La route des éphèbes (17)


La route des éphèbes (17)
Texte paru le 2021-02-09 par Michel Geny-Gros   Drapeau-fr.svg
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Chapitre 17 — ENTRE CHÂTENAY ET ROUEN (Récit de Jérôme)


Dominique est resté une semaine avec moi. J’avais peur qu’il s’ennuie pendant la journée. Mais il s’est rendu souvent chez sa sœur dont les horaires de travail, certes difficiles, permettaient aussi quelque temps libres. C’est justement dans l’escalier de l’immeuble de la rue Saint Louis en l’Isle que j’avais rencontré Domi pour la première fois. Un vrai gamin ! Il devait avoir seize ans tout au plus et moi j’avais presque vingt ans. L’été battait son plein, il était en short et descendait l’escalier sur la rampe ! Il était déjà beau gosse mais je l’avais à peine regardé n’ayant aucun goût ou attrait pour le gamin qu’il était alors.

— Tu te souviens ! m’a dit Domi un soir alors que nous sortions de chez sa sœur. C’est-là qu’on s’est rencontré pour la première fois !

— Oh oui ! Mais pour moi tu n’étais d’un grand bébé !

— Eh bien moi ! Tu m’as fait un effet bœuf ! Taureau je devrais dire ! Le soir même, je me suis fait une branlette en pensant à toi ! Pas toi ?

— J’ai fait les rêves les plus fous et les plus érotiques en songeant à toi, mais plus tard depuis le séjour à Visp !

— En Suisse, tu aurais pu me culbuter sans problème ! J’ai tout fait pour te draguer ! Je me suis foutu à poil devant toi et le soir du réveillon je t’ai embrassé ! J’ai même tenté de t’embrasser sur la bouche !

— Il n’y a pas eu de temps de perdu mon Domi ! ai-je conclu ému par ces souvenirs.

— C’est vrai ! a dit Domi en m’embrassant sur la dernière marche - J’étais .trop jeune, il me fallait des expériences et toi, tu es fait pour l’amour, le vrai !

J’étais très fier de ce qu’il m’avait déclaré et très amer quand j’ai songé à son prochain départ pour Rouen. Le midi, durant cette semaine de prolongation des vacances, je désertais la cantine et les collègues pour retrouver Domi dans un petit bistrot auvergnat de la rue Roquépine où le patron servait un plat du jour excellent et généreux pour un prix raisonnable. Ce changement dans mes habitudes a provoqué des soupçons chez mes collègues et le bruit a circulé rapidement :

"Jérôme doit avoir une copine !" Je n’ai pas émis le moindre démenti… Un seul pourtant des cadres supérieurs de la CAMUR n’a pas dû être dupe. Par deux fois j’ai rencontré Jean FRINGUET en sortant du bistrot en compagnie de Domi. Je lui ai même présenté Domi un peu hypocritement :

— Mon meilleur ami Dominique…

Le directeur général adjoint a insisté pour nous offrir un café.

Domi a repris le chemin de Rouen. Il disposait non loin de son école de commerce d’une chambre dans une résidence universitaire.

— Avec plein de mecs à poil dans les douches communes ! m’avait dit Domi pour me taquiner.

Connaissant son emploi du temps depuis juin, il me l’avait encore exposé quand un lundi matin il m’a quitté à Montparnasse pour prendre le train pour Rouen :

— J’ai cours et TP du lundi dix heures au vendredi quinze heures, pas de cours le mercredi après-midi. Aussi, si tu veux toujours de moi à partager ton appartement et ta chambre, je reprendrai le train tous les mercredis après-midi pour passer soirée et nuit avec toi et tous les week-ends aussi du vendredi soir au lundi matin. Ça te va ? J’ai pris un abonnement SNCF !

Ça m’allait plus que bien ! Mais j’avais un peu le cafard ! Tout s’annonçait tout de même bien. Au boulot, j’ai mis à profit mes journées sans Domi. Le soir il m’appelait d’une cabine et nous papotions longtemps. Je consacrais aussi un peu de temps à ma chère maman que je sentais bien seule. Dès qu’il franchissait le seuil de mon appartement, Domi était chez lui. D’ailleurs il s’y était bien installé. Les week-ends nous avons vite fonctionné comme un couple, courses le samedi matin, balades ou sport l’après-midi. Le samedi soir nous sortions soit tous les deux soit avec Delphine et Hervé qui ne devaient pas s’installer à Annecy avant le printemps. Les dimanches midi ou soir étaient consacrés à maman qui débordait de gentillesse vis-à-vis de Domi qui le lui rendait bien.

Un soir de novembre alors que je travaillais encore au siège de la CAMUR et que tous mes collègues étaient partis, j’ai reçu la visite imprévue de Jean FRINGUET.

— Alors Jérôme ! Encore au travail ? m’a dit le directeur général adjoint en s’asseyant devant mon bureau sur un fauteuil visiteur.

À la CAMUR, la visite impromptue d’un directeur dans le bureau d’un cadre, c’était un événement très exceptionnel et presque un honneur. De plus, Jean FRINGUET s’était assis devant moi, comme un simple collègue ! Il m’avait appelé familièrement par mon prénom ce qui n’était pas l’usage à l’époque ! J’ai répondu une banalité et Jean FRINGUET a repris :

— Comme vous le savez, je vais partir en retraite dans deux ans. La CAMUR à cette occasion sera réorganisée autour d’une nouvelle direction. Mes fonctions vont éclater et un poste de secrétaire général va être créé. J’ai pensé à vous, si cela vous tente. J’aurais du temps à vous consacrer pour vous former complètement à cette nouvelle et importante fonction.

Plus que ravi, j’ai remercié Jean FRINGUET et accepté sa proposition.

— Jérôme, vous ne me répondrez qu’après mûre réflexion dans quelques jours ! a ajouté mon directeur général. Juste deux choses. Vous savez comme moi comment on me surnomme ici ! Je suppose que nous avons… disons… des points communs. Vous m’en avez donné la preuve définitive voici quelques jours. Votre ami Dominique vous regarde autrement que comme un copain ! Je me trompe ?

— Non Monsieur ! ai-je balbutié.

— Merci ! Je continue. En vous proposant ce poste, à vous, un célibataire à qui personne ne connaît de relations féminines ni ne voit draguer ses collègues du sexe féminin, je vous ferais donc entrer dans la catégorie homo. Je suis presque certain que Madame JOURNAL avec sa langue de vipère vous aura vus sous mon bureau à me tailler une pipe ou pire encore, on nous verra sortir d’un WC tous les deux ! Bref ce sera sans doute un peu difficile pour vous ! Un conseil… dans l’avenir, faîtes comme moi, laissez planer le doute !

— J’assumerai Monsieur ! ai-je rétorqué en pensant à cette collègue qui en outre me jalousait sans vergogne.

— Bien ! Encore une chose… C’est pour vos capacités que je vous offre ce poste et pour vos qualités humaines. Je suis aussi sensible à votre charme. Rassurez-vous, ma proposition est gratuite. Ceci dit, je vous le dis en confidence, j’ai un ami depuis plusieurs années dont je suis très amoureux !

Le soir même alors que je dînais avec ma mère, je lui ai fait part de cette nouvelle. Domi qui savait où me trouver quand je ne répondais pas chez moi m’a appelé au cours de la soirée.

— Accepte ! m’a-t-il dit tout de suite. Tu vois que des fois c’est bénéfique d’être homo ! En tout cas, tu sais que ce n’est pas pour ton cul !

— Accepte ! m’a dit également maman. Tu es assez fort pour supporter les inconvénients. Et puis un jour ou l’autre comme Domi, tu ne pourras plus cacher ton homosexualité. Enfin, secrétaire général, tu rentres dans la direction générale d’une entreprise qui a sa part de marché dans l’assurance et qui a les reins solides !

Suivant leur conseil, mais de toute façon, résolu moi-même, j’ai donné mon accord à Jean FRINGUET.

— De toute façon, pour l’instant, la direction générale n’ébruitera pas cette décision, m’a dit le directeur général adjoint qui semblait ravi de mon acceptation. Quand je travaillerai sur des tâches se rapportant à vos futures fonctions, je vous demanderai de venir œuvrer avec moi. Officiellement et justifié par le surcroît de travail de votre service, vous allez avoir une adjointe. Je sais que vous vous entendez bien avec Josiane LEFRANC et je vous propose de la promouvoir à ce poste.

Les parents de Domi le croyaient à Rouen et ne réclamaient pas sa présence à Thônes. Fonctionnant comme une faculté, l’école de commerce de Domi ne fixait pas de vacances avant la Noël et un week-end ne suffisait pas à Domi pour aller voir sa famille. J’appréhendais les fêtes de fin d’année que je souhaitais passer avec Domi et ma mère. Mais je savais bien aussi que Domi disposant d’une quinzaine de jours de vacances se devait d’aller voir ses parents. Mais finalement c’est maman qui involontairement a réglé le problème. Un samedi soir de fin novembre, elle avait invité Hervé et Delphine et nous nous étions retrouvés autour de la table pour un bon dîner. Nous avions évoqué encore une fois nos souvenirs de Grèce.

— Nous prenons quelques jours de vacances entre Noël et Jour de l’An, nous a déclaré Delphine.

— On en profitera pour régler notre installation à l’hôpital d’Annecy et pour procéder à quelques aménagements dans la vieille ferme, a ajouté Hervé.

— Je serais bien venu vous aider… a dit Dominique en me regardant et d’un ton que j’ai bien senti contrarié.

— Pourquoi ne viendriez-vous pas tous ? Toi Jérôme avec ta maman. Vous avez bien des vacances aussi Geneviève ? On vous logera dans la vieille ferme avec nous.

— C’est très gentil ma petite Delphine ! a déclaré ma mère. Mais je ne peux accepter… vis-à-vis de vos parents !

— Ah ! Mais je suis chez moi au Cernix, la ferme m’appartient. Je l’ai reçue en avance sur héritage. Mes frères dont Domi ont reçu des terrains constructibles de même valeur. Jusqu’à présent, la partie habitation de la ferme était louée par maman pour compenser les travaux de réaménagement des locaux effectués par mon père. Mais maintenant, c’est payé, je suis bien chez moi ! et Delphine a ajouté en caressant la main de son époux : Chez nous Hervé !

— Maman invitera tout le monde pour les réveillons, a précisé Domi. Elle sera heureuse de te recevoir Geneviève !

— Plus il y a de monde à table, plus ma belle-mère est heureuse ! a ajouté Hervé.

L’affaire était donc réglée, d’ailleurs Cécile quelques jours après, a téléphoné à ma mère pour l’inviter bien officiellement.


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