Ma tendresse pour les hommes est infinie

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Numéro 15

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 15
Date de parution originale: Août 1987

Date de publication/archivage: 2018-06-27

Auteur: Alexis
Titre: Ma tendresse pour les hommes est infinie
Rubrique: Tendre est la nuit

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Tout d’abord, un grand bravo pour votre revue que je trouve exceptionnelle. Je me présente : Alexis, dix-neuf ans. J’ai toujours été homosexuel et j’aime les hommes depuis mon enfance.

J’ai connu un jeune homme habitant un peu plus bas que chez moi, d’une rare beauté. J’aimais le voir en short et j’étais en extase devant ses cuisses musclées et poilues. Nous connaissant un peu, nous nous disions bonjour, nous nous parlions et j’aimais ça ; malheureusement, il n’était pas homosexuel. Je rêvais de lui en train de m’embrasser, de me faire l’amour : cela me rendait encore plus malheureux car le matin, au réveil, j’étais seul dans mon lit.

Au collège, vers quinze ans, dans ma classe, il y avait un garçon sur lequel j’avais jeté mon dévolu. Il était très beau : blond, yeux bleus avec un physique très agréable. Le seul moment que j’aimais, c’était le cours de sport car dans le vestiaire, quand il se déshabillait pour se mettre en tenue, je ne le quittais pas des yeux et cela m’excitait beaucoup ; il avait des cuisses comme je les aime, musclées et poilues.

Quand il allait aux urinoirs, je le suivais et faisais semblant de me laver les mains ; je l’observais tout en frottant mon pénis le long du lavabo pour m’exciter encore plus. Je souhaitais qu’il me remarque et se jette dans mes bras, me couvre de baisers. Hélas, il ne comprenait rien et je n’en étais que plus malheureux. Pendant le cours, je me mettais à côté de lui et faisais mine de le pousser ; ainsi, je pouvais toucher les poils de ses cuisses.

Dans le vestiaire du collège, il se déshabillait pour se mettre en tenue de sport.

Un jour que la classe était allée à la piscine, il se déshabilla et enfila son maillot de bains. Je fus si heureux de le découvrir nu devant moi : il était beau !!! Je me disais que jamais je ne pourrais me mettre en maillot de bains, vu la bosse à l’endroit de ma braguette ! J’ai prétexté un mal de ventre et j’ai pu ainsi le regarder se baigner, j’étais fou d’excitation. À la cantine, également, j’échangeais discrètement nos fourchettes et je mangeais avec la sienne ; je la suçais avec délire. Bref, j’avais trouvé l’homme de ma vie. J’aurais souhaité tout partager avec lui, mes joies, mes peines, mes désirs, mes passions.

Vivre avec lui... Il m’arrivait souvent de pleurer le soir, dans mon lit, en réalisant que jamais il ne serait à moi. Je l’aimais d’un amour passionné. Et puis vint le lycée : c’est à ce moment-là que nous nous sommes séparés : j’ai dû partir en Colombie un an, en raison du travail de mon père. L’année fut merveilleuse, mais j’avais totalement perdu de vue l’amour de ma vie. Ensuite, j'ai dû partir deux ans en Tunisie et j’y ai passé mon bac ; mais côté amour, je n’y ai pas fait de rencontres.

Aujourd’hui, je suis en fac à Paris. Je suis à la recherche d’un ami, un vrai, avec qui je pourrais tout partager et qui ait confiance en moi et en mon amour et en qui je pourrais avoir confiance. Bref, forger une amitié et un amour durable. Je dois dire que je suis assez timide et le simple fait de « baiser » ne m’intéresse pas. Je préfère rester éloigné de tout ce qui constitue le ghetto homosexuel ; je n’ai absolument rien contre, loin de là, mais avoir de simples relations sans lendemain n’est pas pour moi. Je veux dire que lorsqu’on aime quelqu’un, faire l’amour avec lui est tout naturel, et la jouissance, intense. De plus, je suis extrêmement sensible.

Ma lettre est, en quelque sorte, une réponse à la lettre de Michel dans Lettres Gay n°9, avec lequel je suis complètement d’accord. Sa lettre m’a touché tout particulièrement et je tiens à lui faire savoir que je pense exactement comme lui. Je voudrais également souhaiter à Jean-Michel et à Thierry (Lettres Gay n°7) tout le bonheur du monde, leur aventure est merveilleuse et j’aimerais énormément la vivre moi aussi et pourquoi pas, les rencontrer un jour comme le souhaite Jean (Lettres Gay n°9) ? D’ailleurs, je trouve sa lettre pleine de vérité : vivre le grand amour est ce à quoi j’aspire et je suis cent pour cent d’accord avec ce qu’écrit Jean. J’aimerais d’ailleurs le rencontrer pour discuter avec lui afin de devenir son ami. J’espère que ma lettre lui aura plu, ce ne sont pas des paroles dans le vide. Ma tendresse et mon amour pour les hommes qui en valent la peine sont infinis.

Jean, peut-être à bientôt, en tout cas, merci pour votre lettre et merci aussi à Michel.

Alexis, 19 ans.