Ma copine me manque mais je veux rester fidèle (06)


Ma copine me manque mais je veux rester fidèle (06)
Texte paru le 2021-05-23 par Axyx   Drapeau-fr.svg
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Au moment où je pénètre dans la pièce principale, Kévin est train de sauter sur place, sur un pied en se tenant l’autre des deux mains. Il commence sérieusement à perdre l’équilibre et je me précipite pour le retenir. Dans le même mouvement, nous perdons finalement tous les deux pied et nous nous retrouvons dans le divan heureusement tout proche. Kévin se retrouve assis sur moi. Lui est déjà habillé, moi, je n’ai qu’un essuie-éponge autour de la taille. Gêné, Kévin glisse rapidement pour se placer à côté de moi. Dans son mouvement, il entraîne l’essuie et le contact du tissu qui caresse mon entrejambe provoque chez moi un début d’érection. J’arrive à garder mon sexe couvert tout juste avant qu’il ne soit trop tard. Un ou deux centimètres de plus et j’offrais ma queue en spectacle à mon colocataire.

Je pense qu’après ce qui s’est passé hier matin, il ne reste guère de centimètres carrés de mon anatomie qui ne lui soient inconnus. Mais que penserait-il de moi s’il voyait cette érection ? Alors que cette pensée me traverse l’esprit, je constate que son regard est tout droit posé à cet endroit. Entre mes jambes se dessine une bosse bien plus proéminente que ce dont je redoutais. Je tente de replacer la serviette en lui faisant faire des plis afin d’ajouter un peu de volume. Le subterfuge est tout sauf discret mais il a le mérite de faire disparaître l’objet de ma gêne. Je rougis instantanément et Kévin, qui a relevé le visage, le remarque également. Je ne sais plus où me mettre.

— Je me suis pris la patte de la table en traversant la pièce pour aller chercher mes chaussures.

Kévin semble ignorer l’état dans lequel je suis et qui, fort heureusement, commence à s’estomper. Maintenant, je me rends compte du ridicule de la situation. Pourquoi me suis-je précipité hors de la chambre pour si peu ? Et que va-t-il penser de moi ? Je me suis littéralement jeté sur lui quand il a commencé à vaciller.

— Et bien Alex, je ne sais pas ce que tu as voulu faire mais je ne suis pas sûr que de me faire tomber dans le divan soit la meilleure manière de me venir en aide...

Il arbore un grand sourire, décontracté et réconfortant comme d’habitude. Réconfortant ? J’ai vraiment pensé à ce mot ? 

— C’était pas vraiment le but de la manœuvre. En fait, je me disais que si tu t’éclatais le coccyx sur le sol, tu ne penserais plus à la douleur à ton orteil. Non, j’ai réellement essayé de t’empêcher de tomber.

— Ben c’est raté ! Ah ah !

— C’est le moins qu’on puisse dire, je lui avoue en me passant la main à l’arrière de la tête comme pour m’excuser de ma maladresse.

— Ce n’est rien, c’est l’intention qui compte. C’est très gentil à toi en tout cas.

Comment peut-il être aussi décontracté. La conversation que j’ai surprise hier m’a permis de constater le stress immense que ses sentiments à mon égard lui procurent. Il tremblait, il pleurait et semblait totalement désespéré. Et ce matin, il a une attitude complètement à l’opposée. Comment fait-il pour se contrôler autant ? Tout en s’inspectant le doigt de pied, il ajoute :

— Et comment tu vas ce matin ? La nuit t’a porté conseille ?

Je crois cette fois déceler un petit vacillement de son attitude au moment où il prononce cette question. Est-ce la douleur au pied qui a fait trembloter sa voix ? Ses joues qui rosissent me confirment que non, il est mal à l’aise d’avoir platement abordé le sujet. D’ailleurs, il ne me laisse pas directement répondre :

— Euh, je ne voulais pas remettre le sujet sur la table, excuse-moi, je n’ai pas réfléchi.

— Ah ah et c’est pour ça que tu as tenté de la faire valser cette table ?

— Tu es bête.

Nous rions à présent de bon cœur. Du coup, Kévin est rassuré et ajoute :

— Bon, c’est pas tout ça mais je vais être en retard.

— Je voudrais tout de même en reparler si tu as le temps après les cours ? J’ai bien réfléchi à ce qui s’est passé hier.

— C’est vrai ? Je peux sécher la première heure si tu veux.

— Nan, ne rate pas ton cours pour moi. On aura tout le temps d’en discuter ce soir.

— Tu es sûr. Tu n’es pas fâché contre moi j’espère.

— Nooooon ! File et n’y pense pas avant ce soir. Tu rentres à quelle heure ?

— Sans doute autour de 18h et toi ?

— Moi il sera plus tard, je ne commence qu’à 10h, c’est une journée décalée. Je passe à la bibliothèque et je pourrais être ici pour 20h. Je nous ramène un plat du traiteur. Du poisson ça te va ?

Kévin me regarde et reste, un instant fugace, figé, comme suspendu hors du temps. 

— Euh oui c’est gentil, euh, oui oui, du poisson, tout me va.

Je le sens perturbé par ce que je viens de lui proposer. C’est vrai que même si nous nous entendons super bien, nous n’organisons jamais les repas ensemble. On a chacun notre zone privée dans le frigo, on met certaines choses dans un étage commun mais essentiellement des restes de charcuterie ou de fromage qu’on pense ne pas pouvoir finir. Et au moment du repas, si on se retrouve assis en même temps autour de la table, c’est par le hasard de nos horaires. Je me rends compte que cette proposition pourrait laisser comprendre autre chose. Il doit être en train de se demander si je ne veux pas donner un caractère solennel à ce qui pourrait bien être un remontage de bretelles en règles. Ou alors, l’usage du « nous » va-t-il au contraire le faire espérer quelque chose de plus positif de ma part. De prime abord, je veux juste lui dire que je suis en paix avec lui et que j’ai apprécié ce qu’il m’a fait. Je veux lui avouer que le contact de ses mains, le fait qu’il soit un mec, tout ça a éveillé quelque chose que j’ignorais chez moi et que j’ai du mal à maîtriser. J’avoue que j’espère qu’il va me rassurer à ce sujet. Lui qui est gay, il pourra me confirmer que ce que je ressens n’est pas suffisant pour faire de moi un homo. En même temps, je vais aussi lui avouer que j’ai surpris sa conversation nocturne et lui dire ce que j’en pense. Je ne veux pas qu’il se fasse des films : ce n’est pas parce que j’ai apprécié toutes ces choses en lui hier matin qu’il doit espérer quoi que ce soit avec moi. Et promis, je ne ferai pas défaut à l’une des qualités qu’il apprécie chez moi : le respect. Ce sera une constante dans tout ce que je lui dirai ce soir, il ne devrait pas s’inquiéter à ce sujet.

— Très bien. Je te souhaite une bonne journée. Ta danse avec la table m’a fait rater l’appel de Sam, elle va bien rire quand je vais lui expliquer pourquoi je n’ai pas su décrocher.

Je vois que Kévin veut me poser une autre question et je ne sais pas pourquoi, j’ai la ferme impression qu’il se demande si j’en ai parlé à Sam mais, soit je me trompe, soit il n’ose pas. Il me salue, enfile rapidement ses chaussures, me souhaite une belle journée et tourne les talons. Je me surprends à humer les derniers effluves de son eau de toilette une fois la porte refermée. Et bon sang, voilà que mon érection me reprend. Il faut que j’arrête ce déni, ce que je ressens n’est pas habituel. Kévin m’a fait quelque chose physiquement hier et ce quelque chose est en train de se transformer en une forme d’attirance. Je ne suis pas gay moi pourtant. Donc ce n’est pas une attirance pour les hommes. D’ailleurs ça n’apparaît pas comme ça du jour au lendemain ce truc. Non, je suis attiré par Kévin. Voilà, ça doit être ça. Je ne sais pas en fait. Peut-être suis-je tout simplement déjà nostalgique de ses mains sur moi. Ou alors est-ce déjà le manque de sexe qui revient ?

La sonnerie de mon téléphone retentit et c’est comme si elle chantait une chanson dont les paroles me diraient d’arrêter de me prendre la tête. Mais vous commencez sans doute à me connaître et je suis une cause perdue à ce niveau. Je détecte tout de suite à la voix de Sam qu’elle est contrariée. Je lui explique pour le petit accident de Kévin et la chute qui s’en est suivie. Elle me répond par un cinglant :

— Et donc pour rattraper ton coloc gay tu laisses tomber ta copine ?

— Hein, euh non, j’étais sous la douche aussi et…

— Faut savoir, tu étais sous la douche ou sous Kévin ? Ou alors sous la douche avec Kévin peut-être ?

— Mais arrête Sam, j’ai raté ton appel sous la douche, j’allais te rappeler quand j’ai entendu que Kev s’explosait l’orteil dans la cuisine. Pourquoi tu es énervée comme ça ?

Au même moment, je suis sûr d’entendre une autre voix.

— Ton père est avec toi ? Dis-lui bonjour de ma part.

— Ben non, euh, je suis dans ma chambre. Qu’est-ce que tu racontes ?

J’ai clairement entendu une voix masculine. On aurait dit quelque chose comme « Dis t’as pas vu… » et le reste n’était pas audible ou la personne s’est tue. Pourquoi ne me dit-elle pas de qui il s’agit ?

— Bon Alex, je vais filer, on se rappelle ce soir. De toute manière tu es trop bizarre ce matin.

— Sam, attends. Tu me fais quoi là ? Qui est avec toi si ce n’est pas ton père ?

— Mais arrête. Tu es vexé à cause de mon allusion à ton coloc gay ? C’était de l’humour hein. Je ne sais pas ce qui ne va pas avec toi en ce moment mais excuse-moi de te le dire : tu es chiant. Allez, à ce soir !

Sam a déjà raccroché. Sa dernière tirade, prononcée d’une traite et avec autorité, me fait douter de moi. Je ne suis, tout d’un coup, plus si certain de ce que j’ai entendu. Peut-être était-ce la radio. Peut-être était-ce mon imagination. Je m’en veux. Est-ce que mes interrogations sur mon ressenti avec Kévin me mette à douter de tout ? Je me dis que si Kévin quitte cet appart comme il a menacé de le faire cette nuit dans sa discussion avec sa meilleure amie et qu’en même temps, je me froisse avec ma copine, je vais finir tout seul moi. À peine cette pensée est née en moi, à peine je la balaie en me disant que ça n’a rien à voir. Et pourquoi je mets Kévin au même niveau que Sam ? Je n’en peux plus de moi-même. Toutes ces idées sont bien trop compliquées pour moi et me font perdre pied. Je m’en veux pour ce que j’ai aimé vivre hier matin alors c’est comme s’il faudrait que j’en veuille à Sam aussi pour quelque chose, afin de compenser. 

Mais j’y pense. On ne s’appelle jamais uniquement en audio. On utilise toujours la vidéo de Facetime. Pourquoi n’a-t-elle pas allumé sa caméra ? Tout cela m’a coupé l’appétit. Je décide de ne pas prendre de petit-déjeuner, de m’habiller et de quitter l’appart pour penser à autre chose. La bibliothèque me permettra de patienter jusque 10h et d’évacuer toutes ces mauvaises idées.

Au moment de me lever du divan, une notification retentit sur mon iPad, posé à côté de moi. Alors que j’appuie sur la petite bulle à l’écran, je m’étonne de ne pas devoir le déverrouiller. J’arrive dans l’application iMessage et je constate que ce n’est pas ma tablette mais celle de Kévin. Même modèle, même fond d’écran, celui par défaut, la méprise allait finir par arriver. J’allais la redéposer mais je ne peux m’empêcher de lire la conversation entre Kévin et Léa. Il converse avec elle sur le chemin de l’université et voilà que je fais comme cette nuit, les yeux scotchés sur l’écran cette fois, je découvre en direct leurs échanges :

— Tu ne devineras jamais ce qui s’est passé à l’instant à l’appart.
— Et sinon bonjour hein !
— Sorry ma chérie, bonjour !! Je suis trop excité de te le raconter.
— Vas-y !
— Voilà, je me suis explosé un orteil sur un pied de la table. Alex est directement sorti de sa chambre voir ce qui m’arrivait. Comme j’étais en équilibre instable, il s’est jeté sur moi pour m’empêcher de tomber. On s’est ramassés dans le divan et je me suis assis sur lui. Il n’avait qu’une serviette autour de la taille et j’ai clairement senti sous mes fesses que la situation ne le laissait pas insensible. D’ailleurs, une fois que je me suis décalé, j’en ai eu la confirmation !!!
— Mais arrête de te faire ton cinéma toi. Ça peut être plein de choses. Tu sais, je ne suis qu’une fille mais, je peux t’assurer que la barre matinale, ça existe chez les hétéros aussi hein !
— Oui t’as peut-être raison mais, je sais pas, il veut qu’on se parle ce soir. Et il va ramener à manger. Attention, il va “NOUS” ramener à manger. C’est, je cite, ce qu’il a prononcé. Il a dit : nous !!!
— Mouais, fait gaffe. Tu t’emballes et je ne voudrais pas que tu souffres mon chaton.
— Oui peut-être mais je ne peux pas m’en empêcher. Tu as sans doute raison. On verra ce qu’il me dit. Mais je l’aime trop pour dire ou faire quoi que ce soit qui le gêne ou qui le fâche. Je respecterai ce qu’il dira. Mais je lui dirai ce que je ressens. Je le connais bien à présent, il comprendra que je ne maîtrise pas mes sentiments et je lui ferai la promesse que cela ne changera rien entre nous. Et s’il souhaite que je m’efface de sa vie, je comprendrai. Ça sera dur mais bon.
— Je pense que tu prends une sage décision. Il vaut mieux jouer franc jeu et s’il est aussi gentil que tu me le décris, je suis certaine qu’il ne prendra pas mal les choses. Je suis prête à parier qu’il dira que ce que tu lui avoues le touche, qu’il ne ressent pas la même chose que toi mais qu’il veut rester ton ami.
— Mais t’imagines s’il ressent aussi quelque chose finalement ?
— Arrête bordel lol !
— Ok, allez je me le sors de la tête, enfin, j’essaie, jusque ce soir.
— Bisous mon Kévinou. Passe une bonne journée et essaie de ne pas trop penser à ton Alex...
— Merci ma Léa. Je te promet rien mais je vais essayer ;-)

Je ne suis pas très fier d’avoir tout lu mais cela me réconforte. Il n’y a, dans le chef de Kévin, aucune mauvaise pensée. Je le savais déjà mais j’en suis, à présent, totalement sûr. Et je ne dois pas être naïf avec moi-même : ces aveux, cet amour qu’il ressent pour moi ne me laissent pas indifférents. J’ai envie de le serrer dans mes bras, de le rassurer et de lui dire que quoi qu’il arrive, quoi qu’il ressente, je suis et je demeure son ami. Seulement son ami ? Mais Sam ? Sur le chemin, j’envoie quelques messages à ma copine pour m’excuser. Elle me répond assez brièvement puis me dit qu’elle entre en cours et ne pourra plus communiquer. Je suis de plus en plus perplexe. Je passe ainsi la journée à penser à elle et à faire des projections sur ce qui se passe réellement. Le bon côté est que je ne pense pas à Kévin mais pas non plus beaucoup à mes cours que je n'écoute que d'une oreille distraite.

Le soir venu et après avoir terminé tout ce que j’avais à faire à la bibliothèque, je fais un détour par un petit traiteur qui propose des plats tout faits, frais et en portions individuelles. Je nous prends deux plats de gambas à la diable, une couronne de pain gris aux différentes céréales et une bouteille de vin blanc. C’est juste devant la porte d’entrée du bâtiment qui abrite notre colocation que je reçois un texto de Sam. Je déploie tous mes talents d’équilibristes (les vrais cette fois, pas ceux de ce matin) pour ouvrir la porte, sortir mon iPhone et ne pas trop secouer le sac du traiteur. Je reste pantois quand je lis le message qui s’affiche : « Écoute, pour ce matin, désolée si tu te fais des films. Ce soir je bosse avec une copine de classe et je vais mettre mon tel en mode avion car il faut qu’on avance. Réfléchis un peu à tout ce que tu as insinué et parlons-en demain. »

Je suis estomaqué par le ton qu’elle semble utiliser. Je me rappelle directement que l’intonation n’existe pas dans un SMS et que généralement, on l’invente souvent un peu soi-même. Un second message avec seulement “Bisous, je t’aime patate” vient s’ajouter au précédent et me rassure. Je colle un petit cœur sur cette dernière ligne et je réponds que moi aussi je l’aime et que je ne voulais pas lui faire de mal. Je lui souhaite bon courage et bon travaille. J’ai une boule dans la gorge mais je reprends mon chemin vers l’appart. Il me faut à présent mettre les choses au clair avec Kev.

Quand je rentre dans l’appart, Kévin est dans sa chambre et j’entends qu’il est au téléphone. Il a laissé sa porte grande ouverte, la conversation ne tournera donc pas autour de moi. Je passe la tête et je lui fais un signe tout en lui montrant le sac du traiteur. De l’index, je montre la direction du coin cuisine pour lui faire comprendre que je vais réchauffer les plats. Il lève un pouce pour me dire qu’il est d’accord, sans doute son appel est bientôt terminé. Tout en allumant le four et en attendant qu’il arrive à température, je répète intérieurement tout ce que je veux dire à Kévin : j’ai adoré ce que tu m’as fait hier matin, mais pas uniquement le fait de recevoir un massage amélioré, le fait que ce soit toi. Tes mains, ton souffle, ton odeur, ça me fait quelque chose. Ça ne veut pas dire que je sois amoureux de toi, je ne sais pas ce que je ressens. Je suis perdu. J’ai entendu ta conversation avec Léa pendant la nuit. Je n’ai pas fait exprès mais quand j’ai compris ce dont tu parlais, je n’ai pas pu m’empêcher d’écouter. Tu as le droit de m’en vouloir. Je te dois aussi de te dire que je pense que Sam a quelqu’un d’autre et que, sans doute, cela participe à mon état. Je ne suis pas gay car si je vois des mecs nus, ça ne me fait rien. Non c’est complètement con de dire ça.

Le bip du four arrivé à la température demandée me sors de mes pensées et j’y place les deux ramequins généreusement garnis. Je me retourne, Kévin est dans la pièce, il me regarde.

— Tu as l’air bien pensif Alex.

— C’est parce que je le suis.

Il me fixe du regard. On dirait que ses yeux sont bordés de larmes. Je ne peux empêcher les miens de faire pareil. Je détecte automatiquement qu’il l’a remarqué. Sa tête s’est légèrement penchée sur le côté. La mienne aussi du coup. Je m’approche encore de lui. Je tremble. Je sens à présent l’odeur enivrante de son parfum. En a-t-il changé récemment ? Comment ne l’ai-je pas remarqué avant ?

— Alex…

Je cligne des yeux, il s’interrompt. J’ouvre la bouche mais aucun son ne sort. Nous sommes à présent face à face, au coin du plan de travail, chacun une main posée sur celui-ci. Il avance la sienne et ses doigts viennent à la rencontre des miens. J’incline la tête et je regarde nos doigts. Chacun des siens est entre les miens mais sans les toucher. Ma tête pivote et nos regards se rejoignent à nouveau. Furtivement, je tourne à nouveau la tête vers ces mains qui semblent vivre leur propre vie. 

— Alex ?

Je replonge à nouveau mes yeux dans les siens. Nos visages se rapprochent. Ses lèvres se posent délicatement sur les miennes, mon cœur s’emballe, j’ai la chair de poule. Sa main prend la mienne sur le plan de travail, j’ai les yeux fermés. Je glisse ma paume dans la sienne et c’est maintenant moi qui lui prends les doigts. Tout en serrant cette main si douce, je me fraie un passage à travers sa bouche et nos langues se rejoignent. Il dépose son autre main sur ma taille et je fais pareil. Ce moment est magique et tout y semble parfait. Sa salive autour de ma langue est délicieuse. Même la sensation de sa barbe de trois jours sur la peau autour de mes lèvres m’est d’une douceur inexplicable. Le souffle chaud expulsé de ses narines vers les miennes me connecte encore plus à lui. Nos bouches se quittent à présent et Kévin passe un doigt sur le haut de mon front pour remettre une mèche en place.

— J’avais préparé tout un tas de choses à te dire.

— Moi aussi.

— Alex, que se passe-t-il là ?

— Je ne sais pas, c’était de ça dont je voulais te parler. J’espérais que tu saurais m’expliquer ce qui m’arrive.

— Comment veux-tu ? Moi-même je ne comprends rien.

Je ressens l’irrésistible besoin de prendre Kévin dans mes bras. Nous nous serrons très fort l’un contre l’autre, nos têtes posées sur nos épaules respectives. J’hume son odeur, je serre sa peau contre la mienne, j’enfonce mes mains dans le tissu de son t-shirt à la recherche des muscles de son dos. Je voudrais que cet instant dure des heures. Je suis bien, je suis apaisé. Je suis… amoureux.


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