L'annonce aux parents


L'annonce aux parents
Texte paru le 1998-08-25 par Patrice   Drapeau-qc.svg
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Template-Books.pngSérie : Bâtir sa vie

Je me suis éveillé très tard. J'étais seul dans le lit, et j'entendais jaser à la cuisine. Steve et son frère discutaient. J'ai donc enfilé mon boxer et puis quand je suis sorti de la chambre, je vis Steve qui était assis à la table, et Brian, accoté contre les armoires de cuisines, et visiblement assez peu gêné pour ne pas avoir pris le temps d'enfiler des vêtements. Il se tenait là, en train de jaser avec son frère, à poil ! Vraiment, la famille de Steve m'emportait de surprise en surprise.

Brian me vit sortir en premier, et il me salua de la main et me fit un large sourire. Steve en voyant cela, s'est tout de suite levé et m'a sauté au cou pour m'embrasser. Lui et son frère étaient sûrement "très" intimes, car lui aussi était nu comme un ver... Je me suis alors excusé et je suis allé prendre ma douche. Lorsque je suis sorti, Brian avait plié bagage et j'étais de nouveau seul avec mon chum... Ce n'était pas trop tôt, on avait beaucoup de choses à s'expliquer nous deux...

Pendant de longues heures, il m'a tout conté à propos de son frère et lui, que ça faisait longtemps qu'ils baisaient ensemble régulièrement, et tout... Il semblait avoir peur de ma réaction, alors que moi, je l'écoutais me raconter ce récit avec beaucoup d'amusement. En fait, j'étais jaloux même de lui. Il n'avait pas comme moi passé son adolescence à essayer de refouler sa sexualité, baisant en cachette, etc. Son frère et lui s'envoyaient en l'air quand ils le voulaient, profitant à plein de leurs folles années de jeunesse.

Nous avons profité du reste de la fin de semaine pour nous promener à poil sans avoir peur d'être surpris, à se préparer de bons petits plats et en faisant l'amour quand bon nous semblait. Les journées passaient rapidement, trop même, et nous étions déjà rendus au dimanche soir. En début de soirée, peu après le repas, Steve m'avait fait couler un bain avec un peu d'huile d'algues marines. Il était venu me chercher dans la chambre, me bandant les yeux avec un bandeau opaque. Je n'y voyais rien du tout. Il m'a aidé à m'asseoir dans l'eau très chaude, et sans m'enlever le bandeau, il m'a savonné sur tout le corps. Les caresses tendres de ses mains étaient reposantes, mais à la fois excitantes. Lorsque sa main passait sur mes couilles et sur ma queue, ou encore à l’intérieur de mes cuisses, l'effet était sensationnel. Je n'étais seul à m'exciter : ma queue bandait déjà bien droite, le gland hors de l'eau, comme cherchant à reprendre sa respiration.

C'est à ce moment qu'il ôta mon bandeau. C'était sombre dans la salle de bain. Les lumières étaient éteintes et seules quelques chandelles avaient été allumées autour de la baignoire. Sans dire un mot, me laissant sous l'effet de surprise, il revint quelques instants plus tard avec deux coupes de vin blanc froid. "À notre amour..." dit-il en me tendant l'une des coupes. Nous avons trinqué en nous fixant d'un regard affamé, affamé du corps de l'autre, affamé se son esprit, de sa présence. Le grand amour quoi ! Cette amitié de jeunesse s'était consolidée à un niveau inimaginable. Une fois le vin bu, il a poursuivi ce qu'il avait commencé et me rinçait, ses caresses toujours aussi affectueuses, et tout spécialement autour de ma queue qu'il serrait dans sa main de temps à autre. Une fois rincé, il m'a fait lever pour m'essuyer lentement, passant 2 fois plutôt qu'une à chaque endroit. Il ne disait toujours rien, tout dans le parfait silence. Il m'a ensuite guidé vers la chambre, m'a fait asseoir sur le lit et m'a revêtu : tout d'abord, il m'a enfilé un boxer moulant qui n'était pas mien, le sien sûrement. Je trouvais l'idée de porter son sous-vêtement excitante. Ma queue le démontrait bien d'ailleurs. Il m'a ensuite remis un short et un t-shirt qu'il avait sélectionnés dans ses tiroirs. Et finalement, mes souliers. De tout ce que je portais, seuls mes souliers étaient à moi. Nous avions beau avoir partagé nos salives, nos corps, nos spermes, cette petite attention était pour moi tellement symbolique. C'était comme si j'affichais sur mon corps en entier mon amour pour Steve.

Il m'attira devant une glace.

— Regarde combien tu es beau, combien ces vêtements mettent ton corps en valeur !

Il est vrai que l'image que me projetait ce miroir était assez bandante... Pas que je me sois déjà trouvé laid, mais bof, je me trouvais bien ordinaire. Steve m'avait mis un short en jeans noir un peu délavé, taille basse et cuisse coupée haute. Il laissait voir le boxer d'un blanc contrastant au ras de la cuisse, et dont l'élastique dépassait à la taille. Un t-shirt ample, mais ne m'arrivant qu'à la hauteur du nombril complétait mon habillement.

M'encerclant de ses larges épaules, il a commencé à me déposer de petits baisers coquins dans le cou, et me retournant contre lui, il s'aventura la langue dans ma bouche avide. Ses lèvres chaudes me brûlaient la peau presque. Notre passion était au paroxysme.

— Je t'aime, lui dis-je.

— Je t'aime aussi, ajouta-t-il en me serrant tout contre lui. Si tu veux remettre tes vêtements avant de retourner chez toi, ne sois pas gêné, je ne serai pas choqué. Je voulais tout simplement voir de quoi tu avais l'air dans des vêtements sexys.

— Non, je crois que je vais retourner chez moi ainsi.

— Mais tes parents ? dit-il d'un ton affolé.

Il est vrai que mes parents me croyaient dans une rencontre d'anciens copains. Mais merde ! Je venais de passer la plus belle fin de semaine de ma vie. Enfin je venais de connaître un moment de liberté totale : liberté d'action, liberté d'émotion, liberté tout court !!! Je ne voulais plus me défaire de ceci. J'y étais accro. Je vivais comme j'avais toujours rêvé de vivre... Je ne pouvais me permettre d'abandonner cela pour retourner dans un monde de mensonges et de demi-vérité, de bonheur artificiel et de secrets renfloués. Il fallait que le manège cesse ! Fini les grandes lumières vertes, bleues, jaunes et rouges qui clignotent, il était temps de faire éclater la vérité à la lumière du jour.

— Je leur annonce ce soir, dis-je tout bas.

Me serrant encore plus fort contre lui, il essaya de me rassurer que ce n'était qu'un mauvais moment à passer, que tout irait probablement bien. Je me rassurais autant que possible, sachant bien que ça allait être le moment le plus difficile de ma vie. Me donnant un dernier baiser, il m'a ensuite raccompagné à la porte.

— S'il arrive quoi que ce soit, viens-t’en, tu me le jures ?

— Oui, c'est promis. Et je me suis dirigé vers la maison.

À mon arrivée, ma mère était joyeuse et me demandait comment avait été ma fin de semaine. Avant même qu'elle eût le temps de dire sa surprise quant à mon habillement, mon père piquait une colère des dieux, me criant que ce genre de vêtements n'étaient que pour les jeunes pédés et me demandait si je n'avais pas honte de me promener ainsi en public. Le pire de ce à quoi je m'attendais se produisait. Ma mère était prise entre nous deux, ne sachant trop de quel côté se mettre. Je bouillais de colère. Comment le père que j'ai toujours considéré comme l'être suprême de ma vie pouvait-il tout à coup devenir si vindicatif et blessant. N'ayant plus en tête la volonté de mitiger mon annonce, d'y aller tout doucement, pas à pas, je lui criais alors au visage :

— Oui j'suis gay. Ouaip, un fif, une tapette, une moumoune. T'es content ? Tu le sais maintenant.

Ma mère fondait en larme devant l'ampleur que cette chicane prenait. Elle courait à sa chambre et mon père, désarmé par ma réplique, allait consoler ma mère. Lorsqu'il reviendrait au salon un peu plus tard, je ne serais plus là.

Je m'étais tout de suite réfugié chez mon amour de Steve. Mes yeux rouges et les larmes sur mes joues lui résumaient ce qui s'était passé. Son père et sa mère accoururent alors que j'éclatais en sanglots dans ses bras. Ils se doutaient bien de ce qui venait de se produire. Ils nous laissèrent la place, s'en allant dans une autre pièce, pendant que mon Steve faisait tout pour me consoler. Nous sommes descendus chez lui, et après m'avoir allongé sur son lit, il me flattait doucement les cheveux pendant que je tarissais ma source de larme. Je suis tombé endormi, me sentant en sécurité dans ses bras, auprès de lui, sentant son souffle chaud sur mon visage et sa main dans mes cheveux.

Ce n'est que le lendemain matin que j'ai repris connaissance. Lorsque je me suis éveillé, Steve n'était plus avec moi. La douche coulait. J'ai donc attendu qu'il en sorte pour me diriger ensuite vers les toilettes pour faire ma toilette et prendre une bonne douche froide. Quand je suis ressorti, Steve m'attendait, un sourire réconfortant aux lèvres et me demandait d'aller déjeuner avec lui et ses parents. Je n'avais pas vraiment le goût de voir du monde, mais je ne pouvais refuser. D'un certain sens, j'éprouvais soudainement le besoin de sentir un esprit de famille, et cette famille qui n'était mienne m'avait accueilli comme l'un de ses membres à part entière.

Sa mère avait déjà mis la table. Elle me servait un bon café encore bouillant et un jus d'orange. Tout ce qui était nécessaire pour faire un copieux repas était disposé au centre de la table. Sa mère affichait un sourire comme ceux que l'on fait lorsqu'on ne sait pas trop si l'on devrait rire ou pleurer, son père regardait attentivement le fils, semblant se parler sans dire un mot, s'échangeant de simples regards.

— Fiston, écoute, finit-il par me dire. Il faut que tu laisses le temps aux choses de se replacer. Tu sais, ce n'est pas plus facile pour eux que ça ne l'a été pour toi de l'accepter. Tu y as songé longtemps, et eux, ils viennent tout juste d'apprendre la nouvelle. Laisse la poussière retomber, le temps arrange toujours bien les choses.

Il fit une pause avant d'ajouter :

— J'irai te reconduire et te chercher au travail si tu le veux. Steve n'aura qu'à te prêter des vêtements pour aujourd'hui. Ça va te changer les idées, et on pourra en reparler ce soir.

Sa femme, assise en face de moi me souriait, comme une mère sourit à son enfant. Steve me tenait fermement la main et me faisait signe d'accepter l'offre de son père. Je fis un signe de la tête. Effectivement, le travail m’éclaircirait les esprits, allaient m'empêcher de sombrer dans la déprime.

Steve nous a accompagnés jusqu'au travail. Lorsque je suis arrivé, mon père était adossé à l'extérieur de l'atelier de travail. Il m'a vu sortir de la voiture, et il est entré, ne daignant me saluer. Le père de Steve devait avoir tout vu. Ayant deviné qui était mon père, il me cria de l'intérieur de la voiture :

— Laisse passer le temps, n'oublie pas !!! Va travailler, ne pense plus à tout ça et on se revoit ce soir.

Steve me donna un doux baiser sur la main en reprenant place à l'avant de la voiture, aux côtés de son paternel. La larme à l’œil, j'ai rejoint mon bureau et j'essayai d'oublier tout ça.

La journée fut longue malgré tout le travail qu'il y avait à faire. J'ai tout de même réussi à rencontrer mes objectifs journaliers, et à ma sortie, Steve était là, à m'attendre, avec la voiture de son père. J'y grimpai en vitesse et nous reprenions la route. À notre arrivée à la maison, les parents de Steve avaient fait une réservation à un restaurant en ville. Ils nous disaient d'aller nous régaler, et après d'aller au cinéma. Ils s'excusaient d'être si insistants, mais c'est qu'ils avaient un souper de prévu avec des amis de la famille, et ils pensaient que je devais me changer les idées.

J'apprendrais quelques jours plus tard que ce souper n'avait rien du tout de prévu. Les parents de Steve avaient invité mes parents à souper, car ils voulaient parler et discuter avec eux. Heureusement que je n'étais pas là, car je ne crois pas que j'aurais été capable de revoir mes parents dans l'état où j'étais à ce moment-là. Nous nous étions rendus au restaurant, nous avons mangé comme des rois, et nous sommes allés voir un film au théâtre. Steve m'a tenu la main tout le long du film.

Lorsque nous sommes rentrés, la maison était sombre. Ses parents étaient déjà couchés, alors nous sommes descendus sans faire de bruit et nous avons fait l'amour une bonne partie de la nuit, nous léchant, nous caressant à tour de rôle, nous embrassant passionnément, nous donnant des plaisirs et des sensations l'un à l'autre que seul l'amour pouvait intensifier au-delà du sexe. J'avais réussi à totalement oublier les désagréments de la veille, je m'endormais au creux des bras de Steve comme un bébé qui s'endort dans les bras de sa mère. J'ai rêvé toute la nuit à notre couple, je nous voyais avancer en âge, avoir nos propres enfants qui à leur tour viendraient nous visiter avec nos petits enfants. C'était totalement fou vous direz, mais j'ai probablement dormi le sourire aux lèvres toute la nuit...

Demain serait un autre jour, demain serait une autre histoire...

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