La fortune des Mauvoisin (2)


La fortune des Mauvoisin (2)
Texte paru le 2007-05-12 par Urbain   Drapeau-fr.svg
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Dans les mêmes temps, aux Forests, Michel Mauvoisin préparait son mariage, après les dernières récoltes, blé battu, regain rentré, quand les travaux fermiers se ralentissent. Il était devenu un des hommes les plus riches du département. La Lison restait pour lui un excellent souvenir, mais quand elle lui eût déclaré qu’elle était enceinte, l’année de ses dix-huit ans, il lui avait fait comprendre qu’il était hors de question qu’il l’épouse. Elle était tombée dans une sorte de prostration, d’où elle n’était sortie que pour aller se confier au curé. Le prêtre avait tancé Michel, qui lâcha mille francs à la petite et la maria à un de ses valets. Le nouveau couple partit, sa petite fortune en poche, et le maître n’entendit plus jamais parler de la Lison.

Il n’avait pas oublié les Prussiens, ni sa mésaventure avec le capitaine. Longtemps encore, sa mémoire était restée encombrée du sexe de Fritz. C’est comme si le membre du jeune Prussien était allé se ficher dans son âme, pointe d’acier plantée dans sa cervelle, invisible de tous, mais bien présente lorsque Michel se touchait le bas-ventre ou se torchait l’arrière-train.

Il se disait qu’à l’époque, il avait été trop con de raconter ça au curé. Il n’en était résulté aucune autre conséquence que des dizaines pour pénitence, à genoux sur le prie-dieu de bois. Cela lui donnait toujours rétrospectivement la nausée. Depuis, il évitait d’aborder les sujets sexuels devant un prêtre, en confession ou en privé. Le visage rouge et furieux de son confesseur l’avait étonné. Il en avait déduit que, pour les gens d’église, si les pratiques amoureuses entre garçons n’étaient pas ignorées, elles ne constituaient un très lourd péché que si on y prenait du plaisir. Michel s’était donc gardé de raconter au prêtre que Fritz et lui s’étaient revus plusieurs de fois après cette première expérience à la ferme.

Dans les jours qui avaient suivi cet épisode, un envoyé de la mairie était venu au Grand-Champ. Au début de la guerre, la presque totalité de chevaux avaient été réquisitionnés par les militaires français. Après la déroute de ces armées, l’ennemi était entré en possession de milliers de solides bêtes. Les accords de paix prévoyaient leur restitution au monde paysan en priorité. Fritz, sous-officier de l’intendance, était chargé de la redistribution, et les cultivateurs appelés auprès de lui avec les attestations de la mairie s’y rendaient avec l’espoir de se voir restituer une partie de leurs bêtes de trait.

Michel se rendit humblement dans la maison où se tenait le commandement des troupes prussiennes. Il fut surpris d’être, cette après-midi-là, le seul paysan convoqué. Son étonnement décupla lorsqu’il pénétra dans le bureau où trônait son enculeur... En paysan finaud, le fils Mauvoisin compris instantanément que le Prussien allait vouloir profiter de son corps, comme l’autre jour. Il réfléchit rapidement et envisagea qu’il pourrait tirer des avantages de cette situation. Un frétillement descendant des reins à la rainure du cul lui indiqua qu’il y trouverait aussi un contentement physique qui n’était pas à dédaigner pour un jeune excité comme lui. Et puis, il avait fini par se l’avouer, Fritz lui plaisait beaucoup...

— Ach... Mauvoisin, c’est donc toi le patron de la plus grosse ferme du canton? Tu es bien jeune, pourtant!

— J’ai remplacé mon père quand il est mort, et ma mère ne peut pas diriger la ferme toute seule. Je suis le maître au Grand-Champ, et voilà l’attestation du maire. On m’a pris douze percherons...

— Tu n’espères pas qu’on va te remplacer toute ton écurie? Après tout, c’est ton armée qui t’a dépouillé, pas nous. Quoique... Si tu te montrais gentil...

— Donnez-moi mes douzes bêtes, et je ferai ce que vous voudrez... Même pas besoin d’une baïonnette sous la gorge.

— On dirait que tu as tout de suite saisi ce que «gentil» voulait dire... En fait, si tu es vraiment gentil, complaisant même, tu pourras peut-être avoir deux ou trois chevaux de plus, c’est pas le travail qui doit manquer sur tes terres... Pas vrai?

— Pour sûr, y en a p’tête même pour six de plus...

— On verra Mauvoisin, on verra... En attendant je vais t’en rendre six, mais attention, tu les reprends deux par deux et tu n’en parles à personne.

Après que Fritz eut tamponné, écrit, signé une multitude de papiers officiels, signifiant le nombre et les délais dans lesquels Michel se voyait attribuer quinze chevaux parmi les plus robustes, le sous-officier se leva et marcha jusqu’à la porte, l’ouvrit en jetant un coup d’œil dans le couloir, et lui intima:

— Suis-moi!

Ils montèrent l’escalier de bois jusqu’à une chambre qui donnait sur l’arrière de la maison. Verrouillant la porte, Fritz ôta sa veste et sa culotte de cheval et demanda à Michel se mettre en sous-vêtements lui aussi. C’était l’été, et, son pantalon retiré, ne restait que sa chemise qui pendouillait jusqu’aux genoux. Il ne portait pas de dessous et rougit de honte de ses pauvres vêtements. Le Prussien s’approcha de lui et lui murmura:

— Tu es beau et ton corps est une véritable tentation... Et moi, est-ce que je te plais aussi? As-tu aimé ma queue comme j’ai aimé ton cul? Approche-toi que je t’embrasse.

Michel, un peu gêné de cette déclaration amoureuse, ne savait pas trop quoi répondre à ces questions.

— Ben, dame, bien sûr que j’ai aimé quand tu m’as culbuté, et pour ce qui est de toi, j’sais pas encore si tu me plais, j’t’ai pas encore bien vu... T’es bien trop habillé.

Le visage du militaire se colla à celui du paysan, et les deux bouches se soudèrent en un baiser passionné tout de violence masculine. Michel soudain eut un sourire et éclata en un gloussement nerveux.

— Ah mais, pardonne... c’est qu’tu m’chatouilles avec ta moustache... Mais bon sans, ça c’est pas un baiser de fumelle... Vains Dieux, oui!

Glissant ses mains sous la chemise du paysan, Fritz la releva en caressant cuisses, fesses, et dos. Il passa le vêtement par dessus les épaules et la tête, et lâcha le tissu de flanelle qui tomba sur le plancher. Le jeune homme se retrouva nu, debout contre le Prussien. Être à poil comme ça ne le déconcerta pas; maintenant, il se sentait l’égal de Fritz, car il devinait bien que l’attitude du soldat établissait une sorte de connivence égalitaire. C’était seulement deux garçons prêts à se faire l’amour, et non plus un militaire vainqueur et un paysan battu comme l’autre fois. Il demanda:

— Et toi, tu vas finir par l’retirer ton caleçon, ou faut’y que j’l’arrache?

— Tiens donc, beau parleur!... Déshabille-moi, si t’en a une aussi belle envie!

— C’est que j’ai l’habitude de choisir mes bêtes en leur tâtant les flancs moi... Et j’m’y connais en bestiaux, tu peux m’croire...!

— Oserais-tu, petit paysan, me comparer à une bête de foire?

— Bien sûr que non, flatter ta croupe d’homme, ça doit quand même donner plus de plaisir que de choisir un taureau.

Michel saisit la camisole du Prussien, il l’enleva par la tête, sans la déboutonner. Les cheveux clairs tout emmêlés du garçon lui donnaient un air d’ange, et ses yeux perdaient de leur dureté en devenant rieurs comme ceux d’un enfant farceur.

— Voyons si tu seras aussi habile avec mon caleçon... Attention, je bande comme un bouc, ne me blesse pas...

Mauvoisin s’appliqua sur chaque boutonnière. Il s’était agenouillé sur le sol, et instantanément le souvenir encore tout chaud de la pénitence de son confesseur lui remonta à l’esprit. Alors, libérant la ceinture du sous-vêtement, il l’abaissa sur les pieds du soldat. Il empoigna la grosse bite chaude et odorante et se l’enfourna au fond de la bouche en songeant: «Sacré engeance de curé, ta pénitence de merde vaudra aussi pour ce péché-là!» Il le suça jusqu’à ce que Fritz prenne sa jouissance, et que son doux sperme d’outre-Rhin envahisse ses joues. «Et un cheval... Un...!» pensa-t-il alors qu’il se relevait.

Le corps et l’esprit de Fritz flottaient comme poussières en suspension... Il adorait se fait sucer. Jamais il ne s’était autant contenté pendant qu’on s’occupait de son trayon. Ses jets de sperme avaient été si puissants, si nombreux et si fortement jouissifs, qu’il avait ressenti comme une défaillance quand ils s’étaient calmés. Il tenait là un têteur de première bourre, et se devait de le garder le plus possible. Aussi, quand Michel demanda:

— Est-ce que je dois partir maintenant?

Il répondit:

— Mais petit animal, un vrai foutrage entre garçons, c’est quand chacun prend son plaisir... Tu repartirais comme ça, avec une bandaison que tu calmerais au premier bosquet en te branlant comme un gamin, balançant ta semence dans les herbes sèches... Je connais un meilleur endroit pour recueillir ton jus.

— Ah oui... Où ça?

— Mes fesses, petit ignorant, sais-tu que rien n’est plus agréable qu’un bon et profond fouissage?

— Je devine, n’oublie pas que tu m’as fourré et que j’en ai un bon souvenir. Mais...

— Mais quoi?

— On n’a point de saindoux...

— Tu es vraiment inculte, petit paysan! il existe mieux que le lard pour graisser le cuir.

— Ah oui, et quoi...?

— La langue et sa salive sont très largement supérieures à tout onguent, elles détendent les culs les plus rétifs et, petit atout supplémentaire...

— Oui...?

— Celui qui s’ouvre sur une langue bien vivante connaît une jouissance sublime, proche des plaisirs du jardin d’Eden... Dis-moi encore, Mauvoisin, qui t’a appris à sucer comme tu l’as fait?

— Y'a pas d’mystère, quand j’étais gamin, avec mes copains on se faisait têter pareillement par des veaux... Tous les paysans connaissent ça... J’ai eu qu’à faire comme ces bêtes.

— Aaaah... un veau! les privilèges de la campagne... En ville, nous n’avons pas ces avantages. Et tu n’as jamais pris la place du veau?

— Pardi bien sûr que si, y a pas des vêlages toute l’année, entre mômes on se tirait le jus à tour de rôle quand on gardait les bêtes.

— Allez, approche-toi que je m’occupe de ta bite, sinon elle va complètement se rabattre.

Fritz s’abaissa vers le sexe du paysan, et en quelques tours de langue, il le mena à un arc-boutant d’une flamboyance toute gothique. Il saisit son compagnon par l’épaule et lui dit:

— Camarade, allons sur mon lit et montre-moi ta vaillance.

Il se positionna à quatre pattes et offrit sa rondelle à la bouche de Michel. Celui-ci approcha le nez de la raie. Il en rapporta des impressions d’étable et d’humidité, mais cela ne le rebutait pas: en paysan, il avait l’habitude de supporter la bouse ou le crottin, ses vêtements d’ailleurs transportait ces relents de ferme partout où il allait, même à l’église. Plus que par ses vêtements, on distinguait un paysan d’un artisan à son odeur, et à la messe on pouvait respirer l’âcreté rurale.

Il enfouit son visage et commença à lécher l’intimité de Fritz. C’était d’un goût à peine salé, et, écartant les deux fesses, le rose intime donnait une impression de fraîcheur fade à ses papilles. La pointe tortilla dans cette passe et déposa son comptant de salive dégoulinante. Il pénétrait le plus en avant possible, repliant les deux lamelles de sa langue mais ses lèvres butaient sur le fessier interdisant une approche plus profonde. Mouillé grassement, le soldat proposa à Michel de commencer son enculage:

— Et tu peux y aller d’un coup, j’ai le cul ciré par l’habitude de me faire foutre, et une grande hâte à me voir tasser le fion par ton bourroir.

— C’est que...?

— Quoi donc, tu as débandé?

— Non, bien au contraire, j’sens plus mon bout, c’est pas ça, mais tu pourrais t’y te mettre sur le dos... Comme une femme.

— Aurais-tu honte de me saillir comme une chienne?

— Ben, si je te vois, j’aurai plus de plaisir... J’aime bien ta tête.

— Bon sang Mauvoisin, faut pas devenir sentimental, on fait ça que pour la jouissance... Uniquement par vice et par plaisir... Enfin, je me retourne... J’avoue que j’aime bien aussi ta figure de sale gosse... Mais attention Mauvoisin, commence pas à m’aimer... Ce serait dangereux pour nous deux une affaire comme ça.

Fritz se retourna. Il s’offrit jambes relevées à hauteur des épaules, Michel ajusta son gland à la plissure brune et força l’entrée. Celle-ci ne résista pas une seconde à l’intrus. Il s’enfonça dans des profondeurs teutonnes aussi douces et veloutées qu’un sentier de printemps couvert d’herbe en rosée. Le petit paysan, tenant son rôle de mâle, martelait, quittait, bouchonnait le cul de Fritz qui, ne pouvant se contenir, fit jaillir des giclées sur son abdomen.

— Tudieu... Mauvoisin tu ferais un fameux canonnier, me faire jouir deux fois à la suite... Et de quelle façon!

Michel continuait à pilonner le cul de Fritz, maintenant qu’il allait prendre son plaisir, rien ne semblait le rebuter et, sentant monter les vibrations de sa jouissance, il se rabattit sur le Prussien et prit sa bouche pour un baiser couronnant son apogée. Le corps du soldat se remplit du sperme du paysan, un jus chaud qui se répandit par saccades dont Fritz percevait les à-coups à sa rondelle parcourue de frissons...

— Mauvoisin, Mauvoisin... Si tu savais combien c’est plaisant de se faire foutre comme une vulgaire traînée.

— Il ne tient qu’à toi de me montrer la meilleure méthode pour y parvenir. Je peux revenir demain.

— Tope-là... Demain vers les 10 heures, j’expédierai tes collègues... D’ailleurs je n’ai presque plus de chevaux disponibles, je t’ai promis la plupart de ceux que j’avais. Allez, au revoir, camarade!

Michel tendit sa main...

— Non pas comme ça, viens près de moi me donner une accolade de guerrier.

Ils s’étreignirent jusqu’à ce qu’ils sentissent chacun la chaleur de l’autre. C’était un geste contenu, chargé de sentiment, de ceux qu’on pratique entre hommes de la même famille, quand on s’apprécie bien... Mais, à cet instant précis, chacun d’eux percevait bien que ce câlin était bien plus qu’un simple échange fraternel. Il devenait, après les rapports amoureux dans lesquels ils s’étaient vautrés, la reconnaissance de l’être humain que chacun cachait à l’autre jusqu’à ce matin. Ce n’était plus le soldat prussien, ce n’était plus le paysan français, ils devenaient Michel et Fritz grâce à cette bizarrerie exclusivement humaine que demeure l’affection.

Deux mois après, les attelages de Michel étaient reconstitués. Le jeune fermier put même se permettre, au moment des labours, d’en louer deux paires aux alentours...

La dernière fois qu’ils se rencontrèrent, c’était à la Foire de Blois. Ils s’éclipsèrent, délaissant leurs amis, et allèrent se faire photographier. Fritz était en civil et Michel en habit de propriétaire. Le Prussien s’était rasé pour mieux plaire à son amant, et côte à côte, têtes à demi tournées l’une vers l’autre, se regardant, leurs bouches affichant le même sourire énigmatique et leurs regards pétillant de désir clamaient sans détour que les deux garçons étaient, l’un pour l’autre, plus que de simples amis. Le tirage fut mis en couleurs par un artiste peintre, et lorsque Michel reçut son épreuve, criante de vérité, il la contempla et décida de la conserver bien cachée, sous clé. Il prit l’habitude d’aller l’admirer de temps à autre quand il avait un souci. La photo régénérait son courage, mais toujours, il en ressortait les yeux humides.


Le mariage attisait les haines. Michel Mauvoisin, le plus gros céréalier de la région, épousa la fille d’un proche voisin, propriétaire lui aussi de terres presque aussi vastes que celle de son futur gendre. Amélie apportait en dot cent milles francs, ainsi que des bois situés dans le Perche voisin. On tirait des centaines de stères de bois de chauffe, et des coupes de chêne qui comptaient parmi les plus belles de la forêt française. Par une espèce de hasard bienheureux, les tourtereaux se trouvaient, chacun de son côté, unique héritier. Les deux frères d’Amélie avaient trouvé la mort très jeunes, dans la région de Sedan, en 1870. Cette situation avantageait Michel qui devenait, par son union, l’homme le plus riche de la région. Si l’héritage de sa promise ne lui était pas acquis, il s’était arrangé avec son futur beau-père pour diriger les cultures de l’ensemble des propriétés. À cet effet, en plus des faucheuses mécaniques déjà achetées, il aurait, dès cette année, une batteuse à vapeur dans le cour de la ferme. Il testait aussi une machine de labour, qui ressemblait de loin à une locomotive avec sa cheminée haute cerclée de métal argenté. Le seul obstacle à la continuité des propriétés était un petit domaine d’une soixantaine d’hectares, les Petits-Fonts, tout en longueur. Il appartenait à un notaire de Chartres qui en avait fait don à son fils. Celui-ci poursuivait une carrière juridique. Les terres, morcelées en métairies, étaient exploitées par des paysans arriérés qui cultivaient comme au début du siècle. Ils en tiraient le strict nécessaire pour subsister. Mauvoisin avait plusieurs fois tenté d’acheter, mais le propriétaire n’était jamais entré en négociations.

Cette affaire torturait Michel. Mais il possédait un sujet de contentement: depuis la guerre, le vingt francs or avait remplacé le napoléon, et les pièces républicaines s’entassaient dans ses coffres. Cela se savait dans la région. Certains ne manquaient pas de faire le rapprochement avec l’histoire de chevaux, qu’aucun paysan des alentours n’avait oubliée. Michel avait allumé des contre-feux en répandant partout le bruit qu’il s’était déplacé jusqu’à Alençon pour acheter ces magnifiques percherons. Personne ne le contredisait, mais le doute subsistait. On racontait, à voix basse, que la famille Mauvoisin avait dû se compromettre avec les Prussiens pour soutirer un avantage aussi considérable que ces bêtes-là. On n’envisageait pas un instant que tout cela reposait sur une assez peu banale histoire de sexe et d’intérêt qui avait tourné en relation amoureuse fusionnelle.

On le jalousait, on le critiquait, on l’accusait de dépouiller les petits paysans quand il rachetait leurs terres, mais, chacun s’accordait à dire que Michel, depuis la fin de la guerre, apparaissait comme l’homme le plus malheureux du monde. Taciturne, il ne fréquentait personne, n’assistait à aucune fête, ne répondait pas aux invitations, et, depuis le départ de la Lison, on ne lui connaissait aucune liaison qui aurait pu le dérider. Un mystère que cet homme-là. Vivant comme un hobereau, il dirigeait tantôt depuis son bureau, tantôt donnant ses ordres au régisseur et surveillant ses cultures perché sur un demi-sang, suivi de chiens courants, tirant à la volée un lièvre ou une compagnie de perdrix. Ses valets le craignaient, bien qu’il n’ait jamais joué au patron tyrannique. Mais le masque douloureux, sur ce visage d’une beauté peu commune, leur donnait l’impression que le maître était un peu habité par le diable... Il leur faisait peur. Le monde paysan craignait les sorciers démoniaques et leurs maléfices autant que Dieu lui–même.

Chaque mois, il se rendait à Tours pour deux ou trois jours. Quand il rentrait, personne aux Forests n’aurait été capable de dire à quoi il avait pu occuper ses journées dans une ville aussi lointaine.

À suivre...



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