Je t'aime vieux frère

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Numéro 16

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 16
Date de parution originale: Septembre 1987

Date de publication/archivage: 2018-09-05

Auteur: Michaël
Titre: Je t'aime vieux frère
Rubrique: Les confessions de Bruno

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Bonjour, je m’appelle Michaël mais mes amis ont l’habitude de m’appeler Miko. Je suis hétérosexuel (enfin, je l’étais) et la première expérience que j’ai eue m’a entièrement convaincu. Cela s’est passé avec mon meilleur ami, que dis-je, mon frère ! Parce que c’est comme cela que je le considère. Depuis que l’on se connaît, on a toujours tout partagé : joies, peines, argent, chambre... Tout quoi ! Excepté une chose : nos corps. Pourtant nous sommes des siamois, c’est à dire, inséparables ; entre nous, c’est à la vie, à la mort !

Et puis, hier... on était chez moi. Comme j’habite un étage élevé d’une tour, la vue est très belle. C’est un panorama qu’il adore, et comme je ne peux rien lui refuser, je l’ai donc invité, d’autant plus que mes parents sont absents actuellement, ce qui nous permet de passer des soirées sympa et... tranquilles ! Comme d’habitude, on s’est mis un disque de jazz (Count Basie en compact, c’est sublime !), et comme d’habitude, on s’est mis à parler de tout et de rien en attendant d’aller en boîte draguer des minettes, conversation qui a dérivé sur la sexualité, à propos du rapport Hite entre autres.

Puis, on a abordé le thème de l’homosexualité. Je m’étais lancé dans une audacieuse argumentation quand je me suis aperçu qu’il me regardait avec un air que je ne lui connaissais pas. Il y avait de l’amour dans ses yeux (normal, on est frères) mais cette fois-ci, il y avait quelque chose de différent, de nouveau. Je n’arrivais pas à voir ce que c’était, ou plutôt je ne voulais pas. Il me dit alors : « Tu es ce frère que je n’ai jamais eu » (il est fils unique) « et que j’aurais tant voulu avoir. On a toujours tout partagé, sauf une chose. » Bêtement, je lui ai demandé quoi. Il me fixa encore plus intensément avec ce regard étrange, et me dit : « Idiot, nous ! » Alors là, comme dans les films, j’ai entendu un grand crac côté cœur. Je lui ai dit : « Depuis quand ça te trotte dans la tête ? » « Deux minutes, comme ça, et ça me fait tout drôle. »

Je n’oublierai jamais (pas plus que lui d’ailleurs) la nuit qu’on a passée. Je me souviens qu’un jour, des filles nous on dit que nous étions des bêtes sexuelles mais, jusqu’à hier, je ne m’étais jamais rendu compte de ce que cela signifiait... Quelle nuit ! Quel mec ! Et je ne suis pas peu fier de dire que je lui ai offert autant de plaisir qu’il m’en a procuré, pas rien qu’un peu ! C’est formidable de pouvoir tout partager avec l’une des seules personnes que l’on aime vraiment. Sans être devenus homosexuels pour autant (on aime toujours les nanas), on s’est dit que l’on ne manquerait pas de se refaire plaisir bientôt ! Pourtant, j’ai peur que cela ne soit pas comme la première fois. Je t’aime, vieux frère... Tu ne peux pas savoir comme je t’aime !

Miko.