L'assurance des sentiments (11)


L'assurance des sentiments (11)
Texte paru le 2021-01-03 par Michel Geny-Gros   Drapeau-fr.svg
Ce récit a été publié sur Gai-Éros avec l'autorisation de l'auteur

MM.jpg

Cet auteur vous présente 42 texte(s) et/ou série(s) sur Gai-Éros.

Ce texte a été lu 992 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)

(ne fonctionne qu'avec les auteurs qui sont des usagers validés sur l'archive)

© Tous droits réservés. Michel Geny-Gros.



Chapitre 11 — INOUBLIABLE WEEK-END (Récit d'Alex)


Le samedi, le temps était toujours beau mais venteux et frais. Au bord ou sur la plage, le vent alors violent soulève le sable qui cingle le visage et s'infiltre dans les vêtements à la limite du supportable. Dans ce cas, il vaut mieux se réfugier dans les terres ou les villes. Le midi, nous avons déjeuné rapidement dans un restaurant en terrasse du front de mer d'une portion de moules-frites. Nous avions décidé de nous rendre ensemble sur chaque lieu de la côte d'Opale que nous apprécions le plus. Mais, il y en avait de trop pour un week-end !

— Je te propose de nous rendre rapidement à Boulogne pour visiter Nausicaa et ensuite la ville ! m'a suggéré Janfi. Pour Montreuil et ses alentours, faudra y revenir un prochain week-end. Je te propose d'ailleurs de te présenter à ma marraine et de descendre chez elle où j'ai toujours ma chambre.

— Elle va apprécier de te voir avec un mec ? Je suppose que tu me présenteras comme un compagnon ?

— Tu supposes bien ! Marraine n'a toujours pensé qu'à mon bonheur et a toujours rêvé de me voir avec un… disons… mari !

— Tu n'as pas eu de petit ami à Montreuil ?

— Si, un, mais on avait 15 ans et Renaud était au lycée WOILLEZ à Montreuil avec moi. On se connaissait depuis la 6ème et nous étions amis. Son père était médecin et comme je te l'ai peut-être déjà dit, marraine est dentiste.

— Il est toujours à Montreuil ce Renaud ? ai-je demandé à Janfi.

— Non ! Il a fait une école de commerce à Lille. Il s'est marié ce con à la fin de ses études et il habite et travaille à Metz dans une banque.

— Pourquoi tu dis ce con ? lui ai-je demandé car je supposais un peu de rancœur dans le propos de Janfi.

— Parce que quand on est aussi passif que Renaud l'était, on n'est pas fait pour des relations sexuelles féminines. Je te passe les détails.

— Tu as été amoureux de lui ?

— Oui ! Sûrement ! Enfin comme un gamin ! m'a répondu Janfi. Il était tout mignon à 15 ans, tout timide !

— Ah ! Et malgré ça vous avez pu franchir ensemble le grand pas ?

— Ça a été très progressif ! Le père de Renaud était, tu t'en doutes, peu à la maison et il avait divorcé. Il avait obtenu la garde de son fils. La mère de Renaud avait déménagé pour Saint Omer et nous étions très libres tous les deux. Renaud est fils unique. On a commencé par visionner des films de cul hétéros que son père enregistrait sur Canal + et planquait très mal. Donc, petites branlettes ensemble et échange de mains quelques jours après ; ça a duré quelques mois… Un samedi soir de juin, sur Canal, il y a eu une émission gay. Ce jour-là, Renaud m'avait invité à passer la soirée et la nuit chez lui sous le prétexte qu'il était seul. Son paternel était retenu par une conférence à Lille. Sans se poser de questions on a visionné les divers courts-métrages. Ce n'était pas des films pornos, mais des histoires d'amour gay. Les garçons étaient peu vêtus et souvent s'enlaçaient. Les suites étaient seulement suggestives. Nous étions tout excités et on a fini par se rouler des pelles en se caressant. Je devais dormir dans la chambre d'amis… J'ai passé la nuit dans le lit de Renaud. Bref on a presque tout fait, sauf la sodomie. Pour ça on a attendu presque un an. Renaud avait un scooter et nous nous sommes rendus à Berck… dans les dunes…

— Et t'as fait ton coming out à ce moment-là ?

— Le jour de mes 17 ans, le jour du bac de français, je n'étais pas bien, pas à cause du bac, à cause de Renaud. Après les épreuves, je m'étais rendu chez lui car on ne s'était pas vu et je voulais savoir si pour lui tout s'était bien passé. En arrivant chez lui, j'ai entendu de la musique, Mylène Farmer qui chantait Ainsi soit… je…, depuis je déteste ce tube. J'ai sonné mais personne n'a répondu. J'ai pensé que Renaud faisant hurler sa chaîne hi-fi n'avait pas entendu. Je suis monté directement dans sa chambre. La porte était entrouverte. J'ai entendu des soupirs. J'ai supposé que Renaud se faisait une petite branlette. J'ai poussé la porte et j'ai vu mon pote à quatre pattes sur le lit en train de se faire baiser par un surveillant du lycée, un étudiant d'une vingtaine d'années. Bref, j'ai été très déçu, meurtri même ! J'ai traité Renaud de salope et je me suis barré en courant.

— Mon pauvre Janfi ! lui ai-je dit. Donc vous avez rompu !

— Tout à fait, je ne partage pas ce genre de comportement !

— Moi non plus ! Mais ce coming out ? T'as pas raconté ça à ta marraine ?

— Non, mais elle a vu que ça n'allait pas ce soir-là, alors que je lui avais dit que tout s'était bien passé pour l'épreuve.

— Tu lui avais parlé de Renaud ?

— Non, juste de mon mal-être ! Tout s'est bien passé… Marraine m'a posé quelques questions. Je pense qu'elle se doutait un peu. Ce qui l'a plus préoccupé c'était la protection. Je l'ai rassurée. Le soir même, quelques heures après, marraine m'a demandé si je voulais qu'elle m'adopte. Je lui ai dit que je n'avais qu'une mère, elle et pas de père. On a pleuré… mais de bonheur… Mes parents n'ont pu que donner leur accord.

— Heureusement qu'il y a des femmes dans nos vies ! ai-je conclu.

Nous avons pris la direction de Boulogne sur Mer et visité dès le début de l'après-midi Nausicaa. Un week-end ordinaire, il n'y avait pas beaucoup de monde et nous avons pu approcher au mieux des aquariums et caresser les raies. Les lieux étaient calmes. Je croisais le doux regard de Janfi et j'étais aux anges. Dans certaines salles, nous étions seuls et nous avons pu nous embrasser furtivement. Nous avons ensuite visité la ville, le port, la ville haute avec le Beffroi, la basilique sur sa colline, les douves et la Porte des Dunes.

Lorsque nous avons franchi la Porte des Dunes, j'ai demandé à Janfi :

— Et après Renaud, les dunes justement ?

— Les dunes effectivement de Fort Mahon au Touquet, marraine m'avait offert un scooter et j'ai sillonné la région pour la culture et aussi, je dois bien le dire pour mon plaisir sexuel. Pendant deux ans au moins, déçu de l'amour entre mecs, j'ai pensé qu'à baiser pour le plaisir uniquement. J'ai pensé trouver l'amour avec Boris mais en vain. Jusqu'au jour où je t'ai rencontré.

— T'as flashé tout de suite sur moi ?

— Sur le plan physique oui ; j'ai souvent perdu les pédales, si je puis dire, pendant nos réunions en regardant ta bouche et ta braguette ! Mais je vais être franc, au début je te trouvais un peu pédant !

— T'es dur ! lui ai-je dit.

— Honnête ! Mais rassure-toi, j'ai vite changé d'avis. Ce que je trouvais prétention, j'ai vite vu que c'était de la maîtrise de soi sur le plan professionnel. Ton aplomb m'a séduit et dès qu'on a commencé à travailler ensemble, tu m'as beaucoup apporté, donné même. Bref, je suis tombé amoureux, jaloux même quand je te voyais trop aimable avec tes clients d'origine arabe ou ce portugais !

— Merci, donc, tu m'as bien fait engager pour mes qualités professionnelles et pas parce que tu lorgnais ma bite ?

— Exact ! Mais, soyons francs, j'ai souvent rêvé de toi ! Toujours le même rêve !

— Un rêve érotique ! Raconte !

— Sentimental, érotique, mais frustrant ! Je te rencontrais dans les dunes. Pour moi les dunes, c'est un cliché sexuel et néanmoins sentimental. Je te voyais nu, comme moi. Tu étais bien comme dans la réalité, très… séduisant. On ne se parlait pas. Tu me prenais par la main et tu m'emmenais sans doute à la recherche d'un coin tranquille. On finissait par le trouver. Tu m'enlaçais pour m'embrasser. On se caressait partout, les fesses, la bite… On passait à beaucoup plus… J'allais jouir et… paf… des cris d'enfants, des voix de personnes arrivant… Tout s'arrêtait… Tu disparaissais !

— Et tu te terminais avec la main ! Mon pauvre Janfi !

— Oui ! Ah ! J'en ai craché en pensant à toi ! Heureusement, ce fantasme, tu me l'as réalisé hier à Fort Mahon et il a largement dépassé mes songes ! Mais toi, tu rêvais de moi ?

— Oui ! J'ai souvent fait des rêves érotiques avec toi. Un rêve régulier me hantait. On descendait au sous-sol de l'agence dans la salle de réunion. Je t'embrassais, je te foutais à poil. Je te renversais sur la grande table et je te niquais. Plus de chance que toi, je jutais à chaque fois dans mes draps ! J'en ai lavé des draps-housses !

— J'espère que je prenais mon pied ! Je n'en doute pas d'ailleurs ! m'a répondu Janfi. Dès ma première visite à l'agence, on le fait ! Merde ! Tu me fais triquer !

— Rentrons vite à Stella alors !


Asuivre.png