Le cuir et le romantisme

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Numéro 15

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 15
Date de parution originale: Août 1987

Date de publication/archivage: 2018-08-05

Auteur: Pierre
Titre: Le cuir et le romantisme
Rubrique: Les cuirs

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Je ne fréquente que le milieu cuir ; j’ai essayé de passer outre mes préférences mais, même de temps en temps, les mecs « textile » ne me satisfont plus du tout. Un homme sans cuir pour baiser, c’est comme un régime sans sel, c’est fade. Une peau douce, poilue, chaude d’un mec, prend encore plus d’importance, plus de sensualité lorsqu’elle est recouverte de cette autre peau à la senteur sauvage et excitante qu’est le cuir. Je n’ai pas totalement besoin du contact du cuir du début à la fin d’une séance de baise ; en général, je ne jouis que si je suis entièrement nu contre mon partenaire, également nu. Le contact épidermique devient indispensable à un certain moment, mais l’odeur du cuir que garde la peau devient aussi excitante que la matière elle-même.

Cependant, s’il semble facile de trouver des cuirs, il l’est moins de trouver des cuirs tendres qui rejettent toute idée de violence et de sado-masochisme. C’est pourquoi je me retrouve seul à me branler en fantasmant sur le partenaire idéal qui partagerait les mêmes points de vue que moi dans le domaine. Lorsque je commence le tripotage avec un mec dans une boîte cuir, j’ai une technique pour éliminer les machos : il suffit de les caresser tendrement, en évitant leur sexe, d’être très soft. S’ils me regardent d’un air ahuri, je sais que ça ne leur convient pas. Alors, très vite, j’en suis débarrassé et ils courent jeter leur dévolu sur un de leurs semblables.

Ceci dit, il m’arrive quand même de rencontrer ceux qui m’intéressent. Pendant plusieurs mois, je n’ai plus eu à draguer car j’avais trouvé mon équivalent. On s’était rencontrés dans un bar, en semaine. Les machos ne roulent pas leur caisse en semaine, ils restent à la maison pour se remettre des coups qu’ils se sont donnés le week-end. Michel était assis sur un tabouret, au bar, vêtu de cuir comme la plupart de la clientèle. Il portait des paraboots, un pantalon cuir et un perfecto par-dessus un débardeur blanc. Il avait les deux coudes sur le bar, le regard perdu ; je l’ai observé pendant un moment ; il ne semblait pas être la pour draguer. Il avait un visage dur, une beauté acide, pourtant, son regard était doux et chaud, ses grands yeux mouillés me touchaient ; je devinais qu’il n’était pas comme les autres.

Aussitôt que le siège à ses côtés fut libre, j’en ai profité pour l’approcher de plus près. Contrairement aux habitudes du milieu, je ne lui ai pas mis la main « au panier » avant de dire un mot. Après un moment, il s’est rendu compte que nous étions les seuls à avoir ce comportement. D’abord, il me sourit puis commenta tout ce qui se passait autour de nous. Très vite, nous avons découvert nos affinités ; sans retenue, nous avons déballé nos goûts, nos envies. Bref, une heure plus tard, nous étions chez moi.

Là encore, nous avons discuté longuement en sirotant un verre. Nous savions très bien que l’on finirait par faire l’amour ensemble, alors pourquoi ne pas faire durer le plaisir ? Plus je lui parlais, plus je le désirais, plus j’avais envie de le caresser. Caresser ses longues cuisses musclées que moulait son pantalon, sentir leur chaleur à travers le cuir. Délicatement lécher la bosse que faisait son sexe, mordiller sa queue, prisonnière de la matière souple.

Tout naturellement, nous en sommes arrivés à nous enlacer et à nous caresser. Déjà, nos sexes tendaient le cuir de nos pantalons, mais il n’était pas question de les sortir. Nous sommes restés des heures à nous prodiguer mille et une sensations en exploitant notre romantisme cuir. Nos bouches étaient plus chaudes encore que tout le reste de nos corps brûlants sous l’épaisseur du cuir. Allongés sur la moquette, nous avons d’abord enlevé nos teeshirts. Nous nous léchions partout, de la peau au cuir des chaussures en passant par les pantalons. Le premier contact de nos poitrines dégoulinantes de sueur nous transporta. Il était temps de nous dévêtir entièrement.

Le corps que j’avais longuement deviné se révélait à mes yeux : pas un défaut, un corps superbe, doux, chaud, poilu. Je le léchais, j’humais l’odeur musquée du mélange enivrant du parfum de sa transpiration et de celui du cuir. Pas un centimètre carré de notre corps n’a échappé à nos caresses, à nos baisers. La réciprocité dominait en force. Nous nous sommes faits jouir simultanément par nos bouches affamées de la même passion. Après quoi, nous sommes restés soudés l’un à l’autre, moi sur lui ; je lui caressais le visage, il me caressait le dos.

Nous avons partagé ce bonheur pendant plus d’un an. Des évènements indépendants de notre volonté nous ont séparé. J’en souffre énormément car personne ne peut me satisfaire comme lui. En trouverais-je un autre un jour, est-ce que je le souhaite vraiment encore ?

Pierre, 24 ans.