L'amour, ça n'existe pas!

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Numéro 112

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 112
Date de parution originale: Mai 2001

Date de publication/archivage: 2013-11-02

Auteur: Erwann
Titre: L'amour, ça n'existe pas!
Rubrique: Nous deux

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Ce texte a été lu 3826 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)

Ce récit est également paru dans le numéro 113 de Lettres Gay, en août 2001.

Je n’ai pas de belle histoire d’amour à raconter. À trente-huit ans, je n’en ai pas encore connue, du moins telle que j’aimerais la vivre. Tout ceux qui ont écrit dans la rubrique “Nous Deux” affirment que ça leur est arrivé. Moi, j’affirme le contraire. Je vais vous raconter l’histoire d’un couple de mecs qui n’existe pas.

Je ne suis pas laid, ni forcément très beau, mais on me trouve du charme et même un certain charisme. Je mesure 1m83 pour 72kg. Je suis mince, j’ai un cul assez rebondi, une queue de 18cm, des yeux bleus, et déjà des tifs blancs dans ma tignasse châtain. Voilà pour la réalité. Lui, l’homme idéal, il n’a pas de nom. Il pourrait aussi bien s’appeler Werther que Raymond. Il est à géométrie variable. C’est un être multiforme et même, multicéphale. Quand je lui coupe la tête, une autre repousse en lieu et place, un peu différente. Par contre, ce qu’il n’est pas, relève du rédhibitoire absolu. Il n’est pas du tout mais vraiment pas du tout efféminé. C’est un mâle. Pas une tapette de ghetto. Il n’est pas petit. Il n’est pas gros. Il ne s’appelle pas Musclor. Il n’est ni égoïste, ni égomaniaque, ni bourgeois. C’est un pur, un dur, un tendre, un sensible, un placide, un serein, un optimiste, surtout un altruiste. Il n’est pas blond et il n’a pas les yeux bleus: ce n’est pas un Aryen.

Pas d’âge. Il peut avoir aussi bien vingt ans que cinquante-cinq. Quelle importance, pourvu que je l’aime et qu’il me serre dans ses bras! De lui, des grands traits peuvent l’esquisser, ou plutôt, des détails, comme surgis de mon imaginaire fiévreux. Une bouche aux lèvres importantes, sensuelles et ourlées. Des joues creuses surmontées de pommettes saillantes. Des yeux un peu en amande. Un corps solide, charpenté naturellement. Des tifs bruns, bouclés, un peu en pétard, drus comme la vie. Des sourcils épais qui se rejoignent au-dessus du nez. Et le nez: grand, droit ou bosselé, mais grand! Il est curieux de voir à quel point il doit posséder des extrémités importantes: grands panards, grandes oreilles un peu décollées, grand pif, grandes mains nerveuses. Quant à la queue, je n’ai jamais rêvé d’un monstre, puisqu’il est rarement facile de s’en servir correctement. Disons comme moi. Si en plus il est très poilu, sur le torse, autour des couilles, le ventre et même le dos, je plonge dans les délices du rêve. Rien ne me touche autant que de contempler les phalanges velues de doigts ou d’orteils. La bite raide autant que la larme à l’œil.

J’aime le sexe. Énormément. J’ai mes fantasmes, comme tout le monde, des fantasmes qui s’affinent au fil des âges. Je suis un fétichiste, mais pas un vrai. Moi qui suis fou des bottes de mâles, je ne sais qu’en faire si un mec n’est pas dedans. J’aime les slibards déjà portés, mais pas sans son propriétaire. J’aime les tenues vestimentaires fortement connotées viriles: uniformes, tenues militaires, ouvriers, agriculteurs. C’est normal, je suis pédé! Je serais devenu hétérosexuel, j’aurais probablement aimé les guêpières, les bas résille et les talons vernis à super-hauts talons.

Oui, j’aime le sexe, et j’imagine, avec lui, les pires cochoncetés qu’on puisse faire à deux. J’en suis arrivé, aujourd’hui, à ne plus pouvoir réaliser mes fantasmes avec le premier venu. Avec “lui”, la porte du délire érotique est grande ouverte. Avec les autres, ceux du monde réel, ça me dégoûte. De lui, je me régalerais de ses odeurs: odeur de cul, odeur de bite, odeur d’aisselles, odeur de pieds. Je serais toujours les narines grand ouvertes à le sniffer. Je lui interdirais la salle de bains, le blair toujours plongé dans ses calcifs ou ses grandes bottes, je suis fait ainsi. En fait, je n’ai plus du tout envie de disséminer mes fantasmes sexuels au gré de tous les n’importe-qui-n’importe-quoi des rencontres furtives. Je veux les réserver uniquement pour lui.

“Pour lui” est là l'expression la plus succincte et la plus significative. J’aimerais me donner pour un homme. Complètement corps et âme comme on dit dans les romans de gare. N’appartenir qu’à lui. Pourvu qu’il m’aime comme je l’aime. Pas son esclave. Surtout pas. Mais lui offrir le meilleur de moi-même, que ce soit mon âme ou mon cul. Fermer ma porte définitivement aux autres, tout ceux qui ont croisé ma route et dont j’ai oublié jusqu’au prénom.

On en vient au cul, justement, puisque vous ne faites pas dans la dentelle! Alors, on y va, tous les sens en éveil maximum. On s’embrasse, on se roule des pelle, profondes, juteuses, qui durent qui durent où les langues se cherchent s’accolent, se nouent se dénouent et s’affrontent visitant chaque recoin de la bouche de l’autre. Les lèvres s’épousent avec force, avec détermination, avec tendresse, pendant que les corps se serrent que les bras puissants enserrent que les mains caressent avidement nuque et croupe fermes. On s’aime, on se le fait comprendre de la langue et du geste, de la pression accentuée et répétitive des doigts. J’aime le goût de sa bouche. C’est âpre comme du bois sec. Nos barreaux sont raides depuis toujours, on se les frotte convulsivement l’un contre l’autre derrière nos braguettes respectives. Queues dures, archi-dures, glands décalottés, déjà suintants, mouillés, tiges agitées de réflexes incontrôlables, couilles pendantes gorgées de suc.

Sniffer sa bite. Se la bouffer. Se l’enfoncer jusqu’après la glotte, quitte à en étouffer. Lécher. Sucer. Aspirer. Soixante-neuf forcené. Queues d’abord, puis trous du cul. Ne plus pouvoir se relever. Rester là, nez et lèvres collés au bas-ventre de l’autre avec la ferme intention de n'en plus bouger. Jamais. À donner le plus de plaisir possible à l’autre. Se chatouiller les tétons, simultanément en observant les réactions d’intense plaisir dans le regard de l’autre. Puis tournicoter, pincer, étirer. Voir les bouches qui s’ouvrent écouter les plaintes qui s’exhalent sentir les haleines qui se fondent. Pinces à seins, reliées aux quatre tétins. Souffrance. Plaisir. Les yeux chavirent les langues ne servent plus seulement à lécher, mais à parler. “Serre les vis plus fort mon bel amour, je jouis des seins!!”

Il m’encule, à fond, pleinement profondément. Et je m’ouvre, comme jamais je me suis ouvert pour aucun autre homme. Plus il m’encule à grands coups, plus je me sens mâle à mon tour. Mélange des sueurs, des odeurs, des souffles. Je suis sur le dos, quatre fers en l'air, jambes repliées autour de ses hanches. Je veux le voir, je veux distinctement comptabiliser la progression du plaisir sur son visage pour lui en offrir encore plus, jouer de mes sphincters, empoigner ses couilles collées à mon cul, mordiller ses grandes oreilles. Il me prend, il me lime, il m’arrache le fion. Il me dit des mots d’amour. Il me dit qu’il n’aime que moi. Il me dit qu’on ne se quittera jamais plus. Moi, je suis parti dans un autre monde. Ça s’appelle le septième ciel? Peut-être, après tout. Nos corps sont soudés, nos lèvres sont soudées, sa belle queue me pourfend et plonge à l’intérieur de mon âme. Je ne suis plus que désir et don de moi. Il jouit, il feule, il grogne, il gicle en moi, il m’inonde de toute sa substance. Je ne peux plus me retenir. Je m’embrase, je me tords comme un ver. Je jouis. Je gicle. Je hurle son nom...

Dehors, le vent souffle en tempête. Les volets claquent. Nous sommes au chaud, emmitouflés l’un dans l’autre. Nous parlons à voix très basse. Nous sommes heureux. Je pleure.