La renaissance de Christian (09) : La triste histoire de Marco


La renaissance de Christian (09) : La triste histoire de Marco
Texte paru le 2012-06-12 par Kitty   Drapeau-fr.svg
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— Est-ce que Claudia t'a déjà parlé de Marco ?

— Marco ? Mm, attends voir… Marco, Marco… Non, je ne crois pas. En tout cas ça ne me dit rien. Ou alors, je ne m'en souviens pas.

— Tu t'en souviendrais. Mais, ce n’est pas très étonnant, il s’agit d’une branche de la famille que tante Claudia connaît peu. Enfin, ça m’étonnerais que ma mère ne lui ait jamais raconté, mais, bon, passons… Marco était le fils unique de Paolo, le frère de Massimo que tu connais.

— Massimo ? Ton papa ?

— Oui, enfin, mon beau-père plus exactement, comme maman a eu la bonté de me l'apprendre le jour de mes dix ans. Tu sais qu'elle s’est mariée avec lui quand j’avais un an ?

— Oui, et je crois savoir aussi que ton « vrai » père est anglais, c’est ça ?

— Oui. C’est l'unique chose que je sais de lui, d’ailleurs. Maman est une tombe à son sujet… Bref, Marco, donc, avait trois ans de plus que moi et on se connaissait depuis toujours. Même si n'on avait aucun lien de sang, je le considérais comme mon cousin préféré, mon frère pour ainsi dire. On a passé tous nos étés napolitains ensemble. On ne se quittait pas des vacances. On passait notre vie à la plage, ou à traîner en ville avec une bande de ragazzi. On faisait les quatre-cents coups. C'était lui le leader. J'étais toujours sous sa protection. Avec lui, j'avais le sentiment que rien de mal ne pouvait m'arriver. De toute ma vie, c'est le meilleur ami que j'ai jamais eu. On s'inventait des mondes imaginaires… Mes meilleurs souvenirs d'enfance, c'est à lui que je les dois. Très tôt, vers ses douze ans, je pense, j'ai su qu'il faisait des trucs pas très catholiques avec d'autres garçons. J'avais beau être encore petit, j'ai vite compris qu'il s'agissait de jeux sexuels. J’étais curieux de ce qu'il fabriquait sans moi, mais il n'a jamais voulu m'initier à ses découvertes. Je crois qu'il me voyait comme un être pur qu'il fallait préserver…

Il fait une pause pour fumer et se souvenir. L'hiver ne l'atteint plus. Il semble loin,dans le temps et dans l'espace, là-bas, à Naples, sur une plage de l'enfance.

— Je sais aujourd'hui que je l'aimais, Marco. Et que lui aussi m'aimait… Pourtant jamais rien ne s'est passé entre nous, pas même un baiser, et rien n'a jamais été formulé. C'était un amour innocent qui ne disait pas son nom. C'est comme s'il m'avait toujours gardé dans un coin sacré de son cœur. Je n'ai vraiment compris ce qui nous liait que bien après sa mort. Tu sais, ma balada triste qui te plaît tant, c’est pour lui que je l'ai composée. J’ai souvent imaginé ce qui aurait pu arriver entre nous s’il n’avait pas disparu.

À ce stade de son récit, je perçois distinctement la tristesse qui monte en lui. Il tire encore sur sa cigarette, pour se donner le temps de se reprendre, je crois… J'appréhende la suite.

— Que s'est-il passé ? tenté-je doucement.

— Il s'est passé que l'été de ses seize ans, sa mère l'a surpris au lit avec son petit copain du moment. Ses parents étaient des gens très modestes, très simples. Je les aimais bien. Sa mère, Maria, faisait super bien la cuisine… Parfois, on se retrouvait presque à dix mômes à bouffer chez elle. — Il baisse les yeux sur son mégot, cherche ses mots. — Elle est devenue comme folle ce jour là, hystérique, monstrueuse… En un après-midi, tout le quartier était au courant que son fils Marco était aux hommes. Elle a demandé au père de le tabasser pour le punir. Son vieux n'y a pas été de main morte. Moi, on m'en aurait fait la moitié, j'aurais fini à l'hôpital. Je t'épargne les détails. Il tenait encore debout parce que c'était un dur-à-cuire, mais il n'était pas beau à voir, le pauvre. Il est resté quelques jours encore à Napoli, chez son copain, pour se rétablir un minimum, puis il est parti sans le dire à personne. Il a disparu. Pendant deux ans, j'ai reçu régulièrement des cartes postales de lui. Elles venaient invariablement d'Espagne ou du Portugal, le ton était toujours rassurant. Même s’il me manquait, je me disais qu'il s'éclatait et qu'il avait bien fait de s’en aller. L'été de mes quinze ans, l’année juste avant que tu viennes passer des vacances chez maman, avec Claudia, Flo et Bastien, Marco est revenu au pays. Il est revenu pour…

Comme il se tait, il secoue doucement la tête, mâchoire serrée, et je vois deux grosses larmes rouler jusqu’à son menton et y rester en suspens. Il les essuie, renifle bruyamment.

— Excuse-moi. C’est dur de repenser à tout ça. Je n’ai pas reparlé de Marco depuis super longtemps.

— Prends ton temps.

Sa cigarette est terminée. Il l’écrase à ses pieds, dans le sable de l’allée, et jette le mégot à la poubelle, juste à côté du banc. Il prend une grande inspiration, se redresse, se passe les mains sur le visage.

— Marco et moi, le jour de son retour, on a passé la nuit ensemble. On a parlé, on s’est offert un bain de minuit sous la pleine lune, on a mangé un festin de roi sur la plage… On a rit, on a philosophé. J’étais tellement heureux de le retrouver ! Il m’a expliqué qu’il avait fait la fête tout le temps, que la vie hors d’Italie était géniale. Je savais qu’il me mentait. Je ne sais pas comment te dire, mais quelque chose en lui s’était éteint. Son regard avait changé. À la seconde où je l’ai revu, c’est la première chose qui m’a frappé. Je n’avais peut-être que quinze ans à l’époque, mais j’ai compris qu’il en avait bavé. Il avait beau faire le fier, le regard, ça trahit… Finalement, on s’est endormis sur la plage après avoir vidé notre dixième bière. Quand je me suis réveillé, au petit matin, j’étais seul. J’ai tout de suite eu un mauvais pressentiment, je me souviens. Je suis allé chez ses parents. En m’approchant de la maison je me suis mis à courir en entendant les hurlements de sa mère. Il y avait les flics, une ambulance… On m’a empêché d’entrer.

Il fait une pause brève, ferme les yeux, les rouvre presque aussitôt.

— Il s’était pendu dans le salon.

— Merde…

— Il était revenu pour ça. C’était sa vengeance. Je n’ai donc jamais su ce qu’il a pu vivre en Espagne et au Portugal entre ses seize et ses dix-huit ans… En vieillissant, en apprenant un peu la vie, j’ai extrapolé. Tout le monde sait ce qui attend un beau garçon de seize ans épris de liberté et de plaisir qui se retrouve livré à lui-même. Il n’était jamais sorti de Napoli avant sa fugue. C’était quelqu’un de pur malgré son côté voyou. Il était généreux, il défendait toujours les plus faibles. Je l’adorais. Ce qui l’a privé de cette belle lumière qu’il avait dans les yeux, c’est sans doute la prostitution, la rue peut-être, la drogue, je ne sais pas, l’usure de la survie… Je pourrais t’en parler des heures de Marco. Il n’était pas du genre à se préserver, tu vois. Il s’exposait au danger, il aimait le risque et les sensations fortes, c’était un petit sauvage indomptable qui n’en faisait toujours qu’à sa tête. Pourtant, je ne connaissais personne de plus à fleur de peau que lui. Il était vif d'esprit, pouvait se montrer raffiné… Il aurait pu avoir un destin exceptionnel… Il a tout gâché. Je lui en ai voulu… Mais plus encore à ses proches, à ses parents. Le jour de l’enterrement, tu me croiras si tu veux, sa mère n’a pas versé une larme. Il n’a même pas eu droit aux derniers sacrements.

A la réminiscence de ce dernier détail sordide il se remet à pleurer silencieusement. Il ne peut plus continuer. Je lui passe le bras autour des épaules et l’attire contre moi. Je lui baise le front quand il laisse aller sa tête sur mon épaule. Je crois hélas qu’il n’y a rien à dire, alors je me tais.

— Le suicide de Marco m’a traumatisé, dit-il entre deux reniflements.

— J’imagine.

— Je ne m'en suis jamais remis. Je crois même que c’est ce drame qui m’a fait mettre si longtemps à admettre que j’étais comme lui, attiré par les hommes. À cause de ça, j’ai fait souffrir plein de filles pour rien et je n’ai pas osé tenter d'expérience avec un garçon avant mes vingt-deux ans, une première expérience qui m’a bien refroidi, en plus, soit dit en passant… Chez tous les mecs qui m’ont attiré il y a toujours eu quelque chose qui me rappelait un peu Marco. Malheureusement pour moi, c’était souvent le côté mauvais garçon qui me faisait de l’effet…

Il sort un mouchoir en papier pour s'essuyer les yeux et le nez.

— Le pire de tout, au final, dans cette histoire, en dehors de sa mort biens sûr, c'est que je n'ai jamais entendu mes parents évoquer son souvenir ou dire un mot gentil sur lui. Jamais. Comme s'il n'avait jamais existé. Je leur en veux pour ça, tu ne peux pas savoir ! Il était mon meilleur ami, passait souvent chez nous…

— La vache.

— Tu comprends pourquoi je préfère me taire, maintenant… – Il se met à grelotter – Je vais me rentrer, j’ai froid.

— Tu repars à Paris ?

— Ben oui, c’est là que je vis aux dernières nouvelles…

— Je peux venir ou tu as des choses prévues ?

— Mais, tu n’es pas sensé aller bosser là ?

— Je vais appeler pour prévenir que j’ai pris mon après-midi. Je n’avais pas d’urgences à gérer aujourd’hui, ni de rendez-vous.

— Ils ont l'air cool à ton boulot.

— Pas tant que ça, mais on va faire comme si. Alors, je peux rester avec toi ? Dis oui.

Il me noue les bras autour du cou et approche du mien son visage où un sourire passe enfin.

— Je ne demande que ça que tu restes avec moi. Je devais répéter avec Ludmila à seize heures, mais je vais l’appeler pour annuler. Dis-moi… Tu me laisserais t’embrasser là, devant les gens qui pourraient passer ?

— Que oui, dis-je en lui prenant les lèvres.

Elles accueillent les miennes pleinement, comme j'aime. L’histoire de Marco m’a noué les tripes et ce baiser est le bienvenu.

— Ça te dirait qu’on aille se réchauffer sous ma couette parisienne ? suggère-t-il.

— Que oui ! répété-je.

Nous nous taisons durant les trois quarts d’heures de trajet en transports qui nous séparent de son domicile, absorbés que nous sommes par l'idée des heures d’intimité puissamment désirées que nous allons y partager. Comme j’ai hâte de le consoler, de le rendre heureux, de lui montrer mon amour. Mon corps manifeste déjà des signes d’impatience incontrôlables. Et puis, j’ai l’impression de faire l’école buissonnière. Ça m'excite. Les choses ont si bon goût lorsqu'elles ne sont pas prévues.

La porte de l’appartement de la rue Dulong à peine refermée, nous nous étreignons, entre exaltation enfantine et extrême concentration. Grimper les cinq étages en hâte m’a essoufflé, comme d'habitude, mais mon amant flamboyant ne me laisse pas le temps de récupérer. Nos vêtements volent à droite à gauche et nous voilà nus avant même d’avoir atteint la chambre. Je le désire à en mourir. Cela fait une longue semaine que nous n'avons pas fait l'amour. Et, peut-être que parler sérieusement nous a rapprochés encore. Nous bataillons joyeusement sur le lit défait. Sa joie est belle à voir. Je me frotte à lui, lui baise le cou, me vautre dans l'odeur et la douceur de son grand corps chaud.

— J'aimerais que tu me prennes tout de suite.

— Tes désirs sont des ordres, mon Teo.

— On prendra notre temps après, d'accord ? Mais là, j'ai trop envie, ajoute-t-il en s'installant sur le ventre.

Je poursuis mon bécotage intensif de sa nuque à ses reins, en passant le long de sa colonne vertébrale. Je me vois en train d'agir, je me vois nu avec lui, dans ces postures impudiques, et j'ai peine à croire que je suis toujours le même homme. C'est pourtant bien moi qui baise à n'en plus pouvoir la peau de ce garçon… Mon dieu, je me sens si bien avec lui… Happé comme je suis par l'instant, ce moment de recul un peu perturbant s'estompe vite.

Je chemine jusqu'à ses fesses dont la rondeur et les secrets m'affament. J'en mords la souplesse, y glisse la langue et m'attarde en leur centre. Je veux attiser ses attentes, pas trop vite ni trop longtemps, juste le temps que la tension monte encore de quelques degrés. Je souris à l'entendre roucouler des "Mm" et des "Oh" de sa belle voix grave de mâle, et à le voir ondoyer sous l'effet de mes attouchements.

Le fait est que nous avons du mal à nous voir souvent, alors lorsque nous nous retrouvons enfin pour un moment d'intimité, notre impatience sexuelle se révèle presque impossible à maîtriser. Presque à chaque fois, nous nous offrons donc, dans un premier temps, le plaisir sauvage d'une jouissance expéditive. À cette folie passagère et toujours magnifiquement libératrice, succède de longues heures de tendresse. Nous accordons alors tout le temps nécessaire à la dégustation de l'autre et à une montée du plaisir progressive. Pour l'heure, c'est ce premier incendie qui nous consume et l'urgence est de l'éteindre vite et bien. Diffusément, je devine son impatience particulièrement vive également liée à l’évocation de Marco. S’unir va conjurer la tristesse et aussi peut-être, lui rendre hommage… Nous avons trop parlé de mort aujourd’hui. Il faut que l’amour et la vie reprennent leurs droits.

Avant de lui introduire mon sexe entre les fesses, bien en profondeur comme il en meurt d'envie, j'admire sa beauté quelques brûlantes secondes, je lui passe les mains sur les mollets, les cuisses, sur son cul et sa chute de reins. Ah, sa chute de reins… Je le tâte de mon érection triomphante, le malaxe et l'ouvre pour aiguiser encore notre faim mutuelle. Je m'allonge sur lui, vise la cible qu'il me tend et m'y enfonce avec délicatesse. Il pousse un premier gémissement. Je lui mordille l'oreille, baise son visage éploré et me mets à remuer en lui. À l'instant où j'enclenche ainsi les roulements amples de mon bassin, je sens sa queue mouiller ma main que j'ai glissée sous lui. Une seconde, je crois même qu'il jouit, mais non, il ne s'agit que du fruit de son extrême excitation et des premier assauts du plaisir. Je me mets à bouger vigoureusement.

— Oh oui, comme ça, Christian, vas-y, baise-moi. Oh, merde, c'est bon… Lâche-toi…

Ses mots, sa voix éprouvée, enrouée, si sensuelle, me cravachent, et sa façon absolue de se livrer à moi affole mes sens. Je touche du doigt le paradis… En plus, c’est encore meilleur depuis que nous faisons l’amour sans protection.

Ah, mon Matteo, si posé dans la vie de tous les jours, si brûlant au lit, comme j'aime te donner ce plaisir primaire qui fait le piment explosif de nos retrouvailles. Te doutes-tu seulement du goût merveilleux que tu donnes à ma vie, désormais ?

Il a soulevé le bassin pour me recevoir de plein fouet, et pour que je l'occupe plus complètement encore. Le visage réfugié contre ses poings crispés sur l'oreiller, il encaisse ma force avec délice. On s'entrechoquent bruyamment l'un contre l'autre.

Un moment, je dois m'interrompre pour récupérer mon souffle. Je le libère donc. Il ne dit rien mais son corps en chaleur m'attend et m'appelle. Le désir en soulève la souple mécanique d'incessantes et langoureuses vagues, son petit trou luisant d'humidité reste ouvert. J'en suis fasciné. J'y caresse mon gland en lui pétrissant les fesses, pour le faire patienter. Quand je retourne en lui, je ne peux retenir un râle de bonheur, lui souffle "Mon dieu". Je lui inflige de rudes va-et-vient avec la ferme intention de ne plus m'arrêter jusqu'à la fin. J'ai tellement envie de le voir, de l'entendre, de le sentir jouir. Je reprends son sexe dans ma main. Il bande incroyablement dur et mouille abondamment. Il ne va pas être long à venir. J'accélère. Le plaisir me submerge et me fait haleter moi aussi.

C'est l'acte final, ce moment où l'exaltation des sens ne laisse plus s'exprimer que la part animale. Je cesse momentanément d’être civilisé. Je crois que j’en ai tellement marre, au fond, d’être civilisé… Je m'acharne. Il crie.

Ces plaintes puissantes, soudains plus efféminées, que lance mon fougueux partenaire pourraient presque donner l’impression qu’il souffre. Mais ses farouches mouvements de recul et les mots d’extase qu’il parvient encore à articuler me prouvent tout le contraire. Il s’accroche à deux mains au bord du matelas comme si une tornade allait venir nous balayer. Il se cache parfois le visage dans l’oreiller, peut-être pour étouffer ses cris, peut-être pour le mordre. Il est à la limite de se rendre.

Jamais je ne me suis senti plus viril de toute mon existence, jamais le pouvoir de mon sexe ne m’a semblé si merveilleux. Je me libère d’un peu plus de chaînes à chaque seconde. Je ne maîtrise plus grand-chose. Moi non plus je ne vais plus tenir longtemps. À l’instant où cette idée me traverse confusément la conscience, le déploiement de l'orgasme secoue puissamment mon beau Matteo. Il jure dans une sorte de sanglot heureux en éjaculant dans ma main qui l'attendait. Nos plaisirs respectifs convergent au point qu'il devient impossible de les distinguer. Il n'a pas encore libéré son dernier jet que je me plante en lui de toutes mes forces pour exploser à mon tour. Je ne saurais dire où je pars. Je décolle haut, très haut, et je suis avec lui. Je suis lui, il est moi… Notre communion atteint une dimension mystique.

On s’affaisse sans se désolidariser, les nerfs parcourus d'ultimes décharges. Je continue à remuer doucement en lui. J'ai tellement envie que notre plaisir se poursuive. Ça le fait ronronner. Mon sperme constitue un lubrifiant idéal et je sais déjà que nous allons en profiter dès que nos forces seront revenues. D'ailleurs, quelque chose me dit que ça ne prendra pas des siècles ! Je me concentre sur son profil le temps de retrouver tous mes esprits et l’immobilité. Il me regarde avec les yeux mi-clos. On se sourit. Je reste le nez enfoui dans sa chevelure pendant que nos cœurs retrouvent la paix. Je suis sûr qu'il n'a pas débandé… Moi-même, d'ailleurs… Je me remets à remuer doucement en lui, pour voir. Matteo, lèvres fermées, émet un interminable grognement de délectation qui en dit long sur ses sensations. On reste comme ça un bon moment, à demi inertes, mon bassin, seul, imperceptiblement animé…

— Si tu continues, tu vas me faire jouir encore, me dit Matteo.

— C'est vrai ? Je ne voudrais pas rater ça, dis-je en lui prenant la bouche et en accentuant un peu mes douces ruades.

Il se met en appui sur un coude et se tourne de manière à mieux profiter de notre baiser qui s'approfondit jusqu'au vertige. Sa langue invite la mienne et m'excite de plus belle. Il écarte une cuisse pour me permettre de le pénétrer plus aisément.

— Ce que ça peut être bon d'être enculé avec amour, sourit-il.

Je reste bien au fond de lui, à remuer toujours peu amplement, mais vite et régulièrement. Mes coups de queue réduits mais implacables provoquent vite l'effet escompté. Matteo finit par me lâcher les lèvres, le souffle à nouveau court.

— Oh, merde…

— Quoi ?

— Je sens que je vais venir encore.

Galvanisé par l'annonce, je continue amoureusement mes petits coup de hanches secs et nets, à un rythme légèrement plus soutenu. Je voudrais le sentir jouir en l'embrassant, aspirer son souffle à l'instant fatidique. Je lui reprends donc la bouche avec autorité. Il se plie à mes lèvres aussi totalement qu'à mon sexe. Je ne suis pas encore prêt à jouir, mais mon dieu, quel bonheur d'occuper ainsi sa chair trempée et ses lèvres jamais rassasiées !

Notre baiser profond ne l'empêche pas de gémir crescendo. Le diable au corps, porté par l'imminence de sa jouissance, je me surélève un peu pour le posséder plus sévèrement. Je m'attends à ce qu'il explose à chaque seconde. Il s'arrime à ma bouche avec une fièvre inouïe. Je suis en nage, à tel point que la sueur me coule dans les yeux. Soudain, la lame de fond d'une intense volupté anale le fait trembler des pieds à la tête. On poursuit notre baiser fou pendant qu'il se cambre et mouille les draps de son sperme. Je capte les spasmes puissants de son orgasme autour de mon sexe. C'est si fort, si bon. On se dit "je t'aime" à la même seconde. Ça nous fait rire.

Un large sourire de félicité demeure sur son visage. Il s'allonge sur le dos et on s'embrasse encore. Comment ai-je fait pour me passer de ses lèvres jusqu'ici ? Comme ai-je pu vivre sans ses baisers ?

— Tu es un amant fabuleux, Christian, murmure-t-il, la voix altérée.

— C'est gentil de me dire ça, dis-je en m'essuyant le front du revers de mon bras.

— Claudia a dû te le dire souvent…

— Non…

— C'est vrai ?

— Peut-être que je suis un meilleur amant avec toi parce que… Parce que tu es toi… Je t'aime tellement, dis-je en retournant à ses lèvres.

Bouches unies et yeux fermés, on se délecte longuement de l'autre.

Notre escapade commence fort… Il est encore tôt et je me dis qu’à ce rythme, c’est certainement en rampant que je vais sortir d’ici.

Modeler à ma convenance le temple vénéré du corps de Matteo, ce corps dont il semble vouloir m'offrir plus qu'il n'est possible, en épouser la chaleur jusqu'à la confondre avec la mienne, voilà qui me console de tout, de mes souffrances passées, présentes ou futures. Chacune de nos heures d'amour me le prouve et me le confirme : aimer Matteo en toute liberté vaut définitivement tous les sacrifices. Je n’ai plus de doute. Ce qui me lie à lui n'a rien d'une passion passagère. Je suis un homme lucide et tout ce que je sais c'est que je l'aime et que désormais c'est avec lui que je veux partager ma vie. Oui, aujourd'hui, mes dernières hésitations se sont diluées dans la sueur et le sperme.

Je sais déjà qu’en sortant de cet appartement, je serai fin prêt à parler à Claudia. Je me sens assez fort pour affronter sa réaction, quelle qu’elle soit.


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