L'oubli est au fond de la backroom

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Numéro 108

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 108
Date de parution originale: Septembre 2000

Date de publication/archivage: 2013-11-02

Auteur: Tony
Titre: L'oubli est au fond de la backroom
Rubrique: Les infos du minitel

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Mon mec m’a laissé tomber voilà un mois. On vivait ensemble depuis deux ans et demi. Il a trouvé plus jeune et plus beau. J'ai salement déprimé, mais je ne suis pas du genre à me morfondre dans un appartement devenu soudain trop grand. J’ai pensé – et avec justesse – que le meilleur moyen d’oublier sa bouche pulpeuse, son torse poilu et sa grosse bite, c’était de faire la connaissance d’autres bouches, torses poilus et grosses bites. Je n'avais plus aucune envie de baiser. C’est revenu d’un coup, en quelques heures. J'ai de la chance, j’habite Paris, près de la rue Montorgueil. Il n’y a qu'à descendre dans la rue pour mater de la belle viande. Je me suis mis à bander à en avoir mal. J'ai dû me branler deux fois de suite pour me calmer en regardant une vidéo X. L'accalmie n'a même pas duré jusqu’au soir. Ça m’a repris de plus belle: une féroce envie de baise, de bites juteuses et de culs écartelés, bien poilus et luisants de sueur.

Depuis que j’étais avec Jean-Michel, je n’étais plus sorti en boîte. Un certain nombre de lieux bien vicelards avaient poussé dans la capitale. Suivant les conseils d'un copain, j’ai décidé d’aller faire un tour dans le plus hot. Mais en attendant? J’avais toujours une barre d’enfer plantée entre les cuisses. C’est là où j'ai dû regarder mon Minitel d’un œil salace. Je me suis rappelé, avant, des heures que j’avais passées à tapoter sur ses touches et à me faire des plans bien cools. La fringale m’a repris, mais je ne me suis pas arrêté à raconter des conneries hard avec les autres connectés. À chaque fois que je tombais sur un mec qui me branchait, poilu, grand, superviril, je lui indiquais que j'allais me faire éclater le cul dans la boîte sus-nommée ce soir-même, et qu’il n’aurait qu’à repérer le type en treillis, harnais avec à la poche arrière droite, un mouchoir arc-en-ciel (oui, je suis éclectique!). Après avoir harponné une dizaine de mecs qui paraissaient d’accord pour un bon plan exhib en backroom, je me suis préparé. Surtout pas de douche, mais un nettoyage en règle de mon trou de balle, que j’ai abondamment graissé au lub. Treillis, harnais, rangers, bombers. Pas de slibard. Et pas d’eau de toilette! Je me suis regardé: mon allure m’éclatait. Adieu, Jean-Michel...

J’ai évité de passer par les Halles: trop de racaille la nuit. Ce n'était pas loin, de l’autre côté de Sébastopol. L’ambiance était glauque à souhait, aménagements, lumières, odeurs. Armé de ma boîte de bière, j’ai commencé à repérer les lieux. Il était minuit. Comme c’était un samedi soir, il y avait du monde. L’idée de toutes ces queues en quête du jouissance m’a survolté.

J’étais bien foutu avec une belle petite gueule de frappe. J’ai senti que je plaisais. Eh bien, vous pouvez me croire: de voir que des mecs canon ont envie de vous palper la viande, ça fait un putain de bien! On a l’impression de revivre. Cette nuit-là, je me suis donné comme jamais. Je me suis bien tapé une dizaine de mecs, en ne lâchant ma purée qu’avec le dernier. De tous, un seul m’a avoué le Minitel et m’avoir reconnu grâce au mouchoir. C’était pas grave. J’ai sucé de bonnes queues moites et dures, odorantes, j’ai bouffé un bon kilo de couilles, des rasées, des poilues, pendant que des mains, toujours prêtes à rendre service me branlottaient ou me doigtait le fion. J’étais au septième ciel d’avoir la gueule pleine ou d’enfoncer ma teub au fond d’une gorge, de; mater les joues déformées par mon monstre. Quand un grand balèze en débardeur de latex, hyper-poilu jusque dans le dos m’a soudain pincé fortement les pointes des nibards. J’ai cru que j’allais déflaquer tellement la sensation était forte. Un autre, à genoux, était déjà en train de me tailler un pompier. J’avais déjà les lèvres usées d’avoir trop embrassé et sucé. J’avais enculé deux mecs à donf, à grands coups, en pensant à mon tiers provisionnel pour ne pas jouir bêtement. Je m’étais déjà fait tirer deux fois à grands coups, en pensant surtout au bien fou que ces queues me faisaient en me limant le boyau. J’ai décidé que ce serait avec cette grande baraque poilue que j’orgasmerais. Sa forte odeur de poilu en sueur m’a électrisé les neurones. Ça schlinguait le mâle en rut.

Il m’a tiré le derche comme un soudard sur le sling, en poussant des râles de bête fauve. On est devenus le pôle d’attraction. Ils étaient tous autour de nous, à mater, à toucher. J’étais ouvert qu’on aurait pu me fister! Des mains à me torturer les nibards, une autre qui me tirait les couilles, et surtout, “l’homme des cavernes’’ qui, inlassablement, allait et venait dans mon trou distendu. Ça chauffait un max. Je ne savais plus où j’étais ni comment je m’appelais. L’odeur de ma bête velue, l’odeur des poppers, ça ma tourneboulé. Un mec m’a joui sur la gueule, paf! la giclouse! Je n’ai pas pu me retenir. J’ai hurlé de plaisir quand j’ai explosé, m’arrosant, m’inondant la poitrine.

Je me suis endormi dans mon grand lit comme un bébé, après une bonne douche. Adieu, Jean-Michel...