L'amour, ça vous prend comme ça

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Numéro 78

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 78
Date de parution originale: Septembre 1996

Date de publication/archivage: 2017-08-29

Auteur: Gérard
Titre: L'amour, ça vous prend comme ça
Rubrique: Nous deux

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Je vous écris pour vous dire que c’est possible, toujours, à tous les âges. Même quand on n'a pas l'allure d’un mec comme le dernier en couverture de Lettres Gay, qui ferait craquer n’importe qui. J’ai quarante-deux ans et j’habite un petit village de la Drôme, un endroit où les possibilités de rencontres sont très limitées, pour ne pas dire inexistantes. Je me force à aller régulièrement en ville pour voir un film, et jusqu’il y a deux ans, je ne croyais pas, franchement, que je pourrais regarder passer la vie avec quelqu’un à mes côtés, quelqu’un avec qui dîner, et surtout avec qui passer des heures entières à faire l’amour, dans les bras de qui j’ai redécouvert les plaisirs des caresses et les jouissances répétées.

Comme les quelques amis homos que j’ai, je fantasme très souvent sur les magazines un peu hard, et je me caresse en pensant à tout ce que je pourrais faire aux garçons superbes, si jeunes, si sensuels qui posent pour ces photos. Mais jusqu’à aujourd’hui, ils ne m’ont aidé qu’à une seule chose: m’endormir avec dans la tête des rêves qui font du bien. Longtemps j’ai cru que mon corps, plus aussi ferme qu’avant, ne pourrait plus jamais frémir sous le contact d’une autre peau, et je sais aujourd’hui, alors que je le vois se reposer allongé tout nu sur l’herbe dans le jardin, que je me suis bien trompé.

C’est en achetant un magazine emballé sous plastique que j’ai vu Francis pour la première fois. Il avait un quotidien régional sous le bras et se dirigeait vers le rayon des érotiques où, par chance, il ne restait plus que deux exemplaires du même journal. C’est bête, mais je m’étais souvent dit que je n’avais pas eu de bol, je n’étais jamais tombé sur quelqu’un qui en eut acheté un devant moi. Francis est passé à trente centimètres de moi, a planté ses yeux dans les miens comme quelqu’un qui n’a peur de rien, et m’a dit comme s'il devinait mes pensées: «On en prend chacun un ou on en achète un pour nous deux?» J’étais très gêné parce qu’il avait parlé sans honte, comme pour parler d’un sujet banal, et aussi parce que j’ai l’habitude de faire ce genre d’achat discrètement. J'étais tout rouge, et il a ajouté qu’au lieu de rougir je ferais mieux de me décider. J’ai bafouillé comme un imbécile et il a pris les deux exemplaires avant de foncer les payer à la caisse.

Il était debout sur le pas de la porte du magasin, il m’attendait J’ai vu en m’approchant qu’il avait un jean bien rempli au niveau des fesses, et des boucles brunes qui lui tombaient dans le cou. Il m’a proposé de me faire la lecture, et je n’étais pas sûr qu’il n'eût voulu se moquer de ma timidité. «On prend ta voiture,» m’a-t-il dit «et on va chez toi, à moins que tu ne sois pas seul...» J’ai dit qu’on pouvait y aller, que ce n'était pas loin, et j’ai calé deux fois en démarrant. «L'émotion,» a dit Francis en riant. Il a arraché le plastique du magazine. En le feuilletant il m’a demandé, au détour d’une page, si celui-ci ou celui-là me plaisait. Il était très effronté, mais je voyais dans l’encolure de sa chemise une peau très claire avec des poils qui remontaient presque jusqu’à la pomme d’Adam, et je pensais à sa queue, je l’imaginais noueuse et brune avec des veines bien dessinées, les couilles bien pendantes, lourdes et recouvertes de poils aussi noirs que ses cheveux. J’avais du mal à garder les yeux fixés sur la route, je me voyais en train de me faire prendre avec lui face à moi, qui me regardait bien en face en me maintenant les fesses ouvertes. Je sentais que ce mec était un petit démon du sexe, un bon baiseur, et j’appréciais qu’il me parlât d’une manière aussi directe, même si je n’en ai pas l’habitude. Ici, c’est plus souvent les discussions qui évitent le sujet que celles qui l'amènent et je n’avais pas besoin de savoir ce qu’il faisait dans la vie ou s’il aimait le cinéma, pour être certain que j'allais aimer ce moment.

Je m’étais à peine garé dans l’entrée qu’il ouvrait la portière pour m’attendre devant la porte en se tenant la bite, en sautillant comme un gamin, en me disant «Vite, vite, bouge-toi un peu!» comme s’il était resté six mois sans faire l’amour. À peine entrés, il m’a poussé sur le canapé et m’a dit de rester sur le ventre. Il s’est allongé sur moi, a sorti sa queue, l’a collée contre mes fesses en prenant le magazine dans la main. Sur la photo, un mec à quatre pattes exhibait un cul rond, complètement lisse et très ouvert, comme s’il venait de se le faire travailler. Francis m’a dit qu’il allait me faire ça, qu’il voulait me bouffer la raie et m’élargir le fion avec ses doigts et sa queue. Il a sauté devant moi: j’avais son engin sous le nez, j’étais aux anges. Il a plié les genoux, m’a dit de tirer la langue et m’a posé le gland dessus avant de s’enfoncer très lentement dans ma bouche, puis dans ma gorge. Jamais je ne me serais cru capable d’avaler une tige pareille. Alors que je l’imaginais courte et large, elle sortait de son jean sans que je visse les couilles, longue, imposante. Elle rentrait dans ma gueule comme si elle avait trouvé son chemin, et je baissais la langue pour qu’elle se sente enveloppée dans ce tunnel. Il la faisait glisser lentement, puis il m’a tout d’un coup pris par les cheveux en m’ordonnant de ne lécher que le gland. Je le suçais comme un cadeau du ciel, je passais et repassais ma langue. Cette queue devant moi, je savais déjà que j’aurais fait tout ce que j’eusse pu pour qu’elle entre en moi tous les jours.

Francis a décidé de prendre une douche. On est montés au premier et il m’a dit de l'attendre sur le lit. Mais en imaginant son corps sous la douche, en voyant son jean par terre, je n’ai pu m’empêcher d’aller respirer l’odeur de sa queue dans son caleçon, et je suis entré dans la salle de bains prêt à tout pour lui donner du plaisir. Il m’a pris dans ses bras, m’a embrassé sous l’eau ruisselante avant de me glisser un doigt savonneux dans le cul. Il m’a donné un bain comme à un enfant, m’a séché et enroulé dans la serviette avant de me porter dans la chambre et de m’allonger sur le lit. Sa langue est passée longuement sur mon trou, et quand il a tendu le bras vers la table de nuit, j’ai su qu’il avait compris d’instinct où je rangeais capotes et gel. Son entrée dans mon cul avec un doigt a été aussi douce que possible, même si je l’ai supplié de devenir une brute pour me le défoncer avec sa queue. Il m’a limé avec une vigueur extraordinaire, mais chaque accélération, alors que je sentais sa queue au fond de moi, était ponctuée de baisers sur mon dos. Il m'offrait son gland comme un cadeau, il le poussait toujours plus loin et je perdais toute contenance. Moi, l'homme timide, je râlais comme une fille, je tenais mes fesses avec mes mains pour qu’il aille toujours plus loin, et quand je me suis retourné j'ai su, en le voyant, qu’il allait m’aimer comme jamais: un sourire éblouissant lui barrait le visage. J’ai serré sa poitrine contre la mienne et il a joui sur mon ventre.

Trois semaines après, il venait poser sa brosse à dents et ses valises, et aujourd'hui encore il lui arrive de me ramener de la ville un magazine ou une vidéo, pour me dire à sa manière que ce jour-là est à marquer d’une croix rouge, et pour me montrer que c’est le moment de commencer une longue et délicieuse séance de galipettes.

Gérard, 42 ans.