L'amour, c'est une drogue dure

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Numéro 67

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 67
Date de parution originale: Novembre 1994

Date de publication/archivage: 2012-10-08

Auteur: Michel
Titre: L'amour, c'est une drogue dure
Rubrique: Nous deux

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Ce texte a été lu 3495 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)


Libraire à Lyon, j’ai dû me résoudre, en 1974, à prendre un jeune vendeur pour m’épauler. Je suis pour moitié “ambulant". Chaque week-end, je fais les Salons du Livre Régional, ceux du Bibliophile, les foires, etc. J’avais plus besoin d’un costaud que d’un agrégé. Cela dit, je ne voulais pas d’un gars qui ait un petit pois à la place de la cervelle. Parmi tous les candidats qui se sont présentés, j’ai retenu Damien. Il avait dix-neuf ans et venait d’obtenir son bac. Solide, il réunissait toutes les aptitudes pour exercer un emploi où il faut aussi porter des cartons ou remplir une fourgonnette. Je ne crois pas l’avoir recruté sur sa belle gueule. La séparation entre boulot et vie privée, ça existe.

Mais son physique masculin attrayant et son allure de sportif ont dû influer. Damien s’acquitta parfaitement de sa tâche dès les premiers temps, et je compris que nous allions nous entendre. Peu à peu, son contact, sa présence... et le fait d’avoir un beau gosse à côté de moi dans le travail, ont livré toute leur charge émotionnelle.

Je me suis rendu compte être amoureux de Damien. Ses cheveux courts et soyeux, son visage lisse et rieur, sa plastique virile, son humeur égale et sa sérénité, tout cela était à l’image même de l'idéal de garçon que je porte en moi depuis toujours. Mes trente-neuf balais et le fait que j’aurais pu être son père n'y changèrent rien. Je l’aimais déjà parce qu’il était loyal, honnête et positif... Je me suis mis à le désirer. Je me promis de coucher avec lui et de l’avoir comme amant.

J’ai calculé tous les moyens de le séduire et de me l’attacher définitivement. Je lui ai fait des facilités dans le travail. Je lui ai rendu la vie agréable. Je l’ai augmenté. Je l'ai traité de plus en plus comme mon garçon (son père était décédé, il n'avait que sa mère et ses deux sœurs). J’ai enfin aménagé une chambre de bonne que j’avais sous les toits et où je lui ai installé un studio qu’il a occupé pour un prix dérisoire.

Il y avait déjà un an et demi que nous travaillions ensemble et trois mois qu’il occupait ce studio... Un samedi soir, un dimanche matin plus exactement, vers les quatre heures, un de ses copains me téléphona. Damien était trop ivre pour conduire. Est-ce que je pouvais venir le récupérer? Ce soir-là, Damien avait arrosé avec ses potes à la fois ses vingt ans, son installation dans le studio et l’achat de sa R8 d’occasion. Il avait aussi bu trois fois plus que de raison. Quand je le rejoignis à la boîte de nuit où ses copains étaient presque aussi grillés que lui, il était complètement H.S.. Je l’ai ramené. Je l’ai porté dans ma chambre et j’ai veillé sur lui. Il était sans répondant, comme décérébré.

Voyant qu’il ne courait pas de danger pour autant, je le dévêtis pour l’installer dans mon lit. II se retrouva en slip. Ses cuisses puissantes et poilues semblaient s'offrir à moi. Je revois ce slip rouge, "taille basse”, serrant son ventre plat... sous-vêtement un peu juste à vrai dire car des poils dépassaient des côtés. Deux ou trois fois j’avais vu Damien à poil sous la douche.


Non seulement il avait les fesses les plus bandantes qui soient (on lui aurait bouffé le cul toute la nuit!), mais encore il avait un zizi très appétissant, de belles dimensions. Et je savais Damien bien monté, certes. Mais le généreux dessin de sa queue sous le tissu rouge m’en apportait la confirmation éclatante... et tentante dans cette situation. Et je regardais cela, le volume de ce membre viril quand je me vis... l’effleurer des doigts... le palper... le toucher... avant de me pencher soudainement pour le sucer. C’est lâche, je sais, et pas beau: mais sachant Damien sans réaction, j’ai baissé son slip juste assez pour délivrer sa bite au repos. Et là, sans même y mettre la main, dans la position d'un assoiffé qui boit au-dessus d'un point d’eau, j’ai absorbé ce pénis d’homme. Les couilles reposaient entre de fins poils soyeux, au-dessus de la raie du cul où le galbe des fesses était d’une beauté à couper le souffle. Le sexe sur lequel ma bouche s’activa gonfla-t-il quelque peu? Je le sentis se dilater entre mes lèvres... Me suis-je oublié à cela plus longtemps que je ne crus? Comme un voleur, je remis les choses à leurs places et sortis de la chambre, la tête en feu.

Je suis allé dormir ailleurs. Tout le reste de la nuit je me suis branlé en pensant à Damien. Je ne pus trouver le sommeil. Je me revoyais le suçant et j’ai tâché de conserver dans ma bouche le goût incomparable de ce pénis qui avait commencé de se déployer en moi. Je me suis branlé jusqu'à six fois avant de me lever.

Combien de temps m’a-t-il fallu pour comprendre? Trois semaines? Cinq? Sous des prétextes divers, loufoques, Damien venait se faire chercher à la boîte de nuit. Il était toujours passablement ivre. Quelquefois peu (il aurait pu conduire). Mais il était alors sans auto. Je lui ai dit que je ne me voyais plus aller le récupérer dans une discothèque ou l’autre toutes les nuits. Il a rougi. Arrivé à la maison il m’a donné la sensation de feindre être plus soûl qu’il ne l’était et de chercher à ne pas monter chez lui. Puis j’ai compris... j’ai cru comprendre...

Un soir de semaine (mais nous ne travaillions pas le lendemain), nous arrosâmes tous les deux, Damien et moi, mon propre anniversaire. J’avais toujours dit que le soir de mes quarante ans, je mettrais le paquet Rentrant du restaurant nous étions peu sûrs de nos gestes, mais nous continuâmes à boire à la maison. Damien se retrouva sur mon lit soi-disant incapable de monter jusqu’à son "grenier".

Cette fois-là, je me sentis ridicule. D’abord j'avais mal évalué ma capacité à ingérer de l'alcool, et... je m’endormis à côté de mon jeune gars. Quand je me suis réveillé, c’était lui qui dormait Fallait-il recourir à ces expédiants pour faire l’amour? Je m’en voulus. Allais-je conduire ce garçon à boire parce que cela “facilitait les choses"? Tandis que je réfléchissais ainsi, me retournant avec agitation, une jambe se prit aux miennes, un corps glissa contre le mien. J’ai enlacé Damien qui, de toute évidence, cherchait cette sorte de contact. Le cœur battant la chamade, je l’ai attiré contre moi, tout près, plus près encore. Avec quel vertige lui aussi, est-il entré dans ma caresse! Ma main a effleuré sa cuisse, son sexe sous le slip. Son sexe en érection, tendu à bloc.

Dans les vapeurs de l’alcool, dans un sentiment d'irréalité, nous avons connu l'amour. L'amour ayant la fluidité de l'eau et la dureté du rocher. Le goût savoureux des tous premiers fruits. Un baiser nous confondit. La main de Damien enveloppa mon propre sexe et le pressa tandis que ma main refermée frottait doucement le sien sur sa longueur. J’ai léché la peau de Damien. Sensation unique que celle naissant lorsqu’on a le visage enfoncé dans le cou de son jeune amant pour humer l’odeur de ses cheveux, de sa peau! L’étreignant, je descendis le long de son corps pour le lécher en entier, pour ne pas laisser un pore non parcouru par ma langue.

Les joues chaudes, Damien me laissa faire. Avec lascivité il pressait son pénis contre mon corps, donnant de profonds et lents coups de bassin toujours répétés. Son cierge était dur en appuyant contre mon ventre. Damien exprimait sans subtilité son besoin d’être sucé: acte qui était à la genèse de notre lien charnel. Mais mon amant désirait le vivre cette fois avec tout son corps et tout son esprit toute sa participation.

J’ai sucé Damien. Sa bouche entrouverte, son expiration rapidement bruyante me donnèrent l’idée que peut-être lui aussi. Et j’ai pivoté sur moi-même pour placer mon entrejambe à hauteur de son visage. Alors, en un geste spontané, il a collé sa main à mes fesses pour m'attirer vers lui et me pomper sans complexe, aussi bien que je le suçais. Apprenant de moi, m’imitant et à la fois, apprenant de lui en écoutant son instinct sa pulsion.

C’est là qu’eut lieu notre première jouissance. Nous savions déjà qu’avec ou sans alcool (sans alcool de préférence, le premier pas ayant été fait dorénavant), nous savions que nous aurions des tas d’autres orgasmes, des fusions, des étreintes, des approches, des nuits dans le même lit. Qu’est-ce qui nous en empêchait? Je revois Damien sur le lit les draps repoussés, après que nous ayons éjaculé, joui l'un de l’autre. Il essuie avec un kleenex sa bite qui semble répugner à débander. Je fais pareil, séchant avec un autre mouchoir de papier mon gland luisant et humide. Ravi d’avoir éjaculé, de s’être fait homme dans les bras d'un homme, Damien plaisante et dit:

— On peut même pas dire qu’on soit pédés puisqu’on s'est pas enculés!

— Prends garde que ça ne vienne!

— Oh moi, les expériences, je ne suis pas contre!

— Ne me dis pas que t’es ouvert à toutes...

Il rit:

— Mais si! Je suis ouvert à toutes!

L’expérience en question devait avoir lieu encore plus rapidement que je ne l’avais prévu: dans le quart d’heure suivant.

Damien et moi vivons ensemble depuis ce temps. Je l’aime encore plus qu’avant Son corps s’est un peu enveloppé (sa bite est toujours belle, merci!) mais le substrat de notre vie commune, toutes ces années et tous ces souvenirs (vingt ans de partage!) me remplissent pour lui d’une tendresse que je ne pouvais certainement pas avoir au début.

Il est mien. Il est le seul. Irremplaçable et irremplacé. Même si j’ai pu avoir ça et là quelques aventures disséminées et lui aussi. Nous nous sommes même mariés. Oui, en 1982, lors d’un voyage à Paris. C’est le pasteur Doucé qui nous a unis. Ce mariage a été l’occasion d’une fête, d’une fête sans alcool pour nous! Il y avait longtemps que nous n’en avions plus besoin, Damien et moi, pour nous rapprocher et nous aimer.


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