La fortune des Mauvoisin (11)


La fortune des Mauvoisin (11)
Texte paru le 2008-01-17 par Urbain   Drapeau-fr.svg
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Martin ravissait les Forests par ses histoires de forge et de métallurgie. Il avait été compagnon et pouvait discourir des heures et des heures sur les ponts que construisait Monsieur Eiffel, dans les montagnes, enjambant des à-pics de plusieurs centaines de mètres. Il parlait de l’Exposition universelle, qui allait avoir lieu à Paris, où l’on découvrirait une tour métallique de plus de trois cents mètres de hauteur. Aux enfants, il contait le dieu Vulcain dans sa forge sous l’Etna, un volcan de Sicile, d’où s’échappaient en permanence les fumeroles de ses brasiers. Il soulignait chaque phrase d’un violent coup de soufflet qui faisait étinceler le charbon pétillant en milliers d’étoiles filantes. Il partait alors d’un rire forcé, caverneux, dont l’écho résonnait, collant la frousse aux gamins qui s’ébahissaient du spectacle. Ce charmeur attirait la sympathie de tous. Une de ses admiratrices - Marie, une toute mignonne mère de famille -, rendue veuve par un accident, montrait un tel intérêt pour ce qu’il faisait qu’il délaissait volontiers son ouvrage pour lui faire visiter son atelier et lui présenter ses nouveaux projets: entre autres, une éolienne de fer pour pomper l’eau des puits.

Jusqu’à ce jour, le forgeron n’avait jamais eu conscience de la versatilité de ses envies amoureuses. Aussi, quand par mégarde, la jeune femme s’étant approchée un peu trop de lui, il ressentit un frisson émoustillant et que son sexe commença à s’endurcir derrière son tablier de cuir, il n’y prêta pas grande attention... Mais ces réactions se produisaient désormais chaque fois que Marie venait vers lui... Il essayait bien de calmer cette excitation en se disant qu’il n’avait été créé que pour s’amuser avec les garçons. Pourtant, malgré l’interdit dicté par son esprit, son corps répondait à chaque apparition de la jeune femme. Il lutta pendant plusieurs semaines, jusqu’au jour où, n’y tenant plus, il enlaça la veuve et la baisa comme s’il s’était agi de Michel... Il eut la surprise de constater que ses armes étaient aussi efficaces que sur des cibles masculines. Le soir-même, il partageait le lit de la jeune veuve, laissant gigoter sa queue dans un vagin tellement doux qu’il y prit un plaisir immense, et n’eut plus désormais de cesse de répéter l’expérience.

La liberté de ton dont il usait avec Mauvoisin permit à celui-ci de se tenir au courant des progrès du séducteur. Il s’en amusait fort... Aussi, quand Martin lui annonça son intention de marier la veuve, ne s’en étonna-t-il pas. Il pria simplement celui-ci de continuer à honorer de sa présence ses veillées intimes, ce que le jouisseur accorda avec la plus joyeuse amoralité.

Cependant, Louis refit une apparition aux Forests. Il logeait à l’auberge, s’enivrant le soir au bistrot avec quelques poivrots notoires. Il ne manquait jamais de décocher quelques piques à l’encontre de Mauvoisin, laissant entendre que celui-ci lui devait des gages et que ses voyages à Tours cachaient un commerce fort malhonnête. Instruit de ces ragots, le maire tint conciliabule avec Martin dès le lendemain. Le voyou disparut du village deux jours plus tard sans même retirer de sa chambre son maigre baluchon.


Le soir de sa beuverie, Gildas s’écroula dans le lit. Dumas le borda de son côté et se glissa doucement sous le drap. Le jeune homme avait besoin de repos. Bien que ce fût un soir de retrouvailles, Jean-Marie ne chercha pas à le déranger. Au lever du soleil, ils restèrent calmement l’un près de l’autre, sans se toucher trop, les doigts de leurs deux mains mêlés. Gildas pleurait. C’était un chagrin silencieux, de ceux qui sont les plus poignants pour les témoins car ils trahissent une tristesse inconsolable. On devine là qu’il s’agit d’une peine profonde, causant des blessures qui, même cicatrisée, diffusent une légère douleur chaque fois qu’on les frôle.

— Gildas, mon amoureux, il ne faut pas être triste. Tu peux refuser Blandine, personne ne te le reprochera.

— On ne me le reprochera pas, mais les gens m’en voudront de ne pas devenir le maître d’école des Forests. Ils m’ont tous félicité après m’avoir soutenu. Chaque fois qu’ils me rencontrent, ils me donnent un petit cadeau: une part de tarte, une bouteille de cidre, un poulet pour la maison. Il y a même un gamin qui m’a fabriqué un sifflet en sureau pour appeler les élèves à la fin des récréations!

— Ne te rends pas malade, sois certain que je t’aimerai jusqu’à ma mort, et s’il y avait un au-delà, ce que je me refuse à croire, mon âme resterait attachée à la tienne.

— Je me fous de la vie éternelle! Ce que je veux, c’est ne point quitter ton lit chaud, continuer à te toucher le corps et guigner ton visage!

— Je comprends que tout cela t’inquiète, mais comme ce sera ton choix, et que pour l’instant rien n’est fait, faisons un marché: tu donneras ta décision pour le quatorze juillet.

— D’accord, mais une chose encore... Toi, tu as l’air de bien accepter notre séparation.

— Détrompe-toi! Je meurs d’amour en ce moment et je n’arrive pas à envisager que tu puisses me quitter! Je sais bien qu’on pourra se rencontrer furtivement, mais j’y perds une partie de moi-même... Chaque être doit s’accomplir. En me quittant, tu suivras le chemin de ta destinée. C’est un avenir glorieux que d’éduquer le peuple de la France. Tous ces enfants qui n’ont rien et qui, grâce à ton instruction, pourront décrocher les plus hauts diplômes.

— Vraiment?

— Vraiment, c’est parmi ces élèves que se recruteront demain les savants, les médecins, les professeurs...

— Et les curés...

— Ne me chatouille pas sur ce sujet ou je me venge sur toi...

— Je voudrais bien voir ça...

Gildas semblait serein, maintenant. Chaque parole de Dumas le réconfortait. Le mariage n’était pas un enfer, sinon il n’y aurait pas autant de ménages! Après tout, pourquoi était-il dans cette situation, pourquoi avait-il cédé au plaisir facile? À l’abominable fornication avec un semblable? S’était-il laissé aller à cette lubricité immorale pour la seule jouissance du corps? Peut-être, s’il s’était montré plus chrétien, aurait-t-il pu résister à tout cela, et suivre un chemin qui ne l’aurait pas détourné de la voie communément suivie. Au fond de lui, sa décision était prise: il allait donner une chance à Ève en épousant Blandine, cependant que le côté voyou de son esprit lui chuchotait: «et tu pourras aller trouver le Maître sitôt que tes sens réclameront un garçon à caresser». Il bomba le torse et dit à Dumas:

— Retourne-toi mon ami, je vais te faire voir ce que baiser veux dire...

— Contrôlons voir si tu sais tes leçons...

Jean-Marie reposait sur le ventre, il avait écarté les cuisses et ressemblait, dans cette position, à une gigantesque grenouille à peau blanche. Ses deux fesses bien rondes, rehaussées par la position du corps, s’écartaient, laissant paraître les lèvres brunes entrouvertes de son intimité. Quelque duvet blond à peine visible parsemait la gorge qui plongeait à la jonction des arrondis. Ses couilles et sa queue à demi bandée reposaient juste au sommet du triangle des jambes, repoussées par le plat du sommier. Gildas y enfouit sa bouche, salivant, plongeant sa langue gluante dans le chaume humide. Le jeune homme y trouvait ce qu’il aimait: le parfum fort de son amant, celui que nulle eau de Cologne ne parviendrait jamais à effacer complètement. Il en était ainsi de ces endroits à jamais sauvages, «terra incognita» toujours redécouverte en explorateur...

Gildas remonta le corps en se glissant jusqu’à ce que ses hanches écrasent les fesses de son amant. Là, il savait qu’il atteignait la position la plus favorable. La pression de son envie maintenait son sexe douloureux. Il releva ses épaules et sa main l’étreignit. Le sang bouillant qui gonflait sa verge brûlait ses doigts. Il empoigna le membre dont il glissa le nœud aux bordures de l’Eden. Il s’y logea aisément, fouissant avec bonheur le passage dans lequel il rêva qu’il plongeait en entier, s’enfouissant pour empaler l’être aimé...

Dumas se raidit à la pénétration. Il aimait tant cela! Il rêvait souvent à ses premières fois quand, adolescent, se faire pénétrer lui causait d’indicibles douleurs qui se transformaient progressivement en douceur pour le conduire vers le pur plaisir, et s’achevaient en une étincelante jouissance... Il se remémorait ces scènes de la nuit, les levers furtifs après qu’un condisciple l’avait réveillé. Ils marchaient silencieusement, passant près du lit du chef de chambre, un abbé acnéique de vingt-cinq ans qui rougissait chaque jour à l’impudeur de provocateurs se dénudant au coucher. Les couloirs étaient noirs. Il fallait se diriger en tâtonnant des bras et des mains, pour atteindre les toilettes, un appentis dressé dans une cour intérieure où se remplissaient des tinettes nauséabondes que les punis avaient charge de vider. Si la température était clémente, les deux garçons se plaçaient dans l’angle caché de l’édicule... Ils se pelotaient, se baisaient les lèvres et selon le degré de leur intimité ou de l’accord passé, l’un d’eux suçait l’autre ou se faisait enculer debout, chemise retroussée, corps juste ployé, mains sur le mur, en écartant les pieds... Les réelles amitiés, à ces endroits, n’étaient pas légion et souvent, selon les règles de la nature ou de la société humaine, le mâle dominant venait là prendre son plaisir sur le dos d’un plus faible, d’un plus jeune, ou d’un plus vicieux - comme lui-même - qui aimait se donner ou se vendre... Il n’était pas rare que, devenu jeune homme, il se retrouvât avec un gamin juste pubère, bien emmanché entre ses fesses et qui lui taraudait virilement le derrière, le faisant soupirer de bonheur sous l’envahissement d’un sexe qui échauffait dans son intérieur les parois sensibles. Il jouissait aussi de l’humiliation de se transformer en pantin de chiffon, obéissant aux désirs de plusieurs garçons qui venaient prendre leur tour - se masturbant pour rester dur - et qui, sitôt leur sperme expulsé, la queue gouttante, gloussaient silencieusement d’un rire nerveux, dans l’angoisse d’être surpris par le père censeur.

Gildas posséda Jean-Michel, et Jean-Michel se laissa dévorer tout entier par le plaisir d’être possédé. Quand l’accalmie s’établit, les deux amis se reposèrent l’un près de l’autre, comme ils avaient dormi, main dans la main, rêvant déjà aux prochains orgasmes et goûtant déjà le souvenir de celui qu’ils venaient de connaître.


Quelques semaines auparavant, Martin avait emprunté la voiture de Mauvoisin. Il l’avait rapportée dans la soirée sous la pluie battante. Les nuages obscurcissaient le ciel. On ne distinguait pas les détails de la route; il fallait aller lentement, guider parfois le cheval craintif en marchant à ses côtés, tenir le mors à la main, se fier à une maison, un bosquet ou des arbres dont on connaissait la position. Arrivé à la ferme, Martin avait dételé et mené la bête à l’écurie, puis, revenant au plateau de la voiture, avait chargé sur son épaule une sorte de long sac. Il avait frappé à la porte du maître.

Quelques minutes plus tard, installés devant l’âtre, les deux hommes contemplaient Louis, baillonné, mains attachées, assis sur le plancher. Mauvoisin avait pris la parole:

— Je vais te libérer... Mais un conseil: ferme ta gueule! On a juste deux ou trois questions à te poser.

— Louis, sitôt la bouche libre, montrant qu’il n’avait rien perdu de son bagou, avait commencé à insulter ses gardiens:

— Z’êtes une paire d’enculés, vous deux! Qu’est-ce que vous m’voulez? J’vous ai rien fait!

— Mauvoisin, pour calmer le jeu, avait sorti un litre de gnôle:

— Tiens Louis, bois un coup. Ce qu’on à te demander est important.

Louis avait avalé une double rasade d’alcool, ce qui avait eu pour effet de le calmer instantanément. Il s’était essuyé la bouche, avant d’y porter à nouveau le goulot. Quand il avait reposé la bouteille, elle était à moitié vide. Martin s’était approché de lui. Il l’avait aidé à s’asseoir à table, et l’avait questionné:

— C’qu’ont voudrait bien savoir, c’est si t’as sauté c’gamin avant de l’étrangler.

Malgré l’alcool, Louis avait pâli:

— J’ai dit à Mauvoisin que j’avais rien à voir avec ça... Michel, dis-lui qu’c’est une vipère...

— Le problème, Louis, c’est que je ne te crois pas, et que je suis persuadé que c’est toi qui l’as tué.

— Mais, nom de Dieu, vous êtes pas des juges! J’vous emmerde, j’le répète. Erwan, c’était rien qu’un empaffé, comme son frère, et toi aussi, Mauvoisin! T’es du même acabit d’ailleurs et pis la vipère, elle a bien eu raison! Mais moi, j’ai rien à voir avec ça!

Martin lui avait décoché une taloche:

— Dis-nous la vérité, et pas ton histoire de vipère que personne n’a gobée!

— Soudain Louis s’était dressé d’un bond. Se tournant vers la cheminée, il avait saisi un pic à viande suspendu là pour les rôtis. Il s’était retourné en gueulant:

— Maintenant, laissez-moi partir!

Il s’était alors dirigé vers la porte en longeant le mur, prêt à bondir, pointe en avant comme un gladiateur dans l’arène. Au moment où il s’était tourné légèrement pour ouvrir le verrou, Martin s’était précipité sur lui et ils avaient roulé sur le sol. Dans la confusion, Michel s’était précipité dans cette partie sombre de la pièce où l’on ne distinguait pas les hommes luttant à terre. Au moment où il allait pouvoir les séparer, Martin s’était relevé. Louis, à terre, avait essayé de sortir le pic de ses entrailles. Les deux hommes l’avaient transporté en pleine lumière. Le visage blanc et l’expression terrorisée du jeune homme révélaient la gravité de la blessure. Michel avait arraché l’ustensile. Une tache sanguinolente avait envahi la chemise de Louis qui s’était mis à pleurer:

— J’vais pas mourir, quand même! Faut appeler un docteur...

Martin avait rétorqué:

— Si! Tu vas y passer, t’as les boyaux tout percés. Tu ferais mieux de dire la vérité pendant qu’il est encore temps, ça te soulagera.

Louis n’était déjà plus en état de tenir une conversation. Sa bouche s’ouvrait comme celle d’un poisson hors de l’eau et aucun son ne sortait de ses lèvres. Il eut un haut-le-cœur et vomit du sang. Alors commença une courte agonie, presque silencieuse, entrecoupée de bribes de phrases hachées et mouillées du sang qui s’échappait de l’intérieur...

— J’voulais pas l’étrangler, l’gamin... Juste une leçon... Comme son frère... C’est si fragile, un cou d’oiseau. L’était beau... Aussi beau que Gildas à douze ans... Je l’aimais. On est toujours beau quand on est gosse... J’me suis pas rendu compte que j’avais grandi...

Son souffle était devenu plus lent et semblait s’étouffer. De ses yeux coulaient de larmes, et son visage exprimait une peur panique devant la mort qui prenait possession de son corps. Sa bouche s’ouvrit béante, vide de mot. Puis une phrase:

— Pourquoi l’a pas voulu, Erwan? Je voulais juste l’aimer...

Sa tête s’était inclinée, et de la bouche entrouverte un mince flot de sang se mit à couler. Michel s’était recueilli:

— Notre Père, qui êtes aux cieux...

Malgré son aversion pour la religion, il n’avait pas pu s’empêcher d’esquisser un début de prière, demandant à un dieu dont il doutait fortement, de prendre soin du défunt...

Cruellement froid Martin rajouta:

— Te bile pas pour son âme... L’as eu ce qui méritait... Doit déjà rôtir en enfer...


Dans la ferme Mauvoisin, les feux de la Saint-Jean dépassèrent cette année-là tout ce qui avait déjà été vu. Le bûcher préparé par Martin en personne atteignait presque le faîte des toitures. Mauvoisin nourrit la fête d’un cochon à la broche, et le cidre coula à flot.

Le fumet du porc grillé se répandit jusqu’aux dépendances de sa demeure, cachant l’odeur de brûlé du cadavre de Louis, bien camouflé au milieu du brasier. Le lendemain matin, ce fut encore Martin qui se chargea de tamiser les cendres, pour l’usage des laveuses, et de mettre au fumier des morceaux carbonisés qu’au reste personne n’aurait pu identifier comme provenant d’un humain...


La noce fut fixée fin juillet. Mauvoisin eût à régler les problèmes d’argent qui surgirent de la part du père Dupré. Il prétendait que son fils n’étant pas majeur, le salaire d’instituteur que verserait la commune devait lui revenir en partie, à charge pour lui de nourrir la nouvelle famille. Il fallut le dédommager pour arracher son consentement au mariage. Michel prit la précaution de faire enregistrer devant notaire l’accord financier, ainsi que l’émancipation du mineur. Les deux propriétaires se chargèrent de doter le couple pour faciliter son installation. Mauvoisin étonnait Dumas par sa prodigalité. Rien n’était trop beau pour Gildas; on aurait pu croire qu’il dotait son propre fils.

L’école devait être inaugurée le jour de la Fête nationale. À ce moment-là, les familles auraient inscrit leurs enfants d’âge scolaire, soit de sept à onze ans. Les parents étaient tenus de fournir des bûches pour entretenir le feu l’hiver, ainsi que d’assurer la présence des enfants tous les jours de classe.

Un nouveau bureau de la mairie fut installé dans une salle inoccupée du rez-de-chaussée. L’instituteur y remplirait tous les jours les fonctions de secrétaire, chargé de la tenue du registre d’état-civil, naissances et décès.

On se rendit à Blois pour acheter les fournitures scolaires. La commune fournissait gratuitement les livres, cahiers, ardoises, plumes et encre. La classe fut équipée d’un tableau noir, de cartes de France, d’un globe terrestre, et d’une multitude de choses dont Gildas tenait la liste. Jean-Marie profita de ce voyage pour offrir à son amant le costume de son mariage: pantalon, frac, gilet... Le garçon portait l’ensemble de si belle façon qu’il fut à deux doigts de l’embrasser dans la magasin.

Depuis que le jeune homme avait accepté l’idée de se marier, un je-ne-sais-quoi soucieux venait voiler son sourire. Lorsque Jean-Marie lui en fit la remarque, il rétorqua qu’il avait l’esprit occupé par l’école et ses nouvelles responsabilités,. Un jour pourtant il finit par confier son angoisse:

— Je ne dors plus jamais l’esprit tranquille depuis que je sais que je vais devoir coucher avec une femme.

— Mais pourquoi? Tu es en pleine forme, tes érections m’étonnent même parfois, tu n’es jamais rassasié!

— Oui mais... Comment je vais faire? Blandine ne m’excite pas du tout...

— Ah, pauvre garçon! Sitôt que je te touche, ton membre atteint des sommets que j’envie! Je te parie que ce sera la même chose quand elle mettra sa main dessus...

— Y a rien de moins certain! Elle est encore fille, et ne possède aucune expérience. Elle va attendre que je la prenne sans bouger un orteil...

— Je suis sûr que si tu commences à la tripoter, elle s’excitera et ce sera elle qui te couvrira... Tu peux même lui lécher le minou...

— Quelle horreur! En plus, les garçons disent que ça coule et que ça pue... J’oserai jamais...

— Et pourtant...

— Et pourtant quoi...?

— Les hommes qui aiment les femmes ont toujours envie de tremper leurs sexes en cet endroit. Mais je ne puis rien ajouter, car je suis comme toi... vierge de toute expérience.

— On devrait peut-être demander à Maître Mauvoisin?

— Pourquoi pas? Après tout, il a été marié et il est devenu père.

C’est ainsi qu’un beau matin, les deux amis débarquèrent chez le maître du Grand-Champ. Gildas, rougissant, se tordait les mains de confusion. Quand ils furent installés dans la cuisine, Jean-Marie prit la parole:

— Mauvoisin, je viens te demander une faveur pour moi et pour Gildas. Voilà ce qui nous amène.

Il raconta les affres du jeune homme face à sa nuit de noce... Michel écouta sérieusement puis, après avoir laissé s’installer un long silence, il sourit largement et donna sa réponse:

— Mes chers amis, c’est bien d’avoir pensé à moi. J’y vois une preuve de votre confiance. Mais je ne puis pas donner un avis bien sérieux sur ma nuit de noce, car j’étais marié à une pisse-froid qui n’a jamais su ce que jouir voulait dire! J’ai dû faire de gros efforts pour accomplir mon devoir conjugal.

— Désolé pour toi Mauvoisin, nous voilà donc sans réponse...

— Attends, j’ai pas fini... Ma femme était une harpie, mais quand j’avais douze ans, j’ai couché avec une bonne amie plus âgée que moi. Ça a duré une paire d’années... Ben, je dois avouer que j’y prenais plaisir. Pis elle aussi... Bien que ce ne soit pas une gourgandine, elle couinait fort quand je la culbutais!

— À douze ans, bon Dieu, Maître Mauvoisin! Vous étiez donc un vrai démon?

— Et toi un petit diable! Le Louis m’a raconté à quoi vous occupiez vos récréations! Revenons aux filles. Tu vois Gildas, ce qu’il faut, c’est que t’i astiques le petit téton qu’elle a au sommet de la chatte; c’est gros comme le bout du petit doigt, tout rond...

— Avec un ongle?

— Mais qu’il est bête! Bien sûr que non! C’est pareil à un bout de sein, mais c’est ferme sous le doigt. Tu mouilles bien ton index, et tu le caresses, le petit téton! Et si elle s’échauffe, elle deviendra très entreprenante... C’est elle qui te montera dessus, t’auras rien d’autre à bouger!

— Y a que ça à faire... Et je serai dur?

— Ça m’étonnerait que tu restes sans réaction... Et tu peux aussi lui lécher l’engin avec la langue, elle adorait ça, la Lison! J’arrivais à lui faire prendre son plaisir rien qu’avec la langue...

— Et après vous étiez le bec dans l’eau...

— Non pas! Elle me suçait jusqu’à ce qu’elle prenne mon foutre dans la bouche...

— Oh! mais c’était une traînée!

— Non de non! Elle aimait l’homme... c’est tout simple, comme nous... Je ne te demande pas ce que tu fais quand tu es au lit avec un gars, ça me gênerait. Mais je suis bien sûr que c’est cochonnerie et tout ce qui s’ensuit...

Jean-Maris prit la parole:

— En tout cas, moi, je n’ai eu qu’une expérience avec une femme, et je lui ai grignoté le minou. Mauvoisin a raison, c’était pourtant une putain mais elle a pris son plaisir en femme honnête, sans simuler...

— Eh bien, j’espère que j’arriverai à durcir... ça me ferait quand même mal de rater ma nuit de noce. Je passerais pour un con... Parce que vous savez, les filles, entre elles, elles se racontent tout...

Mauvoisin continua:

— Les hommes comme nous aiment la bagatelle. Tu jouiras avec une femme comme tu jouis maintenant... Et pis encore - je sais pas si j’ose dire ça devant toi

—, t’es encore un gamin après tout...

— Si, Maître, dites...

— Ben, si t’es pas trop attiré par son tapis, tu peux de temps en temps lui enfiler ton membre par là où on le met entre hommes...

— Non?

— Si! Bon, méfie-toi au début, elle va ronchonner que c’est pas des façons catholiques et patati et patata. Mais ça serait étonnant qu’elle te le refuse, si tu insistes bien... Et elle pourrait y prendre du plaisir aussi... Comme Lison...

— Je crois que c’est avec Lison que j’aurais dû me marier...

— Bah, les femmes sont toutes bâties dans le même moule!

— Sauf votre respect, l’épouse que vous aviez choisie, à ce que vous dites, c’était pas une femme de cette trempe-là!

— Oh non! il y a des exceptions... Chez les hommes aussi d’ailleurs. Nous, par exemple, on n’a pas les mêmes envies que les autres. Et encore, voyez Martin, il aime les femmes comme les hommes. Pareil pour les deux. Le proverbe ne dit-il pas: «Il faut de tout pour faire un monde»?

Gildas sortit rasséréné de chez Mauvoisin. Il avait apprécié que la discussion des trois hommes, parlant naturellement de leurs mœurs, se soit déroulée d’une manière aussi sereine. Tout avait semblé aller de soi. Il avait pris confiance en lui, et comptait sur son sexe, toujours au mieux de sa forme, pour réussir sa périlleuse nuit de noces. Blandine, après tout, n’était pas repoussante. Il se débrouillerait pour faire avec...

À suivre...



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