Les amoureux de Berlin


Les amoureux de Berlin
Texte paru le 1998-10-05 par Pedro   Drapeau-fr.svg
Ce récit a été publié sur Gai-Éros avec l'autorisation de l'auteur



Cet auteur vous présente 21 texte(s) et/ou série(s) sur Gai-Éros.

Ce texte a été lu 4018 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)

(ne fonctionne qu'avec les auteurs qui sont des usagers validés sur l'archive)

© Tous droits réservés. Pedro.


Otto Stern, médecin de la garde prétorienne d'Hitler, possédait un hôtel particulier situé près du Reichstag, dans ce qui était avant guerre le centre-ville de Berlin. L'hôtel, touché par les bombardements alliés avait été en partie vendu dès la fin des années 40, pour permettre sa reconstruction. Otto et sa famille durent emménager dans le seul premier étage de l'imposante construction. Celle-ci avait eu, de justesse l'excellente idée de se retrouver à Berlin-Ouest.

Otto mourut en 1963, deux ans après la construction du mur. Cette nouvelle frontière coupait en longueur l'avenue qui borde l'habitation. Jadis fréquentée, cette voie était devenue une impasse en forme d'étroit couloir. Elle aboutissait à un petit parc boisé sombre, entouré par ce rempart hostile. L'avenue, qui avait ironiquement conservé cette appellation pour des jours meilleurs, était utilisée par les seuls riverains.

Hans, petit-fils d'Otto Stern, est né dans l'appartement familial le lendemain de jour de l'An 1970. La guerre ne l'a jamais concerné. Il n'a pas connu son grand-père, acteur compromis du nazisme, ni la misère d'après-guerre dans laquelle ce dernier s'est débattu. Il ne sait pas grand chose du travail forcené que son père a accompli pour devenir avocat. Ce dernier est aujourd'hui brillamment reconnu par ses clients et par ses pairs. Hans est un fils de bourgeois qui regrette parfois les fastes d'une époque qu'il n'a pas connue. C'est un garçon grand, élancé, une mèche de cheveux noir jais constamment sur son front et bien souvent sur son oeil. Ses yeux, lorsqu'ils sont tous les deux visibles, sont d'un vert intense. Ils sont un peu trop brillants peut-être. Tout le monde flashe sur son regard. Hans profite de son physique pour se faire massivement et passivement draguer. Il trouve que l'air louche des gamins des rues lui va bien. Il s'habille en conséquence, veste de cuir et jean râpé.

Ce que Hans fait certains soirs dans le parc au bout de l'avenue lui donne un goût de délinquance. Il veut se faire passer pour un voyou, il n'en est pas un. Hans a connu des expériences précoces. D'abord il a été voyeur avec ses camarades de rues. Son quartier étant devenu excentré et discret, il est propice aux allées et venues d'ombres furtives qui profitent de celles des arbres et des bosquets pour assouvir de rapides aventures sexuelles. À l'adolescence, Hans est devenu acteur avec ces mêmes amis. Il s'agissait de mettre en pratique, à leur niveau, les expériences apprises. Les concours de ceux qui pissaient le plus loin sont devenus ceux des plus grosses bites. Puis les goûts s'affinant, ce fut ceux des plus belles bites. Hans gagnait régulièrement, son sexe étant de loin le plus appétissant. Le premier prix satisfaisait tout le monde puisqu'il s'agissait d'honorer l'objet vainqueur.

Au fil des ans, Hans a poussé ses expériences plus loin, il a rencontré quelques jeunes berlinois venus expressément dans le quartier pour s'amuser entre eux. Les jeunes allemands n'ont plus cours après le déjeuner, la chambre de Hans devenait, l'après-midi, un lieu de rencontre apprécié. Son lit, avec ou sans son propriétaire dessus, menait une double vie, plus agitée le jour que la nuit. Ses parents et les voisins rentraient tard, Hans avait certaines libertés d'action. De nombreux touristes étrangers visitent le mur. Ils poussent leur promenade jusque devant chez Hans. Il arrive souvent à ce dernier de discuter avec eux en allemand ou en anglais selon leur nationalité et leur capacité linguistique. Capacité que Hans n'hésite jamais à essayer de tester. Il invite les plus sympathiques d'entre eux chez lui sous le prétexte de leur offrir une tasse de café. C'est ainsi que fin octobre 1989 il rencontre Greg, reporter photographe américain. Il va vivre avec lui l'effondrement du mur de Berlin.

Greg avait pressenti que de graves événements allaient se produire. Il était venu passer quelques semaines à Berlin. À l'est de la ville, une rumeur de mécontentement enflait. Elle était amplifiée par le soutien des jeunes de Berlin-Ouest favorables à la réunification des deux Allemagne. Greg arpentait les rues qui longeaient le mur, particulièrement entre la Porte de Brandebourg et le poste frontière Check Point Charlie. Il devait fatalement rencontrer Hans qui habite entre ces deux points de la ville. Sous prétexte d'une interview, Greg qui avait remarqué Hans, se fit admettre chez ce dernier. Hans découvrit avec Greg ce dont il rêvait avant tout, les grands espaces. Il s'était toujours senti acculé contre l'est, vivant dans un petit bout de terre encerclé par l'ennemi. Les immensités américaines s'ouvraient à lui. Greg, âgé d'une trentaine d'années a, comme tous, succombé au charme de Hans. Auprès de lui, il mène l'enquête. Habile, ses questions se précisent d'abord autour de la vie quotidienne des jeunes berlinois. Il en vient ensuite à leurs loisirs et enfin à leur vie sexuelle. Ces discussions dépassent largement le cadre des manifestations en RDA, mais Greg informe Hans qu'il projette de rendre ses reportages plus vivants. Il veut faire vivre les événements à travers la vision d'un jeune berlinois. Pour bien connaître sa vie quotidienne, une visite de la chambre de Hans, son lieu de vie, s'impose.

Hans ne se souvient plus exactement comment il en est arrivé là, mais il se retrouve vite pelotonné dans un corps viril aux pectoraux et aux biceps puissants, ainsi qu'au torse velu. Depuis longtemps les deux hommes se plaisent et il est temps que cesse ce jeu de cache-cache. Hans passe son visage sur celui de Greg, humant ses aisselles fraîches et désodorisées comme toutes celles des américains. Il laisse courir ses lèvres sur les poils de la poitrine de sa conquête et descend sur la ligne du nombril. Là, éveillé par de douces effluves, Hans rejoint le pubis de Greg et respire à plein poumon. Il sent l'odeur de l'homme et pressent le plaisir qu'il va pendre. Son nez cherche et flaire la concentration de musc. Il la trouve sous le bout du gland qui perle. Un coup de langue voluptueux efface cette goutte brillante, aussitôt une autre rejaillit. Hans, qui trouve ce sexe trop aseptisé s'attaque de la pointe de la langue à cette source odoriférante. L'exploration se poursuit plus largement et le gland de Greg est enrobé par ses lèvres. À petits coups de langue précis, Hans pompe le lubrifiant, mélangé avec sa salive, il en habille le gland naturellement découvert de Greg. L'activité mesurée et méthodique que Hans développe affole Greg. La source explose enfin chaude et généreuse. Greg qui ne peut retenir son souffle laisse échapper de longs soupirs sifflants, traduisant un orgasme d'une rare intensité.

Hans passera un long quart d'heure à réanimer le sexe de Greg. De multiples et délicates caresses sur son pénis fera rebander l'américain aussi sûrement que la beauté du sexe de Hans qu'il voit devant lui entre des cuisses largement écartées. Hans juge le pénis de Greg suffisamment ferme pour que celui-ci puisse le pénétrer. Assis à califourchon sur les jambes de Greg, il se redresse et fait entrer le sexe de son ami dans son anus. Hans adore la sensation de la chair douce que son corps épouse et qui le rempli. Il se lance dans une gymnastique fatiguante, cuisses et mollets le soulèvent par à-coups convulsifs. Greg passif se laisse faire. Hans transpire beaucoup dans cet effort exténuant. Greg s'en rend compte et se concentre pour accélérer la jouissance. L'anus de Hans va comme un gant à son sexe et il éjacule en quelques mouvements délirants. Hans se rhabille laissant Greg sur sa faim. Hans n'a pas joui et ne lui a pas laissé le temps de jouer avec son sexe. Dans un petit sourire vicieux qui fait son charme et rend les hommes fous, Hans lui répond qu'il aura toujours largement le temps de jouir plus tard. Hans a mis peu de temps à sentir que le vent tourne favorablement pour lui. Du fond de sa ville isolée, il se sent devenir le point de mire de tout le monde. Au départ il s'était désintéressé des événements. Sous l'impulsion de Greg, il se met à manifester son attachement et son amour pour une Allemagne unie et indivisible. Sa maison est située exactement sur le chemin du Zoologisher Garten, centre ville de Berlin-Ouest et d'Alexanderplatz, centre ville de Berlin-Est. Elle devient pour lui l'enjeu des tensions internationales.

En réponse à la manifestation géante du 4 novembre 1989 à Berlin Alexanderplatz, Hans participe avec des milliers de ses compatriotes à la gigantesque démonstration du 9 novembre. Ce jour historique voit les peuples des deux frères ennemis converger vers la Porte de Brandebourg située à la frontière. Tout Berlin s'y retrouve dans une liesse que la Volk Polizei de l'est n'a pas voulu réprimer. Le lendemain, le mur tombe, beaucoup moralement et un peu physiquement. Les jours qui suivent, les abords de la maison de Hans deviennent un haut lieu de tourisme. Armés de burins et de marteaux, ceux qui se sont déplacés jusque là s'attachent par un travail de fourmi, à abattre cette partie d'un mur long de plus de 100kms. Ils en récupèrent des éclats peints par les taggers. Les vopos, policiers de L'est, ont reçu des ordres de discrétion. Dans les trous béants chaque jour agrandis, on peut les voir arpenter le no man's land qui sépare les deux Berlin. Il arrive souvent qu'ils discutent avec les touristes. Ils leur donnent un précieux échantillon du mur blanc tombé de leur côté sous les coups de butoir mille fois répétés des outils de fortune. Greg est l'un des plus passionnés. Pour pouvoir approcher de plus près ces jeunes policiers, il passe ses journées à agrandir un trou à la hauteur de son visage. Ce dernier a été laissé par un jeune allemand soucieux de se faire de l'argent de poche en revendant des morceaux de béton aux touristes. Greg discute longuement avec les vopos et les prend en photo. Bonshommes, ces derniers se laissent faire.

Greg raconte à Hans ses rencontres. Il parle avec enthousiasme de l'un de vopos, très jeune, comme tous les garçons qu'il a rencontré. Celui-ci l'a tout de suite séduit par son physique superbe. Blond aux cheveux courts, il a fière allure dans son uniforme gris et sa chapka de velours assortie. Il se prénomme Otto. Hans éclate de rire. C'est le prénom de son grand-père, il est vieillot, on ne le donne plus depuis longtemps de ce côté-ci de la frontière. Ce rire a quelque chose de méprisant. Hans a toujours eu le sentiment de supériorité de ceux de l'ouest sur ceux de l'est. De plus, un violent sentiment de jalousie commence à l'envahir. Comment cet américain a-t-il pu avoir remarqué un inconnu, de l'est et policier de surcroît? Alors qu'il a la chance extraordinaire de l'avoir lui. Hans se sent insulté, Greg l'aime sans en être amoureux. Ce dernier ne connait pas ce point faible de Hans et pense pouvoir parler librement de cet agréable contact. Un après-midi Greg revient chez Hans. Il lui annonce qu'il a réussit a échanger avec Otto de rapides vues sur leur nudité. Ce dernier était encore une fois de garde la nuit dernière. Greg s'est acharné à agrandir le trou, cette fois-ci vers le bas. Ils ont rapidement et discrètement ouvert leur braguette et se sont examinés mutuellement grâce à la torche d'Otto. Greg donne difficilement une carrure à Otto parce qu'il ne l'a jamais vu que dans son épais uniforme hivernal. Mais si sa largeur d'épaules est en correspondance à la longueur de sa bite, il est sûr de pouvoir s'étendre sur lui dans le plus grand des conforts.

Un autre après-midi Greg arrive tout essoufflé chez Hans.

— Tu sais ce que je viens d'apprendre? Otto te connait!

Greg s'arrête un instant pour souffler, et pour apprécier le regard effaré de Hans.

— Je ne suis jamais allé à l'est, même depuis qu'ils ont ouvert la frontière.

— Je lui ai parlé de toi hier. Je lui ai montré une des photos que j'ai prises. Il a éclaté de rire. Il te voit souvent dans son mirador lorsque tu te promènes seul ou en compagnie, dans le bosquet qui longe le mur.

Hans commence à se sentir mal à l'aise, il ne pensait jamais au mirador.

— Dans sa tour, il est aux premières loges. La nuit, grâce à ses jumelles munie d'un amplificateur de brillance, il te voit comme en plein jour.

Un sentiment généralisé de honte fait frissonner en un éclair le corps de Hans. Il est particulièrement mal à l'aise qu'un témoin étranger ait été le spectateur privilégié de ses plaisirs, même si celui-ci lui semble éloigné. Otto n'est certainement pas le seul à l'avoir remarqué.

— Otto me dit que tu es connu comme le loup blanc parmi les vopos. Tu es à l'est l'exemple même de la victime dépravée de la bourgeoisie décadente, qu'en penses-tu?

Greg s'amuse, Hans ne dit rien, mais visiblement il n'en pense rien de bon. Il n'a jamais imaginé être un jour sous les feux de la police est-allemande. Feux certes non mortels, mais blessants pour son amour propre.

— Il s'excite en te regardant baiser, mais il doit être discret parce qu'il n'est pas seul. L'homosexualité n'est pas la qualité la plus recherchée chez les vopos. Il apprécie ta façon de draguer, mais trouve que ce que tu fais est un peu poussé, un peu sale à son goût! Dommage parce qu'il te trouve séduisant. Il aimerait bien te rencontrer.

Hans n'a absolument aucune envie de voir ce policier qu'il imagine sanguinaire, prêt à tirer sur tout ce qui bouge, et plus grave, témoin de ses escapades nocturnes. Avec une pensée vengeresse, il le trouve bien puni d'être de l'est et souhaite qu'il y reste. Greg sort une photo qu'il a pris d'Otto.

— Mais il est tout jeune!

— Bien sûr, pourquoi? Ils sont tous très jeunes. Ne me dis pas que tu n'a jamais vu de vopos.

— Pas particulièrement, ou de loin. On ne s'intéresse pas trop au mur ici. Du moins on ne s'y intéressait pas jusqu'à présent. C'est vrai qu'il est beau, il a une gueule de l'ouest.

Greg fronce les sourcils d'étonnement.

— Ce type est sans doute né à 500 mètres de chez toi, quelle gueule crois-tu qu'il puisse avoir?

— Je lui voyais une sale gueule de communiste. Je n'imagine pas qu'on puisse être à la fois jeune, beau et vopo.

— Allez, je viens te chercher cette nuit, on va aller le voir. Il n'y a rien de mieux qu'une rencontre pour faire tomber les préjugés les plus stupides!

Hans sent un lourd poids sur son coeur. Il est angoissé et à besoin de savoir ce qu'Otto sait et pense de lui. Greg l'accompagne jusqu'au trou de rencontre habituel. Ils attendent quelques minutes dans le froid et le noir. Soudain un éclairage violent aveugle les deux hommes. Il provient d'une puissante torche. Hans qui résiste tant bien que mal au froid de la nuit, se glace d'un coup. Des visions d'horreur lui viennent en mémoire. Tout ce qu'il a appris sur le mur, les 160 morts lâchement tués par les vopos. Il y a quelques semaines de là, un garçon, plus jeune encore que Hans, a agonisé pendant quatre heures sans que personne ne s'en occupe.

— Ah, tu as amené Hans. Bonjour, ça me fait plaisir de te voir.

Otto éteint sa lampe de poche et les replonge tous dans le noir. Bientôt il craque une allumette et enflamme la mèche d'une lampe à pétrole au verre dépoli. Elle irradie une douce et faible lumière. Hans peut maintenant voir Otto.

— Hans, je te connais bien depuis plus d'un an qu'on m'a affecté ici. Tu es souvent dans des positions délicates je crois.

— Je ne pensais qu'on puisse me voir, j'avais totalement fait abstraction du mirador. Pour nous derrière le mur, il n'y a rien. Je pensais aussi que la nuit me protégerait des regards.

Otto sourit.

— Ce n'est pas grave, je t'ai aimé et je voulais te voir autrement qu'avec des jumelles.

— Écoute Otto, tu me plais, on ne se connait pas, mais maintenant ceux de l'est peuvent venir chez nous. Pourquoi ne viendrais-tu pas me voir dans ce petit bois? On discuterait.

— Non, c'est encore trop tôt, nous les vopos ne pouvons sortir qu'en groupe afin de nous surveiller mutuellement. Toi tu pourrais venir demain chez moi, c'est facile.

Hans réprima une moue. L'idée de passer à l'est ne le tentait pas vraiment, mais pour le bel Otto, il ferait bien quelques concessions.

— Pourquoi pas, où habites-tu?

— Tu passes par la frontière à la station Friedrichstrasse, là tu prends le métro aérien, le S-Bahn, jusqu'à Frankfurter Allee. Tu changes pour la direction Pankow et tu descends à Leninallee. Je suis au 23 de la rue, deuxième droite. Je marquerai Otto sur la porte.

Hans à un sourire amusé en apprenant l'adresse d'Otto.

— Tu ne peux pas habiter ailleurs?

— Je n'ai pas choisi mon appartement. Viens avec des vêtements neutres, sombres si possible. Mon quartier n'est pas touristique, on n'y a jamais vu d'allemand de l'ouest. Je ne veux pas me faire remarquer. Prends cette casquette, ça complétera le tout.

Otto sort une casquette de la large poche de son manteau et la tend à Hans. Elle ressemble à celles que portaient les ouvriers avant la guerre.

— Otto, je sais que ce n'est pas l'endroit idéal, mais puisque tu m'as dit que tu m'aimes, je veux te faire un petit cadeau.

Hans ouvre sa braguette et baisse son slip.

— S'il te plaît, caresse là.

Le sexe de Hans vient de se réveiller d'un coup. Il se gonfle sous le regard appuyé d'Otto. Ce dernier sort sa main de sa moufle et la passe à travers le trou dans le béton armé. Il caresse longuement ce sexe frère dont il avait rêvé des centaines de fois, en vain pensait-il. La main d'Otto est chaude et douce. Le sexe de Hans, mis en confiance continue à forcir sous cette caresse qui le protège des rigueurs du froid.

— Je ne devrais pas, parce qu'on peut me voir de la tour, mais je vais faire comme avec Greg, semblant de pisser dans le trou. Si mes camarades me voient, ça les amusera.

Otto se déshabille. Son énorme sexe rigide s'est pris dans son slip et il le sort avec peine. La puissance et la longueur de l'engin étonne Hans autant que sa blancheur. Le sexe est net, immaculé. Le jeune homme a tendance à voir la RDA tout en gris comme l'uniforme d'Otto. Il s'étonne de trouver une certaine fraîcheur, une certaine pureté dans quelqu'un qui vient de l'est. Hans n'y tenant pas, se met aussitôt à genoux. Calant son visage sur deux barres de fer à béton rouillées qui ressortent du mur. Il engouffre le sexe d'Otto dans sa bouche. Hans apprend grâce à Otto que l'est peut avoir bon goût, le goût de frais. Otto se retire malheureusement trop rapidement.

— Excuse moi, mais j'ai largement eu le temps de pisser trois fois, je ne peux pas rester plus longtemps. Viens me voir à dix heures chez moi demain matin, rappelles-toi, 23 Leninallee, deuxième étage.


Le lendemain, Hans se rend à la station Friedrichstrasse. C'est une étonnante correspondance de trois lignes de l'ouest située en plein Berlin-Est. Les couloirs de cette ligne appartiennent à l'est, la RDA y a installé des boutiques détaxées. Les berlinois de l'ouest utilisent souvent cette station pour acheter leur alcool. Aucune douane ne les sépare de ces boutiques. Cette station fait aussi office de poste frontière. Elle donne accès à une ligne de l'est, celle qui en quelques stations conduit vers Otto. L'Allemagne de l'Est est pauvre, triste et vide. Hans le savait, mais pour la première fois, il le vit. Hans se sent mal à l'aise parmi ces voyageurs différents, aux préoccupations étrangères aux siennes. Il évite en sortant de la station Leninallee de regarder autour de lui. Il n'a d'ailleurs pas besoin d'une extrême attention pour traverser cette artère. Les rares voitures d'Allemagne de l'est, les modestes Trabant au moteur deux temps, signalent leur présence de loin. Hans s'engouffre rapidement au 23. Otto l'accueille avec un franc sourire qui le réconforte. Un rapide regard aux murs de l'unique pièce de l'appartement questionne Hans. Otto manque t'il de peinture, d'argent pour en acheter ou n'est-il pas simplement soucieux de son intérieur? Il se promet de remédier à la tristesse de cette pièce. La prochaine fois qu'il reviendra, il emportera avec lui le nécessaire. Cette pensée le fait rire. Il pense à son confort mais aussi pour la première fois à l'avenir d'une de ses relations affectives.

Otto et Hans, autant qu'ils puissent le faire à leur âge, refont le monde et leur pays en discutant. ils s'aperçoivent que leur conception de la vie est similaire. Rapidement plus rien ne les sépare. En s'embrassant, ils réunissent l'Allemagne dans un baiser amoureux. Pendant cette entrevue, leur entente ne faiblira pas, même lorsqu'il s'agira de savoir lequel des deux allemands pénétrera l'autre le premier. La peau d'Otto est tendue par ses muscles. Son corps travaillé par les nombreux exercices obligatoires de la police, est sculpté en V. Hans l'admire et en remarque la pâleur. Il l'apprécie plus encore lorsque de nouveau il revoit son sexe. Le gland d'Otto est rond, sa couleur parme communie parfaitement avec celle de la peau. Les lourds testicules ronds et glabres rappellent les formes générales d'Otto. Hans se précipite sur eux. Otto est propre et sent le frais. Il sent surtout l'homme. Il ne masque pas ses effluves sous un déodorant au demeurant introuvable chez lui. Ces sensations le font chavirer. Hans accepterait tout pour avoir dans sa bouche le sperme d'Otto. Celui-ci se laisse sucer. La langue de Hans tourne sans fin autour de ce rond. Elle implore celui-ci de cracher son pur liquide. Hans veut se ressourcer avec Otto qu'il devine être un garçon pur. Il veut récupérer son adolescence insouciante à l'eau de jouvence que va lui offrir Otto. Et enfin ça y est, ce dernier jouit, il entre dans une délicieuse transe et s'abandonne. Hans en profite et retourne Otto. Ses belles fesses sont une invitation à le pénétrer. Pendant son action énergique, il lèche les fine gouttes de transpiration qui sourdent des dorsaux de son ami. En quelques coups de reins, Hans éjacule dans le corps d'Otto. Il espère que sa semence offerte aux entrailles d'Otto symbolise la conception puis la renaissance d'une grande Allemagne.

Hans apprend que son ami est né le 30 décembre 1969. Ils sont nés à trois jour d'écart. Pour le nouvel an proche, les deux amis décident de se retrouver Porte de Brandebourg. Ils se souhaiteront ainsi, à l'aube des années 90, l'anniversaire de leur vingt ans.

La suite de leur histoire nous est connue par diverses dépêches de l'agence Reuter:

    • 31 décembre 89 / 1er janvier 90, à minuit, quelques 500 000 personnes, venues du monde entier à la Porte de Brandebourg, fêtent au champagne la liberté retrouvée de l'Europe de l'est. L'effondrement d'un échafaudage a causé la mort d'une personne et de graves blessures à plusieurs centaines de jeunes. Otto Selendorf, jeune policier est-allemand, réquisitionné pour le maintien de l'ordre, était l'un des rares vopos présents aux abords immédiats du monument. Par son sang froid, il a évité une panique meurtrière. Il a dirigé avec l'aide de bénévoles trouvés sur place, les opérations de dégagement de nombreux blessés. Un photographe américain, Greg Trenton l'a photographié en train de sauver la vie d'un jeune berlinois de l'ouest, Hans Stern.
    • 6 janvier 90, après la parution dans la presse internationale d'une photo le montrant sauvant un jeune homme, Otto Selendorf a été décoré de la médaille de la République Démocratique d'Allemagne, pour acte de bravoure et de conscience socialiste.
    • 8 janvier 90, invité par le maire de Berlin-Ouest, Otto Selendorf visite l'hôpital fédéral et retrouve Hans Stern, l'un des jeunes qu'il a sauvé.
    • 15 mars 90, Otto Selendorf, le courageux vopo de la Porte de Brandebourg, est engagé dans la police de Berlin-Ouest avec l'accord bienveillant de l'Allemagne de l'Est. Hans Stern, le jeune homme qu'il a sauvé, sortit le 10 janvier dernier de l'hôpital fédéral, est devenu son inséparable ami. Ces jeunes, âgés tous deux de vingt ans, montrent à tous les allemands, la voie de la réconciliation générale.

FIN



Dernier courriel connu de l'auteur : pedro@textesgais.com