Ini-Passion XII (3)


Ini-Passion XII (3)
Texte paru le 2014-02-12 par Coolmark   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : Ini-Passion

Oblation (3)

Il s’agenouilla, lui baisa les pieds, puis entama l’écriture à vif des quatre lettres qui devaient marquer à jamais sa maîtresse.

Elle sentit les coupures dessinant le « A ».

– Ton sang est sublime, lui confia-t-il solennellement, aux accords de tes insupportables râles.

Elle fut prise de nausée en imaginant le sang qui devait couler de son bas-ventre, tandis qu’il écrivait le « N », puis le « R »... Au « I », elle s’était évanouie.


Il ne put lui dire d’écouter l’arioso numéro soixante-deux, mais lui le fit, recueilli, toujours à genoux à ses pieds, qu’il baisa à nouveau.

Mein Herz, in dem die ganze Welt

Bei Jesu Leiden gleichfalls leidet,

Die Sonne sich in Trauer kleidet,

Der Vorhang reißt, der Fels zerfällt,

Die Erde bebt, die Gräber spalten,

Weil sie den Schöpfer sehn erkalten,

Was willst du deines Ortes tun ?

Mon cœur, tandis que le monde entier

Souffre des douleurs de Jésus,

Que le soleil se cache,

Que le voile se déchire, que les rochers se fendent,

Que la terre tremble et que les tombes s’ouvrent,

Car ils ont vu mourir le Créateur,

Que vas-tu faire ?


Il écouta solitairement l’aria suivante.

Zerfließe, mein Herze, in Fluten der Zähren

Dem höchsten zu Ehren.

Erzähle der Welt und dem Himmel die Not :

Dein Jesu ist tot !

Pleure, mon cœur,

En l’honneur du Très Haut.

Dis ta douleur à la terre et au ciel :

Ton Jésus est mort !


Puis il se redressa, déçu qu’elle n’ait pas supporté jusqu’au bout son calvaire. Il la détacha de la glorieuse croix, l’étendit sur la table de repos et s’allongea sur son abandonnée. Elle gisait immobilisée par le poids de cet homme sur son corps meurtri, épuisé. Il la réveilla grâce à la serviette rafraîchie et par de gentilles petites tapes sur les joues. Elle revint lentement à elle, semblait ne pas comprendre où elle était, ni avec qui. Sa voix grave lui parvint.

– Ça va ?

– Hein ? Interrogea-t-elle, pensant être encore dans son cauchemar.

– Regarde ton ventre, comme tu es belle.

De retour à la réalité, elle releva la tête, observa son pubis, le tâta, ne voyant ni coupures, ni sang.

– C’est déjà cicatrisé ? Demanda-t-elle, je suis restée évanouie si longtemps ?

– Mais non, quelques minutes, le temps de naître... D’ailleurs, il n’y avait vraiment pas de quoi tomber dans les pommes, tu ne pensais pas que j’allais réellement te marquer dans ta chair ?

– Eh bien, avec toi, je m’attends à tout.

– Je t’adore, mon innocente, ma pure.

Il lui montra la fameuse arme du crime, un inoffensif feutre rouge à pointe froide et fine, qu’il avait subtilisé au scalpel.

– Tu vois, ça ne sert à rien d’avoir peur, il ne faut pas croire tout ce que l’on voit.

– Tu va me rendre folle, arrête maintenant. Baise-moi, tue-moi ou libère-moi, je n’en peux plus.

– Très honoré... Merci.

Il approcha ses mains du cou de son aimée, commença à serrer... Elle était en transe.

– Aahh, prrends-moi, prrends-moi... Viite...

– Non ma belle, tu serais trop contente. Écoute !

O hilf, Christe, Gottes Sohn,

Durch dein bittres Leiden,

Daß wir dir stets untertan

All Untugend meiden,

Deinen Tod und sein Ursach

Fruchtbarlich bedenken,

Dafür, wiewhol arm und schwach,

Die Dankopfer schenken.

Ô, sauve-nous, Christ, Fils de Dieu,

Par tes amères souffrances,

Afin qu’à toi soumis

Nous fuyons tous les péchés,

Pour que ta mort et ses causes

Soient fécondes,

Bien que pauvres et chétifs,

Nous offrirons les sacrifices.


– Aaccepte moon Aaamouourr..., prrends mmaa vviiee..., quee çaa àaahh... mmmoi..., prrends-laaa..., mmoon ddououx Mmmaître..., pouour toiaah..., teee l’ooffre...

– C’est grave ce que tu me proposes. Es-tu sûre ?

– Oououii... T’en priiiee... « Je suis prête à mourir, délivre-moi de nos tourments si terrifiants et délectables, libère-moi pour toujours... Je t’ai connu, je t’ai aimé, il y a bien longtemps déjà. Nous sommes aujourd’hui ensemble pour effacer les dettes d’un passé que nous n’avons pas dépassé.

– Aurais-tu enfin compris que tu es totalement à moi ?

– Oououii... Aaahhh...


Il serra un peu plus, elle était tellement belle... Tellement grande... Mais s’était arrêté. Il acceptait d’user de sa chair, mais refusait de dépasser les limites du jeu. Elle était à un tel degré de renoncement, de désir et de besoin de sacrifice, qu’elle s’offrait entièrement. La mort, en cet instant, lui apparaissant comme un soulagement, une délivrance, l’aboutissement de leur amour, le grand passage. Elle ne voulait plus rien, avait transcendé la douleur physique, son amour-propre, sa condition terrestre...


– Je ne peux pas accepter, dit-il enfin.

– Pour Noël... Proposa-t-elle en fondant en larmes.

– Non... Merci.


Il la libéra de son étreinte, la prit, la caressa et l’embrassa tendrement.


– Viens, ça suffit maintenant, tu es née. Allons nous coucher, je me sens câlin ce soir...


Il soutint l’éperdue abandonnée titubant jusqu’à leur chambre. Il avait préparé un lit tout propre, avec de beaux draps de soie, verts.


Ils se couchèrent simplement. Elle s’endormit, la main dans sa main, tandis qu’il repensait à cette seconde nuit de nouvelle lune avec elle...