La route des éphèbes (16)


La route des éphèbes (16)
Texte paru le 2021-02-08 par Michel Geny-Gros   Drapeau-fr.svg
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Chapitre 16 — DE THÔNES À CHÂTENAY (Récit de Dominique)


Malgré les coups de fil de sa brave mère, Jérôme est resté à Thônes jusqu’au dernier jour de ses vacances. L’avant-veille au soir, je l’ai invité à dîner à Annecy, dans un petit restaurant de la rue Sainte Catherine. La serveuse nous avait installés à l’étage et de la fenêtre on pouvait voir le beffroi. J’étais triste à l’idée de cette séparation, mais j’ai essayé de ne pas le montrer.

— Comme convenu, je reste avec mes parents une semaine et officiellement je pars pour Rouen ! ai-je rappelé à Jérôme.

— Tu as raison, tu vas manquer à ta mère. En dehors de Delphine, tu es le plus proche d’elle parmi tes frères ! a rétorqué Jérôme en ajoutant : Je vais en profiter pour consacrer quelques jours à ma mère le soir après le boulot et du travail, je vais en avoir ! Mes collaboratrices m’auront laissé tout le "merdique" comme d’habitude !

Le surlendemain donc, Jérôme a pris la route de Paris. Je l’ai accompagné jusqu’au village de Serraval dans la vallée. Les embrassades et les câlins ont perduré dans la voiture à l’abri des regards indiscrets. J’ai fini par quitter Jérôme brusquement, j’avais les boules. J’ai osé lui crier :

— Jérôme, mon Jéjé ! Je t’aime !

Et je suis parti en courant pour remonter à pied les trois kilomètres jusqu’au Bouchet et je dois dire que je pleurais. J’ai réussi à me calmer quand je suis arrivé à la maison. Je n’ai pas tenu le coup bien longtemps. L’entreprise a repris le travail et prétextant ne plus pouvoir sortir avec mes frères, j’ai décidé de rejoindre Rouen en précisant toutefois à mes parents que je m’arrêterai chez Jérôme pour faire quelques achats relatifs à mes études à Paris.

— Pourquoi ne descends-tu pas chez Delphine ? m’a demandé ma mère.

J’ai trouvé une réponse peu fiable :

— Tu sais ! Avec son travail souvent de nuit ! Et puis c’est petit chez eux !

Sur ce mensonge et cette lâcheté, je suis allé téléphoner à Jérôme depuis la cabine à l’entrée de Thônes. Il a quasiment crié sa joie quand je lui ai annoncé mon arrivée pour le lendemain.

Il était là, à m’attendre à l’arrivée du train en gare de Lyon. Je m’étais arrangé à voyager un vendredi et d’arriver vers dix-neuf heures après son travail. Sur le quai, j’ai failli lui rouler une pelle devant tout le monde ! Mais je l’ai sagement embrassé sur les deux joues en le serrant un peu trop fort dans mes bras.

— On va chez maman pour dîner si tu veux bien ! m’a dit Jérôme en m’entraînant vers le parking.

— Tu lui as dit ? lui ai-je demandé mais déjà certain de son affirmation.

— Pas tout de suite. Je n’osais pas de trop ! Mais je lui ai parlé un peu trop de toi sans doute ! Et à un moment, au cours d’un repas, elle m’a regardé fixement avec un petit sourire en coin. J’ai répondu par un gloussement et elle m’a dit et demandé "J’avais donc raison. Il est comme toi ?"

— Et qu’as-tu répondu ?

— J’étais trop ému ! Je n’ai pas pu m’empêcher de chialer et j’ai fini par dire que je t’aimais et que tu partageais mes sentiments !

— Et mon sac de couchage ! ai-je conclu.

L’appartement de Jérôme à Chatenay, je ne le connaissais pas. J’avais eu l’occasion de prendre un apéro dans son studio deux ans auparavant avec Hervé et Delphine. L’appartement, situé dans une coquette résidence au début de la Vallée au Loup, non loin du Métro Robinson était superbe et l’immeuble luxueux ! Du grand balcon du double séjour, on dominait les arbres d’un parc, la chambre était spacieuse, sans vis-à-vis et propice à toutes les galipettes ! Le téléphone a sonné alors que j’essayais de renverser Jérôme sur son lit.

— Oui Maman !… Domi est là !… Oui on arrive tout de suite !… Oui je t’apporte mon linge !

— Ah ! Maman te lave tes slips ! ai-je plaisanté Jéjé. La mienne, des fois faut gueuler pour avoir son linge propre. J’ai dû m’acheter des boxers ou des strings pour qu’elle ne les refile pas par erreur à mes frangins qui portent encore des slips blancs où on peut tenir à deux !

— Mais j’ai une machine ! m’a dit Jérôme. Mais Maman insiste pour s’occuper de mon linge, lavage et repassage et si tu veux tout savoir, elle m’envoie sa femme de ménage tous les vendredis faire mon ménage !

La maman de Jérôme qui résidait à Sceaux dans un bel immeuble m’a bien reçu, comme je m’y attendais d’ailleurs. Elle m’a fait la bise comme d’habitude et m’a tout de suite dit :

— Je suis une bavarde ! Mais ne t’inquiète pas pour tes parents et ta famille, je sais aussi tenir ma langue !

— Merci Madame ! ai-je répondu en ajoutant : Je crains tellement la réaction de mes parents et de ma famille s’ils savent un jour que je suis homo.

— D’abord dis-moi "tu" et appelle-moi "Geneviève" s’il te plaît ! Je comprends, mais tes parents t’aiment et ils admettront ta différence si tu leur en parles !

— Pas sûr Geneviève ! Mon père cherchera à me faire culpabiliser ! Je serais alors la honte de la famille ! Et ne parlons pas de Jéjé qui, à leurs yeux, ne deviendra qu’un vil séducteur alors que c’est plutôt moi qui l’ai cherché Jérôme !

— Écoute ! a conclu Geneviève tout sourire. Tu trouveras un jour le bon moment !

Après un dîner mouvementé, passé à répondre aux questions pressantes de Geneviève sur notre nouvelle relation et le voyage en Grèce, nous avons rejoint l’appartement de Jérôme avec hâte.

Le week-end a été très court ! Le samedi soir, nous avons été invités à dîner par Hervé et Delphine. Ma sœur et mon beau-frère habitaient un tout petit appartement de deux pièces sans aucun confort dans l’île Saint Louis au sixième et dernier étage sans ascenseur d’un immeuble plus que bicentenaire. Mais c’était un vrai nid d’amour et en se penchant un peu par l’étroite fenêtre du séjour on apercevait les toits et la flèche de Notre Dame. Jérôme connaissait les lieux mieux que moi mais nous avons eu du mal à trouver une place de stationnement.

Delphine avait prévu une raclette car elle travaillait jusqu’à vingt heures ce jour-là. Hervé avait déjà installé écran et projecteur pour découvrir les diapos fraîchement développées. Jérôme avait emporté les siennes bien sûr. Trois appareils et quatre photographes, il y avait des surprises !

— C’est bizarre Jérôme ! a dit Hervé moqueur alors que nous avions commencé la projection par les photos de Jérôme. On voit tout le temps Domi sur tes photos !

— Tu as retiré celles du campement dans la montagne grecque ? a dit Delphine préoccupée.

— Les photos pornos ? Le scandale de la famille ! Celle notamment où ton frère met les mains où il ne faut pas ? a plaisanté Hervé.

— Oui ! Arrête Hervé ! a encore dit Delphine gênée.

— Je les retire dès ce soir. Mais j’ai fait faire trois tirages papier de chaque épreuve. Une pour Jéjé, une pour Domi pour leurs vieux jours et une autre pour nous. Une des deux est trop… marrante… Delphine, je les mettrai dans la boîte à souvenir !

— Mais qu’est-ce qu’elle a cette photo ? a demandé Jérôme.

— Tu verras tout à l’heure ! Je tiens juste à préciser que je n’ai pas vu dans mon viseur le bas de la photo ! a gloussé Hervé.

— C’est la photo que tu as prise de nous dans notre petit abri et qu’on est sorti presque à poil du sac de couchage ? lui ai-je demandé.

— Une deuxième quelques instants après ! a bien voulu nous concéder Hervé.

Respectant la chronologie du voyage, Hervé nous a fait attendre les fameuses photos.

— Bon ! Je me doutais bien qu’on allait voir nos… bites et en belle forme ! ai-je dit en voyant la première photo.

— Oh ! Mon salaud ! a crié Jérôme un peu rouge, mais néanmoins amusé en découvrant la deuxième photo.

Mon beau-frère avait saisi une deuxième image où l’on me voyait prendre Jérôme par les épaules du bras gauche et lui faire un bisou dans le cou. Mais ma main droite lui caressait la queue de façon non équivoque… Jérôme affichait une mine épanouie !

— Le sac de couchage a dû glisser ! Comme je vous l’ai dit, je ne l’ai pas fait exprès pour la main de Domi. D’ailleurs, vous savez que je ne regarde pas vraiment les garçons à cet endroit ! a encore précisé Hervé et il a ajouté : Mais vous rayonnez de bonheur sur ce cliché et il serait dommage de ne pas le garder !

— À propos de bonheur ! s’est écriée Delphine. Hervé ! Va chercher le champagne au frigo !

— Une bonne nouvelle ? Votre mutation à Annecy ? a demandé Jérôme qui comme moi connaissait la demande de ma sœur et son mari.

— Eh oui ! Ça y est et pour tous les deux ! a confirmé Hervé.

— Bravo ! a dit Jérôme. Je suis heureux pour vous ! Mais je vais perdre mes amis !

— Sûrement pas Jéjé ! lui a répondu Hervé en le prenant par les épaules. Tu viendras nous voir régulièrement à Thônes avec Domi !

— On s’installe dans la vieille ferme du Cernix, j’ai vu ça avec maman ! a précisé Delphine.

— Cela facilitera bien des choses pour vous deux ! a fait remarquer Hervé quand Delphine est repartie à la cuisine chercher le gâteau. Lorsque vous voudrez venir à Thônes, on invitera officiellement Jéjé et vous viendrez dormir chez nous, comme ça les parents et le reste de la famille n’y verront que du feu!

Jérôme a repris une mine réjouie et en dégustant l’excellent dessert qu’il nous avait offert, nous avons continué de visionner les photos des plus belles vacances de ma vie.


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