Avant d’être ce que je suis, j’ai eu des relations avec des filles, et j’ai envie…

— Oui ?

— … D’en avoir encore, l’accepterais-tu ?

— Ouf ! C’est que ça ? Tu m’avais fait peur. Je me demandais si tu te lassais de moi ou si tu connaissais quelqu’un d’autre.

— Mais non, pas du tout. Alors, réponds à ma question, c’est important.

— OK. Pour être franc, ça ne me gênerait pas du tout. Juste, j’ai besoin que tu m’expliques, si tu veux bien.

— C’est pas compliqué. Je suis trans et bi. Et là, j’aimerais faire l’amour avec une femme…

— Continue…

— Il y a deux choses. Déjà, ressentir mon sexe dans celui d’une femme, et…

— Confidence pour confidence, moi aussi, l’interrompis-je. Oh, excuse, je ne t’ai pas laissé terminer.

— Pas grave. Tu voudrais bien ?

— Oui, je t’aime, tu n’es pas prisonnière et libre de vivre ta vie. Tu ne m’appartiens pas. Par contre, si tu veux me quitter, dis-le moi, c’est tout. J’ai horreur des cachotteries et des mensonges. Il ne faut pas me prendre pour un imbécile. La vérité, je la découvrirai dans tous les cas, tôt ou tard.

— T’es pas un peu bête, toi, quand tu t’y mets ?

— Hein ?

— Je souhaite que notre amour dure le plus longtemps possible. Sinon, je ne t’en aurais même pas parlé.

— Là, tu m’embrouilles un peu. Je dois comprendre quoi ?

— Attends, pas trop vite. C’est très très important ce que je veux te dire.

Ille fit une pause que je mis à profit pour nous resservir un verre de « trois étoiles ».

Une petite gorgée chacun avant de nous les faire partager dans un long baiser enflammé par l’alcool, en plus de notre passion.


J’étais fou amoureux de cet être extraordinaire.

Tous les jours, dans la rue ou au travail, je répétais sans cesse dans ma tête son si merveilleux prénom : Malai, Malai, Malai… N’attendant qu’une chose, nos retrouvailles.


Nos mains parcouraient à nouveau nos corps, mais je stoppai gentiment.

— Attends, tu n’as pas fini. Toi et moi avons envie de rapports avec des femmes, soit. Mais comment imagines-tu les choses ?

— Je ne sais pas vraiment, c’est pour ça que je t’en parle.

— Je te préviens, je ne suis pas partageur.

— Mais oui je sais, tu me l’as déjà dit.

— Alors, comment on va faire ? T’as des idées ?

— Ça se pourrait… Dit-il malicieusement.

— Moi, je ne vois pas. Je ne ne peux pas concevoir l’idée que nous ayons des rapports extérieurs en se cachant l’un de l’autre.

— Tu manques peut-être d’imagination ?

— Explique, je ne comprends pas où tu veux en venir.

— À une chose très simple d’un côté. Recevoir ici une jeune femme qui serait d’accord pour nous deux.

— Et t’y crois ?

— Oui. Ça fait un moment que j’ai ce projet en tête, et j’ai fait quelques repérages. Tu sais, il y a des femmes libérées mais seules, qui ne cherchent pas que le sexe. Elles sont aussi en attente d’amour.

— Et tu aurais trouvé la perle rare ?

— Il semble bien que oui. Mais avant d’aller plus loin, nous devons en parler tous les deux, qu’en penses-tu ?

— Pfff, t’as pas fini de me surprendre. Pour tout dire, tu me scies les pattes.

Je n’avais pas du tout pensé me retrouver un jour dans cette situation. Faire l’amour avec ille et elle me semblait simplement impossible.

Mais l’idée faisait son chemin et je m’habituais à cette perspective. Partager tous les trois, ça je pourrais l’accepter. D’autant plus si ille et moi en avions envie et qu’il n’y ait pas de tromperie.

— Tu dis plus rien, je t’ai choqué ?

— Non non, je réfléchissais, c’est tout.

— Dis ce que tu en penses.

— C’est tellement inattendu ce que tu proposes... Mais je suis disposé à tenter l’expérience. Simplement, il faudra que le courant passe entre nous, sinon ça ne marchera pas. On ne va pas juste faire un plan sexe. Au fait, elle sait que tu es ille ?

— Pas encore. Je le dirai le moment venu.

— Concrètement, on va faire comment ?

— Simple. Rendez-vous samedi midi pour le déjeuner et faire connaissance tous les trois. Et si le feeling est là…

— Banco !

— Je lui envoie un SMS pour confirmer.

Une minute plus tard, ille reçut une réponse affirmative. Nous allions donc partager un repas convivial, avant autre chose peut-être.

J’eus le temps de remonter le fil de notre longue conversation.

— Au fait, tu avais mentionné deux choses à me dire. C’est quoi la deuxième ?

— Hé ! T’as de la mémoire, toi !

— Oui, alors ?

Ille me reprit dans ses bras avant de m’emmener au lit.

— Viens, on continuera après. J’ai envie de toi, tout de suite.


Je ne me suis pas fait prier et nous avions passé une nouvelle longue nuit d’amour et de tendresse. Je ne me lassais pas de caresser son corps androgyne, de faire l’amour avec ille, mais l’essentiel était la communion et le partage.