Loïc ou l’initiateur débutant (03)


Loïc ou l’initiateur débutant (03)
Texte paru le 2017-09-01 par Copen   Drapeau-ch.svg
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Une demi-heure d’heure après, nous nous retrouvons à la cuisine. Soleil et chaleur sont au rendez-vous de cette journée d’automne qui, en réalité, est un été qui se prolonge ; Loïc a donc revêtu un débardeur et un bermuda assez court. Je suis saisi par son allure et par ce que son habillement allégé révèle. La lumière de cette fin de matinée radieuse, filtrée par les stores, joue sur sa peau. Tout en faisant briller sa pilosité, elle souligne des formes, en même temps qu’elle en dissimule d’autres dans une mystérieuse pénombre. Cette image contrastée, en clair-obscur, crée une ambiance d’un érotisme difficilement soutenable, renforcé par la chaleur qui m’enveloppe et la transpiration qui me baigne à nouveau. Je suis plongé dans une intense lascivité et étreint par une envie démentielle de porter les mains sur ce corps si désirable, sur ce sexe que j’ai pu prendre et toucher. Une pulsion folle que j’ai quand même la force de réprimer.

Loïc s’assied et commence à manger rapidement un yogourt, appuyé sur le dossier de sa chaise, jambes écartées. Je fais le plus grand des efforts pour me concentrer sur mon assiette, afin que mes yeux ne fondent pas à la vue des jambes qui émergent de l’échancrure du tissu. Ces jambes qui se sont collées aux miennes il y a quelques minutes à peine, en me procurant l’un des plus grands des plaisirs de ma vie. Ces jambes chaudes et fortes. Ces jambes poilues qui ont déchaîné toute ma sensualité. Je pourrais hurler de désir à les sentir si près de moi, sans pouvoir y mettre mes mains, y plonger mon visage, y porter mes lèvres. J’ai bien conscience que le contrôle que je m’impose, pour ne pas céder à ce désir qui me submerge, me rend anormalement silencieux. Je suis simplement incapable de me détendre.

Cela dit, il me semble que Loïc, lui non plus, n’est pas comme d’habitude. Il n’est pas aussi enjoué et rigolard qu’il peut l’être. J’ai le sentiment qu’il affiche une indifférence de façade, mais que, en fait, il est pressé de partir, peut-être embarrassé par ce qui vient d’arriver, par ce qu’il vient de provoquer. En tout cas, aucun de nous deux ne revient sur ce que nous venons de vivre ensemble. L’événement n’était pourtant pas banal. C’est donc que pour chacun de nous il est trop fort pour pouvoir être évoqué. Loïc serait-il lui aussi troublé par ce que nous venons de faire ? Le regretterait-il ? Y serait-il moins habitué qu’il ne veut bien le dire ? Ou ne suis-je pas simplement en train de lui attribuer des réactions qui, en réalité, ne sont que les miennes ?

Il se lève et se dirige à nouveau vers le frigo ; il se baisse pour y prendre un deuxième yogourt, de sorte que le tissu de son bermuda se tend sur les fesses dont il dessine les formes fermes et rondes. La couture du vêtement entre dans la raie en en traçant profondément la ligne. Une boule s’installe instantanément dans mon ventre à cette vue qui me ramène à celle d’il y a quelques jours, lorsque Loïc s’était rendu nu à la salle de bains en exhibant ses fesses. Mon constat est cruel : notre expérience du matin, très loin d’avoir momentanément apaisé mes besoins, les a dramatiquement exacerbés. J’aimerais recommencer immédiatement. En fait, ne jamais cesser, vivre fondu dans le corps de Loïc.

Dans le silence pesant qui s’est installé entre nous, Loïc finit rapidement son petit-déjeuner et retourne dans sa chambre pour se préparer à sortir. Il vient alors vers moi dans ma chambre.

— Ciao Luc. Je passe l’après-midi avec des copains pour un pique-nique. Je serai de retour entre 17h et 20h. Après, je ressors avec mes potes. Tu seras là ?

— Oui, je vais travailler ici. Je suis en retard. Il faut vraiment que je bosse.

— OK, alors on se revoit à ce moment. Je me réjouis beaucoup.

Une nouvelle fois, il me prend par l’épaule. Il s’attarde un instant, paraissant vouloir me dire quelque chose. Je suis sur le qui-vive. Va-t-il parler de ce qui vient de nous unir ? Mais, il se ravise et s’en va. Je le regarde partir, tentant de saisir le plus longtemps possible les dernières images qu’il m’offre en me tournant le dos.

Il passe de nouveau toute la journée à l’extérieur avec ses copains, ce qui me rend envieux. Pourquoi ne reste-t-il pas avec moi ? Pourquoi est-il si souvent dehors, me laissant seul ? En réalité, il n’a sans doute rien à foutre de moi et il m’utilise juste comme un camarade de jeu pimentant ses plaisirs. Un horrible doute me saisit : ses allusions à ses copains, qu’il voit si souvent ces derniers jours, ne seraient-elles pas, en réalité, une façon de me cacher une nouvelle copine ? Il ferait mieux de me le dire, ce serait plus fair-play de sa part. À cette idée, je me consume de jalousie. J’imagine une fille nue dégrafant lentement le pantalon de Loïc, faisant sensuellement tomber son slip, dégageant son pénis déjà prêt au plaisir, qu’elle se met à caresser, à lécher, avant de le diriger dans son vagin qu’il pénètre, les testicules tapant contre le bas-ventre de sa partenaire à chaque mouvement. Je vois Loïc, secoué de spasmes, les fesses contractées, jouir dans les bras enlacés de cette femme amoureuse. Tout mon corps souffre à l’évocation de ces idées. Je me ressaisis et essaie de me calmer. D’abord, je n’ai pas le moindre indice qui pourrait les accréditer. Ensuite, Loïc fait ce qu’il veut, d’autant plus qu’il n’a pas la moindre idée d’aller plus loin avec moi. Moi-même, je ne veux pas que les choses aillent plus loin. D’ailleurs, pourquoi même iraient-elles plus loin ? Ni lui ni moi ne le voulons. Et même, c’est où plus loin ? C’est quoi, plus loin ? Je m’ordonne de me calmer et de cesser de laisser mon imagination me submerger. Mais, je reviens finalement aux dernières paroles de Loïc : « Je me réjouis beaucoup ». Cela veut dire quoi ? Il se réjouit de quoi ? Pourquoi « beaucoup » ? En fait, à la réflexion, ces mots d’une grande banalité, comment puis-je leur donner une signification si intense ?

Ma journée est atroce. Je me décide à aller au fitness, dans l’espoir que l’exercice physique me déconnectera de mes pensées, mais rien n’y fait. Je suis assailli par un trouble profond. Que signifie cette excitation avec Loïc ? Serais-je bi ? C’est une évidence. Non ! Mais évidemment pas ! Je me rassure. Mes expériences avec des filles se sont très bien passées. Ce que je fais avec mon coloc n’est qu’un jeu. Un jeu débile dans lequel il m’a emmené. Mais il faudra que je l’arrête.

Mais comment expliquer ma réaction si forte, lorsque je le vois nu, lorsque nous nous touchons ? Sa main sur ma cuisse ou sur mon sexe m’ont conduit dans des contrées que je ne connaissais pas. Le contact de nos cuisses et l’intense intimité corporelle qu’il créait m’ont mené à la plus totale confusion de mes sens. J’argumente avec moi-même. La vision de Loïc de dos, balançant ses fesses m’a-t-elle fait plus d’effet que celles que j’avais eues avec les filles que j’ai connues ? Non. Enfin, peut-être un peu... Je n’en sais rien. Est-ce que je me mens à moi-même ? Je repousse cette hypothèse et me convaincs une nouvelle fois que c’est la nouveauté qui agit sur moi. Immédiatement, je réfute mon argument. Comment interpréter ce désir si violent d’étreindre Loïc ? De sentir mon corps enlacé au sien, le contact de sa peau sur la sienne, mes mains sur ses fesses, nos sexes se rejoignant en même temps que nos bouches. Je me calme : je me souviens avoir lu que, à l’adolescence, ce genre de sentiment est encore fréquent. Donc, ce n’est pas si grave. Mais, c’est absurde, je ne suis plus dans l’adolescence.

Puis, en pensant à elle, à cette période où j’ai découvert mon corps et la sexualité, des souvenirs remontent, aussi soudainement que violemment, du fond de ma mémoire où je les avais prudemment et profondément enfouis. Ils me submergent et tout me revient d’un coup, comme si une barrière que j’avais dressée dans ma mémoire venait de céder. L’indestructible barrière que mon éducation, mon milieu et ma petite ville si traditionnelle m’avaient fait construire à mon insu.

Les images se succèdent les unes aux autres, sans que je fasse le moindre effort pour les appeler. Mes camarades que j’aimais voir se déshabiller aux vestiaires, posant sur le banc leurs sous-vêtements où mon regard s’attardait plus que de raison. Les sexes de ces garçons, apparaissant avant qu’ils n’enfilent leurs habits de sport, sur lesquels je lançais de brefs regards, simplement pour comparer me disais-je alors. L’odeur de sueur de ces lieux qui me troublait un peu, sans que je ne m’en explique la raison. Les érections qui me venaient inopportunément et que je tentais de dissimuler tant bien que mal, quand je voyais des garçons qui, nus au sortir de la douche, s’amusaient à se battre entre eux. L’ambiance d’un dortoir de camp de ski où les passages de corps dénudés et odoriférants, doublés de conversations grivoises, me laissait un sentiment diffus de bonheur. Un voyage en voiture où, serré contre l’un de mes camarades, j’avais ressenti une sensation étrange lorsqu’il avait collé sa jambe à la mienne en raison de l’exiguïté du siège. L’échancrure – mystérieuse par les secrets qu’elle conserve – du short d’un jeune type, installé devant moi dans un train, cuisses largement ouvertes. Échancrure vers laquelle mon regard, sans doute moins discret que je ne le pensais, était comme aimanté. Mes masturbations solitaires, peuplées des images de certains de mes amis que j’imaginais se livrant à la même activité, tenant dans leur main leur sexe qui propulsait sur leur ventre ce liquide blanc qui me fascinait. Et tant d’autres événements que j’avais voulu croire insignifiants, mais qui m’avaient profondément marqué.

Toutes ces images s’assemblent maintenant les unes aux autres, à la façon des pièces d’un puzzle, pour donner une image dont la précision est si éclatante que je demande comment elle ne m’a pas aveuglé depuis longtemps. Je tente de séparer ces pièces et de les disperser, pour brouiller cette image que je repousse. Mais elles sont maintenant si solidement soudées les unes aux autres que toute tentative est vaine.

Alors quoi ? Je suis réellement bi ? Voire plus simplement gay ? Si c’est le cas, est-ce la catastrophe ? Non, je ne suis pas gay ! Je vais trouver les mots, quand Loïc rentrera, pour lui dire gentiment que je préfère arrêter nos jeux et reprendre le cours de ma vie sexuelle habituelle, celle que je veux être véritablement la mienne, celle de ma vie d’adulte.

Je rentre à la maison et tente de me mettre au travail. Tentative vaine et inutile. Je compte les minutes qui me séparent de 17h. Mais, il n’est que 15h30. Je ne vais jamais pouvoir supporter l’attente. Je décide de me branler. Pour passer le temps, pour évacuer la pression qui étreint tout mon corps. Mais aussi – je dois bien me l’avouer – pour me vider, avec l’espoir de tenir ensuite plus longtemps, si Loïc me propose une nouvelle session de masturbation. Il suffit que je pense une fraction de seconde au sexe de Loïc, à ma main le caressant, pour que le mien se retrouve à la verticale. Rapidement, mon sperme gicle et je le conserve dans ma main. Marqué par ce que Loïc a fait devant moi il y a quelques jours, je l’avale pour la première fois. Je suis transporté par l’expérience, moins par le goût de ma semence, que parce que je me sens ainsi en intime communion avec mon coloc. Le goût de la première goutte m’écœure un peu. Je m’y habitue et, dès la seconde, j’imagine que je lèche, non pas mon propre sperme, mais celui de Loïc répandu sur son ventre et son torse où il se prend dans les poils. Je savoure chaque goutte comme un élixir que Loïc m’aurait donné, comme une parcelle de son corps. L’odeur et le goût de ce sperme sont les siens ; ils me pénètrent. Je lèche les dernières parcelles de ma semence restant encore sur ma main, pour prolonger de quelques secondes cette fusion imaginaire avec Loïc. J’ai l’impression de perdre tous mes repères. Suis-je en train de devenir fou ?

Un moment après, je vais à la salle de bain pour pisser. J’y vois le panier à linge. Une idée me traverse la tête. Y aurait-il un slip de Loïc ? Je l’ouvre et trouve immédiatement mon bonheur. Sous l’un de mes boxers, je vois l’un des slips noirs de Loïc. Je le prends pour en regarder l’intérieur ; j’y découvre les taches blanches que j’espérais, larges et nettes reliques d’un plaisir que mon coloc s’est octroyé. Peut-être même le plaisir qu’il a eu avec moi hier. Mon cœur accélère. Je plonge le nez dans le tissu, y enfouis mon visage entier. L’odeur, faite d’urine, de transpiration et de sperme, est lourde d’un érotisme intense qui me fait immédiatement bander. Loïc est là, entre mes mains, sous mon nez, à portée de ma bouche. Son odeur m’envahit, alors que je me laisse aller au bonheur de l’idée que le sperme de Loïc, précieusement conservé dans le tissu, m’est donné à moi seul.

Je lèche l’intérieur du slip, imaginant que c’est le sexe de Loïc. Je le sens, je le touche. Il est à moi. Je tente d’enlever avec ma langue les plus infimes parties de ce qu’il a laissé dans son sous-vêtement. J’y trouve même deux poils. Je les prends, comme on soignerait les plus précieux des biens. Je les regarde, les lèche et les chéris. Ils ont dû tomber alors que Loïc remettait, peut-être sans ménagement, sa bite dans son slip. Je l’imagine alors, remontant son sous-vêtement sur son sexe encore gonflé et gluant de l’éjaculation qu’il vient d’avoir. J’imagine la toison souillée de gouttes blanches, laissant ces deux témoins intimes à l’intérieur du tissu. J’imagine les restes de sperme prisonnier du prépuce, s’écoulant doucement dans le tissu et le marquant, pour que je puisse en profiter plus tard. J’imagine ses testicules, pendant bas sous le ventre, lourds et chauds après l’effort, prendre leur place au fond du sous-vêtement, dans l’attente de nouveaux bonheurs. Je suis à nouveau violemment jaloux des filles qui ont déjà eu – et de celles qui auront – l’insondable chance d’accéder à ce trésor, d’y mettre les mains ou les lèvres pour y trouver un ineffable plaisir.

Je suis sidéré de ce que je fais, de ce que j’imagine. Si Loïc l’apprenait, il serait horrifié, il me casserait la figure. Il me dirait de me tirer de cet appart. Mais je ne peux m’arrêter. Je continue frénétiquement, inondant le slip de ma salive. Finalement, je le repose, dépourvu maintenant de toute trace, dans le panier. Je fouille ce dernier avec l’espoir d’en trouver un autre. Mais en vain ; il n’y a d’ailleurs aucun autre habit de Loïc, pas même un t-shirt où je pourrais plonger mon nez pour y retrouver, sous les aisselles, l’odeur que Loïc y aurait laissée après une journée de chaleur. Il n’y a que mes propres boxers et t-shirts. Je fonce dans la chambre de Loïc. Être seul dans sa chambre me bouleverse. C’est comme si je découvrais son intimité la plus secrète dans laquelle je pénétrerais par effraction. Je commence à fouiller sans retenue ses affaires pour y trouver d’autres vestiges susceptibles d’assouvir ma lascivité. J’ouvre fiévreusement les armoires et les tiroirs. Je n’y trouve finalement qu’une pile de slips et de t-shirts propres et pliés, sortant de la lessive.

En désespoir de cause, je fonce vers son lit défait, à la recherche de son odeur. La déception a tôt fait de me gagner. Je ne peux en effet à peine y discerner que quelques vagues senteurs, mais rien qui ne me rappelle véritablement le corps de Loïc et sa sensualité. Je regarde alors ce lit qui a été le berceau de mes premiers émois pour lui. Je le revois la première fois que je l’ai surpris dans son plaisir solitaire ; je nous revois nus, assis côte à côte ; je sens, pour la millième fois, la présence de sa cuisse contre la mienne, ses poils contre ma peau éveillant des émotions aussi inconnues qu’incontrôlables. Je me couche dans le lit pour tenter de faire revivre ces moments. Je nous y imagine tous deux allongés nus, face à face, nos sexes si proches l’un de l’autre qu’ils pourraient se toucher au moindre mouvement. Tout d’un coup, Loïc approche sa bouche de…

Je me lève d’un bond, horrifié par cette idée. Comment puis-je imaginer cela ? Et d’ailleurs, jamais Loïc ne voudrait. Pour lui, tout cela n’est qu’un jeu dont il rigole tout le temps. Cela n’a rien de sérieux pour lui. Je me ravise : ce matin, ne l’ai-je pas senti plus troublé, beaucoup plus réservé qu’à l’accoutumée ? N’est-il pas également en train de chavirer ? Peut-être, est-il même déjà complètement habitué à ce genre de pratique ? Ou simplement, complètement gay ? Enfin, je ne sais plus. Je ne sais vraiment plus, mais plus du tout.

Épuisé par l’assaut foudroyant de tous ces fantasmes, je finis par retourner dans ma chambre. Je mets dans le tiroir de ma table de nuit les deux poils que j’ai trouvés dans le slip de Loïc, prenant le soin de les conserver dans une petite enveloppe. Ce dernier geste, totalement ridicule, achève de me plonger dans des affres de perplexité. Je suis affolé par mon état quasi-délirant. Suis-je devenu complètement cinglé ?

Je m’assieds sur la chaise de mon bureau, en essayant de me calmer. Je suis en train de sombrer et la cause de cet état, sur laquelle je n’ai plus guère de doutes, me panique complètement. Je réfléchis à l’effet que le corps de Loïc me fait. Sans doute ce dernier est-il ce qu’on appelle un beau mec. Encore que je ne sois maintenant plus très objectif pour en juger. Je me souviens du regard que j’y ai porté, lors de notre première masturbation commune. Le détail que j’en avais fait pendant que Loïc se conduisait à la jouissance, les yeux fermés, à mes côtés, moi qui avait déjà joui dans l’urgence. Oui, tout me plaisait. Tout me semblait beau, attirant, physiquement désirable. Du torse aux cuisses, en passant par le ventre plat, le sexe qui le termine, les épaules puissantes et cette magique pilosité.

Mais, il y a beaucoup plus que cela. Il y a une chose qui émane de ce corps qui est impossible à décrire, parce qu’elle est impossible à comprendre : une présence, une aura qui va bien au-delà de la beauté, voire de la séduction et de l’érotisme. La nudité si proche, si sincère par son dépouillement, communique la réalité d’une présence mystérieuse et envoûtante. Le sexe tendu, aussi beau et érotique soit-il, est bien plus que la simple expression physiologique d’un désir immédiat. C’est tout un être qui vibre à vos côtés, qui vous révèle son intimité la plus secrète et qui prend possession de vous. Le corps à vos côtés entre en communion avec le vôtre, sans même qu’un contact ne soit nécessaire. Les nudités rapprochées créent une connexion absolue entre deux êtres qui ne peuvent alors plus que s’unir. Je comprends que suis totalement possédé.

Je sens brusquement peser sur mes épaules toute l’écrasante éducation reçue depuis ma plus tendre enfance. Celle tout d’abord de mon église, à laquelle mes parents étaient si fortement attachés et dans laquelle ils m’avaient impliqué sans relâche jusqu’à la fin de mon adolescence. Je n’ai plus le moindre lien avec elle aujourd'hui, mais elle est là, omniprésente et toute-puissante. Le bien, le mal, le péché, la faute, la famille, les amours interdites.

Celle de mes parents et de ma famille ensuite. Ils se disaient ouverts et tolérants. Sans doute l’étaient-ils, dans un cadre qu’il s’agissait cependant de ne pas dépasser soi-même. On voulait bien avoir de la pitié pour ceux qui n’étaient pas comme nous – les pauvres, les concubins, les délinquants, les homos –, mais surtout pas leur ressembler. On ne pouvait simplement pas l’imaginer.

Celle forgée par les discussions lors desquelles, soudainement, les voix baissaient pour évoquer quelqu’un dont on disait qu’il était gay. Des plaisanteries incessantes et doucement narquoises pour commenter une émission de télévision parlant de l’homosexualité ou un article de journal. Mon frère aîné, dragueur invétéré aux conquêtes multiples et modèle de la normalité absolue à laquelle je devais tendre, était le plus prompt à ce genre de commentaires grinçants et prétendument humoristiques. L’autorité naturelle qu’il avait sur moi me montrait la juste voie à suivre, la seule que l’on pouvait même concevoir.

Celle enfin de l’école enfin où mes camarades, le plus souvent issus du même milieu que moi, étaient porteurs du même message auquel ils ajoutaient généralement la méchanceté.

Un ensemble de petits riens, souvent insignifiants en eux-mêmes, mais qui, assemblés bout à bout au cours des années, avaient formés un tout cohérent et quasi carcéral, fait de morale et d’interdits. Il n’y avait donc simplement pas eu de place pour que je laisse se développer en moi ce qui m’habitait. Je ne pouvais d’ailleurs même pas imaginer laisser de la place à l’inconcevable, à l’inacceptable. J’avais refoulé tout cela au plus profond de moi. Et maintenant, je n’ai plus de doute, l’inconcevable et l’inacceptable sont là devant moi comme la seule option possible pour moi.